Entre-scotch

10 02 2012

Au lieu d’utiliser de la peinture, Max Zorn découpe au scalpel des bandes de scotch et les superpose pour réaliser des tableaux. Cette idée lui est venue en observant le travail de designers de voitures qui  projetaient, à toute vitesse, leurs idées sur de grands tableaux, à l’aide de rubans adhésifs. Depuis quelque années, le « tape art » qui existait déjà en tant qu’art urbain et le scotch multicolore permettaient de réaliser des fresques, comme celle-ci dans le métro parisien (exécutée par un collectif slovène, ORTO).

TapeArt – Fejzo & Luka Ursic from Multipraktik on Vimeo.

Max, qui vit à Amsterdam, a admiré l’éclairage des vieilles rues, un brun doré qui projette des ombres, créant des images graphiques séduisantes ; il décide alors d’utiliser du plexi-glass pour y appliquer du scotch brun translucide. Ces portraits sont souvent inspirés du cinéma,  de la chanson ou de la peinture. Les superpositions dévoilent plus ou moins de lumière et sculptent les visages d’une manière saisissante.

Il réalise ses oeuvres en parcourant l’Amérique du Nord, le Canada et l’Australie en passant par l’Europe où il escalade lampadaires et immeubles pour offrir ses créations au regard de tous dans les rues de San Sebastian, Lisbonne ou Berlin.

Belle performance au final !

Le site de Max Zorn

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Autre graffeur, australien cette fois, Buff Diss, parcourt le monde avec ses rouleaux de scotch et décore aussi bien  des surfaces verticales qu’horizontales mais aussi dans le « vide », dans l’air, de la 3D sans endommager les murs !

Sa galerie ici

Autre artiste, cette jeune femme française Eugénie Fauny, qui travaille avec le scotch d’une très belle manière.

« Mille fragments de mots, de lettres, de couleurs et d’images s’entre-scotchent, s’arrachent au papier et se restructurent sur les tableaux (toile, plexiglas, bois) et sur les objets détournés (lampes, bidons, valise) de cette plasticienne hors-norme. Adepte de la poésie lettriste, elle crée à l’aide du ruban adhésif repositionné, un souffle cadencé, heurté, hyper-ventilé, témoin acerbe et juste de nos modes de communication. Sans concession pour elle-même, Eugénie Fauny, au son déchirant du scotch qu’elle coupe de ses dents, recrée ainsi ses propres messages… arrachés… au ruban de la vie. »

En fait « l’art scotch » n’est pas vraiment une invention du 21e siècle et son précurseur s’appelle : Gil Joseph Wolman. Celui-ci  entreprend en 1959 un travail  résolument pictural, incluant des matières plastiques, des cirages, des papiers mâchés dans lesquels il inscrit des écritures et des graffitis. Avec l’Art scotch commence, en 1964, la période la plus prolifique du travail de Gil Joseph Wolman :fragments de textes et d’images arrachés par des bandes adhésives dans des journaux et qui restent inscrits sur la colle.  Reportés  sur divers supports (planches de bois, toiles) en lignes superposées qui posent autant la question de la constitution du tableau dans sa relation au monde que la « dissolution et la constitution du mouvement » (titre de l’exposition Wolman à la galerie Valérie Schmidt en 1968). La densité du scotch fait un effet de matière et le procédé rigoureux, par bandes régulières posées horizontalement, donne aux mots une nouvelle dimension.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toutes ces expériences manuelles, montage et jeu graphiques, chroniques du monde, constituent les prémices des graffitis et de l’art urbain.

 

 



Des nouilles … au caviar

26 01 2012

Vik Muniz, artiste brésilien, mêle la photographie et la création d’oeuvre d’art dans une vision très personnelle de chefs-d’oeuvres connus : il joue les illusionnistes à l’aide de matériaux plus ou moins incongrus : sang de synthèse, chocolat, confitures mais aussi diamants, papier journal… Comment est-il passé d’une enfance pauvre à Sao Paulo aux expositions dans les musées, sans une véritable éducation artistique mais avec la même obsession, la perception visuelle ?

