Oser “aller voir ailleurs”, principe d’une formation dynamique et efficace
26 06 2009 Commentaires : Pas de Commentaires »fmullewh
Catégories : Aller voir ailleurs !, actualités, formation, projet, socle commun
En ces temps d’examens nationaux, juin oblige, mais aussi d’évaluation des projets d’école, des bilans d’étape des expérimentations, d’attention portée (internationalement) aux résultats des élèves, il nous semble intéressant d’élargir notre réflexion à l’acte lui-même d’évaluation et aux pratiques (coutumières) qui s’y réfèrent.
Un principal de nos amis, ancien formateur par ailleurs, pensant à nous, lors de sa première année dans un collège très républicain dans la composition de son public scolaire, a entrepris de faire la recension de tous les actes d’évaluation, par la seule voie de la notation, qui faisait la performance (ou non) de son établissement, en vue d’un débat avec ses enseignants. Pour 18 classes de 26 élèves en moyenne, sur 36 semaines, quelques 15 disciplines présentes, il est parvenu à la somme de 90 000 notes. Etonnant, non ?
Une telle prolifération de notes monocordes semble répandue dans nos établissements, tellement que nous n’y prêtons plus attention (ou intérêt). Les pratiques de cette évaluation notatoire « vont de soi », elles s’imposent à nous plus que nous ne les imposons aux autres. Elles saturent de façon monotone le temps scolaire, nos échanges et les propos de nos élèves. Et pourtant, nous sommes insatisfaits, nous ne sommes point en accord entre nous, nous constatons des discordances évidentes entre nos prétentions objectives tellement subjectives !. Assurément, nous avons tous besoin de travailler sérieusement sur la variété et la validité des modes, des pratiques et des ressources d’évaluation pour sortir des démesures de la notation.
Evaluer peut rendre fol !
De tels constats nous font toucher du doigt un conflit professionnel vécu par chacun d’entre nous, mais aussi éprouvé par notre institution, collège, lycée. Accumuler des « notes », en sur-abondance, et sans rétrospection atteste que nous cherchons toujours quelque part à nous rassurer. Nous agissons tels des chauve-souris qui dans l’obscurité émettent des faisceaux continus d’ultra-sons pour appréhender les réalités diverses qui se présentent à nous. Finalement, nous sommes aveugles ; nous nous privons, ou pire, nous nous amputons d’autres « sens » ou techniques qui nous permettraient de mieux nous repérer.
Il nous faudrait faire ensemble la part entre la chimère de l’objectivité recherchée en évaluation et le paradoxe que l’évaluation n’existe que par la subjectivité. Il ne s’agit pas d’évacuer la subjectivité, mais plutôt de faire avec, en tout refus de l’arbitraire toujours endémique dans les opérations évaluatives.
Ainsi, nous pourrions par exemple nous appuyer sur les constats contrastés, contradictoires, de l’analyse faite par Jean Cardinet, en 2002, à a la suite celle de Jacques Weiss, en 1984 :
1- l’objectivité de l’évaluation est nécessaire : rendre plus explicite les objets et l’objectif de l’évaluation vaut tout autant pour l’évaluateur que pour l’évalué. C’est même une des conditions premières de l’évaluation.
2- L’objectivité de l’évaluation est souhaitée : car comment expliquer que des évaluations de mêmes réalités conduisent à des décisions différentes ? Les évaluations sont plus souvent rapportées à la personne qu’aux compétences.
3- L’objectivité de l’évaluation est impossible : malgré les programmes, les objectifs d’apprentissage sont différents selon les enseignants ; les performances évaluées sont différentes ; les conditions d’observation sont différentes ; les exigences sont différentes ; le sens de l’évaluation est différent selon les contextes.
4- L’objectivité de l’évaluation est à rejeter : une exhaustivité des critères, des indicateurs déboucherait sur une standardisation extrême : « le flou des échelles d’appréciation est le jeu de l’engrenage pour éviter que la machine ne se bloque » (Perrenoud, 1984)
Il importe, pour sortir de l’impasse, de consentir à  : se concentrer sur des instruments permettant une interprétation clinique, partager des banques d’items étalonnés, favoriser des portfolios, et… donner du sens à l’observation, ensemble mais subjectivement et en « méta-cognition » de nos procédures personnelles.
La subjectivité est nécessaire, si elle est prudente et réflexive.
Nous pouvons donc nous autoriser ensemble à réintroduire et travailler avec notre subjectivité ; non pour être « sujet » mais bien acteur et responsable de nos actes, « auteurs » même de supports favorisant la clarté.
En guise d’exergue, nous allons alors nous appuyer sur la définition de J. M. de Ketele (1989) : évaluer implique :
- recueillir un ensemble d’informations suffisamment pertinentes valides et fiables
- examiner le degré d’adéquation entre cet ensemble d’informations et un ensemble de critères adéquats aux objectifs fixés au départ ou ajustés en cours de route
- en vue de prendre une décision évaluative, il nous revient par suite de réfléchir sur :
1- le choix du type de décision et de l’objectif de l’évaluation
D’abord, identifier le type de décision qui pourrait être prise au terme de l’évaluation :
|
Soit : Sanction positive o Sanction d’attente o Sanction négative o
|
Ou bien : éclaircissement  o Encouragement o Orientation o
|
Ou encore : Certification o Classement o Sélection o
|
La détermination de l’objectif est souvent partagé, flou ou …subjectif.
En toute hypothèse, jetez un coup d’œil sur le « triangle des objectifs de l’évaluation ».
TRIANGLE des objectifs de l’évaluation

Si vous aimez vous déplacer à deux dimensions sur un triangle, ne serait-ce même qu’une pyramide, vous pouvez aller jeter un coup d’œil sur le « triangle pyramidal » que nous vous proposons à propos des relations entre des objectifs multiples, se traduisant en fait non seulement d’évaluation et d’appréciation, mais de mesures, voire de certification, d’orientation.
A noter, en lisant bien ce triangle, que tout ce qui est en dessous des pointillés signifie des visées et des procédures qui peuvent être quotidiennes, en continuité ; avec patience et même insistance. Cependant, que ce qui est au dessus des pointillés, avec des mesures, des certifications, des classements, aboutissant par la notation à la sélection, n’a de sens qu’à terme : après un temps prolongé d’enseignement et de mesure quotidienne d’évaluation.
Prenons appui sur le « socle commun »
Les compétences désignées pouvant être revues dans les pages qui suivent, notamment en ce qui peut inspirer notre façon de traiter la compétence dans la progression des élèves par des critères adéquats, des formes variées qui peuvent être d’inventaire,ou check-lists brèves, de questionnaires, de formes interrogatives aussi bien que dans la correction de copies demandées aux élèves dans les épreuves plus professionnelles, ainsi que dans les formes d’évaluation projective ou par tri.
La référence aux sept modes de présentation de l’évaluation peut permettre de traiter la variété des connaissances, capacités et attitudes citées dans la richesse du socle commun, en évitant le seul recours à une notation qui peut être abstraite sinon subjective, mal interprétable par les élèves.
La régulation des moyens pratiques consultables ci-après peut permettre de résoudre les difficultés d’harmonisation rencontrées dans la pratique lors de la mise en œuvre du « socle commun ».. Des difficultés tenant souvent à la disparité des profils d’élèves, mais aussi des potentiels identifiés, enfin des possibilités offertes, éventuellement attrayantes, des disciplines. Par exemple, se satisfaire de connaissances en vocabulaire (domaine 1), l’un se satisfait de 100 alors que l’autre de plusieurs centaines. Ou peut-il y avoir entre plusieurs enseignants une idée du socle qui pour certains se limitent à une centaine et pour d’autres estiment à plusieurs centaines ; en évaluation opératoirement différenciée.
Par la référence pratique et concrète, le risque d’excès et d’écarts dans l’application des données du socle aux élèves -réduire à l’optimum l’ensemble des exigences cognitives et actives - peut être conjuré d’une façon positive : en vu d’être accordé à chaque enseignant, à chaque discipline, mais aussi à chaque élève.
Avant de regarder du côté des exigences requises et des moyens concrets pour les atteindre, il peut être juste, au préalable, de réfléchir aux choix des critères et des indicateurs qu’il nous faut mettre en œuvre, selon les possibilités et de situations, et de voies d’évolution.
Inventaire des possibilités de situations et de voies d’évaluation
Il est intéressant pour chaque enseignant de prendre connaissance, en un parcours rapide ou en s’attardant parfois, de cet inventaire (en forme de « clavier ») afin de saisir la multiplicité des situations ou voies d’évaluation qu’il peut emprunter ;  nous pourrions ainsi éviter l’usure et la réduction consécutives à l’emploi de modalités trop habituelles.
Cet inventaire peut aussi attirer l’attention sur la pluralité des variables dont le professeur peut être tenté d’apprécier l’intensité ou l’émergence dans la voie ou situation choisie ou à choisir, inédit ou oublié, selon des critères et des stratégies adaptées sur lesquels nous reviendrons.
Bonne chance et bon choix ! Profitez des bonnes occasions et cochez doctement !





Quelle que soient les modalités concrètes que nous choisissons de mettre en œuvre, il nous faudra également réfléchir sur les choix des critères, des indicateurs et des stratégies, ainsi que l’adéquation entre indicateurs et critères adoptés.
Le choix des critères
Les critères d’appréciation de paliers ou de résultats atteints dans l’acquisition des connaissances, des capacités, des savoir-faire, d’attitudes dans l’activité scolaire peuvent être selon les cas et les objectifs de :
Clarté o
Exactitude o
Soins o
Conformité o
Efficacité o
Efficience par rapport aux moyens o
Pertinence o
Cohérence o
Adhésion aux valeurs o
Originalité o
Il est opportun de pouvoir renouveler nos choix nécessaires sur quelques critères non standards, selon quelques précautions, à condition qu’il soit :
xpertinents
xindépendants les uns des autres
xpeu nombreux pour être réalisables
xpondérés
Le choix des critères, adapté à chaque travail d’élève, participe du processus d’évaluation (et non de contrôle), phase délicate et difficile, toujours subjective pour l’enseignant.
Le choix des indicateurs
Pour fixer à quels degrés d’intensité ou de qualité les critères sont atteints, l’évaluateur doit disposer de quelques indicateurs, dont l’application sur :
xles faits, Ã constater
xles représentations
offrira des indications quantitatives (du genre %) ou qualitatives (du genre platonique bien, bon, juste, vrai , mais aussi passable)
Le choix de la stratégie
Nous pensons pouvoir seulement évaluer par des devoirs, des interrogations et des contrôles. Mais il importe de pouvoir enrichir nos façons de faire grâce à une variété de méthodes de recueil d’informations : interview, sur questionnaires, par étude documentaire, par observation, sur des graphiques ou tris, par métaphores ou significations. On pourra tapoter sur le « clavier » ou inventaire des instruments d’évaluation.
Il faut bien sûr d’abord s’assurer de la validité et de la fiabilité de la stratégie à l’objectif visé et aux personnes concernées.
Enfin, un retour sur l’examen de l’adéquation entre indicateurs et critères. La question du sens au terme de l’évaluation exprimée. En celle-ci, l’évaluateur donne du sens au processus (comme le juge devant des faits similaires) ; et il le fait dans la conscience responsable de la subjective. Comme on vient de le voir, la subjective implique des prises de choix, obtenus et exprimés dans la clarté, mais en « loyale subjectivité ». Et c’est parce qu’il y a subjectivité qu’on peut alors parler d’évaluation.
Reconnaissons que le problème de la plupart des évaluations n’est pas leur subjectivité, mais le flou dans lequel elles se déroulent. Soyons clairs et éclaircissons, mais en nous gardant d’être péremptoires et définitifs. Nous ne faisons pas de jugement. Nous donnons des indications de repérage et des stimulations positives.
Et souvenons-nous, avec Charles HADJI, que l’évaluateur est un tisserand funambule[1] :
o capable de juger ce qu’il est et ce qu’il fait, avec une distanciation critique à l’égard de la réalité
o mais incapable de connaître exhaustivement la réalité et d’en prévoir l’évolution avec certitude
o c’est un choix et un pari : il est acteur dans cette dynamique évolutive ; un pari en ce qu’il peut concevoir un état des choses meilleur.
Il est tisserand, parce qu’il met en lien. Et il tisse d’abord un message accessible, palpable et lisible pour qui le reçoit.
Mais il est funambule : se mouvoir dans un espace entre un être en mouvement et un devoir-être difficile à cerner, en chaque élève, en chaque classe, en chaque amphi !
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Passer plus de trois heures par jour devant un écran et se coucher trop tard : c’est le quotidien de la majorité des élèves de 3e à Paris. En effet, ils seraient plus de 80 % à s’endormir après 22 heures et environ un sur deux à passer leur temps libre face à la télévision, l’ordinateur ou une console de jeux, selon une enquête de la CPAM et l’académie de Paris sur le comportement et la santé des collégiens de la capitale de la 6e à la 3e.
L’étude s’appuie sur les réponses à un questionnaire de 8 000 élèves dans treize arrondissements. Tabac, alcool, cannabis : la consommation s’accroît fortement entre la 6e et la 3e. En la matière, les filles dépassent même souvent les garçons. Elles sont en effet 32 % à boire contre 30 % de leurs camarades masculins en 3e, et 17 % à fumer contre 11 % des garçons. Leurs habitudes se rejoignent en matière de cannabis (10 %), mais l’usage de psychotropes serait un peu élevé dans l’Ouest parisien, réputé plus aisé. Enfin, les collégiens interrogés se disent heureux.
Quand il s’agit de «noter» leur vie, huit élèves sur dix donnent une note supérieure à la moyenne. « 30 % d’entre eux n’en parlent à personne quand ils ont un problème. C’est un signe de fragilité», relativise Jean-Pierre Giordanella, directeur de la prévention à la CPAM de Paris.
source: Le Figaro, 17 déc.
A rapprocher du travail de recherche et de sa publication en DVD sur les adolescents et le sommeil, déjà évoqué ici,


disponible sur demande (mel + adresse )
La mission “innovation et expérimentation” de l’académie de Paris a conduit l’enquête sur ces formes et dispositifs émergeants dans les endroits parfois étonnants où la pensée et la complexité sont autorisées pour les élèves, tous âges, tous niveaux (sauf… les Terminales).
Ainsi, dans un contexte où beaucoup de collègues peuvent être amenés à penser que tout est bouclé, que tout le programme, rien que le programme, seulement le programme, semble s’imposer, dans le même temps, des espaces de respiration, de temps suspendu de l’évaluation, de confidentialité et de construction de sens, se multiplient. Appellations diverses, modalités variées, inspirations différentes; et pourtant, ces pratiques partagent bien quelque chose: une considération positive pour tous les élèves, une ingénierie pédagogique fondée sur des éléments de pédagogie institutionnelle (tour de parole, rituels, coopération), un temps long et protégé pour apprendre ensemble … à s’écouter et à poser des questions ouvertes, universelles et nécessaires (dirait Kant).
Sommaire à découvrir
Préambule
Récits de pratique/Etudes de cas
Regard croisé sur les ateliers
Une principale de collège engagée dans des ateliers philo obligatoires
Des ateliers philo obligatoires au collège
Des ateliers de réflexion collective
Le « Club Philo » au Lycée Professionnel Erik Satie 2007/2008
Des lycéens en filière professionnelle parlent de leur club philo
Des ateliers philo dans le cadre du RASED
Le sport et les ateliers philo à l’école : un même engouement
Former aux ateliers philo : un point de vue
Un atelier philo avec des collégiens volontaires
Initiation à la philosophie au lycée professionnel Flocon
De la tradition de l’agora aux ateliers de philosophie pratique
Des ateliers de philosophie en DSA au collège Utrillo
Perspectives
Les pratiques à visée philosophique : un espace en construction.
Les 7 romans philosophiques de Matthew Lipman
Les enfants en difficulté et l’atelier philo
Dewey, la philosophie et l’action publique
Trois questions à Michel Tozzi
Un dialogue socratique libertaire : la discussion philosophique entre enfants
Une formation à la philosophie pour enfants à l’Université : l’exemple de Lille.
Ressources
► Charte des droits des élèves lors de l’atelier philo..
► Quelques exemples de supports déjà utilisés..
â–º Citations…
â–º Bibliographie….
â–º Organisations, associations…
Une équipe dans une école en milieu scolaire difficile à Paris s’est attachée à affermir le “rapport à la Loi”. Cela a été une (bonne) occasion d’envisager cette approche sous un angle plus… systémique que frontal.
