Des trésors dans nos poubelles

29 05 2012

Ce n’est pas nouveau, l’art de la récup  a déjà donné lieu à des expositions, des concours… Des artistes offrent une deuxième vie à des matériaux recyclables, certes, mais qui envahissent nos poubelles : plastique, métal, carton. Pour mieux prendre conscience des volumes de déchets et des possibilités de leurs reconversion artistique, voici un petit tour du monde « Art d’éco » :

Le plastique, inventé en 1869, est de plus en plus utilisé mais 15 % seulement sont recyclés dans le monde. Il représente même un 8ème continent -c’est son nom- : une gigantesque plaque de déchets, découverte dans l’océan Pacifique (6 fois la France), en 1997. Il donne lieu aussi à un jeu interactif au Futuroscope de Poitiers pour nous sensibiliser à la pollution marine.

– Un artiste urbain new-yorkais propose un spectacle étonnant : Joshua Allen Harris fabrique des animaux ou créatures bizarres à l’aide de sacs plastiques et de scotch, qu’il place au-dessus des bouches de métro. Le souffle qui s’en échappe gonfle les structures, leur donnant ainsi une vie éphémère.

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Martine Camillieri, plasticienne française, est une pionnière en matière de détournement et de recyclage : installations d’objets, (autels et temples), photos (camion-bidons) et son site de gardiennage virtuel d’objets perdus, livres (de cuisine pour les enfants, manuel écologique),  tout est prétexte pour jouer avec les objets, questionner nos pratiques de consommation. Martine Camillieri milite pour une écologie douce, cultive l’art et la drôlerie : toujours dans l’optique de « ré-enchanter » le quotidien, elle conçoit des buffets décalés, de la vaisselle comestible ou bio-dégradable.


– 300 millions de tonnes : c’est la production annuelle de papier -que nous recyclons à plus de 70 % en France. Le gros problème c’est le tri. Comme les autres déchets, il est devenu un terrain d’exploration pour des artistes qui en font des vêtements, des robots … ou des livres comme en Argentine : une maison d’édition pas comme les autres « Eloïsa Cartonera » est née … de la débâcle économique en 2001 ; des recycleurs ramassent papiers et cartons pour les revendre à des usines de récupération. Un écrivain argentin s’en mêle et lance une maison d’édition ; les plus belles pièces servent à faire des couvertures de livres. L’atelier grandit dans un quartier populaire ; les habitants, enfants ou adultes, armés de pochoirs, de pinceaux et de peinture participent à l’aventure. Le concept est en train de faire le tour du monde.

 

 

 

 

 

 

– Quoi de plus résistant que le métal ? Les métaux ont une grande espérance de vie, surtout sous forme de déchets ! Des canettes à l’informatique, l’électronique ou l’automobile, ils ont été les symboles du progrès mais causent des dégâts durables dans l’environnement. Leur réutilisation permet aux artistes de devenir les rois du recycl’art. Exemple la galerie Brauer : ce dernier, plasticien, sculpteur, peintre graphiste, partage sa galerie avec d’autres designers pour réhabiliter des objets déchus ; une sorte de pied-de-nez- à la société de consommation frénétique : sculptures lumineuses, accumulations électroniques aux allures vintage, « l’objet enfin de vie devient une trésor en devenir ». Rien n’est jamais figé.

 A l’occasion de la conférence sur le développement durable, RIO + 20, du 20 au 22 juin, l’accent sera mis sur deux thèmes spécifiques : une économie verte dans le contexte de l’éradication de la pauvreté et un cadre institutionnel pour le développement durable. En parallèle, le Sommet des Peuples appelle à une large mobilisation contre la marchandisation de la nature… En attendant, les déchets d’oeuvres sont déjà une transition écologique !


 



L’informatique : une science à part entière

15 05 2012

Pour la plupart de nos contemporains, l’informatique est perçue comme une technologie. Depuis ses débuts l’informatique a un double aspect :

  • – scientifique, issu de la logique mathématique (que peut-on calculer au moyen d’un algorithme ?)
  • – technique, avec la construction de machines de traitement de données qui chiffrent des messages.

Elle a aussi un statut inédit :

  • – comme les maths, elle étudie des objets abstraits (listes, graphies…) mais
  • – comme les sciences, sa méthodologie repose sur une interaction avec des objets concrets, les ordinateurs.