SON ORIGINALITE

Pour tout bagage, Vik Muniz a suivi des cours de dessin dans un atelier du soir et découvre l’histoire de l’art via des magazines ou quelques livres. Il emporte avec lui, aux Etats-Unis, son pays d’adoption, un kaléidoscope d’images qu’il s’amuse à reproduire, plus tard, pour offrir au spectateur un regard neuf sur des oeuvres classiques. Pas question pour lui de peinture à l’huile ou d’encres mais des matériaux inhabituels -du sucre, du fil de fer, des cendres- pour créer des simulations d’oeuvres, que la photographie immortalisera.
Son originalité tient à la multiplicité des supports qu’il utilise : des spaghettis pour la Méduse de Caravage, du caviar pour Frankenstein, des pièces de puzzle pour Picasso, des diamants pour les portraits de Marilyn Monroe et de Liz Taylor. Entre souvenirs de voyage et Pop Art, Vik Muniz interroge le statut de l’image médiatique, car les oeuvres mythiques dont il s’inspire deviennent des trompe-l’oeil : pour l’artiste, notre monde d’images doit nous rendre sceptique et nous inviter à retrouver une réalité chaque fois différente.

SA TECHNIQUE

Sa technique vise à élargir la gamme des moyens classiques au service de l’art contemporain. Mais c’est grâce à la photo argentique qu’il entend déclencher les mécanismes psychiques de la représentation et susciter une participation du spectateur. L’optique suggérerait presque une notion philosophique : celle du cours des choses éternellement effacé par l’immédiateté.

Il  parsème, dans ses collections,  une dose d’humour espiègle pour mieux induire le spectateur en erreur et sensibiliser, d’une manière plus générale, le public à la lecture de l’image. Ces oeuvres plastiques redéfinissent les contours, les ombres d’une peinture selon le matériau choisi : le sirop de chocolat  brun brillant sur l’image de Pollock amène de la sensualité ; le fil gris pour les prisons de Piranèse rappelle l’enfermement et le mystère, l’utilisation de pigments purs dans ses remakes de toiles de maîtres renouvelle la toile pour un rendu presque tactile, mettant ainsi en cohérence sujets et matériaux.

Sa dernière exposition à Avignon s’intitule avec justesse « le musée imaginaire » : 110 oeuvres revisitées pour une mise en abyme de l’Histoire des arts. Après le succès récompensé de l’exposition et du film documentaire l’accompagnant « Waste land », qui lui a été consacré en 2008 au Museum of  Modern Art de New York, nul doute que cet illusionniste nous réapprendra sans cesse à regarder l’art  photographique ou pictural comme une histoire des représentations suivant des échelles de valeur, des techniques et des époques.

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Bouton, un rayon de soleil

15 12 2011

« Bouton, je t’ai dit que j’allais voir les docteurs, ils m’ont dit que j’avais le cancer… » Bouton, c’est le porte-parole, le confident, le grigri de Johana, ventriloque et marionettiste. Elle crée, depuis l’enfance, des personnages de carton ou de tissu. Avec son âme d’enfant, Bouton, candide,  est la petite voix intérieure de Johana, celle qui pose les questions qu’elle n’ose pas se poser. « Qu’est-ce que je deviendrai quand tu ne seras pour là ? ».  Car Johana va mourir. Son cancer du sein a migré vers les os.

Rencontré par hasard, le réalisateur Res Balzi décide de consacrer un documentaire à la marionnettiste, pour dire l’injustice de mourir à 30 ans, les forces qui manquent, entre sourires et larmes, entre réalité documentaire  et fiction poétique : Bouton s’envole dans la chaussure de Johana avec son amoureuse, le Petit Chaperon Rouge …

Le film « Bouton » vient de recevoir le prix du public du festival du documentaire de Montréal.