La réflexion peut partir d’un postulat à vérifier : Est-ce que parce qu’on affermit la Loi les choses vont être plus claires ?
Nous pouvons nous inspirer de l’exemple de la conduite automobile . La Loi prescrite dans le Code civil et les règles (Code de la route) sont édictées au-delà de nous, il n’existe pas d’adaptation locale en milieu rural ou en milieu parisien ! : la question ne porte pas sur l’application (ou non) des règles, mais plutôt sur la manière dont chacun d’entre nous s’approprient ces cadres et « jouent » avec elles : tout trajet est une prise de risque ; il peut y avoir une confiance absolue en la Loi, mais chacun pourtant exerce sa vigilance et son questionnement à tout instant, par prise d’indices (devant, à côté, derrière) et par régulation de son action au regard d’un contexte mouvant et dynamique ; cette veille devient réflexe de survie, qui permet que tout cela se passe normalement bien ; et pourtant les incidents, ou accidents, existent. Le rappel à la Loi empêche-t-il ou prévient-il tout cela ?
Si je veux conduire une classe, une école,, à quoi dois-je veiller, quels sont les réflexes que je dois acquérir ? Que dois-je vérifier, quand bien même lois et règles existent ?
Le CRL seulement perçu sous l’angle de l’interdit, sous la forme d’un règlement prescriptif et chargé « négativement » peut être un choix formel, restrictif et « punitif », mais ce n’est pas la Loi. C’est une tentative de réponse réactive à une autre question : comment réduire la violence entre les élèves.
Si la seule réponse est le renforcement des interdictions (et la recherche de sanctions), c’est-à -dire une forme de répression, c’est inefficace. Nous le constatons dans la vie « civile, dans la vie personnelle ; il n’y a pas forcément de raisons objectives pour que cela fonctionne dans la vie scolaire.
La liberté, c’est la responsabilité, par, pour et avec les autres
Prenons un autre exemple… de conduite : si on veut apprendre à un enfant à faire du vélo, le parent attentif peut l’équiper de roulettes, mais l’enfant n’apprendra pas pour autant le principe du vélo, à savoir le déséquilibre dynamique. Il faut bien faire son deuil de la sécurité absolue pour permettre de commencer SANS roulettes, en l’accompagnant, pour autant avec un maintien plus ou moins ferme: pour éprouver la liberté, il faut un espace de prise de risque, un espace de DECISION.
A présent qu’il se lance, si le cher parent met l’enfant qui apprend le vélo sur une voie, mais en lui signalant les deux poteaux qui la coupent, l’enfant aura une tendance forte à foncer dessus, tout concentré qu’il est à vérifier, dans la complexité des opérations mentales et physiques, à combiner ses gestes et choisir sa direction. En voulant trop l’assister, le parent peut être alors agent indirect de la chute.
Ce n’est pas le moindre des paradoxes qu’en signalant le danger, la chose arriva. Nous pouvons penser qu’en travaillant explicitement de manière focalisée sur les choses à éviter en matière de « vie scolaire », les choses n’arrivent de même. A trop focaliser sur les interdits à l’Ecole, dans une volonté de tout régenter, une équipe peut armer certaines situations, quand on sait que les enfants apprennent d’une certaine manière à (se) jouer avec les interdits, pour grandir.
ATTENTION : le CRL peut être une réponse décalée. Que voulons-nous voir changer concrètement dans l’école ?
Il s’agit d’étudier nos pratiques et celles de nos élèves, nos attentes et les leurs, et les interactions entre ces deux « mondes ». Car, ce qui nous gêne les gêne-t-il vraiment ? Sommes-nous, nous enseignants entre nous, certaines que ce qui gène soit les mêmes actes, au même degré, de la même nature. Les variations peuvent être grandes dans ce domaine (grilles de lecture différentes).
Ainsi, Eric Debarbieux [1]nous prévient, en cherchant à affermir la Loi, nous traitons finalement autre chose : le traitement des incivilités,. Ce sont ces micro-actes, paroles, situations infra-légales et donc non traitées qui pourrissent notre système de représentations du « monde », de l’ordre des choses de l’Ecole. C’est pour cela que nous ressentons parfois un malaise certain : les incivilités concourent à une ambiance parfois délétère qui n’est pas traité directement par la Loi. La question fondamentale est celle des valeurs que nous défendons, et de la manière dont nous pouvons les transmettre aux élèves.
Retournons la question : que souhaitons-nous ? Comment transformer ces messages négatifs d’interdits, de sanctions, en messages positifs ? En cadrant sans arrêt, on envoie un message négatif qui risque d’influencer négativement les comportements des élèves : effet Pygmalion (voir enfant à vélo à qui on demande de faire attention aux poteaux sur la route et qui fonce dessus).
Il s’agit de travailler sur la positivité des messages et des réactions, de mettre l’accent sur ce qu’on a le DROIT de faire, et sur les raisons pour lesquelles il est intéressant de le faire, mais aussi sur les régulations nécessaires et supports d’apprentissage de la vie sociale.
METTRE EN SYSTEME VIE SCOLAIRE ET APPRENTISSAGES
Penser aux liens : dans l’école, il n’y a pas seulement les LOIS, mais aussi et surtout les APPRENTISSAGES (inscrits eux aussi dans le registre légal, sans pour autant être des « lois » : socle commun, programmes etc…). Il s’agit de penser en système, pour voir comment les deux fonctionnent ensemble :
- Comment ces deux pôles s’articulent-ils ?
- Si on charge négativement le pôle LOIS, quelle ombre cela peut-il jeter sur le pôle APPRENTISSAGES ?
Centrer l’attention collective et l’action individuelle sur les apprentissages, peut avoir des effets positifs sur les rapports entre les élèves et sur la régulation des relations et des tensions. Si on centre l’énergie collective sur les lois, qui plus est de façon négative, on risque d’appauvrir le reste.
Le travail porterait donc plutôt sur la manière dont on organise la classe et les apprentissages. Les apprentissages peuvent servir de médiations / problèmes rencontrés.
Il ne s’agit pas de « faire le programme » uniquement, mais de veiller, à l’instar de la conduite, à donner toute son importance à la manière dont les élèves travaillent ensemble, du travail de coopération et sur les connaissances interpersonnelles que la classe organise : plus on connaît l’autre, moins on l’agresse. Ce sont l’ignorance et la distance qui créent la violence. La violence naît quand les mots s’épuisent.
Le SOCLE COMMUN des apprentissages est intéressant dans ce qu’il peut servir de cadre pour tout ce travail à mettre en place dans les classes : tout y est, en intégrant explicitement dans les apprentissages les dimensions d’autonomie, de coopération, de régulation, de vie collective. Apprentissages tout aussi fondamentaux que la maîtrise de la lecture. Il est aussi une grille d’évaluation intéressante pour voir ce qu’on a développé dans notre travail, et si ce qu’on a mis en place a des effets.
A l’autre bout de la « chaine scolaire », il est intéressant de constater que les trois principales raisons pour lesquelles sont rompus les contrats des apprentis sont toutes en lien avec le socle commun des apprentissages :
- Mauvaises relations avec le reste de l’équipe, les clients…
- Absentéisme (absence de cadrage mental / gestion du temps)
- Difficultés à lire et à écrire
Les compétences manquantes ici dans le domaine professionnel sont bien assurément des compétences insuffisamment travaillées dans le domaine scolaire.
Il est important de voir avec les élèves la dimension sociale de l’apprentissage, notamment en cycle 3 : quelles projections possibles ? De rencontrer non pas des collégiens (trop proches) mais plutôt des lycéens ou des plus grands encore peut leur donner des indications / possibilités qu’ils ont de se projeter, et leur permettre de comprendre les règles comme n’étant pas seulement édictées par et pour l’école.
L’exemple du lycée-collège Bergson (19ème arr), peut nous renseigner sur cette interaction entre situation scolaire dégradée et apprentissages : une enquête portant sur le sentiment de discrimination des élèves a été menée : en 4 ans, le pourcentage d’élèves se sentant discriminés est passé de 80 % à 10 %. Pendant ce laps de temps, tout l’établissement a travaillé sur la question du développement durable, dont les aspects sociaux et citoyens sont très importants., et donc pas seulement sur le tri des déchets ! Sur plusieurs années, les classes de l’établissement ont travaillé, de manière variée, complémentaire et participative, chacune à différents aspects du problème. Une fois le bilan énergétique fait par certaines classes, le relais a été passé à d’autres, qui ont fait des propositions, des vraies, que d’autres classes encore ont étudiées, etc. Les applications concrètes ont été actés dans le fonctionnement de l’établissement.
ELEMENTS IMPORTANTS dans ce genre de projet :
- Les élèves sont véritablement impliqués (valorisation, motivation, investissement, coopération, choix)
- On fait le deuil de l’immédiateté pour s’inscrire dans un temps LONG : on travaille sur les représentations, qui viennent de loin : le travail ne peut se faire que lentement
- Travail sur l’espace : on refait l’établissement, et pas seulement son règlement. C’est une aventure collective, adultes et enfants, on remet en jeu différentes dimensions.
- Dimension artistique : création + esthétique en lien avec l’estime de soi. La création est une extériorisation de l’intériorité, fondamentale dans ce type de projets (voir aussi poupées UNICEF). Voir notamment les ateliers d’écriture :. La mise en mots est un vrai traitement préventif, qui permet de changer le rapport entre prof et élèves autant qu’entre élèves, et nous déplace professionnellement (tout ne dépend plus de nous).
- Place et temps donnés à la parole de l’élève, à l’élaboration collective régulière, à la régulation collective dans des conseils, à la complexité, à l’expression de soi jouent sur le climat de l’établissement
MEDIATIONS et DERIVATIONS
Ici, il devient intéressant de recourir au concept développé dans l’analyse systémique et chez les psychologues et psychiatres : les situations duelles, les oppositions terme à terme, personne contre personne, évoluent la plupart du temps en escalade symétrique, et en renforcement négatif, jusqu’à clash. Chacun, dans la confrontation à l’autre, renforce sa résistance. La régulation ne peut se faire qu’en triangulant la relation avec un troisième élément dérivatif et créatif. C’est le « pas de côté » qui permet de dégonfler bien souvent des situations conflictuelles.
Ainsi, en guise de médiation à l’Ecole, il s’agit d’OUVRIR le champ des possibles qui s’offre aux élèves, d’élargir son horizon , ses représentations, ses « mots » au maximum :
- Par exemple en travaillant avec eux à partir des vidéos sur les situations d’écoles d’Amérique du Sud ou d’Asie (l’Afrique, trop proche, ne permettrait pas de véritable médiation culturelle) – voir site http://www.curiosphere.tv/, qui propose de nombreux documents et vidéos / thèmes éducatifs. Une fois la vidéo regardée, discussion / ce que fait le maître, ce que font les élèves, ce qu’ils apprennent, les conditions… On pourrait ritualiser ce moment en étudiant chaque semaine pendant une dizaine de minutes un nouveau document / écoles du monde.
- Mais aussi en s’appuyant sur des contenus de savoirs, qui peuvent sembler exigeants… tout comme le vélo quand on commence ! Les Contes, les mythes et quelques autres grands textes de la culture patrimoniale ont une portée symbolique et projective qui concerne tout petit d’Homme ; en évoquant le héros, en s’affrontant à des angoisses humaines, l’enfant s’outille pour les dépasser (voir Boimare, qui travaille au CMPP Claude Bernard et pourrait intervenir si on le lui demandait)
Il est fondamental de TRIANGULER la relation, de faire du savoir un médiateur dans la relation prof / élèves.
Au lieu de chercher, parfois vainement, à reconstruire la Loi, qui de toutes façons est déjà écrite, il s’agirait d, imaginer des parcours de dérivation destinés à organiser et à réguler les relations, en apprenant ensemble.
- Pour cela, sans forcément sortir des logiques de classe, on peut envisager des dispositifs de tutorat pour travailler sur le différentiel (d’âge / de niveau / de support) et produire une dynamique.
- Parcours d’élèves, de groupes d’élèves mobiles sur périodes de plusieurs semaines : pour une partie du temps scolaire, mixage dans les classes pour des groupements différents qui impliquent le choix des élèves : atelier d’écriture, découverte des écoles du monde, ateliers d’expression artistique, contes… Ces différents groupements permettent les mêmes apprentissages (notamment / compétences sociales et civiques + autonomie et initiative du socle commun) avec colorations différentes selon les domaines.
On donne ainsi le choix aux élèves, après un entretien portant sur les raisons pour lesquelles il choisit tel ou tel groupement (on part de ses envies ou de ses besoins).
En travaillant sur la différenciation, et pas forcément toujours sur la remédiation (réparation), on agit sur la pacification des esprits, des relations et de la vie collective. André de Peretti nous le signale: “on apprend par, avec et pour les autres”. Et c’est tant mieux.
[1] Voir Eric DEBARBIEUX, sociologue, université de Bordeaux, expert dans l’analyse de la violence scolaire :
Article à destination du Café pédagogique n°97, nov. 2008
propos recueillis par François Jarraud
“1001 propositions pédagogiques” est un livre original, foisonnant,
c’est tout sauf un manuel et le titre lui-même est éclairant. Pourtant
il a un but. Pourquoi prendre cette forme plutôt qu’une formule plus
classique ? Par quel bout faut-il le prendre ? Ne risque t on pas de
s’y perdre ?
Peut-on engager à l’innovation et à la créativité en éducation, en formation, en animation, en enseignement en adoptant des formules plus « classiques » et attendues, plus respectueuses de notre coutume française et universitaire ? Sans doute, d’autres l’ont fait, avec talent. Combien de thèses sur l’éducation ont été produites, mais avec quel effet et pour quel public enseignant ? ; les éditeurs comme les inspections déplorent le manque d’approfondissement didactique et professionnels[1] de leurs enseignants ? A l’opposé, combien d’ouvrages et d’essais de rentrée, plus conformes, ont été publiés, pour dénoncer, décrier et déstabiliser finalement le monde scolaire ?
Notre choix est délibéré, il prend appui sur plusieurs éléments : d’une part, il nous semble intéressant, voire nécessaire pour notre public professoral, de parier sur une isomorphie entre situation d’enseignement et situation de formation ; il est difficilement tenable de dire à présent « il est possible de faire différent » et de tenir le cadre rigidement, sans soi-même ne rien changer. Ce n’est pas le moindre des paradoxes actuels de notre gouvernance.
D’autre part, nous avons conçu l’ouvrage pour que le lecteur puisse s’y plonger ; son premier titre avait d’ailleurs « voyage au centre de l’enseignement », en hommage à Jules Verne, telle une invitation au voyage, avec ses détours et trouvailles inattendus. La lecture n’est pas linéaire ; ouvrez-le sur une page quelconque, nous faisons le pari que vous pourriez y piocher un élément, un point d’appui [2] pour étayer originalement pour votre enseignement.
Ce principe de lecture s’inspire beaucoup notre expérience de l’internet[3], que nous développons depuis quinze ans à présent, sur la démarche de sérendipité[4]. Cela nous semble une réponse à la complexité de notre métier et aux interactions fortes actuelles entre pratiques de classes, organisation du travail et valeurs professionnelles. Quelle que soit l’entrée que vous aurez privilégiée, elle vous ouvrira sur une même réalité, dans sa riche complexité, dont vous ne pourrez ignorer les autres facettes. C’est ce principe que vous pouvez retrouver dans le « Manuel de survie à l’usage de l’enseignant, même débutant[5] », qui vient d’être actualisé cette année.
Se perdre, mais c’est ne pas prendre de décision originale et stimulante; on retrouve vite la métaphore de Descartes de « l’homme dans la forêt ».L’ouvrage met le lecteur en situation de choix responsables et de micro-décisions à prendre, à tester, à analyser., en habilité et en évitant les risques de monotonie et d’ennui, contre-productifs.
l’ouvrage est riche en suggestions, en expériences. En quoi votre
position professionnelle a pu vous aider à enrichir le livre ?
Notre ouvrage illustre la confluence de trois sources : d’une part, il actualise les travaux engagés de nombres d’équipes de terrain qui avaient été formalisés dans le cadre d’une recherche à l’INRP sous la direction d’André de Peretti[6] sous le titre de « Rapport sur les points d’appui de l’enseignant », à une époque où la diffusion et même la publication étaient encore à son balbutiement ; pourtant réédité, mais l’accès était rare, et aride ; c’était une véritable banque de données, dont bien des planches avaient été extraites pour animer des formations, jusqu’à en perdre la référence initiale. Le temps a joué son rôle de sédimentation, et nous avons choisi de prendre appui sur quelques éléments encore très actuels pour notre métier.