Ni une branche de la physique, ni une partie des mathématiques, l’informatique est une autre science qui va devenir une matière de l’enseignement secondaire à la rentrée 2012, justifiée par sa méconnaissance alors que ses enjeux doivent conduire à maîtriser la complexité de ses systèmes.

En tant que « science jeune », l’informatique n’a pas encore acquis ce statut de science. L’utilisation quotidienne d’outils informatiques, de plus en plus précoce, laisse croire qu’on peut en acquérir les concepts fondamentaux par une pratique fréquente, comme si l’on devenait cuisinier en mangeant ou musicien en écoutant de la musique !

Pourtant, on observe la distanciation progressive des étudiants et ingénieurs en informatique, par rapport à la maîtrise du fonctionnement d’un ordinateur ou à celle des architectures informatiques, d’où la nécessité de comprendre les grands principes de programmation et les pouvoirs d’expression des langages utilisés afin de les renouveler. Pour preuve : le dernier langage « novateur » : java date de 1995, peut-être un signe de qualité mais au vu de l’impact du web et de la croissance des besoins en informatique, la conception de nouveaux langages s’impose.

L’ISN (Informatique et Sciences du  Numérique) entrera donc dans les programmes de terminale S avec 4 concepts de base : information, langage, machine, algorithme, avec une pédagogie centrée sur la réalisation de projets à travers des travaux de groupes, à raison de 2 h par semaine (Coefficient 2 au baccalauréat). L’enseignement s’appuiera sur des professeurs de mathématiques, de physique qui recevront une formation en présentiel ou à distance. Cette nouvelle option ne visera pas à pré-orienter les élèves mais à les sensibiliser à la diversité des métiers et emplois générés par l’économie numérique.

Dans le cadre de projets menés en équipe, de nombreux domaines d’application peuvent être abordés en lien avec la découverte des métiers et des entreprises du secteur du numérique : graphisme et images, sécurité, prise de décision, communication, robotique, etc… Des connaissances et des compétences en science de la vie et de la terre (code génétique, géosciences) peuvent également contribuer à l’élaboration de ces projets. En se développant largement, la société numérique suscite de nouvelles questions éthiques et juridiques ; les projets conduits auront aussi pour objectif de mettre en lumière ces problématiques.

           Illustration The Huffington Post

  Sources

 



Chronique : on nous aurait menti ??

18 04 2012

La blancheur du net s’achète

L’ère numérique fait des taches et une compagnie française d’assurance A.A y a vu la nécessité de « réinventer son métier »… pour vous éviter la honte d’être livré à la vindicte populaire. Si quelqu’un a raconté des salades sur vous, votre réputation risque d’en prendre un coup, et indirectement celle de vos proches ; « Protection familiale intégråle » lave plus blanc que blanc et vous n’aurez plus rien à craindre des médisances et photos volées à votre intimité (qui, soit dit entre nous, ne sont plus tellement intimes sur la toile ;-)). Espérons que le nettoyeur a les mains propres ; en tous cas l’e-réputation a désormais un sauveur qui coûte 13 euros par mois ! Enfin une pub qui ne vise pas que la ménagère de – 50 ans !

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Vous pouvez aussi, apprendre à maîtriser votre image sur le web… et c’est gratuit !

 Ampoules tueuses

 

Les ampoules basse consommation sont des engins de mort : un documentaire autrichien « Bulb Fiction » a mené l’enquête. Ces ampoules, 5 fois plus économes, contiennent du mercure et produisent un champ électrique bien plus puissant qu’un écran d’ordinateur.

Depuis 2009, l’Union européenne a donc choisi de bannir progressivement les lampes à incandescence. Mais les lampes à fluorescence sont-elles aussi bonnes pour l’environnement, peu chères et peu consommatrices d’énergie que tous le prétendent . Un film à propos de la lumière comme source de vie, mais aussi des questions financières et commerciales qui l’accompagnent. Et une démonstration de la résistance des individus face au pouvoir : c’est l’histoire de David contre Goliath.

Tout flou (beaucoup plus poétique)

Au programme de France 3 samedi prochain (tôt pour les vacances : 8h25) un court métrage poétique dont le héros, Arnaud est  myope, il préfère voir le monde sans ses lunettes  et évoluer dans un monde peuplé de créatures imaginaires . Nouvelle réalisation de l’illustrateur et animateur 2D Jean-Claude Rozec, « Cul de bouteille » a déjà décroché de nombreux prix dont le Prix du court métrage d’animation pour enfants au festival international d’animation  d’Ottawa (en octobre 2010).