Extrait :

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Le storytelling art

29 09 2011

La tendance du storytelling est apparue vers les années 1980 dans les discours politiques américains. Le président Ronald Reagan, ancien acteur et entouré de consultants, formés en écoles de commerce est l’un des premiers à avoir utilisé cette méthode pour convaincre ses électeurs. D’autres disciplines -la sociologie, le droit, l’éducation- ont été séduites car « raconter des histoires » permet de capter l’attention et de susciter l’émotion. Et dans le domaine artistique, Marc Ferrero a inauguré, en 1989, un nouveau rapport à la narration, mais sur les murs. C’est le STORYTELLING ART.

SON UNIVERS ET SA TECHNIQUE

Très tôt influencé par les Comics, cet artiste français, autodidacte, combine la BD, la peinture figurative et les techniques cinématographiques de cadrage. Marc Ferrero a  choisi de quitter « les planches », après divers projets et voyages pour développer s on imaginaire en peinture, mais scenarii en tête, ses personnages, grand format, se déclinent sur des toiles ou l’histoire de héros contemporains, se lit toile après toile. La thématique du monde urbain fournit un décor de gratte-ciel, d’embouteillages, de jeux d’argent et de clubs jazzy pour interpréter un roman graphique, entre les huiles , les acryliques, les pochoirs et les lyrics.

Trois superhéros :

  • - Duke, dandy anglais jazzman, fan de poker,
  • - Lisa, femme fatale, franco-américaine et
  • - Don Cello di Cordoba, champion de polo et fou de tango argentin

sont les personnages récurrents d’une histoire Il était une fois la Comitive , qui luttent contre la pègre new-yorkaise. Sculptures, tableaux en 3D, vidéo-clips, toutes les techniques,  de la BD à la musique, font de cette aventure un vrai thriller dont les protagonistes se promènent aux quatre coins de la planète.

UN FILM, VERSION ACRYLIQUE

Car ce roman graphique est composé, jusqu’à maintenant, de 4 000 oeuvres, propriété de collectionneurs privés. Art séquentiel, aux dimensions de peinture classique, le Storytelling Art doit son originalité au croisement de styles que développe Marc Ferrero : une BD à la verticale  qui se lit dans les musées ou les galeries, dont les acheteurs peuvent créer leur propre histoire (à condition d’en avoir les moyens quand même !).

Depuis son premier salon d ‘art contemporain en 1999, à New York, M. Ferrero a su adapter sa connaissance de scenarii de BD à un décor artistique qui dévoile une intrigue, « un road painting » comme une série TV, semant des indices dans ses tableaux. Il existe même une bande-son grâce à Jérome Obry qui allie la pop rock, le jazz et le tango pour mettre en scène l’univers de la Comitive (dont les membres affiliés reçoivent une newsletter alléchante !).



911 : « à l’ombre des tours mortes »

15 09 2011

« Il y aura des attaques spectaculaires dans le mois ou dans les semaines à venir. Elles auront lieu simultanément et provoqueront des dégâts massifs. Les attaques viseront les intérêts américains, peut-être même auront-elle lieu aux Etats-Unis… » Il s’est écoulé 10 ans depuis le crash de deux avions dans les tours jumelles du World Trade Center, 102 minutes qui ont fait 3 000 morts et changé le monde. A l’occasion du dixième anniversaire de cette tragédie, on peut parler de production littéraire et cinématographique sans précédent, liée à une date historique.

LE POIDS DES MOTS

Dans les premières semaines après le 11/09, de nombreux romanciers sont confrontés à la violence des images, trop réelles, trop présentes pour que la fiction trouve sa place. Quelques-uns se voient davantage témoigner, comme Paul Auster, à travers un reportage mais rien (même les assassinats de Kennedy ou M. Luther King) n’est comparable à ce traumatisme. Le premier à s’y coller (sans beaucoup de succès) est un français, Frédéric Beigbeder, avec la problématique essentielle : peut-on romancer le 11 septembre ? Il s’écoulera quelques années avant que les écrivains américains s’emparent du sujet et révèlent la puissance symbolique de ces images spectaculaires : un changement géopolitique, les failles d’une superpuissance, l’illusion démocratique… (Don de Lillo « l’homme qui tombe »…)…

 

Ils se sont d’abord focalisé sur les mécanismes du fanatisme et le psychisme des terroristes puis sur le jour du 11/09 mais c’est le monde d’ »après » qui retiendra leur attention : Jonathan Safran Foer « Extrêmement fort et incroyablement près« , ou Joseph O’Neil « Netherland » ; mais aussi sur les conséquences militaires  : Freedom de Jonathan Franzen.