D’autre part, c’est toute l’expertise d’André de Peretti[7] qui anime l’ouvrage ; il reste la personnalité qui a présidé à l’émergence de la professionnalité de l’enseignant, en engageant résolument la réflexion sur la nécessaire formation, initiale et continue, au sein de l’Education nationale en France. L’histoire institutionnelle en décida après autrement : avec la complication de nos organisations scolaires, administratives et universitaires ; les dispositifs ont été brouillés. A l’heure du débat de fond sur le métier lui-même, et partant, sur la formation nécessaire et utile des enseignants, il nous a semblé opportun de signaler l’obligatoire renforcement des compétences et des connaissances en matière de variété requise des pratiques et des organisations de classe, domaine pas forcément investi dans l’université.
Enfin, plus personnellement, mon positionnement institutionnel en tant que responsable de la mission « innovation et expérimentation[8] » dans une académie, m’invite depuis plusieurs années déjà à accompagner les changements profonds et durables des pratiques individuelles et collectives du premier comme du second degré ; cela passe autant par l’analyse partagée des dispositifs[9] en place, par la formation des formateurs[10] et des conseillers au niveau national, comme par la production de ressources et d’instruments issus de ces travaux.
Ainsi, inviter à la variété des pratiques n’est pas futil : elle prend appui non pas tant sur les possibles, dans une virtualité onirique, que sur des pratiques « déjà là  », encore émergeantes. Les suggestions sont donc des expériences validées, affinées et diversifiées, qui permettent d’espérer une évolution de notre système d’éducation, non tant par la réforme, que par les pratiques. Changement du 3ème type[11], dirait Perrenoud.
Toute une partie du livre colle au quotidien de la classe. Mais un
prof seul peut-il réellement “innover en classe” ?
Le quotidien de classe, c’est l’environnement où tout se fait, ce sont ces micro-actes, gestes, paroles et interactions avec les élèves qui, à terme, fabriquent les performances ou les échecs ; c’est pourquoi il est important de porter notre attention sur ce domaine « allant de soi », et jamais bien exploré, comme si tout « allait de soi ». Qui le voit d’ailleurs ? Où en parle-t-on ?
Votre question peut paraître étonnante, au moins sur deux points : le « pouvoir » et « innover ». D’abord, dans la prise de décision, dans son style d’enseignement, s’agit-il de « pouvoir », c’est-à -dire de disposer, en responsabilité personnelle, de moyens ou de dispositifs particuliers éprouvés externes qui invitent à l’action ? Ou alors de «savoir », domaine où la formation peut agir mais aussi où il est important de faire l’inventaire expert des outils et des pratiques (c’est un peu le sens de notre ouvrage), ? ou encore, de « vouloir » ; dans ce domaine, est-on sûr qu’il est acquis que tout professeur cherche à innover en classe ? Notre corps enseignant est très partagé sur ce point.
« Innover » n’est pas forcément le nouveau à tout prix ; c’est combiner, souvent chercher des alternatives quand on est confronté à un problème irrésolu, quand vous sentez qu’il n’y a pas d’ajustement entre ce que vous mettez à disposition des élèves et leurs résultats en ce qu’ils en font . Certains pourraient s’en contenter, en imputant les défauts à une causalité externe, d’autres vont tenter d’interroger ce microsystème subtil entre professeur/savoirs/élèves. Le point de vue est très différent, les conséquences aussi !
Avec André, nous invoquons « l’effet Bunuel[12] » comme métaphore, à partir de l’analyse du film de l’Ange exterminateur, où tout un groupe se trouve enfermé, sans avoir oser une seule fois ouvrir la porte…pourtant ouverte. Mais il faudrait oser user de sa responsabilité personnelle pour sortir de l’enfermement stérilisant.
Parmi toutes ces expériences j’avoue que c’est la partie sur la
gestion du temps scolaire qui m’a le plus passionné. Il y a là des
réalisations concrètes, présentées rapidement et efficacement et qui
ont remarquablement réussi. Votre ouvrage les fait connaître. Mais
pourquoi ces informations ne circulent-elles pas plus ?
Combien je partage votre enthousiasme et votre étonnement en même temps ! Bien des équipes n’attendent pas réformes et injonctions pour ajuster au mieux leur organisation scolaire, temps et espace, à la recherche de la performance de leurs élèves. Ce qui les différencie des autres, c’est qu’un collectif organisé, avec direction et formation dans le coup, s’applique à toucher à la loi d’airain de notre système : l’organisation tayloriste de nos établissements. Mais heureusement, toutes sortes d’établissements[13] l’ont fait et le font actuellement, ce n’est pas réservé aux seuls élèves « décrocheurs » comme on le voit souvent, mais aussi pour des établissements parfois élitistes. C’est donc qu’il y a aussi une réelle plus-value, pour tous, dans une organisation du temps modulé avec efficacité.
Cette approche du « temps mobile » n’est pas nouvelle ; Aniko Husti[14] l’avait déjà diffusé dans les années 80/90, ses conclusions reprises aussi dans les rapports de l’Inspection générale[15]. Le réseau de l’innovation[16] a engrangé tout cela depuis des années, et mis en ligne. Nous avons donc les études de cas, les outils, les évaluations, les « savoirs professionnels » à disposition. Mais… qu’en faisons-nous ? Et à quelle échelle de diffusion et d’expérimentation ?
Nous touchons ici des « fondamentaux » de notre métier et de notre culture professionnelle : chaque établissement a sa propre histoire, dispose d’une combinatoire spécifique entre compétences présentes, valeurs assumées, mode de direction ; nous sommes dans une organisation humaine et professionnelle complexe, où l’engagement n’est pas collectif, il reste du domaine de l’acteur ; nous savons ce qui « marche », nous savons en décoder la réussite ; mais nous sommes collectivement en incapacité de reproduire le phénomène, tout du moins en masse.
La question porte autant sur la responsabilité de chacun des acteurs, que dans la prise de décision au niveau politique. N’oublions pas un échelon, celui des « corps intermédiaires » (formateurs, conseillers pédagogiques, inspecteurs, directeurs) qu’il s’agit d’impliquer dans ce jeu. Le changement d’organisation impacte tous les métiers et les relations entre les gens, à tous les niveaux ; ce ne peut être seulement qu’une « affaire de profs » !
Visiblement vous croyez dans la diversité, la créativité. En
théorie elle est possible à travers l’article 34, le dogme de la
“liberté pédagogique”. Mais on voit bien qu’en fait l’un et l’autre ne
changent pas grand chose, si ce n’est souvent faire admettre de
véritables régressions. Comment impulser une véritable diversité dans
l’éducation nationale ? Quelles pourraient être les conditions du
changement ?
Il ne s’agit pas de foi, mais d’une analyse sur le fonctionnement des systèmes. L’égalité mathématique ne fonctionne que par la diversité des éléments et non leur identité. On dit bien A = B. Toute dynamique[17] n’existe que par les différentiels.
L’article 34 de la loi de 2005 donnant le droit à l’expérimentation pédagogique[18] est une « ruse de l’Histoire » ; réclamé il y a 25 ans par la gauche, il est acquis par une loi ( !) dans un contexte de droite conservatrice. C’est donc qu’au-delà des péripéties des alternances politiques, des forces travaillent notre structure éducative, à présent plus rapidement qu’hier. L’expérimentation ne s’inscrit suffisamment pas dans une logique de libéralisme ; c’est pourtant le maillon qui complète le dispositif qui reconnaît depuis 1986 l’autonomie et la responsabilité de l’EPLE. On retrouve la logique qui agit dans le développement durable : « penser global, agir local ».
Ce qui impressionne actuellement, c’est encore la paralysie des acteurs locaux à se saisir de cette carte blanche, à se saisir de toutes les dimensions possibles, collectives, créatives au service de tous les élèves. C’est le sortilège de l’effet Bunuel évoqué plus haut.
Il nous faut donc travailler à une véritable pédagogie de « l’empowerment [19]» ; quand bien même les contraintes sont fortes, les conditions d’exercice plus difficiles, êtes-vous satisfaits de l’organisation, mécanique, répétitive et fastidieuse, de votre travail et des résultats produits auxquels vous participez ? Si oui, nous ne pourrons pas travailler ensemble ; si non, alors, un ouvrage tel que les « Mille et une propositions », et des missions d’expérimentation telles qu’elles peuvent exister dans les académies, peuvent alors nous entraider solidairement, dans l’enthousiasme de notre action professionnelle difficile mais plus que jamais essentielle pour la stabilité de nos sociétés en changement accéléré.
« entendre » plus loin :
5 podcasts en échanges croisés autour des thèmes abordés dans ce livre, entre les deux auteurs, sur la page http://lewebpedagogique.com/diversifier/1001-propositions-pour-innover/
Voir aussi le “livre d’or” du livre et des sites associés (nov.2008)
[13] http://francois.muller.free.fr/diversifier/lycee/pratiques.htm , espace « spécial LYCEE »
Organiser des idées, des éléments de savoirs, tenter d’être fidèle à la complexité du raisonnement et aux liens, ce sont des défis pour l’enseignant. Un support préconstruit ne peut que suivre très imparfaitement ces entrelacs à la manière des synapses neuronaux de notre cerveau. Un support, non, mais un outil oui. C’est l’objet de la carte conceptuelle développée, par exemple, par le logiciel MindManager (téléchargement en version démo). Mais vous pouvez en réaliser plus simplement avec les outils proposés par le logiciel de type Word.
La carte conceptuelle, ou schéma heuristique, est fondée sur le principe des cartes mentales de Tony Buzan, générateur de cartes de concepts arborescents et évolutifs par hyperliens de toutes sortes, et de relations transversales… Les mind maps sont des listes de mots structurés et organisés en arborescence pour représenter une idée, un concept, un projet, un plan… Ils permettent d’organiser, générer et présenter des idées graphiquement avec possibilité de détacher ou grouper des branches (des développements selon une logique fractale).
Le graphique met en scène les principes d’élaboration de la carte mentale. Souple, évolutive et personnalisée, elle peut faire l’objet également d’une élaboration collective. La formalisation des connaissances par représentation sous forme de carte semble être un bon outil, surtout lorsque ce sont les élèves qui les construisent eux-mêmes. En assemblant progressivement entre eux les éléments acquis, il est possible de comprendre le détail et la globalité d’un champ de connaissance.
La carte, enregistrée sur un poste, dans le dossier élève du réseau, permet de travailler dans la durée. C’est-à -dire qu’elle ne sera pas utilisée seulement sur une séance, mais pendant une séquence, voire une année scolaire. L’élève peut remplir sa carte au fur et à mesure des apprentissages . D’abord individuellement, puis en confrontant les premiers essais, collectivement, cela permet des réajustements. Le schéma heuristique peut ainsi être assimilé à un outil d’aide à la structuration des prises de notes.
L’étude du CEREQ signalée par le Café du jour porte notre attention sur le parcours des élèves après leur passage “chez nous”; c’est un point d’observation qu’il est intéressant de développer dans tous nos dispositifs innovants et expérimentaux: que sait-on de nos anciens élèves ?
Quelques témoignages oraux, écrits, parfois vidéos (si, si), des “retours sur l’expérience” comme nous en avons eu lors du séminaire “décrocheurs” de l’an dernier, marquant spécialement pour… nos collègues professeurs des écoles présents à ce moment particulier.
Une partie de l’évaluation de l’expérimentation trouverait bien son expression et sa modalité dans ce type de retour; des informations précieuses pour mesurer l’impact de l’expérience scolaire et des formations reçues, toutes proportions gardées. Les messages qu’ils nous délivrent sont souvent de grande valeur et reconnaissants, pour peu qu’on les entende.
fm
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Quand l’école est finie : qu’est devenue la génération 2004 ?
Que sont devenus les jeunes sortis de formation initiale en 2004 ? Comment se sont-ils insérés dans la société ? Le Céreq publie les résultats d’une enquête menée en 2007 auprès de ces jeunes. Sur ces 737 000 jeunes, 123 000 n’avaient aucun diplôme et 127 000 un cap ou bep. (34%). 42% ont un diplôme du supérieur.
Trois ans après leur sortie de l’école, le Céreq relève 8 trajectoires différentes. 58% ont eu un accès rapide et durable à l’emploi. 16% ont eu un accès différé à l’emploi19% connaissent un chômage persistant ou une inactivité durable. Enfin, et c’est nouveau, 7% ont repris des études.
Autre fait nouveau, les 3 quarts des jeunes ont travaillé durant leurs études. Enfin les premières années d’activité sont accompagnées de nombreuses mobilités professionnelles. Malgré tout les jeunes restent marqués par leur origine sociale : un jeune issu d’une famille cadre à 8 fois lus de chances qu’un jeune issu d’un milieu modeste d’être cadre.
L’autonomie de l’élève, « attracteur étrange » de l’Ecole
l’autonomie chez l’enfant ?
Issu du grec « Auto-nomia », l’autonomie est la faculté d’agir par soi-même en se donnant sa propre loi. La notion est donc très proche de celle de la liberté et de la responsabilité puisque la personne autonome « s’autorise » à agir selon ses propres règles et donc, à conduire sa vie. C’est un concept très lourd de sens. A la manière de Spinoza : « Je fais ce que je veux, je veux ce que je suis, je suis ce que je fais » . L’étymologie nous joue des tours en rapprochant par exemple « autonomie » et « autorité » ; la racine latine « augeo » ou « auctoritas » signifie : j’accrois les potentialités de mon système, j’augmente mon emprise sur les choses et mon environnement. D’une certaine manière, être autonomie, c’est s’autoriser. Alors, posons la question : est-ce que l’autorité de l’Ecole, du maître, du Savoir, accroît l’autonomie de l’élève ? A l’analyse des faits et des pratiques sur le terrain, les réponses sont variées.
Actuellement, les parents ont tendance à accorder trop d’autonomie, ou trop tôt, à leurs enfants : ils sont « parentifiés ». Il leur est demandé d’agir là où on ne leur demandait rien il y a seulement vingt ans. « Enfants à la clé », ces écoliers sont en mission :pour rentrer et sortir de chez eux sans que les parents ne puissent être présents pour les accueillir, parfois aussi en charge d’éducation de la fratrie dans certains milieux. Les corollaires sont multiples : la responsabilité des enfants s’accompagne de « gestes » économiques puisque ces mini adultes sont investis de « valeurs », souvent matérielles (combien le prix d’un mp3 et d’un portable ?) et de décisions, voire de prescriptions commerciales dans la famille. Sont-ce des témoignages de l’autonomie chez l’enfant ?
S’instaure alors un véritable paradoxe : les élèves sont surinvestis en matière d’autonomie de la part de leurs parents, et dans un processus inverse, ceux-ci ne parviennent pas toujours à gérer ce surplus de responsabilités car ils restent enfants beaucoup plus longtemps que l’on ne l’imagine, on a pu parler alors d’adulescents !. Une telle contradiction introduit inévitablement des modifications dans l’environnement scolaire. Attentes, contraintes et défis pour les enseignants.
manque d’autonomie au niveau scolaire ?
De récentes évaluations nationales, mais aussi internationales révèlent des lacunes scolaires importantes chez nos élèves. Certains automatismes ne sont pas connus et assimilés dans le second cycle, ce qui laisse penser que l’enseignement a, quelque part, dysfonctionné. Les besoins réels des élèves n’ont pas été forcément entendus ou analysés comme tels. De plus, le système scolaire les a longtemps réduits à se comporter comme simples réceptacles de savoirs. Ils n’ont pu développer une réelle autonomie : c’est le constat des profs de lycée quand ils engagent les TPE avec leurs élèves. L’Ecole, d’une certaine manière, les a assujettis, c’est-à -dire transformer en sujets et non en acteurs. Décalage avec la « vie «réelle » rencontrée par ailleurs, il suffit de parcourir les blogs des ado pour mesurer le phénomène.
Autre réalité dérangeante : lors des évaluations PISA, il est apparu très nettement que les élèves ont « PEUR » de répondre, et ne sont pas dans une logique de « l’OSER » (variante de « s’autoriser »). Le regard de l’Autre et la crainte de l’erreur, assimilée à la « faute » souvent dans nos pratiques « notatoires », anéantissent toute velléité de prise de parole en cours. Toute manifestation d’autonomie est étouffée par l’augmentation du contrôle interne à chaque individu-élève ; d’une certaine manière, l’école a bien « formaté » les élèves.