Un conte merveilleux et fascinant au style pictural audacieux : un crayonné en noir et blanc qui donne aux êtres et aux choses une dimension tour à tour onirique ou effrayante !

Cul de Bouteille – Specky four eyes par Vivement_Lundi



L’étrange monde de Mr Tim Burton

9 03 2012

 Après Melbourne, Toronto et Los Angeles, l’exposition « Tim Burton », conçue il  y a 3 ans par le Moma de New-York, est accueillie à la Cinémathèque française de Paris à partir du 7 mars. Dessins, figurines, photographies et accessoires –maquettes et costumes- reconstituent l’univers si particulier de ce cinéaste pour lequel les monstres sont la norme et la normalité, le siège de la haine et de l’intolérance :

  • – rétrospective intégrale
  • – longs et courts métrages projetés, choisis par le cinéaste lui-même
    –  cycle de conférences,
    –  ateliers destinés aux enfants et aux adolescents
    –  stages organisés pendant les vacances de Pâques.

De quoi tenter les nombreux fans de ce cinéaste singulier.

SON ENFANCE

Il la passe à Burbank, en Californie. Banlieue blanche, milieu puritain. Livré à lui-même, il passe beaucoup de temps à visionner des films d’horreur (tirés, le plus souvent , de contes de fées ou légendes folkloriques européennes) et la période d’Halloween lui laisse des souvenirs impérissables, surtout dans  la lumière californienne d’octobre. Lui qui n’aimait pas le sport mais faisait des farces macabres à ses petits camarades  était un enfant solitaire (pour cause de singularité). Son goût pour le morbide n’était pas fait pour rassurer les parents des enfants du voisinage. Plus tard, il trouvera un exutoire  dans la scène punk :  « je me sentais proche de la rage de ces personnages extravagants et de leur look ».

D’ailleurs, lors de l’exposition parisienne, chercheurs et spécialistes de divers champs artistiques aborderont tour à tour le travail du scénario, du décor, des dessins, des costumes, de la musique… pour analyser l’alliance paradoxale de l’enfance et du macabre chez Burton, ainsi que la manière dont le réalisateur a durablement renouvelé les codes de l’iconographie enfantine.

 SON PARCOURS

Après des études artistiques en Californie (il est passionné de dessin depuis son plus jeune âge) Tim Burton débute chez Disney puis passe des courts aux longs métrages : de frankenweenie (1984) à Beetlejuice (1991). Le côté fantastico-macabre et déjanté du réalisateur s’exprime déjà et son génie créatif –outre les deux « Batman »- fait merveille avec celui qui deviendra son acteur fétiche : Johnny Depp. De 1990 à 2008, l’homme aux multiples casquettes (auteur, acteur, producteur, scénariste, réalisateur…) aligne les succès.  La Cinémathèque a réalisé ici une time-line très intéressante sur l’ œuvre de ce scénariste original et producteur avisé.

L’artiste griffonne les portraits de ceux qui deviendront ses héros, les lieux qui le fascinent pour en faire des décors : exubérance et poésie côtoient l’humour caustique pour transmettre sa vision du monde. Il n’a cure de servir les studios hollywoodiens ou de céder à un quelconque courant. C’est un original qui ne livre le meilleur de son art que lorsqu’il est complètement libre : « Je crois que tout ce que je filme participe à une sorte d’exorcisme global. Il ne s’agit pas d’exorciser quelque chose de précis, mais de libérer des images, des visions, de relayer l’imaginaire par des images. Je m’explore moi-même ».

ECRAN NOIR

Tim Burton s’est beaucoup inspiré du roman gothique, un genre littéraire du 18e siècle qui réunit des points communs :

  • – Le décor : L’engouement pour l’histoire et le passé (décors populaires du théâtre élisabéthain tels que château hanté (Macbeth, Hamlet), la crypte (Romeo et Juliette), la prison médiévale (Richard III ou Edward II de Christopher Marlowe), le cimetière (Hamlet).
  • – Les décors naturels sont ceux des contes de bonne femme, paysages nocturnes (Macbeth), sabbats de sorcières (Macbeth), orages déchaînés sur la lande (Le Roi Lear), tempêtes en mer (La Tempête, Un conte d’hiver).
  • – Les personnages : le religieux (l’Inquisition), la femme persécutée, le maudit, le vampire, le bandit
  • – Les situations : le pacte infernal, l’incarcération et la torture, le suicide, les secrets du passé venant hanter le présent
  • – Des procédés narratifs : récit dans le récit.