La BD, elle aussi, s’interroge et progressivement, elle est passée de la narration cauchemardesque, la question du deuil (« mardi 11 septembre« /Henrik Rehr,  « le 11ème jour« /Sandrine Revel), au registre de la politique-fiction (la série « 9/11″ en France) et même a offert, plus récemment (2009-2010) des réponses sur le mode humoristique avec « Ben Laden dévoilé » ou « Bush et Ben ». L’album-référence a été publié en 2004 par Art Spiegelman,  qui a vécu cette journée dramatique à New York même « A l’ombre des tours mortes« . Aujourd’hui, la tendance serait plutôt à la revanche (Holly terror de Frank Miller). A noter que certains dessinateurs – Enki Bilal, Stan Lee (Spiderman), avaient prophétisé la destruction de monuments symboliques (la Tour Eiffel, les tours jumelles), dès 1988.

LE CHOC DES IMAGES

L’attentat a tourné en boucle sur nos petits écrans et face à l’onde de choc, les cinéastes américains ont préféré cacher ce que l’Amérique n’était pas prête à voir. Du court-métrage de Sean Penn au film de Spike Lee, la 25e heure, le choc visuel des tours qui s’effondrent, des corps qui tombent est avant tout une réalité humaine. Comme pour la littérature, la fiction a mis du temps à trouver sa place. Il est d’abord question des héros malgré eux : les pompiers new-yorkais de World Trade Center de Oliver Stone, ou les passagers du Vol 93, qui ont évité l’impact du quatrième avion sur la Maison Blanche. Par la suite, l’événement est cristallisé par l’invasion (« La guerre des mondes » en 2005 avec Tom Cruise) ou la destruction des humains (« Je suis une légende » en 2007 avec Will Smith, avant le plus récent 2012 ou Cow-boys et envahisseurs avec Harrison Ford. Mais Hollywood a aussi  traduit une prise de conscience et une remise en question avec des films plus engagés contre l’administration Bush et l’occupation militaire en Irak et en Afghanistan. C’est le cas de Syriana (2006) ou Mensonges d’état de Ridley Scott (2008) et Green zone (2010) quand le héros recherche vainement des armes de destruction massive en Irak.

Les plasticiens, quant à eux, ont contourné la représentation par différentes techniques, à la fois puzzles d’une Amérique violentée et instantanés d’une architecture audacieuse mais fragilisée. A la date souvenir, 70 oeuvres seront exposées au Museum of Modern Art, souvent antérieures à la tragédie, mais qui illustrent ce que l’art renvoie au monde après les horreurs des guerres, des génocides ou bombes atomiques.

L’attentat du 11/9, s’il a changé New York et les Américains, a laissé une empreinte dans les domaines culturel et artistiques d’Islam. Du 7 au 17 septembre, un festival, Islam and the City (ICI) célèbre les relations avec l’Amérique, à travers des concerts, des débats, films et une pièce de théâtre « 11 septembre » pour que l’amalgame entre terrorisme et religion ne soit désormais qu’un cliché. Il comptera, parmi ses invités, Shérif El Gamal, le directeur du projet Park51, « la mosquée de Ground zéro ».

Par ses images multidiffusées, les scènes spectaculaires d’une catastrophe en direct ont imprimé pour toujours notre imaginaire. Métaphore artistique : l’Histoire majuscule a réduit en poussière des vies bien réeelles mais les fictions donnent aussi « tendresse et sens à tout cet espace hurlant » (De Lillo).