Pourtant, les élèves ne veulent pas se réduire à de simples sujets (sur-)exposés au Savoir. Il n’est qu’à citer l’enquête menée auprès des lycéens en 1998 dans le cadre de la réforme du lycée. Les élèves ont réclamé davantage d’autonomie et de responsabilités dans le cadre de leurs études. Plus encore, ils ont manifesté leur souhait de travailler sur des éléments qui ont du sens. Cela s’est concrétisé par la mise en place des cours d’ECJS en seconde, de TPE en première et terminale… Ces enseignements ont timidement marqué le début de l’autonomie des apprenants et ont surtout permis de donner du sens aux savoirs, ce qui était fondamental pour les élèves. Plus récemment, les élèves, notamment dans les lycées professionnels où les élèves ont besoin de comprendre la finalité de leurs enseignements, attendent de la complexité et du sens dans la pensée de l’école.
C’est un pari essentiel et actuel pour les enseignants à présent à tenir : celui de passer d’une logique d’enseignement à une logique d’apprentissage, où les élèves se sentent autonomes et responsables. L’anglais a des mots pour cela en différencier « teach » et « learn ».
Freins au développement de l’autonomie ?
La crise d’autorité de l’école serait-elle celle de l’autonomisation des savoirs ? Quelques symptômes se manifestent. D’une part, le consensus autour de l’école n’existe plus : par exemple, la tendance au « home-schooling » (l’école à la maison) concerne près de 10 millions d’enfants aux États-Unis, et se développe à présent en France. Le home-schooling est la négation la plus complète de l’école puisqu’elle interroge celle-ci sur sa plus-value.
D’autre part, l’école s’est développée sur les notions de compétitions, de notations et d’individualisme, ce qui n’est pas sans conséquence : l’autonomie scolaire se construit contre les autres. Le fait que les élèves soient soumis à de multiples évaluations conduit nombre d’entre eux à « décrocher », au moins dans leur tête, et à fuir un système scolaire devenu trop compétitif. Actuellement, plus de la moitié des élèves est en « mal scolaire ».
Enfin, le système scolaire est devenu très opaque pour les élèves (et leurs parents). Les mots de peur ressentie et a contrario de besoin de solidarité reviennent très souvent dans les enquêtes : quelles sont les réponses de l’école actuelle ? Pour eux, les actes d’évaluation et d’orientation nourrissent une réelle inquiétude. Tous ces paramètres amènent à penser que les élèves sont confrontés à une situation « d’anomie », qu’ils n’ont plus de liens tangibles avec le milieu scolaire : comment prendre ses marques alors et devenir « autonome » ?
Le discours de l’Ecole et sur l’Ecole est lui-même très contradictoire : on cherche à développer l’autonomie (il apparaît explicitement dans le nouveau cadre du « socle commun ») alors que le contrôle évaluatif le nie ; n’a-t-on pas chercher à noter la « vie scolaire » ?. Le système français conduit à l’anomie de ses acteurs. S’intéresser donc à travailler l’autonomie des apprenants, c’est donc, selon les conceptions et les valeurs de chacun, au pire introduire un virus dans le système, au mieux, changer de cadres de références et trouver de nouveaux points d’appui pour les enseignants. Notre système a peut-être moins besoin de réformes que de changements de pratiques, à tous les étages de la maison. Je me rappelle une instruction accompagnant un programme de discipline il y a quelques années : « faire en sorte que le temps du cours soit le travail de l’élève ». Cela reste d’actualité ? Chiche ?
pour rendre les élèves plus autonomes ?
L’autonomie ne s’enseigne pas. Elle se construit dans l’éducation : aucun humain ne saurait être autonome “naturellement”. Bien au contraire, la Nature rend le petit d’Homme très dépendant et « nu ». La première forme d’autonomie consiste, pour un enfant, à dire « je » et à se concevoir différent et unique, en se confrontant à de multiples occasions à autrui, en tenant compte des règles fixées par l’environnement social, c’est bien l’enjeu de l’école maternelle. Seul, l’enfant ne peut apprendre l’autonomie. Il lui faut des règles instituées, un cadre à intégrer, pour « jouer » aussi avec, comme les adultes savent si bien le faire….
De fait, l’autonomie s’apprend AVEC l’enseignant, au travers de ses gestes, ses invites et ses commentaires ; cela peut sembler insignifiant pour le professeur, mais ces « allant de soi » sont déterminants pour les élèves, les décrocheurs d’école nous le signalent à chaque fois. Une parole les a plombé, mais un geste ou une parole les a « sauvé » aussi. Le « je » n’existe pas en soi mais bien par la reconnaissance de la positivité de soi par autrui.
C’est un processus relativement long et s’apprend collectivement : on apprend PAR, POUR et AVEC les autres. Ce à quoi ne peut prétendre le home-schooling. L’apprentissage de l’autonomie se pose ainsi comme une des plus-values de l’école, qui offre un cadre pour la vie sociale, collective : la prise de rôles dans la classe, les fonctions distribuées pour une tâche ou pour un plus long terme, la coopération sont les versants de la même médaille. Il ne peut exister d’autonomie des jeunes sans responsabilité confiée, sans coopération organisée, sans la bienveillance requise et exigeante d’adultes autour.
Des processus tendant à favoriser cette autonomie : à commencer par le socle commun. En effet, les piliers 6 et 7 du socle permettent de travailler sur des éléments concrets et de mettre en avant des compétences d’autonomie. Le fait d’exiger ces compétences pour tous les élèves ne peut être qu’une bonne chose, pour peu que le temps d’apprentissage, on dirait même d’entraînement, soit long et durable ; nous ajouterions bien aussi : bienveillant ; ce que l’évaluation saccadée met à mal.
C’est cela qui constitue le fondement des piliers 6 et 7 du socle commun : permettre aux élèves à connaître ses propres ressources (même physiologiques, même émotionnelles), à évaluer les chances et les risques d’une situation, à s’exercer à l’esprit critique, multiplier les occasions d’échanges et de coopération, toutes ces pratiques rendent autonome. Ne serait-ce donc qu’une question de moyens ?
Quels changements cela introduit-il au niveau de l’enseignement ?

L’apprentissage de l’autonomie de l’élève nous renvoie à une conception de l’enseignement qui prend en compte le facteur temps, et l’organisation complexe des apprentissages. Il est fondamental d’inscrire l’enseignement dans une logique de serendipité : apprendre n’est pas un long fleuve tranquille, mais comporte une part d’aléatoire, d’erreurs nécessaires pour grandir et de combinatoire de multiples ressources (dont les savoirs), qui se joue tout au long de la vie. L’approche par compétences s’inscrit délibérément dans ce registre. Cela sous-tend que chacun articule ses compétences en fonction d’aspects différenciés, de goûts personnels et de prédispositions. Un parcours sérépenditique sera celui où l’on choisira ses modules et sa formation en fonction de ses goûts comme de ses besoins. Une telle attitude suppose bien sûr d’être autonome, avec une part de réflexivité et de confrontation à des moments plus rares d’évaluation régulatrice. C’est un des enjeux du « nouveau lycée » annoncé.
Cela conduit l’enseignant à expérimenter de nouvelles postures. Désormais, les enseignants pourraient réaliser un travail d’accompagnement individualisé auprès de leurs élèves, en les aidant à analyser leurs besoins et leurs points d’appui, pour les aider à gagner en autonomie. Mais aussi à inventer des modules plus collectifs où il s’agira d’expérimenter, d’argumenter, de réaliser, de confronter, de communiquer. De nombreuses équipes ont déjà emprunté cette voie, sans attendre des textes prescripteurs dans ce domaine.
Cela suppose un changement non tant dans les contenus que dans la manière d’enseigner ; des moments d’exposition du savoir, mais corrélés à des moments d’entraînement, de découverte et d’approfondissement. Ce changement d’organisation du travail ne peut reposer que sur la bonne volonté de quelques-uns ; ils s’épuiseraient à créer des « bulles » de respiration dans un cadre tayloriste encore trop rigide. Cela relève assurément d’une politique d’établissement construit et cohérent, actant que l’autonomie des élèves touche des domaines aussi régaliens que le temps de formation, la conception de l’évaluation, les pratiques de classe et la régulation en équipe interdisciplinaire et pluricatégorielle. Déjà présent dans certains établissements privés, forts de valeurs affirmés, indépendamment d’ailleurs des types de publics (très favorisés ou très diversifiés), la mesure a été prise ; le processus commence à prendre ses marques dans de plus en plus d’écoles. Le choix de l’autonomie de l’élève renvoie ainsi à la responsabilité de l’établissement, à sa capacité à s’autoriser ; là aussi, le cadre existe avec le « droit à l’expérimentation » qui accompagne le socle commun dans la même loi de 2005.
L’autonomie des élèves n’est pas une simple question de choix de pratiques, ou de supplément d’âme à caser dans des trous d’emploi du temps ; c’est d’abord une question de société. Dans cette mesure, l’Ecole peut « faire société ».
Pour aller plus loin :
http://innovalo.scola.ac-paris.fr le site académique de l’innovation et de l’expérimentation
http://françois.muller.free.fr/diversifier/index.htm le site consacrée à la diversification en pédagogie et à l’individualisation des parcours de formation, voir notamment la rubrique « autonomie »
Derniers ouvrages parus :
« Le Manuel de survie à l’usage de l’enseignant, même débutant », éd. L’Etudiant, prix Louis Cros de l’académie des sciences morales et politiques, 3ème éd. 2008
« Mille et une propositions pour animer sa classe et innover en cours », en collaboration avec André de Peretti, éd. ESF, Paris, 2008
L’édition d’un travail de grande qualité, un DVD-rom consacré au sommeil chez l’enfant et l’adolescent, co-produit par l’UNAF, le réseau Morphée et l’académie de Paris (dont nous sommes ici partie prenante) nous permet, à nous pédagogues et formateurs, de lever un voile sur un domaine encore trés caché voire absent des préoccupations officielles de l’Ecole, car considéré comme relevant du domaine privé et intra-familial; le sommeil de nos élèves.
Or, quiconque d’entre nous se trouve confronté dans nos classes à des jeunes ou moins jeunes, vautrés sur des tables, ou connaissant des retards réguliers du matin; les “décrocheurs ” scolaires se signalent de la même façon parfois en se cachant sous la couette, véritable expression d’une phobie scolaire. Il y a donc bien un rapport étroit, complexe, et sous-traité entre performances scolaires et gestion de son capital-sommeil.
Alors, dans quelle mesure les professionnels de l’Ecole, enseignants, mais aussi, personnels d’éducation et de santé, traitent cet aspect “domestique” fondamental pour chaque élève ?
Le socle commun des connaissances et des compétences, texte-cadre de l’organisation des enseignements obligatoires, signalant par paliers les niveaux de maîtrise à atteindre par tous les élèves, évoque en plusieurs points cet aspect encore trés inédit et peu traité traditionnellement et scolairement parlant: le sommeil et les pratiques sociales, familiales, culturelles s’y rattachant.
De manière explicite: les mentions suivantes sont:
Il s’agit de mettre en place un véritable parcours civique de l’élève, constitué de valeurs, de savoirs, de pratiques et de comportements dont le but est de favoriser une participation efficace et constructive à la vie sociale et professionnelle, d’exercer sa liberté en pleine conscience des droits d’autrui, de refuser la violence.
dont : - être éduqué à la sexualité, à la santé et à la sécurité ;
A - L’autonomie
L’autonomie de la personne humaine est le complément indispensable des droits de l’homme : le socle commun établit la possibilité d’échanger, d’agir et de choisir en connaissance de cause, en développant la capacité de juger par soi-même.
L’autonomie est aussi une condition de la réussite scolaire, d’une bonne orientation et de l’adaptation aux évolutions de sa vie personnelle, professionnelle et sociale.
Il est également essentiel que l’école développe la capacité des élèves à apprendre tout au long de la vie.
Connaissances
La maîtrise des autres éléments du socle commun est indissociable de l’acquisition de cette compétence, mais chaque élève doit aussi :
- connaître les processus d’apprentissage, ses propres points forts et faiblesses ;
Attitudes: - la volonté de se prendre en charge personnellement, d’exploiter ses facultés intellectuelles et physiques ;
L’implicite de ce type de texte est relativement important: la mémorisation, l’attention, la participation sont en effet largement conditionnées par la maitrise de ses propres ressources physiologiques constituées par l’hygiène alimentaire et son rapport au …. sommeil
C’est pourquoi il est intéressant, outre l’étayage des textes officiels, de s’appuyer sur l’analyse des facteurs de la performance, proposée par Guy Le Boterf: dans son modèle de la compétence, il montre comment de telles ressources physiologiques entrent en combinatoire avec d’autres plus identifiés telles que les savoirs. Ainsi, l’Ecole s’assure de l’enseignement formel concernant certaines ressources, en laissant de côté d’autres qui concourrent tout autant à la réussite.

C’est sur ce point que la différenciation devient criante, laissant de fait à la sphère domestique et/ou commerciale le soin de soutenir au mieux l’élève/enfant. Les rythmes du sommeil sont sans doute physiologiques, mais ils sont réglés ou conditionnés même par des pratiques sociales, familiales et collectives. A ce titre, l’enfant a perdu par exemple 2 heures de sommeil en 30 ans !
Le sommeil de l’enfant, ses conditions, son rythme, la connaissance du processus et les dérives possibles et connues à l’époque de l’adolescence sont bien des sujets de débats, d’échanges et de construction des savoirs. Nous l’avions déjà testé à l’occasion de la mise en place des “parcours diversifiés” devenus peu aprés des “itinéraires de découverte” quand deux professeurs de maths et de svt du lycée de Mexico - zone AEFE- ont proposé un module “sommeil” passionnant à leurs élèves du collège. Je me souviens alors de la raillerie de certains collègues parisiens….
En 2008, les contributions parisiennes du Collège Béranger, du Collège Bergson, d’une école primaire du 7ème arrondissement par exemple viennent compléter trés utilement les textes fondamentaux des médécins et scientifiques de ce DVD.
En guise de hors-d’oeuvre, un extrait sous forme de QUIZZ:
Le sommeil de l’ado QI Quizz - Sleep
————————————————————
Que sais-tu sur le sommeil et les conséquences de la privation de sommeil ? Fais ce quizz et vois
par toi-même. Encercle « Vrai » ou « Faux » pour les questions suivantes et vérifie tes réponses
sur la deuxième page. Es-tu un « intello » du sommeil ?
(V ou F)
1. Pendant le sommeil, le cerveau se repose. VRAI FAUX
2. Il est possible d’apprendre normalement en dormant deux à trois heures en
moins par nuit que les besoins en sommeil de son corps. VRAI FAUX
3. Les adolescents vont dormir et se réveillent tard parce qu’ils sont paresseux. VRAI FAUX
4. Même si vous n’obtenez pas assez de sommeil durant la semaine, vous
pouvez le rattraper durant le week-end et continuer à avoir de bonnes habitudes
de sommeil.
VRAI FAUX
5. L’ennui peut vous faire somnoler, même si vous avez dormi suffisamment. VRAI FAUX
6. Se reposer dans votre lit les yeux fermés ne peut pas satisfaire le besoin en
sommeil de votre corps. VRAI FAUX
7. Le ronflement n’est pas dangereux tant qu’il ne dérange ni vous ni vos
parents. VRAI FAUX
8. La plupart des gens ne savent pas qu’ils sont somnolents. VRAI FAUX
9. Brancher la radio, ouvrir la fenêtre ou mettre l’air conditionné vous aide Ã
rester éveillé en conduisant. VRAI FAUX
10. Les troubles du sommeil sont surtout dus à de l’anxiété ou à des problèmes
psychologiques. VRAI FAUX
11. Tout le monde rêve chaque nuit. VRAI FAUX
12. Conduire en étant resté éveiller durant 18 heures vous met au même niveau
de risque que si vous êtiez en état d’ivresse. VRAI FAUX
QI du sommeil : réponses
1. FAUX. Votre corps se repose pendant que vous dormez mais pas votre cerveau. Un cerveau actif
pendant le sommeil vous prépare à être en alerte et opérationnel le lendemain.
2. FAUX. Le besoin de sommeil est déterminé biologiquement. Même si les enfants et les
adolescents ont besoin de plus de sommeil que les adultes, le besoin en sommeil d’un individu est
déterminé génétiquement. Alors que la plupart des adultes ont besoin de 7 à 8 heures de sommeil
par nuit, les adolescents nécessitent de 8 ½-9 ½ heures pour être au mieux durant la journée, sans
devoir utiliser de la caféine ou d’autres stimulants. Vous pouvez vous habituer au manque de
sommeil, mais vous ne pouvez pas entraîner votre corps à avoir besoin de moins de sommeil. Le
manque de sommeil, spécialement la « dette de sommeil » (accumulation du manque de sommeil)
pourra affecter votre santé, votre sécurité et votre productivité.