 Dans les fêtes de Noël, Tim Burton est fasciné par les jouets, les rubans et les frises, les clowns (Batman Le Défi), les mimes (Batman) et les engrenages (Edward aux Mains d’Argent, Sleepy Hollow). Bref par le monde de l’enfance.

D’autres éléments font partie du monde étrange de Tim Burton, toujours symboliques d’un univers morbide et macabre  mais qui donnent à la mort la marque d’un recommencement et non d’une fin :

  • La forêt est toujours le passage vers un autre monde, l’arbre, une porte de sortie et le vestige d’un passé inquiétant et mystérieux.
  • Les mains : avant d’être un cinéaste, Tim Burton est un dessinateur et ce don lui a permis de fuir son quotidien maussade.
  • Les têtes : Tim Burton a une fascination morbide et jubilatoire pour la décapitation.(Sleepy Hollow et son Cavalier sans tête qui décapite ses victimes) ; il  aime jouer avec les têtes de ses personnages, imposer à celles-ci des transformations et des mutations. Elles arborent souvent d’impressionnantes cicatrices – Edward aux Mains d’Argent ou un sourire permanent (Le Joker dans Batman) . Le cerveau est souvent proéminent – les Extra-terrestres de Mars Attack- et parfois pour le cacher, on utilise un masque ou un costume (Batman).

Toute sa filmographie ici

Le site de l’exposition au Moma

L’EXPO A LA CINEMATHEQUE

Après son triomphe Outre-Atlantique, l’Exposition parisienne, seule étape européenne nous racontera toute la fantaisie et l’imaginaire de Tim Burton à travers 700 pièces dont ses premières esquisses jusqu’à ses dernières réalisations : Dark shadows et Frankenweenie -film d’animation- dont voici la bande-annonce :

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Entre-scotch

10 02 2012

Au lieu d’utiliser de la peinture, Max Zorn découpe au scalpel des bandes de scotch et les superpose pour réaliser des tableaux. Cette idée lui est venue en observant le travail de designers de voitures qui  projetaient, à toute vitesse, leurs idées sur de grands tableaux, à l’aide de rubans adhésifs. Depuis quelque années, le « tape art » qui existait déjà en tant qu’art urbain et le scotch multicolore permettaient de réaliser des fresques, comme celle-ci dans le métro parisien (exécutée par un collectif slovène, ORTO).

TapeArt – Fejzo & Luka Ursic from Multipraktik on Vimeo.

Max, qui vit à Amsterdam, a admiré l’éclairage des vieilles rues, un brun doré qui projette des ombres, créant des images graphiques séduisantes ; il décide alors d’utiliser du plexi-glass pour y appliquer du scotch brun translucide. Ces portraits sont souvent inspirés du cinéma,  de la chanson ou de la peinture. Les superpositions dévoilent plus ou moins de lumière et sculptent les visages d’une manière saisissante.

Il réalise ses oeuvres en parcourant l’Amérique du Nord, le Canada et l’Australie en passant par l’Europe où il escalade lampadaires et immeubles pour offrir ses créations au regard de tous dans les rues de San Sebastian, Lisbonne ou Berlin.

Belle performance au final !

Le site de Max Zorn

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Autre graffeur, australien cette fois, Buff Diss, parcourt le monde avec ses rouleaux de scotch et décore aussi bien  des surfaces verticales qu’horizontales mais aussi dans le « vide », dans l’air, de la 3D sans endommager les murs !

Sa galerie ici

Autre artiste, cette jeune femme française Eugénie Fauny, qui travaille avec le scotch d’une très belle manière.