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L’amour avec un grand @

12 07 2011

Qui se cache derrière l’autre ? Les jeunes filles ont toujours rêvé du prince charmant mais avec Internet, qui peut se vanter d’avoir rencontré un prince ? Ou quel homme est assuré de vouer des sentiments à une « meetic » donzelle ? L’immensité de la toile est-elle le garant d’un choix plus approprié ou au contraire, le refuge des timides ou des pervers dragueurs ?  Bref, que nous apporte le virtuel dans un quotidien bouleversé par la technologie ?

LES REGLES DU JEU…

La rencontre s’est banalisée. Avec le web, il suffit d’un clic pour créer le contact : liberté enivrante où les rites amoureux ont fait place à un comportement de consommation, où les couples apprennent curieusement à se connaître par « l’intime ». La question de la relation durable est obsolète même si quelques romantiques cultivent le plaisir d’échanger à distance. La bulle de confort, créée par l’environnement virtuel, invite chacun à se placer au centre de son existence : la liberté de choix n’offre pas que des vêtements ou du mobilier sur la toile ; comme on retourne un article non conforme, on débranche aussi facilement pour interrompre à tout moment, une relation non satisfaisante. L’engagement est ainsi évité ; l’aventure peut repartir à zéro avec un autre internaute ! Ce flirt déguisé devient alors un loisir quand le face à face intervient sans installer pour autant des liens solides mais, au contraire, une sorte de « quitte ou double » : le « sexamour » comme l’appelle Jean Claude Kaufmann dans son livre paru en 2010. Les sentiments n’arrivent souvent qu’en deuxième préoccupation, même si les femmes oscillent plus facilement entre attirance et romantisme.
Si les règles du jeu ont changé avec la sexualité comme enjeu majeur, l’amour reste une valeur sûre : les blogs, les réseaux sociaux livrent, la plupart du temps, avec sincérité, des goûts personnels, des impressions, reflétant une société qui n’a de technologique que le moyen moderne de communication, surtout dans le domaine de la relation amoureuse.

OU LE VIRTUEL DESENCHANTE

Comment trouver des repères ? Quelle est la norme dans cette société de liberté de choix généralisée pour construire sa vie amoureuse ?

Il est certain que sur Internet, on peut se lâcher plus facilement, se mettre en scène ou faire preuve de dérision mais fantasmer l’autre peut être dangereux car l’illusion est facile et les rendez-vous manqués sont d’autant plus violents pour ceux qui les subissent que la déconnexion est rapide, le rejet brutal. La toile est un univers cruel où la concurrence et la stratégie sont plus convaincantes que dans le monde réel. L’autre facette dangereuse de ces rencontres « cliquées » consiste à combler ses frustrations par le recours habituel aux sites ludiques. La recherche de l’engagement, du couple, de la famille ne peut se combiner avec la facilité d’un rendez-vous illusoire sur la toile. Aux U.S.A. Meetic est appelé un « misery business », c’est-à-dire une activité florissante qui pallie les aléas du quotidien. Autrement dit, la griserie de la liberté peut être un piège pour celui ou celle qui multiplie les expériences en faisant de la technologie une arme à double tranchant : l’égoïsme, la société de consommation, le mensonge pour des liens qui se tissent, sans témoin croit-on, alors qu’écrits et images s’inscrivent pour longtemps dans la mémoire numérique !

Disons qu’ Internet a changé la donne mais l’individu existe avant tout par sa vie réelle. A chacun de savoir ce qu’il souhaite qu’on retienne de lui. Si les réseaux sociaux permettent de s’exprimer sans entraves, de conjurer ses angoisses, laissons un peu le mystère être porteur de tendance : c’est un outil de séduction inusable !

 

A BIENTOT ET BONNES VACANCES !