3. FAUX. Quand les enfants atteignent l’adolescence, beaucoup ont expérimenté des changements
dans leurs cycles de sommeil. Leur cerveau et leur corps sont prêts à s’endormir plus tardivement le
soir mais ils ont toujours besoin de 9 heures de sommeil pour se sentir alerte et prêt à fonctionner au
mieux pendant la journée.
4. FAUX. Compenser le manque de sommeil pendant les week-ends en dormant plus tard le matin
peut altérer votre cycle de sommeil. Dormir tard le dimanche matin veut dire que vous ne serez
peut-être pas capable d’aller dormir le dimanche soir. Ensuite, vous devrez recommencer à vous
lever tôt le lundi matin pour aller à l’école. Cela peut désynchroniser votre cycle de veille-sommeil.
Il est préférable de maintenir des cycles réguliers de lever et de coucher même lors des week-ends.
5. FAUX. Les moments tels que l’ennui, les repas copieux et les longs voyages ne causent pas de
somnolence ; ils révèlent juste la privation de sommeil existante qui s’est accumulée.
6. VRAI. Le sommeil est nécessaire pour la santé comme la nourriture et l’eau, et le repos n’est pas
un substitut pour le sommeil. Le sommeil est un processus actif et restaurateur qui requiert du temps
pour atteindre les stades de sommeil les plus profonds lorsque des hormones importantes sont
secrétées. Quand vous ne dormez pas assez votre corps est en dette de sommeil. Tôt ou tard la dette
de sommeil devra être payée… avec du sommeil.
7. FAUX. Le ronflement peut être sans risque pour beaucoup de personnes, mais ce signe peut aussi
indiquer la présence d’un trouble respiratoire du sommeil appelé syndrome d’apnées du sommeil
qui, non traité, peut mettre en péril votre santé. Dans certains cas, le ronflement peut être dû à une
hypertrophie des amygdales ou des anomalies des structures des voies aériennes supérieures (nez,
face, machôire,…), ou à l’obésité. En présence de ronflements quotidiens et très sonores, il est
important d’en parler à votre médecin.
8. VRAI. La plupart des personnes ne savent pas quand elles sont somnolentes. Les chercheurs ont
demandé à des personnes dans chaque tranche d’âge si elles étaient somnolentes, et se sont entendus
répondre par la négative - et cela juste avant leur endormissement ! Beaucoup de gens ne savent pas
s’ils sont somnolents, quand et pourquoi ils le sont. Si vous êtes assez somnolent pour vous
endormir… n’importe où et n’importe quand… vous pouvez vous endormir même en conduisant.
9. FAUX. Ouvrir une fenêtre, allumer la radio ou l’air conditionné et même mâcher un chewing
gum n’ont pas d’effets durables sur la capacité d’une personne à rester éveillée ou être plus alerte.
En fait, ces attitudes peuvent masquer la somnolence et conduire à des situations dangereuses pour
la sécurité.
10. FAUX. Le stress et la dépression contribuent à l’insomnie (difficulté à s’endormir et à le rester).
Cependant, les personnes qui souffrent soit d’une insomnie chronique soit de difficultés à rester
alerte pendant la journée peuvent avoir un trouble du sommeil. S’endormir à l’école ou à d’autres
moments de la journée peut être un symptôme de la narcolepsie (fatigue excessive durant la journée
avec des épisodes de somnolence incontrôlables). Il y a environ 80 types différents de troubles du
sommeil, ces difficultés de sommeil ainsi que la somnolence pendant la journée doivent être
évoquées avec votre médecin.
11. VRAI. Beaucoup de personnes n’arrivent pas à se souvenir de leurs rêves, alors que chacun
d’entre nous rêve chaque nuit. Les rêves sont les plus réels et plus vivaces lors du sommeil
paradoxal.
12. VRAI. Les études des personnes qui sont restés éveillées pendant 17 à 19 heures montrent que
leurs performances et leur taux de réponses lors de la conduite diminuent au même niveau que ceux
qui conduisent en état d’ivresse. Quand ils sont restés éveillés si longtemps, les conducteurs ont un
ralentissement de leur réponse d’action de 50 % et les capacités sont réduites. Ces conducteurs se
mettent eux-mêmes et les autres en danger.
Délaissant tout bestiaire, mais enseignant à des étudiants en sciences de l’éducation, alors à l’université de Florence, l’un de nous usait à leur égard d’un apologue de la forêt pour expliciter le sens des programmes d’enseignement. Ce qui peut nous être utile dans cette époque d’application de programmes réformés dans premier degré, mais aussi dans bien des disciplines dans les autres degrés.
Je vous propose cette jolie histoire, Ã la suite de laquelle je me permettrais de vous poser une question. Lisons:
Logique de la forêt et sécurité des « visiteurs »
« La lisière d’une belle forêt[1] allait être ouverte à des visiteurs. Il fallait compter une quinzaine de jours normalement ou en gros pour la traverser. Mais pouvait-on laisser s’aventurer des personnes dans son univers, inconnu pour elles, même s’il s’agissait d’une forêt européenne, sans les munir de quelques informations et d’un savoir-faire idoine ? Et sans se prémunir contre des risques éventuels de poursuites juridiques en cas d’accident dans leur traversée.
Des experts élaborèrent donc,après de nobles disputes et de mutuelles concessions, un Programme de formation. Celui-ci par souci didactique était formulé dans les termes chaleureux et convaincants que voici :
« Vous allez traverser une très belle région boisée. Notre souci est de vous aider à retirer de votre parcours, si vous êtes seul, les meilleures expériences et la découverte du plus grand nombre de savoirs, tout en vous sauvegardant de certains risques éventuels.
Sur ce dernier point, comme vous le vérifierez sans peine, qui dit forêt, dit arbre et donc racines. Il n’est pas invraisemblable que, parvenu en huit jours au beau milieu de la forêt, vous butiez malencontreusement sur une racine et que vous vous cassez votre jambe gauche. Il n’est pas possible de vous laisser subir une telle éventualité sans secours. En conséquence, notre première intervention de formateur va être ici même de plâtrer votre jambe gauche, d’avance par précaution.
Dans le même esprit, il nous faut aussi faire l’hypothèse que vous puissiez vous sentir indisposé ou malade au milieu de notre forêt. Il importe que vous puissiez, en votre solitude, trouver la nature de votre mal. A cet effet, nous allons placer dans votre sac un dictionnaire médical Larousse. Et comme vous le savez, dans le risque des termes médicaux trop habituellement incompréhensibles, nous ajouterons, à votre disposition, un Robert en sept volumes. Mais comme l’a soutenu avec force un de nos experts, on ne peut se dispenser de placer aussi un Littré en cinq volumes pour vous aider à en savoir le sens dans votre sac. Comme cela, nous serons sûrs d’avoir fait tout ce qu’il vous fallait en vue de votre équilibre sanitaire au cours de votre progression dans la forêt.
Au fait, en celle-ci, il peut y avoir des mares, et par suite, des moustiques qui vous assaillent. A défaut d’abri pour la nuit ou le jour, il nous est apparu, comme plus simple solution, de vous enduire le visage et les mains, voire les genoux, d’une excellente pommade par laquelle vous serez protégé. Voila qui est effectué sans délai avec le plâtrage de votre jambe gauche.
L’indispensable savoir
Votre sécurité ainsi assurée, continuons le déploiement modeste de notre Programme. Nous connaissons vos soucis culturels. Il nous importe donc de pouvoir vous procurer une bonne connaissance de la variété de tous les arbres des forêts modèles, telles que les forêts australienne et amazonienne, afin que vous puissiez faire d’intéressantes comparaisons, notamment en raison des différences de météorologie avec l’Europe. Il nous a aussi paru utile de joindre, à ces données scientifiques, un cours précis sur les climats de toutes les régions de notre planète ainsi que sur la problématique actuelle relative au trou d’ozone.
Vous allez pouvoir de suite commencer votre saisie de ces connaissances, dans le mois qui vient, afin que nous puissions vérifier leur parfaite acquisition ; l’enseignement, comme la noblesse oblige.
Au cours de votre studieux et agréable apprentissage, s’il vous vient l’idée d’un savoir non encore présent dans notre Programme, nous nous ferons, en débonnaire pédagogie, un devoir de vous mettre en condition optionnelle afin de l’obtenir.
Ceci posé, vous ne pouvez ignorer qu’actuellement se déplacent, au voisinage de nos forêts, en Europe, des cirques avec des ménageries. Il est hautement vraisemblable que vous puissiez vous trouver nez à nez avec un lion ou un tigre (le romancier humoriste Jérôme K. nous avait bien dit : « there is a lion in the way ». Mao en avait déduit que c’était des tigres en papiers.
Le principe de précaution
Voire, comme nous en préviennent les médias, ce pourrait être des lions qui auraient échappé à leurs gardiens. Nous ne pouvons vous laisser dedans cette perspective sans armes ni défense. Un expert médiéviste, consulté, nous a offert un boulet de pierre qui a servi mémorablement à la destruction d’un château fort ; nous allons le placer dans votre sac. Bien sûr, vous ne disposeriez pas d’une quelconque bombarde ni d’un savoir-faire pratique de son emploi, mais, votre culture générale aidant, nous sommes certains que vous saurez faire bon usage de ce beau boulet.
Au surplus, soucieux des techniques et des technologies les plus modernes, nous plaçons également, sous vos yeux, dans votre sac, un obus de canon de 105 sans recul, sûrs là encore que vous saurez en faire un bon emploi offensif, associé à celui du boulet de pierre.
Ceci posé, maintenant que vous avez acquis les connaissances fondamentales et que vous disposez d’un bagage très conséquent dans votre sac, il importe de se préoccuper de la restauration de vos forces au cours des quinze jours de votre traversée. A 4000 calories par jour au minimum économique prévisible, cela fait 60 000 calories qu’il vous faut absorber de suite sous notre contrôle vigilant.
Maintenant, nous sommes sûrs que vous êtes convenablement préparés et formés ; nourris et protégés, sûrs du contenu de votre sac, plâtrés et bien enduits de pommade : bon voyage alors dans notre forêt. Cognitivement vôtre désormais. »
A minimis
Aux étudiants ou collègues, en contrepoint de ce programme apologique et apologétique, notre ami avait toujours demandé avec naïveté sur quel autre programme de savoirs, de savoir-faire, et de charges économiques il serait bon de se mettre d’accord ? Et vous, quel serait bien votre avis, biologique, zoologique, botanique, hygiénique et géographique ?
Car il faudrait enfin savoir comment s’orienter, au minimum, et se sustenter : mais aussi observer, cueillir les fruits et champignons innocents, s’abreuver avec quelques grammes de précautions médicamenteuses, repérer les coins relativement secs où pouvoir dormir et rêver, fabriquer une couche ou déployer artistement un sac de couchage prévu à côtés des biscuits et d’une petite pharmacie ainsi que d’une boussole, bien calée dans le sac ??…. Et des cartes ?
Ah ! Quelle peut être la composition éternelle de tout « socle » afférant à un trajet précis dans l’humanisme. Nunc est erudimini[2]…
L’absolutisme français
Ce que cet apologue de la forêt, ainsi que la fable des animaux précédente dénoncent aimablement, c’est notre propension nationale à conjuguer ensemble, et radicalement, une standardisation (les mêmes cursus et contenus pour tous) et l’encyclopédisme (ne rien laisser ignorer par chacun).
Selon nos vœux et valeurs communes, chaque élève est censé, quel qu’il soit, tout savoir, acquérir et pratiquer d’un « vaste programme », -comme aurait dit le Général de Gaulle à propos de l’éviction des gens bornés, qui ne cesse généreusement de s’étendre- et par rapport auquel chaque enseignant doit tout faire travailler à tous sur un niveau rigoureusement égal (ou plutôt identique) pour tous : et donc, au plus haut, par nationale et marseillaise fierté, Allons, enfants…. Le jour de gloire…
Et dès lors, si belle et réputée est notre offre de programme, pourquoi se soucierait-on des différences entre les élèves ? Les animaux distinguaient-ils entre le canard, l’écureuil, l’aigle, le lapin et l’anguille ? Et n’excluaient-ils pas noblement taupes, blaireaux et sangliers débiles ? Leur serions-nous inférieurs ? Que non pas ! Tous à la même toise ?, critiquait Léon Blum en déportation. De même, pourquoi se soucier des différences, dans les libellés des programmes et enseignement des connaissances.
Dans notre imaginaire collectif, notre projet légal, républicain, ne doit en conséquence souffrir aucune dérogation aux exigences de savoirs et savoir-faire dûment identiques et compactés. Ce qui serait, sous peine de meurtrir notre dessein historique, dévolu à l’absolu, décliné en langage radical, en centralisation,, en jacobinisme éclairé, en normalisation supérieure assenée (ah, ENS !)
Alors, qui se préoccuperait des talents divers de nos élèves, de leurs différences de santé ou d’origine, de leurs marges d’handicaps ou de leurs aptitudes, de leur style différents de mémorisation, de leurs goûts et a fortiori de leurs besoins et de leurs motivations. Qu’ils apprennent…(perinde ac cadaver[3])
Il est « républicain » de se détourner des modalités d’une « pédagogie différenciée ». qui tiendrait compte des différences entre les individus. Et il ne doit pas être possible de nous laisser inquiéter, au nom de la démocratie, (par un souci de « pédagogie personnalisée », invoqué par un ministre devant l’opinion.)
Il faudrait aussi se boucher les oreilles par rapport aux sirènes qui voudraient nous faire croire à la juste liberté pédagogique de tout enseignant ; qui lui conférerait le droit et la responsabilité de choisir, afin de faire trouver en son accompagnement, et avec l’entraide des camarades à chaque élève, le terrain, les connaissances, les chances de réussite, les possibilités de son approfondissement personnel : pour condition qu’ait été construit et acquis le socle commun à tous, avec le temps et l’organisation des classes idoines. Devrait-on se préoccuper d’une orientation des élèves ?
Le réalisme démocratique d’un « socle » et d’ “options”
Et bien oui, osons démocratiquement dire que le programme ne saurait se réduire à une standardisation des données indispensables pour participer à une civilisation et y trouver sa place individuelle. De même, il n’est pas non plus l’extension indéfinie de connaissances touche à tout, ni de faire subir aux élèves le risque de surcharges et d’un brouillage des « lumières » qu’une culture est destinée à leur apporter, sans les éblouir ou les aveugler. Un équilibre, un dosage diversifié, sont nécessaires pour tous.
Mais regardons encore le programme dans l’esprit de ceux qui les rédigent, ne serait qu’en socle. Ce terme, substitué ou précédent « tronc commun », signifie et souligne qu’on ne peut s’en remettre au seul appui sur des experts disciplinaires (« les experts font des impairs »), qui n’ont de souci que d’amplifier, pour leur matière, la surcharge.
Et ce caractère de surcharge signale des ambitions pseudo-enclycopédiques et même contre-encyclopédiques. Il faut choisir ! Un socle alors ? Mais aussi des options d’approfondissement.
En contrepoint du rapport Thélot , l’idée de socle[4], équilibrée par celle d’options, est salutaire comme sur le modèle anglo-saxon : au minimum, acquérir des connaissances « ordinary » ; puis se donner à des « advanced », le tout simultanément pour se développer sur une ou plusieurs disciplines par lesquelles on tâte son orientation, on essaie de se projeter, on élabore des projets originaux.. Il s’agit bien d’organiser la diversité des parcours. On ne peut exiger des approfondissements sur tout et pour tous. Il faut aider chacun à composer et à projeter le sien.
Si on ne s’en défie, sous leur inertie, les savoirs se rigidifient en réalités déterminées et figées, ce que symbolise le plâtre. On s’éloigne alors de la connaissance (naître avec) vivante, désirée La notion de « contenu », absolutisé, par définition laisse de côté le « contenant » et la synthèse des savoirs à réaliser en combinatoire.
Mais notre fable forestière, on peut y revenir, souligne l’utilisation exagérée de l’alibi culturel. Celui-ci permet trop souvent de mettre en avant la formation d’un esprit critique défensif, fermé à tout dialogue, à toute lecture. On met en défiance. C’est la dérive de la notion de critique : suraccentuer des limites, des difficultés, des précautions, au lieu de s’exercer à faire émerger des choses essentielles.
Précaution sur les précautions
Mais les medias concentrent trop, pour notre temps, l’attention vers des données négatives : défensives, « négatrices » comme le signale Ardoino[5] et destructives des motivations. Ces négations apportent des prétextes à la lourdeur des précautions prises. Il faut alléger pour mieux approfondir.