« Mille fragments de mots, de lettres, de couleurs et d’images s’entre-scotchent, s’arrachent au papier et se restructurent sur les tableaux (toile, plexiglas, bois) et sur les objets détournés (lampes, bidons, valise) de cette plasticienne hors-norme. Adepte de la poésie lettriste, elle crée à l’aide du ruban adhésif repositionné, un souffle cadencé, heurté, hyper-ventilé, témoin acerbe et juste de nos modes de communication. Sans concession pour elle-même, Eugénie Fauny, au son déchirant du scotch qu’elle coupe de ses dents, recrée ainsi ses propres messages… arrachés… au ruban de la vie. »

En fait « l’art scotch » n’est pas vraiment une invention du 21e siècle et son précurseur s’appelle : Gil Joseph Wolman. Celui-ci  entreprend en 1959 un travail  résolument pictural, incluant des matières plastiques, des cirages, des papiers mâchés dans lesquels il inscrit des écritures et des graffitis. Avec l’Art scotch commence, en 1964, la période la plus prolifique du travail de Gil Joseph Wolman :fragments de textes et d’images arrachés par des bandes adhésives dans des journaux et qui restent inscrits sur la colle.  Reportés  sur divers supports (planches de bois, toiles) en lignes superposées qui posent autant la question de la constitution du tableau dans sa relation au monde que la « dissolution et la constitution du mouvement » (titre de l’exposition Wolman à la galerie Valérie Schmidt en 1968). La densité du scotch fait un effet de matière et le procédé rigoureux, par bandes régulières posées horizontalement, donne aux mots une nouvelle dimension.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toutes ces expériences manuelles, montage et jeu graphiques, chroniques du monde, constituent les prémices des graffitis et de l’art urbain.

 

 



Des nouilles … au caviar

26 01 2012

Vik Muniz, artiste brésilien, mêle la photographie et la création d’oeuvre d’art dans une vision très personnelle de chefs-d’oeuvres connus : il joue les illusionnistes à l’aide de matériaux plus ou moins incongrus : sang de synthèse, chocolat, confitures mais aussi diamants, papier journal… Comment est-il passé d’une enfance pauvre à Sao Paulo aux expositions dans les musées, sans une véritable éducation artistique mais avec la même obsession, la perception visuelle ?

SON ORIGINALITE

Pour tout bagage, Vik Muniz a suivi des cours de dessin dans un atelier du soir et découvre l’histoire de l’art via des magazines ou quelques livres. Il emporte avec lui, aux Etats-Unis, son pays d’adoption, un kaléidoscope d’images qu’il s’amuse à reproduire, plus tard, pour offrir au spectateur un regard neuf sur des oeuvres classiques. Pas question pour lui de peinture à l’huile ou d’encres mais des matériaux inhabituels -du sucre, du fil de fer, des cendres- pour créer des simulations d’oeuvres, que la photographie immortalisera.
Son originalité tient à la multiplicité des supports qu’il utilise : des spaghettis pour la Méduse de Caravage, du caviar pour Frankenstein, des pièces de puzzle pour Picasso, des diamants pour les portraits de Marilyn Monroe et de Liz Taylor. Entre souvenirs de voyage et Pop Art, Vik Muniz interroge le statut de l’image médiatique, car les oeuvres mythiques dont il s’inspire deviennent des trompe-l’oeil : pour l’artiste, notre monde d’images doit nous rendre sceptique et nous inviter à retrouver une réalité chaque fois différente.

SA TECHNIQUE

Sa technique vise à élargir la gamme des moyens classiques au service de l’art contemporain. Mais c’est grâce à la photo argentique qu’il entend déclencher les mécanismes psychiques de la représentation et susciter une participation du spectateur. L’optique suggérerait presque une notion philosophique : celle du cours des choses éternellement effacé par l’immédiateté.

Il  parsème, dans ses collections,  une dose d’humour espiègle pour mieux induire le spectateur en erreur et sensibiliser, d’une manière plus générale, le public à la lecture de l’image. Ces oeuvres plastiques redéfinissent les contours, les ombres d’une peinture selon le matériau choisi : le sirop de chocolat  brun brillant sur l’image de Pollock amène de la sensualité ; le fil gris pour les prisons de Piranèse rappelle l’enfermement et le mystère, l’utilisation de pigments purs dans ses remakes de toiles de maîtres renouvelle la toile pour un rendu presque tactile, mettant ainsi en cohérence sujets et matériaux.

Sa dernière exposition à Avignon s’intitule avec justesse « le musée imaginaire » : 110 oeuvres revisitées pour une mise en abyme de l’Histoire des arts. Après le succès récompensé de l’exposition et du film documentaire l’accompagnant « Waste land », qui lui a été consacré en 2008 au Museum of  Modern Art de New York, nul doute que cet illusionniste nous réapprendra sans cesse à regarder l’art  photographique ou pictural comme une histoire des représentations suivant des échelles de valeur, des techniques et des époques.