 



Justice française, justice américaine : des systèmes différents

23 05 2011

L’actualité fournit parfois l’occasion de se pencher sur des sujets qui ne nous sont pas familiers mais qui intriguent. Pourtant  la justice américaine, -puisqu’il s’agit d’elle- tellement présente dans des séries télévisées, nous est dévoilée au travers de scénarii toujours bien ficelés, à tel point que nous faisons la confusion entre deux systèmes très différents : le système américain et le système français. Avec l’affaire DSK, nous ne manquons pas d’informations sur le déroulement de la procédure américaine, mais les parallèles ne s’appliquent pas forcément selon la notoriété des inculpés. Voici donc un tableau, modeste comparatif des deux systèmes, et quelques liens qui aident à faire la part des choses :

Les reportages télévisés font valoir également une certaine décontraction, à l’intérieur de la Cour de justice, où les avocats plaident en costume de ville, ce qui tranche avec la solennité d’une cour française où les différentes robes portées par les magistrats rappellent leur origine « noble » (noblesse de robe regroupant les nobles occupant des fonctions de justice ou de finance). Moins faciles à identifier, les avocats américains, souvent formés aux meilleures écoles, s’assimilent plus à des « businessmen » qu’à des auxiliaires de justice. L’argent, du côté américain, joue un grand rôle puisqu’une transaction est possible entre les deux parties, achetant en quelque sorte le silence de l’adversaire.

En France, nous parlons souvent de « justice à deux vitesses » : l’une pour les riches, où les relations, le rang social, la notoriété sont des « atouts », l’autre pour les plus modestes, qui n’ont pas les moyens de se payer les meilleurs avocats. La réforme de la procédure pénale, prévue en début de cet été, fait grincer des dents, et sortir les magistrats dans la rue. Enfin, la suppression envisagée du juge d’instruction fait craindre une dépendance croissante de la justice à la chancellerie.




L’art du camouflage

19 05 2011

Liu Bolin est sculpteur. Il modèle la matière depuis l’âge de 13 ans. Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Pékin (2001), il a délaissé un moment la sculpture pour des performances éphémères qu’il immortalise sur des photographies.  La destruction de son atelier dans un quartier d’artistes en 2005 sera l’événement déclencheur de son nouveau concept : se fondre dans le décor comme un cri de révolte muet, face aux autorités chinoises.

Le langage de l’image traduit, dans son oeuvre singulière, la croissance économique de la Chine, la société de consommation qui happe l’humanité. Liu « disparait », dans des mises en scène photographiques pour s’abstraire de l’oppression. Pour cela, il choisit soigneusement ses décors, à valeur de symboles : sur des panneaux électoraux, dans des drapeaux, des messages de propagande…

Le plasticien caméléon donne à voir des sculptures humaines qui ne sont pas sans rappeler les personnages traditionnels du théâtre chinois, aux maquillages stylisés, à l’apparence de masques. Mais cet art engagé, à « l’invisibilité » ludique le rend encore plus intégré au monde d’aujourd’hui pour mieux questionner les systèmes économiques, politiques, esthétiques dans un réalisme étudié ( la couleur rouge associée à l’élément  » feu » en Chine…).

L’artiste continue de sculpter : hommes sans yeux (Red Hand) ou sculptures enflammées (Burning man). Ses travaux exposés à Paris, Vérone, Londres New York ou Shangaï depuis 2007 lui valent une reconnaissance internationale.




Le nouveau visage de la mort

1 05 2011

La religion conduit à porter un regard différent sur la dépouille mortelle et les rites funéraires selon qu’on est catholique, musulman ou juif… Mais la question du corps reste fondamentale : respect du défunt et destin « éternel ». Même si la mort s’est désocialisée et médicalisée depuis les années 50, « l’art de bien mourir » fait salon pour faire tomber les tabous autour de la mort. Certains trouvent même dans le dernier voyage une inspiration créative. Les obsèques évoluent : même le virtuel s’en mêle. Est-ce que la mort peut de venir écolo et numérique et tromper l’angoisse ? Pourquoi la tendance actuelle est-elle à la personnalisation des funérailles ?