Avant tout programme, c’est l’état d’esprit initiateur qui est en cause, forcément suspicieux, si on n’y prend garde. On peut en ce sens reprocher aux concepteurs de programme un faux souci de modernité (« l’obus de 105 » de notre apologue), qui dispense de réfléchir à mettre en relation vraie les individus avec ce qui se fait effectivement dans la société.
On remarquera aussi la toute petite part d’ajout personnel au programme, concédé (exemple de la consultation des élèves qui a donné les TPE, supprimés pour les Terminales intempestivement en 2004 !
La fable de la forêt ironise finalement sur l’excès d’une formation antérieure abstraite, refoulant le projet d’une formation en marchant (expression du poète Machado[6]) ; où la connaissance scientifique s’élabore « la main à la pâte ». Faire regarder les fruits et les champignons, prendre des précautions eut été peut-être adéquat, pertinent dans l’immédiat ! Que peut-on transposer, de ces métaphores, pour fortifier les aspirations de nos élèves ?
Mais les programmes cherchent trop souvent à transmettre des connaissances non immédiates, décalées des réalités, et non opérationnelles, non mobilisables sur les besoins ressentis, avec des tendances archaïsantes permanentes.
On peut remarquer également l’absence d’une recherche de l’orientation ; pas de « carte », pas de « boussole » !: Que faudrait-il dans notre système éducatif pour réguler les cursus des élèves dans leurs différences ?
[1] Il est amusant de constater que le thème de la forêt est d’actualité à l’heure de l’éducation à l’environnement pour un dveloppement durable ; Organisée depuis 15 ans, l’opération “A l’école de la forêt” est citée comme support de la mise en Å“uvre de l’éducation à l’environnement pour un développement durable. http://www.ecoledelaforet.agriculture.gouv.fr/. Les élèves sauront-ils y retrouver un chemin que les enseignants doivent apprendre… sans boussole.
[2] Et mantenant soyez instruits Et nunc, reges, intelligite ; erudimini, qui judicatis terram ! « Et maintenant, rois, comprenez ; instruisez-vous, vous qui jugez la terre. »
Ces paroles du Psalmiste, dont Bossuet s’est éloquemment servi dans son oraison funèbre de la reine d’Angleterre, sont la consécration de cette vérité, que les malheurs des rois sont pour les autres rois la plus éclatante et la plus instructive des leçons
[3] « Comme un cadavre » : Saint Ignace de Loyola fit de ce mot la base de la discipline de son institut. Il voulut faire entendre par là que les membres de la compagnie de Jésus doivent être soumis aveuglément aux volontés de leurs supérieurs, sans opposer plus de résistance qu’un cadavre. Il est juste d’ajouter que cette obéissance passive n’était pas aboolue ; le fondateur y avait mis cette restriction : In omnibus ubi peccatum non cerneretur? dans toutes les choses où l’on ne voit pas de péché.
[4] Une réflexion sur le concept de socle est disponible sur le site des Cahiers pédagogiques, http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=1277 et http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=1478
[5] ARDOINO (Jacques).- PROPOS ACTUELS SUR L’ÉDUCATION. (Contribution à l’éducation des adultes). Paris, Gauthier-Villars, 5e édition, 1971, 454 p.
[6] Voyageur, le chemin
C’est les traces de tes pas
C’est tout; voyageur,
il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Au moment où l’Ecole doit réfléchir à de nouveaux modes d’organisation pour améliorer ses performances et répondre aux défis nombreux de notre société européenne (socle commun, formation et nouveau métier des enseignants ?, nouveau lycée ?), dans un contexte politique et économique en proie à de profondes contraintes, il est intéressant de faire un pas de côté pour observer comme une autre organisation se transforme dans le même temps, toutes choses étant transposables par ailleurs.
Le GTIA, ou la nouvelle façon d’être opérationnel
Depuis peu de temps, l’Armée française, pourtant porteuse de traditions et d’”armes”, composés en corps constitués, a profondément actualisé son fonctionnement en ajustement direct avec les nouvelles missions qui lui sont confiées sur des terrains lointains et inconnus, souvent en discordance avec les modes classiques de la guerre à l’européenne.
Ainsi, est apparu un nouveau mode d’organisation: le GTIA, Ã savoir le “groupement tactique inter-armes”.
En métropole,  on a une organisation en régiments, divisions, armées… avec leurs états-majors respectifs, le tout prévu pour defendre le territoire national. Un GTIA est simplement un niveau d’organisation de l’AdT spécialement “taillé” pour les OPEX (opérations extérieures).
Le GTIA est la condition essentielle du combat moderne. Sa plus grande difficulté est la communication et la coordination entre les différentes armes. C’est une sorte de décentralisation de l’Etat major, en créant un mini état-major au niveau tactique, qui tend à rendre plus efficace les ordres sur le terrain, par exemple pour demander un appui blindé ou aérien. Pour des missions courtes, un groupement où collaborent plusieurs éléments issus de corps différents, variés dans leurs compétences, dans leurs formations, dans leurs outillages.
Une sorte de mini-armée de terre en quelque sorte, qui peut regrouper des moyens d’infanterie, d’artillerie, de blindés, de soutien (logistique, santé, etc) sous un commandement unique.
(d’après des échanges sur le forum ici)
Actuellement, le GTIA est effectivement taillé pour l’OPEX pour calquer un peu les structures d’autres armées dans lesquelles on trouve la composante combat, la composante appuis, la composante commandement et la composante soutien. Ces quatre composantes se retrouve dans le GTIA.
Retournons à l’Ecole
Pourrions-nous alors réfléchir dans nos établissements, tout entiers organisés en corps disciplinaires, jusque dans l’organisation même des équipes et des emplois du temps, voire même des salles, à cette modalité temporaire et efficace tout orienté vers la réalisation d’une mission précise ?
Certes nous connaissons déjà des actions inter-disciplinaires, misant sur la complémentarité des interventions de quelques-uns, tels les TPE au lycée, les PPCP en LP; des dispositifs souples existent ponctuellement dans des collèges (les DSA à Paris par exemple), mais ces pratiques restent d’une certaine manière expérimentale et ressortent de la bonne volonté (et des compétences ad hoc) des acteurs. Tous ont en commun de concevoir leur service en gestion par projet, souple, réactif, rendant possible d’accueillir l’imprévu du travail, et en accompagnement de leurs élèves.
Il est tout à fait possible de songer qu’une plus grande partie du temps scolaire des élèves, et partant des enseignants, soit régi par d’autres règles que celle assez tayloriste actuelle. Se constituer en “GTIA” que nous pourrions décliner de la sorte: groupe de travail interdisciplinaire et d’apprentissages (pourquoi pas ?) sur une période d’une semaine, sinon de cinq semaines permettrait une respiration salutaire dans un univers trés contraint par ailleurs.
Un établissement pourrait tout à fait concevoir sur un niveau (la Seconde sera d’actualité dans quelques mois) une évolution sur l’année en GTIA à coloration d’abord scientifique, puis sciences humaines, puis artistique, en retenant que certains champs seraient partagés tout au long de l’année comme les pratiques en langues vivantes, les pratiques en tice et des modalités sollicitant la responsabilité et l’autonomie. Le Socle nous y invite. Ce seraient des temps de formation groupés, intensifs et productifs qui sembleraient bien améliorer la qualité de formation de nos élèves.
De telles organisations sont peu ou prou déjà actives dans certaines structures, parfois étiquetées expérimentales (au lycée Lurçat par exemple), parfois non.  Ces évolutions sont silencieuses pour pouvoir se réaliser plus sereinement. Dans tous les cas, l’autonomie de l’EPLE l’y autorise, comme l’article 34 de la loi de 2005.
Qu’en pensez-vous ?
Ou l’Ecole et ses « buts »
extraits de “Contes et fables à l’usage de l’enseignant moderne”, André de Peretti et François Muller, éd. Hachette Education, 2006Â
La vie en société demande une certaine organisation des relations et des positions qui soit claire pour tout le monde, indiquant,  de façon différente pour certains et pour d’autres, ce qu’on peut faire et ce qu’on ne doit pas faire, les orientations qu’on doit suivre et les risques qu’on doit éviter.
A force de vivre des structures sociales et des réglementations,  en particulier à l’école, on peut oublier de comprendre à quoi cela sert.[1] Et donc, on peut arriver à ne plus vivre de façon sensée. Dès qu’elles sont comprises et imagées, les obligations sont plus supportables, mais il faut envisager aussi ce qu’il advient quand les réglementations ne sont plus observées. Alors, prenons nos places, entre collègues ou avec des jeunes, devant un match et regardons.
Distinctions
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Dans un match de football[2], les individus ne s’y rencontrent pas n’importe comment. Ils ne s’y heurtent pas ou ne s’y défient pas au hasard, de façon brouillée. Ils sont les uns face aux autres distingués et reconnus dans leurs distinctions.
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Car des séparations sont construites sur l’ensemble des personnes réunies : d’abord entre le sous-ensemble des joueurs et celui des spectateurs, ensuite, à l’intérieur du sous-ensemble des joueurs, entre les deux équipes d’une part, et l’arbitre d’autre part ; enfin, parmi les spectateurs, entre les gens du pays et les « visiteurs » venus en « supporters » de leur équipe.
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Les habillements, les maillots marquent ces séparations de façon repérable ; selon celles-ci, les joueurs disposent du « terrain » dont ils ont la « propriété » momentanée pour accomplir leurs tâches, cependant que les spectateurs utilisent les tribunes où ils possèdent chacun leur place (pour laquelle ils ont payé, dépensant une partie de leurs « moyens d’action »). Et sur le terrain, chaque équipe se voit attribuer la « propriété » distinctive d’un « but » en même temps que celle, confuse et disputée, d’un ballon.
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Des identifications sont complémentairement établies : chaque équipe se reconnaît comme représentant son club, sa ville (des « couleurs ») ; et les « supporters » respectifs s’identifient également à leur image d’équipe formant un « nous » dans lequel chacun (se restreignant) se rapproche et ressent une conformité qui le délivre d’examiner les différences réelles qui le séparent des voisins qui l’entourent.
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Tous les présents équilibrent leurs images respectives sur la figure de l’arbitre, assisté des « arbitres de touche », qui signifie l’institution « football » à laquelle on consent à se référer limitativement (par rapport à d’autres formes possibles, instables, de rencontre).
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Suivant le jeu des séparations et des identifications, chaque équipe se construit comme un « pouvoir » antagoniste de l’autre. Chaque joueur met, en effet, sa puissance physique à la disposition de ses co-équipiers, suivant une définition des rôles à soutenir (en tant qu’avant, qu’arrière ou que goal etc…) et les rôles s’équilibrent d’autre part sur la figure centrale du « capitaine », lequel établit, par son activité, l’ « autorité » qui sécurise et stabilise l’équipe en une forme unitaire.
Enfin, l’arbitre maintient les séparations et les identifications par sa « responsabilité », c’est-à -dire par le « pouvoir » qui lui est reconnu d’arrêter les joueurs et de les obliger à certaines actions pour maintenir mesuré l’antagonisme de leurs pouvoirs respectifs. Mais aussi, par l’autorité qui se concentre sur lui en tant qu’il est visible, pour les spectateurs comme pour les joueurs, il assure la conformité aux règles en lesquels chacun, indistinctement, se reconnaît et s’identifie plus ou moins consciemment.
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Economie des énergies déployées
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Ainsi chacun des joueurs jouera en sorte de garder des forces en réserve afin de tenir tout au long du temps défini dans un modèle de la partie ; à cet effet, il se retiendra d’aller anarchiquement à la poursuite du ballon, mais il se mettra à une place relativement convenue par son rôle : il contrôlera ses coups dans le ballon en sorte d’envoyer celui-ci non pas nécessairement le plus loin possible, mais là où il pourra être utilement attendu par un joueur de son équipe selon son rôle propre ; il s’opposera conventionnellement aux joueurs adverses (même si ce sont des amis), mais sans les frapper ; il maintiendra une partie de son énergie motrice en tension pour se maîtriser et se conformer aux règles du jeu et aux indications de son capitaine ; bousculé, il se crispera pour ne pas réagir, afin de s’en remettre aux sanctions édictées par l’arbitre selon un barème défini d’avance ; en raison de celui-ci, il se précipitera pour éviter que le ballon ne « sorte » ; il dépensera de l’énergie pour que ses mains ne touchent pas le ballon, s’il n’est pas gardien de but ; il freinera son élan pour éviter de se mettre « hors-jeu ».
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Ces divers comportements seront régularisés par la consommation d’information (d’énergie informationnelle) faite par chaque joueur pour repérer régulièrement, grâce aux maillots différents, les membres de son équipe et les adversaires, et par sa mise en œuvre d’ « influence » pour adresser et recevoir des appels, en particulier du côté du capitaine ou de l’arbitre (bras levés, coups de sifflet).
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De même, une importante énergie de caractérisation sera appliquée, continûment par chaque joueur pour interpréter la situation, eu égard à la place du ballon par rapport aux lignes caractéristiques et conventionnelles du terrain en sorte de porter son effort vers le « but » adverse ou de se replier vers le sien. Il agit aussi sur lui-même de façon à tenir son rôle et sa position, selon la méthode mise au point à l’entraînement, quitte même à sacrifier son amour-propre au bénéfice des « valeurs » de solidarité ; il prend garde également aux risques de sanctions.
La clarté et la santé des spectacles
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Le spectacle d’un match est terriblement changeant ; il conserve cependant une forme suffisamment claire pour être suivi par de grandes foules. Le train mené par les équipes en s’adaptant l’une à l’autre marque généralement un régime assez permanent des énergies et informations actualisées avec un certain « jeu », autant que les équipes sont de force comparable ; ce que les normes demandent.
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Remarquons bien que la forme ainsi construite absorbe le surplus des énergies des joueurs. Qu’un accident survienne, et les normes, rôles, objectifs, sanctions et autres pôles seront oubliés, les énergies qu’ils requéraient seront disponibles pour des efforts de solidarité ou de querelle, requis par la situation de crise.
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De même la forme du match, en spectacle, absorbe les énergies du public : on sait, depuis Athènes ou Rome, combien les sports sont des activités régulatrices, évitant les débordements d’agressivité et détournant les foules d’excès antisociaux (panem et circenses[3]!) ; on sait aussi que les forces ainsi exercées peuvent être utilisées ensuite pour les guerres ! On sait trop bien aussi ce qui arrive quand des hooligans perturbent le déroulement du match et parfois le détruisent.[4]
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Ecole et Match
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Compte tenu de la culture footballistique actuelle[5], très impressionnante chez les jeunes, un mythe du match de football peut être très percutant. Non seulement pour les jeunes mais aussi pour les enseignants : quel jeu ? Quels partenaires ? Quelles stratégies ? Quelles règles ? Quels sont les supporters ? Que sont les arbitres ? Enseignants, élèves, chefs d’établissements ?
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On peut en premier lieu se mettre d’accord dans chaque classe pour reconnaître qu’apprendre, c’est jouer en équipe.
On pourrait commencer comme cela : depuis que nous sommes à l’école, on nous parle et nous parlons de règlement, de règles, des places, de même que de programmes, de leçons, de devoirs, et autres obligations. Entre nous, à quoi cela sert, ces sortes de contraintes et d’obligations qui sont imposées aux uns et aux autres ? Essayons d’y réfléchir en ouvrant nos yeux et nos réflexions sur la réalité d’un match de football et sur les raisons qui font qu’il nous parle, qu’il nous intéresse.
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Le match se présente comme un jeu réglementé de façon à être pouvoir nettement lisible, visible, compréhensible dans son déroulement compliqué et pourtant simple : avec lui,  on ouvre un espace-temps délimité, dans lequel on va pouvoir sentir, comprendre et réagir ensemble à ce qui se passe.
A y regarder de près, c’est ce qu il faut aussi comprendre dans l’Ecole : avec ses réglementations, son emploi du temps, ses programmes, ses échanges de travaux et devoirs, ses recherches et ses « passes » de savoirs à bien contrôler et placer. C’est une suite de matchs !
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De même que les « règles du jeu » imposées aux différents acteurs (arbitres, joueurs, spectateurs) permettent, quand elles sont respectées, qu’il y ait un spectacle, des émotions et une certaine libération cathartique de l’énergie collective, de même, l’Institution scolaire, par les règles qu’elle impose, civilise les relations entre les personnes, adultes et jeunes. Elle rend possible à la fois une coexistence d’intérêts opposés et de passions antagonistes[6]. Les parents, la société, l’environnement sont bien des spectateurs, souvent supporters frémissants. Les enseignants sont bien, de leur côté, des entraîneurs soucieux ; cependant que les directeurs, inspecteurs, jurys, sont arbitres de touche, arbitres ou présidents ! Et le ballon qui bouge peut bien symboliser le savoir en jeu.
