Chers amis lecteurs,
Je vous invite à parcourir ces Chroniques “parisiennes”, à l’instar d’autres chroniques “martiennes” de Ray Bradbury. Il faut parfois regarder plus loin ou ailleurs (comme nous le faisons actuellement en formation d’enseignants) ou encore métaphoriquement – la science fiction nous y invite- pour saisir d’une vue plus large, et plus sage, les faits de l’éducation et de la formation.
J’invoque dans notre sous-titre le “clinamen” décrit par Lucrèce, auteur latin du 1er siècle, dans la Nature des choses; Clinamen, infime changement dans un monde si parfait, si ordonné et si prévisible qu’il reste stérile. De la légère déviation d’une trajectoire trop rectiligne vinrent rencontres, créations, grouillement de la vie et des idées et tous les possibles.
La notion de clinamen donne quelques indications sur la tendance à respecter : on ne plaide pas ici pour des changements radicaux ou révolutionnaires. La référence au clinamen montre qu’il est parfois utile de chercher ce qui est germinatif, susceptible de pousser au changement sans provoquer des réactions de rejet. Ne pas mettre en marche les réflexes immunitaires et défensifs de toutes individualité, de toute institution humaine : c’est la précaution « rusée » à observer.
C’est donc chercher à introduire un léger décalage qui puisse surprendre les habitudes scolaires à un moment donné. C’est bien ce qui s’est produit historiquement quand il a été donné une liberté de 10 % des horaires en 1984 aux établissements français. Cette légère rupture par rapport à la reproduction lourde d’emplois du temps terriblement charpentés a permis un certain nombre d’expériences intéressantes, innovantes, pour les enseignants et pour les élèves. A la suite, on a observé des changements de ce 10% en dispositifs tels que les PAE (projets d’action éducative) ou les « thèmes transversaux » dans les années suivantes.
Plus récemment les IDD au collège et les TPE au lycée, les PPCPen lycée professionnel ont conduit à permettre des modes de formation scolaire pluridisciplinaire et interdisciplinaire qui avaient été réclamés et qui n’auraient pas pu être appliqués. Le clinamen était minime mais national, donc obligatoire. Désormais tout retombe sur la responsabilité du chef d’établissement et la volonté des équipes. C’est ce cadre que promeut l’article 34 de la Loi de 2005 sur l’expérimentation pédagogique.
extrait de “Contes et fables pour l’enseignant moderne “, André de Peretti et François Muller, Hachette, 2006
L’autre image, ici visuelle, choisie pour ces Chroniques est celle de l‘Homme qui marche; c’est un simple croquis d’un scientifique, extrait de son carnet de bord dans les années Trente, exposé au Musée des arts modernes de Strasbourg.
Il me semble intéressant par son origine, et par sa facture: on y perçoit une parcours intérieur et combinatoire de ressources, tout comme l’enseignant peut mobiliser en vue de son action.
La référence à Machado est aussi explicite:
Voyageur, le chemin
C’est les traces de tes pas
C’est tout; voyageur,
il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Vous pourrez retrouver ce cheminement dans l’innovation et l’expérimentation; c’est bien par l’action, la pratique, mais aussi les traces laissées que l’on apprend; on y retrouve le concept même de processus.
Les “Chroniques”, c’est un peu de tout cela: des déclinaisons angulaires (des idées, des outils, des expériences, des témoignages, des apports), des images (et des métaphores) et un processus recherché dans nos pratiques d’éducation et de formation.

François Muller – En savoir plus: http://francois.muller.free.fr

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