LA VIE, LA MORT SELON LES RELIGIONS

La religion a toujours joué un rôle prépondérant sur le plan social ou individuel, dans la vie de l’homme. Elle essaie de répondre aux interrogations humaines sur la vie, le bonheur, la création du monde et la vie après la mort. Au moment de la sépulture, les rites traduisent le souci d’accorder au défunt :

  • - « une vie éternelle » , encensé et aspergé d’eau bénite en signe de respect (catholicisme).
  • - « un au-delà meilleur et durable », la vie  sur terre n’étant qu’un passage. Le mourant vit ainsi, avec sérénité, un trépas attendu et accepté. En revanche, l’intégrité du corps est respectée (pas d’incinération ou de mutilation). C’est le point de vue de l’islam.
  • - respect et dignité de la dépouille mortelle : le soin du mort s’impose pour le délivrer des impuretés terrestres ; la sacralité du corps interdit le don d’organes et l’incinération (judaïsme).

La plupart des croyances font  valoir que le corps n’est qu’un support biologique et provisoire pour l’âme ; celle-ci devant se dégager de l’enveloppe corporelle. Mais on va de plus en plus à l’encontre des pratiques traditionnelles et le rituel religieux tombe en désuétude, notamment en Occident.

MOUREZ, NOUS FERONS  LE RESTE

Dans notre civilisation où les croyances s’effondrent, l’entourage des défunts se réapproprie la cérémonie avec la volonté de rendre le rituel moins anonyme, plus chaleureux et plus « humain », d’autant plus que la techno-médecine fait reculer la mort et croître l’espérance de vie. Est-ce le début de la désacralisation de la mort ?

Récemment, se tenait à Paris le Salon de la mort. Il y était question de dons d’organes, de thanatopraxie, de soins palliatifs, d’euthanasie, mais aussi d’urnes artistiques, d’ »héritages numériques », de webgrammes (messages, photos sur réseaux sociaux), de mises en vidéos et de cercueils personnalisés. Des sites Internet proposent de garder en mémoire les dernières volontés, les références bancaires, renseignements administratifs à transmettre et même les identifiants sur les réseaux sociaux pour pouvoir agir post-mortem, selon les volontés du défunt. Les webgrammes, eux,  sont envoyés après le feu vert de la banque (pour les documents importants) ou après le décès pour publier messages,  photos. Un autre site propose des « albums de vie » ou des « livrets de voeux » pour imaginer des funérailles qui soient à votre image, laisser des témoignages, une biographie… une façon de laisser à vos proches le le meilleur de vous-même… moyennant finances (de 30 à 400 euros).

Les cercueils personnalisés, en papier recyclé, mosaïque colorée, urnes en cocon tissé ou céramiques émaillées sont autant de créations marketing pour déjouer l’image traditionnelle du deuil, l’uniformité du noir. Une autre « révolution » préfigure cette « mort de la mort » que nous annonce, dans un livre tout récent, Laurent Alexandre, chirurgien, énarque et ex-PDG de Doctissimo. Les enjeux de la biotechnologie aux fantastiques expériences auront des retombées bien plus surprenantes et des conséquences révolutionnaires quant à l’homme dans son rapport au monde. Les thérapies géniques et autres progrès médicaux offrent une évolution qui dépasse de loin la médecine de ressuscitation (réanimations, greffes…). Pourrait s’ensuivre, au cours de ce XXIe siècle, des conflits éthiques, politiques et sociaux qui nous obligeraient à revoir les fondements de l’humanisme. Autre débat, autre époque…



Réalité ou fiction : le destin tragique du Japon

24 03 2011

Ce n’est pas la fin du monde et pourtant le Japon vient d’enregistrer la catastrophe la plus importante de son histoire, naturelle et nucléaire, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Que ce soit à cause de la localisation de l’archipel volcanique ou à cause de la science, ce pays a subi des séismes destructeurs et des bombes atomiques dont se nourissent largement les mangas, films d’animation et d’action et oeuvres picturales. Bien plus qu’une inspiration légitime, cette tendance à l’ultra-réalisme serait ancrée dans la pensée profonde japonaise.
Japon: les animes apocalyptiques - Libération vidéo
Japon: les animes apocalyptiques – Libération vidéo

LES CATACLYSMES, DE LA REALITE A LA FICTION

Fukushima, comme un écho à Hiroshima, vient rappeler la douloureuse histoire du Japon. Les 6 et 9 août 1945, deux villes japonaises vivaient un cauchemar atomique. Ce potentiel de destruction, le Japon y est exposé aussi par un emplacement au carrefour de deux plaques tectoniques, le nombre important de volcans en activité (une vingtaine dont le mont Fuji), des pluies abondantes et de nombreux typhons en provenance du Pacifique. Entre irradiation et séisme, les désastres sont devenus des « classiques » de la fiction japonaise.