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Mais la conséquence du match peut être un sentiment d’avoir vécu un moment intense (ah, les rencontres d’anciens élèves !) et de s’être soi-même libéré d’un supplément d’énergie et de force qui se trouvait inemployée. Si l’énergie disponible ne se consomme pas en « passes » réglementées, elle passe par la personne elle-même qu’elle échauffe malencontreusement comme le courant de Foucauld dans un conducteur. Quelle que soit la position, d’observateur même, la mise en scène du match sollicite l’énergie de chacun. Et on connaît la vivacité des querelles récurrentes sur l’école, notamment en France. La centration sur le jeu et les demandes d’énergies à produire détournent cependant de la violence sociale potentielle.
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 La transposition est aussi valable dans le cadre de la classe : les élèves ont tendance à se situer dans quelques oppositions assez simples ; s’ils appliquent les marges prévues par le règlement, les échanges d’énergie entre eux restent supportables. Les élèves peuvent se tolérer les uns les autres sous l’arbitrage du corps enseignant dans l’établissement et dans la classe. Une tolérance réciproque dans la mise en œuvre des activités. Quelque chose se passe à quoi on est attentif, et qui évite de s’en prendre aux voisins.
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Buts, ballons, objectifs et équipes
Mais on peut utiliser d’autre symbolismes : que signifient la notion de ballon, la notion de but, et même la notion de match ? La notion d’équipe et d’arbitrage en vue de réguler l’application des règlements dans l’institution scolaire.
Le ballon, c’est ce qu’on cherche à contrôler et à conserver envers et contre les entreprises d’adversaires reconnus, en vue d’un aboutissement dans un lieu défini, un but qui est celui que garde l’adversaire. Par rapport à des difficultés provenant du terrain ou des antagonismes, une certaine maîtrise est requise par rapport à la réalité signifiée par le ballon : celui-ci requiert une compétence qu’il s’agit d’exercer pour l’acquérir et la signifier dans des apprentissages variés. Elle s’exerce en entraînement et en matchs, suivant une compétence individuelle et une coopération collective entre lesquelles le ballon circule. Elle suppose à la fois, une très grande vitesse des perception et l’inattendue surprise de chaque instant. La vigilance est constante, la supervision du terrain nécessaire pour envisager la meilleure stratégie possible. L’imprévu permet de hausser le niveau de tension intérieure de chacun et même temps, l’élan de conspiration avec d’autres. Car on apprend par soi et par les autres, pour soi et pour les autres.
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Les arbitres sont ceux qui rappellent les contraintes, les limites, les obligations, ainsi qu’ils évaluent, qualifient et sanctionnent les faux pas ou les « hors jeu », les sorties hors du cadre de signification et de mesure. Sur le terrain scolaire, cela pourrait être  le rôle de l’administration et les enseignants mais aussi cela peut être celui des élèves modérateurs, facilitant les relations entre les camarades et eux-mêmes, comme par exemple les élèves-médiateurs, dans la relation ou dans la représentation, celle aussi, dans les activités de l’EPS, des « jeunes arbitres[7] » explicitement parlant. C’est la richesse des rôles de responsabilité, de régulation, qui peuvent être confiés à des élèves de façon plus ou moins permanente, et sans l’intervention desquels les enseignants risqueraient de voir se dissiper leur propre autorité. L’autorité n’est assurée que quand elle est déléguée, non confisquée.
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Une autre compréhension du match est celle qui nous invite à réfléchir à la notion d’équipe à l’intérieur de la réalité scolaire. Existe-t-il une solidarité entraînée et visible entre les enseignants, toutes disciplines reconnues et honorées. ? L’existence des enseignants en tant que corps peut-elle être suffisante pour éviter la mise en défaut de certains enseignants face à des groupes d’élèves. coalisés pour des raisons multiples et souvent extra-scolaires ?
Peut-on conjurer le risque de la caricature d’une entrée sur le terrain scolaire d’une équipe soudée d’élèves, cependant que l’équipe enseignante se manifesterait en désordre, jamais complète, en relative ignorance des uns des autres. Tous sont utiles à leur place et utiles aux autres dans des coopérations hautement souhaitables pour emporter le match, entre des avants, des arrières, des libéraux.
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Enfin, les buts définissent des valeurs auxquelles on tient et que l’on souhaite défendre, et, en réciprocité, les buts des adversaires sont considérés comme des obstacles à l’accomplissement de ses propres valeurs et comme signifiant des objectifs à atteindre. L’apprentissage suppose l’affrontement des résistances mais également la canalisation vers des objectifs simples dans le terrain du travail.
La notion de but supporte aussi celle de projet individuel, collectif, comme de projets personnels encadrés.
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La limite de la métaphore serait de penser équipe contre équipe, enseignants contre élèves, élèves contre élèves,ou de supposer que l’adversité provienne d’autrui. Ce qu’il faut plutôt retenir, c’est qu’il ne peut y avoir de vie collective sans le respect de règles conventionnelles qui permet le respect des personnes et qui rend possibles les progressions des uns et des autres dans les trajectoires de leur existence.
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Il pourrait être intéressant de montrer comment des cours d’éducation à la citoyenneté puissent illustrer leur leçon, leur explication des règlements et des droits, par la référence ou l’utilisation de la métaphore du match[8], qui peut être intériorisée.
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[1] Il est « frappant » de constater l’ancienneté, voire l’antiquité du jeu de balles dans notre Europe celtique, pré-latine, puis latine et médiévale : « seault » ou « soule », ,puis « foeth ball » sur le terrain anglais. Interdit de manière récurrente, et donc très inefficacement, ce type de jeu permet la régulation des relations entre clans, entre villages, avant d’être finalement « institutionnalisé », quoique fort tardivement en 1863. C’est par là aussi une étape du « process de civilisation », où l’Etat, l’institution canalise dans bien des domaines des attitudes personnelles et collectives et des traditions collectives Quelques détails historiques sur la page http://perso.wanadoo.fr/archeofoot/Projet/ArcheoOrigines.html . Le classique du genre : JEAN-JULES JUSSERAND, Le sport et les jeux d’exercice dans l’ancienne France, Plon, 1901, dont quelques extraits http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Football–Le_sport_et_les_jeux_dexercice_dans_lancienne_France__La_soule_par_Jean-Jules_Jusserand
[2] Une définition laconique : Sport dans lequel 22 joueurs divisés en deux camps s’efforcent d’envoyer un ballon rond dans le but du camp adverse, sans l’intervention des mains, au cours d’une partie divisée en deux demi - temps de quarante-cinq minutes chacune.
[3] Du pain et les jeux du cirque (JUVÉNAL, satire X, vers 81). Voilà tout ce que demandaient les Romains de la décadence, du pain et les jeux du cirque, c’est-à -dire du blé au forum et les spectacles gratuits. Quant à la liberté, on n’y pensait plus.
[4] André de Peretti, Risques et chances de la vie collective, Paris, éd. EPI, 1972, p. 61 sq
[5] A l’occasion du Mondial 1998, un article sur TF1 en retenait ces termes : « Football et société sont tellement imbriqués qu’il existe une politisation du football et une “footballisation” de la société. Les enceintes des stades sont ainsi devenues des terrains de conflits ou de rapprochement au gré des relations internationales.”
[6] Elias (N.), La civilisation des moeurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973,
[7] Dans le domaine scolaire, voir l’effort important des enseignants d’EPS pour la formation de « jeunes officiels » en qualité d’arbitre, par exemple, dans l’académie de Créteil http://www.ac-creteil.fr/eps/UNSS/ACAD/circulaires/sportco/jeunesofficielssportco.htm; et un ouvrage utile pour intégrer pratique sportive et citoyenneté, même dans les TPE, Education physique et sportive. Tome 2 Classes de seconde, première et terminale, Klein Gilles, Bergé Francis, Collectif, CNDP, 2003
[8] Voir aussi « ethnologie d’une passion : le match de football, un court article en ligne http://www.cnrs.fr/Cnrspresse/n13a5.html .
Les points d’appui ? Le point d’appui est nécessaire pour qu’on puisse appuyer sur sa solide consistance un levier dont on veut bénéficier de la force qu’il peut nous apporter pour renforcer notre action. Mais qu’est-ce que cette force ?
Toute pratique professionnelle, responsable, ne s’effectue pas au hasard. Mais elle doit se soutenir, pour réussir notamment à intéresser des élèves et à soutenir leur intérêt attentif, leur possible « joie de connaître ». Il faut donc rechercher dans les motivations l’attente des élèves, par l’emploi de ressources choisies, des points d’appui de l’action d’enseignement : afin de rendre efficace l’énergie qui est mise en œuvre pour enseigner et former.
En toute activité humaine, au fait, pourquoi a-t-on besoin de point d’appui et de tant de forces ?
Pour l’enseignant, la réalisation automatique d’un travail intellectuel est complètement abstraite, sans réalités humaines et scientifiques. L’action ne peut être efficace si elle ne prend pas appui sur des ressources imaginatives, des moyens analogiques.
Le principe des points d’appui a nourri les traités d’architectures depuis Vitruve ; les hommes ont constaté recherché les solutions techniques, puis technologiques pour élever plus haut et permettre de libérer un espace encore plus grand.
La technicité a été grande à la période dite gothique, en fait spécifiquement dans l’aire de la France « royale » : le « temps des cathédrales » à la manière de Duby a d’abord été le temps des audaces architecturales au service du pouvoir religieux.
La solution technique adoptée a consisté à reporter à l’extérieur toute l’armature de la construction, à évider en quelque sorte l’espace intérieur, pour en faire une nef renversée inondée de lumière. Pour cela, la multiplication des piliers-contreforts, renforcée par le poids des pinacles a permis par arc-boutant successifs de procéder à des élévations jusqu’alors jamais atteintes.
La maquette de la cathédrale de Notre-Dame de Paris permet de visualiser d’un coup d’œil combien le système piliers-arc-boutant constitue de fait un véritable exo-squelette, rendant solidaire tout l’édifice, en annulant les forces entre elles.
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Il est tout à fait amusant de rapprocher la cathédrale de la construction voisine sur la rive droite, mais de sept siècles postérieurs : le Centre Pompidou. Pour une vocation par ailleurs similaire, accueillir le plus grand nombre pour y célébrer d’autres cultes, celui de la culture et de l’art contemporain, les architectes ont retenu le principe médiéval de l’exo-squelette, en reportant à l’extérieur l’armature de fer et de verre, sans jamais la masquer… comme à Notre-Dame.
Pour nourrir notre propos, en le transposant à l’espace d’éducation et de formation que constitue la classe, pour l’appliquer au système professeur-groupe d’élèves, c’est donc en multipliant les points d’appui, de fonctions différentes mais complémentaires que l’enseignant peut s’assurer de libérer un espace vaste et clair, une déambulation sans contraintes et une vie durable pour tous.
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Quels sont les arc-boutants, les pinacles que vous offrez à vos élèves de manière que les espaces de pensée soient les plus éclairés, les plus élevés ?

extrait de http://www.flickr.com/photos/23523449@N08/2240996789/
Que dit-on quand on dit “motivation”; voici une formalisation graphique en image ou “carte mentale” ou encore “carte heuristique”. C’est un réel travail de co-élaboration entre élèves et enseignant, que l’on peut utiliser avec des choses aussi variées que …. le latin, si, si. Un outil largement utilisé par les “Finlandais”, alors.
A voir sur http://heuristiquement.blogspot.com/
A quel “monde” peut-on attribuer les propos suivants ?
Au lieu de « bavardages » répétitifs dans nos salles de profs (et d’éviter le phénomène “boite à oeufs”, repéré par Lortie), il peut en effet être utile de nous réunir semestriellement ou annuellement pour réfléchir de manière originale en vue d’accroître le plaisir d’enseigner ? La mise en place du socle commun nous y invite.
Voici donc vingt-deux propositions de séminaires, laboratoires, ateliers ou séances, proposés à votre inventivité et à l’amitié de nos collègues. Nous nous sommes préoccupés de proposer des titres nouveaux et des formes originales,mais nous les soumettons dans le grand désordre. Le détail méthodique de certaines peut être retrouvé dans nos ouvrages habituels.
n Séminaires anthropologiques : en confidences: « d’où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous ? » (1897), selon le testament artistique de Gauguin[1], et au-delà , avec les jeunes ! Quel avenir pour l’enseignement, pour la jeunesse, pour nos retraites actives, pour surmonter nos petites tentations de catastrophisme éclairé ! dans le cadre des changements sociaux et techniques, plus ou moins portables.
n Séminaires d’exploration des valeurs : recensons nos valeurs : chacun écrivant pendant un quart d’heure celles qui lui viennent directement à l’esprit ; dans un deuxième temps, mise en commun et réflexions qui s’en suivent. Eventuellement, consultation d’un « mandala » des valeurs[2]
n Laboratoires de Technique du « risque » : cette technique a été vivement appréciée par les nombreux collègues qui l’ont pratiquée. Elle commence par une exposition par chacun et inscription au tableau de difficultés présentes ou à venir, par rapport à la mise en œuvre d’un projet. Cette exposition se fait en brainstorming, chacun soutenu à proposer des idées inattendues ou à reprendre une idée formulée de façon surprenante ; dans un deuxième temps, classement des ces risques, obstacles ou dérives, vraies ou farfelues ; enfin, proposition de mesures possibles pour résorber ou compenser les risques plus probables. C’est une technique d’imagination créative.
n Séminaire de prospective : n’est-il pas utile de nous « pousser les uns les autres à imaginer des scenarii contrastés sur ce que seront nos activités et nos modes professionnelles dans 10 ans ? dans 40 ans ? Là encore, les idées folles peuvent être raisonnables ! L’humour est de bon conseil !
n Séminaire de « réhabilitation » d’instruments ou procédures : nous connaissons un certain nombre d’outils ou de procédures pédagogiques que nous avons vu utiliser dans notre jeunesse ou que nous retrouvons dans nos lectures : est-il possible de partir d’eux ou d’elles pour les transformer de manière à les rendre utilisables dans nos enseignements actuels ? Rénovation !
n Séminaire de rétrospective : nos souvenirs les meilleurs ; nos souvenirs les pires : de nos passages en école, collège, lycée, universitaire et débuts professionnels. Que leur évocation nous apprend-elle dans l’exploration de nos pratiques présentes ? Peut-être trouverons-nous de quoi illustrer nos cours ? On peut échanger oralement ou après des éléments de réponses : écrits sur des papiers (signés ou anonymes) ou inscrits dans des figures métaphoriques (les blasons !)
n Séminaire de mise en perspective (anthropologique, biologique, cosmique….) : Imaginons-nous nous adressant à nos arrières-petits-fils ou à nos arrières-grands parents. Mettons-nous à faire des « vues de Sirius » sur les acquis et les pertes qui caractérisent notre profession.
n Ateliers de métaphorisation : si nous avions à présenter notre discipline, notre pratique, nos conseils professionnels, quelles images, quels symboles, analogies et métaphores aimerions-nous proposer ? Et naturellement, échanges à propos des images, indignées ou dessinées aux tableaux choisis.
n Ateliers de mise en « turbulence » des concepts : chacun d’entre nous apporte un concept et un échange, à la fois imaginatif et rationnel sur les concepts proposés, les met en relation de façon vive, pour être ensuite stabilisés avec humour.
n Séance de « réveil-éveillé-dirigé » : à tour de rôles, chacun décrit des personnages d’un conte sur lesquels ont s’est d’abord mis d’accord, pendant quelques minutes, chaque autre collègue reprenant à la suite et complétant l’évolution de ce conte, selon sa fantaisie et sur des domaines hors banalité.
n Séance de réunion avec tenue de rôles inhabituels ou insolites : notamment « réacteur subjectif », « humoriste », « dessinateur » de ce qui se passe, « contradicteur de principe », « qualificateur », etc… Il est possible d’en inventer. Et cela a marché et marche !
n Jeux méthodologiques de transposition (JMT)[3] : sur une présentation de situation d’enseignement, des petits groupes s’occupent des transpositions possibles, par des imaginations volontairement inattendues ou presque absurdes, suivant des consignes de créativité pour introduire des changements d’importance, de durée, de sens, d’application.
n Jeux de rôles par acteurs inédits : sur une étude de cas jouée entre certains acteurs, ajouter des personnes inattendues qui entrent en action, par exemple poète, philosophe. L’acteur inédit peut être l’une des personnes jouant déjà dans le jeu de rôles et avec qui une intervention inattendue a été préparée
n Recherche d’interstices, de mini perfectionnements cumulatifs, de marges utilisables : dans les programmes, dans les emplois du temps, dans la vie scolaire, dans les rapports inter-disciplinaires, dans les rencontres culturelles, dans l’invitation d’artisans ou de professionnels en classe. Chacun recherche et propose de mini-changements à introduire, de nature à fertiliser le champ scolaire.
n Atelier de recherche ou détection d’antagonismes : entre nos disciplines, entre nos méthodes, entre nos conceptions pédagogiques, entre nos générations, entre nos parcours Et pour nos souhaits de coopération claire, comment utiliser la densité qu’apportent ces antagonismes, en bonnes « dialogiques » (selon Edgar Morin).
n Atelier d’inversion : de tendances, de dérives possibles qu’on a constatées, de nos habitudes et routines, telles qu’elles sont pratiqués dans nos établissements et par nous-mêmes en vue de les assouplir et de les compenser. Des idées positives peuvent en sortir ! en bonne humeur et en ingéniosité féconde, pratiques.
n Recherche de pôles et de paradigmes inédits, latents : quelle organisation permet de passer d’une logique de classe à une logique de compétences, telle que le suggère fortement le CECRL dans nos établissements aux structures cloisonnées ?