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Bouton, un rayon de soleil

15 12 2011

« Bouton, je t’ai dit que j’allais voir les docteurs, ils m’ont dit que j’avais le cancer… » Bouton, c’est le porte-parole, le confident, le grigri de Johana, ventriloque et marionettiste. Elle crée, depuis l’enfance, des personnages de carton ou de tissu. Avec son âme d’enfant, Bouton, candide,  est la petite voix intérieure de Johana, celle qui pose les questions qu’elle n’ose pas se poser. « Qu’est-ce que je deviendrai quand tu ne seras pour là ? ».  Car Johana va mourir. Son cancer du sein a migré vers les os.

Rencontré par hasard, le réalisateur Res Balzi décide de consacrer un documentaire à la marionnettiste, pour dire l’injustice de mourir à 30 ans, les forces qui manquent, entre sourires et larmes, entre réalité documentaire  et fiction poétique : Bouton s’envole dans la chaussure de Johana avec son amoureuse, le Petit Chaperon Rouge …

Le film « Bouton » vient de recevoir le prix du public du festival du documentaire de Montréal.

Extrait :

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Le storytelling art

29 09 2011

La tendance du storytelling est apparue vers les années 1980 dans les discours politiques américains. Le président Ronald Reagan, ancien acteur et entouré de consultants, formés en écoles de commerce est l’un des premiers à avoir utilisé cette méthode pour convaincre ses électeurs. D’autres disciplines -la sociologie, le droit, l’éducation- ont été séduites car « raconter des histoires » permet de capter l’attention et de susciter l’émotion. Et dans le domaine artistique, Marc Ferrero a inauguré, en 1989, un nouveau rapport à la narration, mais sur les murs. C’est le STORYTELLING ART.

SON UNIVERS ET SA TECHNIQUE

Très tôt influencé par les Comics, cet artiste français, autodidacte, combine la BD, la peinture figurative et les techniques cinématographiques de cadrage. Marc Ferrero a  choisi de quitter « les planches », après divers projets et voyages pour développer s on imaginaire en peinture, mais scenarii en tête, ses personnages, grand format, se déclinent sur des toiles ou l’histoire de héros contemporains, se lit toile après toile. La thématique du monde urbain fournit un décor de gratte-ciel, d’embouteillages, de jeux d’argent et de clubs jazzy pour interpréter un roman graphique, entre les huiles , les acryliques, les pochoirs et les lyrics.

Trois superhéros :

  • Duke, dandy anglais jazzman, fan de poker,
  • Lisa, femme fatale, franco-américaine et
  • Don Cello di Cordoba, champion de polo et fou de tango argentin

sont les personnages récurrents d’une histoire Il était une fois la Comitive , qui luttent contre la pègre new-yorkaise. Sculptures, tableaux en 3D, vidéo-clips, toutes les techniques,  de la BD à la musique, font de cette aventure un vrai thriller dont les protagonistes se promènent aux quatre coins de la planète.

UN FILM, VERSION ACRYLIQUE

Car ce roman graphique est composé, jusqu’à maintenant, de 4 000 oeuvres, propriété de collectionneurs privés. Art séquentiel, aux dimensions de peinture classique, le Storytelling Art doit son originalité au croisement de styles que développe Marc Ferrero : une BD à la verticale  qui se lit dans les musées ou les galeries, dont les acheteurs peuvent créer leur propre histoire (à condition d’en avoir les moyens quand même !).

Depuis son premier salon d ‘art contemporain en 1999, à New York, M. Ferrero a su adapter sa connaissance de scenarii de BD à un décor artistique qui dévoile une intrigue, « un road painting » comme une série TV, semant des indices dans ses tableaux. Il existe même une bande-son grâce à Jérome Obry qui allie la pop rock, le jazz et le tango pour mettre en scène l’univers de la Comitive (dont les membres affiliés reçoivent une newsletter alléchante !).



911 : « à l’ombre des tours mortes »

15 09 2011

« Il y aura des attaques spectaculaires dans le mois ou dans les semaines à venir. Elles auront lieu simultanément et provoqueront des dégâts massifs. Les attaques viseront les intérêts américains, peut-être même auront-elle lieu aux Etats-Unis… » Il s’est écoulé 10 ans depuis le crash de deux avions dans les tours jumelles du World Trade Center, 102 minutes qui ont fait 3 000 morts et changé le monde. A l’occasion du dixième anniversaire de cette tragédie, on peut parler de production littéraire et cinématographique sans précédent, liée à une date historique.