Une évocation emblématique, en manga, fut celle de Gen d’Hiroshima de Keiki Nakasawa, âgé de 6 ans quand la bombe explosa : souffrances du peuple japonais dans un Japon fasciste et fanatique, mort lente ou condamnation des survivants, l’incompréhension et la colère, la peur et la faim au ventre (1972)… Plus tôt, en 1954, la thématique du monstre, fruit des expériences nucléaires américaines, a fait de Godzilla, lézard géant préhistorique, une allégorie des armes nucléaires et a incarné  la peur que ces expériences se reproduisent, après les attaques de Nagasaki et Hiroshima (films, comics et jeux vidéos).

Des scenarii post-apocalyptiques (destruction du monde, survie de jeunes héros, reconstruction ou mort) ont vu le jour ces dernières années, avec l’Arme ultime. D’autres publications comme La submersion du Japon en 1972 ou A spirit of the sun décrivent un pays aux prises avec les éléments (tremblement de terre, tsunami) . Le dessin animé Ponyo sur la falaise de Miyazaki (2009) évoque un tsunami, monstre marin qui engloutit un village, une manière poétique d’incarner la force de la nature. Tokyo magnitude 8 suit le parcours de Jin et Nanako, deux camarades de lycée, dans un Tokyo en ruines, suite à un tremblement de terre.  La grande vague de Hokusaï est sans doute, quant à elle, l’une des plus anciennes illustrations (1831) du phénomène de tsunami.

C’est dire la panoplie de personnages, de Gen à Astro boy, qui fait partie de la culture populaire au Japon. Mais la fin du monde n’existe pas dans la mythologie japonaise ! Comment expliquer alors ces références si souvent empruntées à la réalité  et le stoïcisme dont font preuve les Japonais ?

LA SERENITE, PARADE RELIGIEUSE

Les phénomènes exceptionnels qui ont déjà mis à mal cette île du bout du monde sont une fatalité, une épreuve que la vie inflige et qui doit concourir à la renaissance, à la reconstruction. Contrairement à la philosophie occidentale qui veut que l’Homme domine la nature, les croyances japonaises sont  centrées sur le shinto, qui met l’accent sur l’harmonie entre l’homme et la nature. Le bouddhisme, de son côté,  invite à l’acceptation, au renoncement sans amertume ni frustration. On admire la sérénité de ces hommes et femmes et la solidarité envers les autres, dans leur malheur :  ces qualités sont parties intrinsèques de leur nature ; ils se savent éphémères et ont un sens aigu du temps qui passe. A travers les mangas, la peinture ou le cinéma, les Japonais exorcisent leurs peurs, souvent dans la violence. Et si la science devient folle, nul doute qu’ils relèveront le défi, en adoptant l’attitude qui consiste à rester maître d’eux pour reconstruire leur avenir, telle une éternelle revanche !

En marge de ces récents événements, il faut souligner l’initiative de Café Salé qui réunit des passionnés de création graphique : dessin, BD, manga, photo, webdesign… Ils ont créé un blog collaboratif Tsunami, des images pour le Japon, un projet artistique et solidaire pour venir en aide aux victimes de la catastrophe. Les dessins originaux mis en ligne seront mis aux enchères et feront l’objet d’un ouvrage collectif. Les bénéfices seront reversés à l’Association Give2Asia.

SOURCES :

  • - Hiroshima, l’histoire de la première bombe atomique ; Editions Gallimard Jeunesse
  • - Mangas, 60 ans de bande dessinée japonaise/Gravett, Paul ; Editions du Rocher
  • - le site Japoninfos.com