De même, le « socle commun des connaissances et des compétences », texte émergeant des latences programmatiques, nous invite à revisiter l’organisation des disciplines et dans leurs contenus, les savoirs et les compétences, de sorte à revaloriser la notion d’option comme décision d’effort et d’orientation à court ou plus long terme. Comment présenter « socle » et « options » ? Quels jeux d’interdisciplinarité sont nécessaires pour forger les compétences attendues à chaud sur le « socle » ?
n Laboratoire d’apprivoisement de l’avenir : comment réaliser dans nos établissements des rencontres inter-générationnelles avec des jeunes et des adultes par lesquelles nous pourrions rendre nos élèves sensibles aux épreuves subies par leurs grands-parents et parents et aux espérances d’avenir rendus possibles par le courage de générations précédentes ? Et par des témoignages stimulants.
n Séminaire d’hybridation culturelle, d’hybridation de méthodes, de techniques, de concepts, de pratiques : il peut être intéressant, comparant des formes différentes, se référant par exemple à Freinet, à Cousinet, à Piaget, à Rogers, à Korcsak, à Piaget, de voir comment fabriquer une situation d’apprentissage originale : coupler par exemple l’imprimerie à l’organisation au travail d’une école ? Comment transposer des activités et des rôles propres à l’imprimerie dans le monde de l’internet ou dans le monde des arts graphiques ?
n Recherche sur les paradoxes de notre responsabilité enseignante : « présence/ distance » par rapport à la classe et aux élèves : spécialisation, mais responsabilité de la culture générale ; pouvoir sur la classe et confiance aux élèves ; rigueur de pensée, et bienveillance des appréciations pour l’approximation des réponses. Autres paradoxes ? Sciences ET lettres ; maths et imagination etc…
n Un jeu d’enjeux et de défis : ne peut-on en jeu de plaisir dans notre métier nous adresser, en une réunion annuelle ou semestrielle, des défis : sur l’audace d’innovations à tenter ; sur des lectures ou des analyses à effectuer ; sur des relations à établir dans le voisinage des établissements ou des universités ; sur des concours intra- ou inter-établissements à proposer aux élèves de tous les âges ou de certains âges ?
n Séminaire de recherche de points d’appui et de leviers : ce séminaire peut être alimenté par l’une ou l’autre des parties du présent ouvrage, rédigé en pensant amicalement à vous. Des choix sont possibles. Bon vent !
A votre créativité et à votre audace, salut !
[2] in Techniques pour communiquer, éd. Hachette, op. cit., p.188-189
[3] Voir la fiche plus détaillée sur « Techniques pour communiquer », ou sur http//francois.muller.free.fr/diversifier/index.htm
Un dispositif d’enseignement aussi important que le “socle commun de connaissances et de compétences” tel qu’il apparait dans la Loi pour l’avenir de l’Ecole de 2005, émis à partir des recommandations du rapport Thélot et des travaux du Haut Conseil de l’Ecole peut apparaître pour bien des acteurs comme une “nouveauté”, une innovation dans le système éducatif français.
Décliné en 7 piliers ou domaines transverses, non réductibles à des disciplines constituées, il représente “ce que nul n’est censé ignoré”. Je voudrais ici faire oeuvre de mémoire en signalant la longue durée. Non tant que le socle est germinatif depuis l’élargissement de la scolarité et notamment l’ouverture du collège (1963, réforme Fouchet-Capelle ou 1977 réforme Haby), mais aussi qu’il s’appuie (implicitement ?) sur une symbolique forte présente dans notre histoire occidentale.
Pour cela, il me faut évoquer (invoquer ?) la puissance du chiffre 7 dont on trouve une déclinaison considérable en symbolique sur wikipédia par exemple.
Sept piliers de la Sagesse
Référence biblique suprême, on trouve en effet sept piliers de la Sagesse, titre dont Lawrence s’est servi pour son carnet de route narrant l’épopée de la nation arabe en 1923.
L’universitas médiévale
Les sept arts libéraux (ou septivium) regroupés en trivium : grammaire, rhétorique, dialectique et quadrivium : arithmétique, géométrie, astronomie, musique, formèrent pendant des siècles la base de tout enseignement.
Ils sont la base de la Connaissance et la source de la Renaissance; les domaines étaient interdépendants ainsi que la Musique le montre dans son analyse mathématique par exemple.
La gamme diatonique, base de la musique occidentale
Sept notes dans la gamme diatonique, et donc par conséquent sept tonalités et sept modes principaux. Les notes constituent les “particules élémentaires” qui permettent de combiner et recombiner toutes les autres formes de musiques. Notre histoire récente dans ce domaine montrent l’infinie variété créative qui vont de la trés “classique” à la trés post-moderne. Définir le socle en matière d’étude, de jeu, d’écriture, de style invite donc à la diversité et au développement de tous les autres styles. Et il n’est pas sûr que nous en ayons fini, surtout pas !
Les sept âges de la Vie, Peinture de Hans Baldung (18484-1545)

L’oeuvre est sans doute récente, mais elle s’appuie sur un thème ancien et récurrent depuis l’Antiquité; il existe une véritable continuum de la Vie, où chaque étape représente un moment du développement et de l’apprentissage. Nous ne sommes pas loin de la “formation tout au long de la vie”, telle qu’elle est rappelée en exergue du texte fondateur du “socle”.
Voici donc quatre héritages prestigieux dans le champ de la formation que nous pouvons, sans trop déformer la réalité, agréger à la réalité “nouvelle” du Socle version 2007, afin d’en rehausser l’intérêt, son étude et sa déclinaison, dans son imperfection toute humaine et forcément évolutive.
Pour finir, en clin d’oeil à notre modernité triomphante et française, portons notre regard vers ce chef d’oeuvre de l’architecture autoroutière du Viaduc de Millau: un magnifique tablier franchit majestueusement les obstacles du précipice, porté par sept piliers, en une élévation toute aérienne; qui nous permet de rallier enfin le grand Nord du pouvoir au grand Sud méditerranéen, prés de 600 ans aprés la Croisade albigeoise.
Nous sommes actuellement régulièrement sollicités pour accompagner la réflexion d’équipes en école, en établissement ou encore en réseau (regroupement d’équipes de direction) pour étudier la mise en place du socle commun de connaissances et de compétences.
De fait, il s’agit pour les structures, pour les personnels, pour les pratiques moins de “mise en place” que d’abord une étude de fond qui porte formativement parlant sur les représentations en la matière, fort diverses n’est-il pas, sur les résistances à ce type d’approche, et sur les évolutions possibles en termes même d’identités professionnelles.
C’est pourquoi à l’occasion de l’encadrement d’un grand groupe (120 personnes), nous proposons la technique dit du Q-sort:
1.C’est l’actualisation du système français au cadre européen de l’éducation
2.C’est encore une réforme de plus, jusqu’à la prochaine
3.C’est enfin l’occasion de faire une école pour tous et pour chacun
4.C’est la négation des disciplines et des programmes
5.La logique du socle est en parfaite contradiction avec la culture et les pratiques de l’enseignement public français.
6.C’est une occasion unique de travailler ensemble et autrement
7.C’est un casse-tête pédagogique pour les chefs d’établissement
8.C’est un texte de cadrage qui permet des applications locales
9.C’est la fin de la liberté pédagogique pour les enseignants
10.Il est urgent d’attendre les instructions complémentaires
11.C’est un document qui va donner de la cohérence aux enseignements et du sens aux apprentissages
12.C’est un compromis infaisable entre la pression de lobbies et des directives européennes
13.La logique du socle est une pleine harmonie avec la dynamique des Assises de l’enseignement catholique.
14.C’est un moyen pour en perdre (des moyens)
15.Nous attendrons une formation pour nous y mettre.
16.C’est un dispositif qui permet de remettre les évaluations à leur juste place
17.C’est introduire le libéralisme dans l’univers scolaire
18.C’est un chantier de vingt ans
19.C’est l’aboutissement d’une réflexion vieille de quarante ans.
20.C’est « ce qu’il n’est pas permis d’ignorer » au terme de l’Ecole obligatoire
21.C’est la modernisation du cadre professionnel qui permet l’évolution des pratiques
22.c’est posséder pour les élèves un outil indispensable pour sa vie… pour la société
23.C’est impossible sans l’accompagnement des enseignants
24.C’est un document qui demande à être discuté par les équipes
Le Q-SORT est un choix de propositions variées et disparates sur un thème.
Objectifs des Q-Sorts portant sur l’analyse de représentations
Consignes de passation
| Par exemple:A votre avis, comment classer idéalement les différents items ?Selon vous, comment telle catégorie de personnes classerait-elle les différents items pour une présentation idéale de ce concept ?Selon votre pratique personnelle, classez les différents items
Selon vous, comment classer les items pour indiquer de quelle façon telle catégorie de personnes vit en pratique ce concept ? |
| Par exemple:Comment autrefois aurait-on classé ces différents items ?Comment aujourd’hui classe-t-on ces différents items ? Dans la pratique, dans l’idéal, par vous, par d’autres personnes… |
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Eurydice, le réseau d’information sur l’éducation en Europe, a publié en juin 2003 un important document sur la profession enseignante en Europe. Bien des aspects sont analysés, dont les tâches statutairement requises (p.54) :
La France présente un profil en la matière particulier en Europe. Quasiment aucune des tâches complémentaires au cours n’y est prescrite : supervision d’élèves entre ou après le cours, remplacement de collègues, soutien des futurs enseignants ou entrants ; seule est retenue les tâches d’évaluation des élèves (notations, conseil de classe, contacts avec les parents d’élèves).
Le travail en équipe, note le rapport, est promu par des formations offertes aux enseignants.
La construction européenne se fera-t-elle aussi par l’harmonisation des statuts du métier d’enseignant et l’enrichissement de son rôle, particulièrement en matière de travail collectif ?
Deux faits nous invitent à prolonger notre réflexion dans ce sens:
1- les entretiens de la commussion Pochard sur l’évolution du métier d’enseignant
2- le suivi et l’évaluation des équipes dites en innovation et/ou en expérimentation: à bien analyser leur action, à lire leur organisation, leurs écrits, apparaissent des actes professionnels qui ne sont pas nouveaux en soi, mais s’inscrivent bien dans une logique d’actualisation du prescrit du métier, comme une réponse finalement normale aux publics scolaires rencontrés, comme partout en Europe.
Ce qui change en France, c’est que le cadre a été maintenu, là où il a évolué plus souplement partout ailleurs, mais si les situations sont diverses.
[1] Sur http://www.eurydice.org/Documents/KeyTopics3/fr/FrameSet3.htm

L’invitation forte de l’Institution aux équipes d’école et d’établissement de mettre en place le “socle commun de connaissances et de compétences” risque de se heurter à quelques écueils connus ou sans doute plus inattendus.
Une fable pour se dire ensemble ce que nous appellons “socle”:
Un jour, les animaux décidèrent de faire quelque chose pour résoudre les problèmes du monde moderne. Ils organisèrent donc des élections, et un ours, un blaireau et un castor furent désignés membres de la Commission d’Enseignement. Un hérisson fut engagé comme professeur. Le programme scolaire consistait à courir, grimper, nager et voler, et, afin de faciliter l’enseignement, l’on décida que toutes ces disciplines seraient obligatoires.
Le canard battait tout le monde à la nage, même son professeur, mais il était très médiocre quand il s’agissait de voler et complètement nul à la course. C’était là en fait un si mauvais élève qu’on décida de lui donner des leçons particulières : il devait donc courir pendant que les autres allaient nager. Cet entraînement meurtrit tellement ses pieds palmés qu’il obtint à peine la moyenne à l’examen de natation.
L’écureuil grimpait mieux que quiconque, avait toujours la meilleure note en escalade, 18 sur 20. Voler, par contre, lui déplaisait profondément car le professeur exigeait qu’il saute du haut de la colline, alors que lui préférait s’élancer de la cime des arbres. Il se surmena tant qu’au bout d’un certain temps, il n’obtint plus que 8 en escalade et 6 à la course.
L’aigle était une forte tête que l’on punissait très souvent. Il éclipsait tous les autres quand il fallait grimper aux arbres, mais ne voulait utiliser que sa propre méthode. On décida donc de le mettre dans une classe d’observation.
Le lapin était tout d’abord le champion de course à pied, mais les heures supplémentaires qu’on lui fit faire à la piscine finirent par lui donner une dépression nerveuse.
A la fin de l’année scolaire, une anguille prodige, médaille d’or de natation, et qui savait aussi grimper, courir et même voler un peu, obtint la meilleure moyenne dans toutes les disciplines. Elle fut donc désignée pour prononcer le discours de fin d’année lors de la distribution des prix.
Creuser des galeries ne figurant pas au programme scolaire, la taupe ne put aller en classe. Elle n’eut donc d’autre choix que d’envoyer ses enfants en apprentissage chez le blaireau. Plus tard, ils s’associèrent avec les sangliers pour fonder une école privée, et celle-ci eut beaucoup de succès.
Mais l’école qui était censée résoudre les problèmes du monde moderne dut fermer ses portes - au grand soulagement de tous les animaux de la forêt.
extrait de “Contes et fables pour l’enseignant moderne”, André de Peretti et François Muller, éd. Hachette Education, 2006
Ainsi donc, avec la meilleure volonté de recherche des solutions aux malheurs du monde, l’Ecole, dans son organisation tayloriste et sur-évaluative, en arrive de réelles contre-performances: elle “brûle” les élèves en les surexposant aux pratiques notatoires de l’enseignement programmatique.
S’intéresser désormais au socle des connaissances et des compétences, ce n’est plus forcément enseigner telle ou telle discipline, mais bien s’intéresser à ce que chaque élève puisse savoir “nager, sauter, courir” etc…. C’est peut-être une question de point de vue. Mais en êtes-vous bien sûr ? Pouvons-nous en discuter ?
Quelques “alertes” attendues à surveiller:
Quelques écueils cachés et embusqués
Quelques actes de la responsabilité collective
Ainsi, la mise en application du socle commun dans une école ou un établissement ne peut se faire à l’économie, sans que la direction, et son équipe ne posent quelques questions, formelles ou informelles, autour de la “compétence collective”, agissante dans cette évolution:
entendre les résistances et prendre en compte les expériences, avoir une réflexion sur l’intérêt professionnel
faire évoluer les pratiques, d’une logique d’enseignement à une logique de formation
faire collectivement un état des lieux des stratégies pédagogiques dans l’établissement
partir d’une lecture commune des objectifs de cycle, revisiter les objectifs de sa discipline, en lien avec d’autres
s’inscrire dans un ou des projets en évitant quelques dérives
envisager la variété des modes d’organisation des groupes et des temps, en faisant jouer la souplesse donnée par La grille horaire du cycle central
veiller à l’information des différents partenaires, notamment les parents
définir les objectifs, les objets et les modalités de l’évaluation
préciser des besoins en formation complémentaires
Pour aller plus loin:
EDUSCOL, mise en place et programme, livret en expérimentation
Le Socle commun, mais comment faire ? l’importance contribution des Cahiers pédagogiques, (nov. 2007) à télécharger, aprés le n° spécial de janvier 2006.
La contribution de Vincent BRETON
NB: le dessin du “socle” est de Jacques CHABERT, formateur IUFM Montpellier, produit lors d’une formation de formateurs en sept. 2007
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