LE POIDS DES MOTS

Dans les premières semaines après le 11/09, de nombreux romanciers sont confrontés à la violence des images, trop réelles, trop présentes pour que la fiction trouve sa place. Quelques-uns se voient davantage témoigner, comme Paul Auster, à travers un reportage mais rien (même les assassinats de Kennedy ou M. Luther King) n’est comparable à ce traumatisme. Le premier à s’y coller (sans beaucoup de succès) est un français, Frédéric Beigbeder, avec la problématique essentielle : peut-on romancer le 11 septembre ? Il s’écoulera quelques années avant que les écrivains américains s’emparent du sujet et révèlent la puissance symbolique de ces images spectaculaires : un changement géopolitique, les failles d’une superpuissance, l’illusion démocratique… (Don de Lillo « l’homme qui tombe »…)…

 

Ils se sont d’abord focalisé sur les mécanismes du fanatisme et le psychisme des terroristes puis sur le jour du 11/09 mais c’est le monde d' »après » qui retiendra leur attention : Jonathan Safran Foer « Extrêmement fort et incroyablement près« , ou Joseph O’Neil « Netherland » ; mais aussi sur les conséquences militaires  : Freedom de Jonathan Franzen.

La BD, elle aussi, s’interroge et progressivement, elle est passée de la narration cauchemardesque, la question du deuil (« mardi 11 septembre« /Henrik Rehr,  « le 11ème jour« /Sandrine Revel), au registre de la politique-fiction (la série « 9/11 » en France) et même a offert, plus récemment (2009-2010) des réponses sur le mode humoristique avec « Ben Laden dévoilé » ou « Bush et Ben ». L’album-référence a été publié en 2004 par Art Spiegelman,  qui a vécu cette journée dramatique à New York même « A l’ombre des tours mortes« . Aujourd’hui, la tendance serait plutôt à la revanche (Holly terror de Frank Miller). A noter que certains dessinateurs – Enki Bilal, Stan Lee (Spiderman), avaient prophétisé la destruction de monuments symboliques (la Tour Eiffel, les tours jumelles), dès 1988.

LE CHOC DES IMAGES

L’attentat a tourné en boucle sur nos petits écrans et face à l’onde de choc, les cinéastes américains ont préféré cacher ce que l’Amérique n’était pas prête à voir. Du court-métrage de Sean Penn au film de Spike Lee, la 25e heure, le choc visuel des tours qui s’effondrent, des corps qui tombent est avant tout une réalité humaine. Comme pour la littérature, la fiction a mis du temps à trouver sa place. Il est d’abord question des héros malgré eux : les pompiers new-yorkais de World Trade Center de Oliver Stone, ou les passagers du Vol 93, qui ont évité l’impact du quatrième avion sur la Maison Blanche. Par la suite, l’événement est cristallisé par l’invasion (« La guerre des mondes » en 2005 avec Tom Cruise) ou la destruction des humains (« Je suis une légende » en 2007 avec Will Smith, avant le plus récent 2012 ou Cow-boys et envahisseurs avec Harrison Ford. Mais Hollywood a aussi  traduit une prise de conscience et une remise en question avec des films plus engagés contre l’administration Bush et l’occupation militaire en Irak et en Afghanistan. C’est le cas de Syriana (2006) ou Mensonges d’état de Ridley Scott (2008) et Green zone (2010) quand le héros recherche vainement des armes de destruction massive en Irak.

Les plasticiens, quant à eux, ont contourné la représentation par différentes techniques, à la fois puzzles d’une Amérique violentée et instantanés d’une architecture audacieuse mais fragilisée. A la date souvenir, 70 oeuvres seront exposées au Museum of Modern Art, souvent antérieures à la tragédie, mais qui illustrent ce que l’art renvoie au monde après les horreurs des guerres, des génocides ou bombes atomiques.

L’attentat du 11/9, s’il a changé New York et les Américains, a laissé une empreinte dans les domaines culturel et artistiques d’Islam. Du 7 au 17 septembre, un festival, Islam and the City (ICI) célèbre les relations avec l’Amérique, à travers des concerts, des débats, films et une pièce de théâtre « 11 septembre » pour que l’amalgame entre terrorisme et religion ne soit désormais qu’un cliché. Il comptera, parmi ses invités, Shérif El Gamal, le directeur du projet Park51, « la mosquée de Ground zéro ».

Par ses images multidiffusées, les scènes spectaculaires d’une catastrophe en direct ont imprimé pour toujours notre imaginaire. Métaphore artistique : l’Histoire majuscule a réduit en poussière des vies bien réeelles mais les fictions donnent aussi « tendresse et sens à tout cet espace hurlant » (De Lillo).

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L’amour avec un grand @

12 07 2011

Qui se cache derrière l’autre ? Les jeunes filles ont toujours rêvé du prince charmant mais avec Internet, qui peut se vanter d’avoir rencontré un prince ? Ou quel homme est assuré de vouer des sentiments à une « meetic » donzelle ? L’immensité de la toile est-elle le garant d’un choix plus approprié ou au contraire, le refuge des timides ou des pervers dragueurs ?  Bref, que nous apporte le virtuel dans un quotidien bouleversé par la technologie ?

LES REGLES DU JEU…

La rencontre s’est banalisée. Avec le web, il suffit d’un clic pour créer le contact : liberté enivrante où les rites amoureux ont fait place à un comportement de consommation, où les couples apprennent curieusement à se connaître par « l’intime ». La question de la relation durable est obsolète même si quelques romantiques cultivent le plaisir d’échanger à distance. La bulle de confort, créée par l’environnement virtuel, invite chacun à se placer au centre de son existence : la liberté de choix n’offre pas que des vêtements ou du mobilier sur la toile ; comme on retourne un article non conforme, on débranche aussi facilement pour interrompre à tout moment, une relation non satisfaisante. L’engagement est ainsi évité ; l’aventure peut repartir à zéro avec un autre internaute ! Ce flirt déguisé devient alors un loisir quand le face à face intervient sans installer pour autant des liens solides mais, au contraire, une sorte de « quitte ou double » : le « sexamour » comme l’appelle Jean Claude Kaufmann dans son livre paru en 2010. Les sentiments n’arrivent souvent qu’en deuxième préoccupation, même si les femmes oscillent plus facilement entre attirance et romantisme.
Si les règles du jeu ont changé avec la sexualité comme enjeu majeur, l’amour reste une valeur sûre : les blogs, les réseaux sociaux livrent, la plupart du temps, avec sincérité, des goûts personnels, des impressions, reflétant une société qui n’a de technologique que le moyen moderne de communication, surtout dans le domaine de la relation amoureuse.

OU LE VIRTUEL DESENCHANTE

Comment trouver des repères ? Quelle est la norme dans cette société de liberté de choix généralisée pour construire sa vie amoureuse ?

Il est certain que sur Internet, on peut se lâcher plus facilement, se mettre en scène ou faire preuve de dérision mais fantasmer l’autre peut être dangereux car l’illusion est facile et les rendez-vous manqués sont d’autant plus violents pour ceux qui les subissent que la déconnexion est rapide, le rejet brutal. La toile est un univers cruel où la concurrence et la stratégie sont plus convaincantes que dans le monde réel. L’autre facette dangereuse de ces rencontres « cliquées » consiste à combler ses frustrations par le recours habituel aux sites ludiques. La recherche de l’engagement, du couple, de la famille ne peut se combiner avec la facilité d’un rendez-vous illusoire sur la toile. Aux U.S.A. Meetic est appelé un « misery business », c’est-à-dire une activité florissante qui pallie les aléas du quotidien. Autrement dit, la griserie de la liberté peut être un piège pour celui ou celle qui multiplie les expériences en faisant de la technologie une arme à double tranchant : l’égoïsme, la société de consommation, le mensonge pour des liens qui se tissent, sans témoin croit-on, alors qu’écrits et images s’inscrivent pour longtemps dans la mémoire numérique !

Disons qu’ Internet a changé la donne mais l’individu existe avant tout par sa vie réelle. A chacun de savoir ce qu’il souhaite qu’on retienne de lui. Si les réseaux sociaux permettent de s’exprimer sans entraves, de conjurer ses angoisses, laissons un peu le mystère être porteur de tendance : c’est un outil de séduction inusable !

 

A BIENTOT ET BONNES VACANCES !