A la mémoire des Tsiganes

24 02 2010

tsiganes2Préfecture de la Loire inférieure, le 24 octobre 1940 (extrait) :
 » Comme suite à notre entretien de ce jour, j’ai l’honneur de vous confirmer que la Feldkommandantur de Nantes a décidé le rassemblement de tous les Bohémiens se trouvant en Loire-Inférieure. Ces derniers devront être concentrés par les soins de la Préfecture dans un camp où ils seront surveillés par la police française » …

2010 : Un collectif d’associations a programmé une année consacrée à la mémoire de l’internement des Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces camps de concentration ne sont pas mentionnés dans les livres d’histoire. Ce projet est parrainé par Tony Gatlif dont le film « Liberté » sort ce 24 février.

L’HISTOIRE

Après la loi du 6 janvier 1912, imposant un carnet anthropométrique au départ comme à l’arrivée des Roms en France, la méfiance à l’égard des gens du voyage se traduit par un décret les assignant à résidence dans des communes choisies par les préfets, le 6 juin 1940. Puis une ordonnance du 4 octobre 1940, sous Vichy, décide de les interner dans différents camps (27 au total), répartis sur toute la France . Sur les 700 000 tsiganes vivant en Europe pendant la seconde guerre mondiale, la moitié au moins a péri dans les camps, tués par les nazis. Mais la plupart des tsiganes, en France, a été internée (et non déportée).

Car la  «question tsigane» est abordée de deux points de vue différents :

  • -    Pour les allemands ces populations doivent être arrêtées et déportées au même titre que les juifs ;
  • -     pour le gouvernement de Vichy, il s’agit de sédentariser ces nomades qui échappent aux contrôles et dispose de trop de libertés  malgré les lois en vigueur (mais pour cette raison, elle échappe à une déportation fatale) ; pour la IIIe république s’exprime le souci de formater des citoyens laïcs et  éduqués. En mai 1946, un an après l’arrêt des hostilités, ils sont les derniers internés français à quitter les camps.

Parmi ces 6000 hommes, femmes et enfants, personnes âgées et  nourrissons furent victimes des  conditions de vie déplorables des camps : manque d’hygiène et d’une alimentation suffisante. Les familles n’étaient pas séparées, les enfants furent même scolarisés dans le but de les socialiser. Les adultes, eux travaillaient pour des entreprises françaises ou allemandes. Aucune aide d’association caritative ou d’indemnité de l’administration pour ces «gadgés» qui inspiraient toujours la méfiance, pas de compensation morale non plus puisque ces événements n’ont laissé aucune trace.

Il aura fallu attendre une quarantaine d’années  pour que des historiens s’attardent sur ce qu’ils appellent «le génocide oublié » et quelques plaques commémoratives pour rappeler que des camps d’internement des tsiganes ont existé en France.

LE FILM

LibertefilmDepuis ses débuts, Tony Gatlif,  connu pour notamment Les Princes (1982), Latcho Drom (1992), Gadjo Dilo (1997) ou Vengo (2000), voulait témoigner du génocide des Tsiganes et du sort qui leur a été réservé pendant la 2ème guerre mondiale. A la lecture du livre de Jacques Sigot, Un camp pour les Tsiganes , il retient le portrait d’un certain Tolloche arrêté et interné à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) puis libéré grâce à un notaire du coin qui lui a permis d’acheter une maison pour quelques francs symboliques, lui épargnant ainsi d’être fiché comme nomade ; à partir de cette histoire, et aussi à la demande des Roms qui lui demandaient de réaliser un film sur ce sujet, il entreprend le tournage de Liberté.

Pour lui, pas de « film-reconstitution » à la manière de La grande vadrouille mais une histoire simple d’une de ces familles qu’on appelait Bohémiens, parfois Manouches, qui arrive dans un petit village de France, confrontée à la méfiance populaire mais aidée aussi par quelques Justes, l’institutrice et le maire (le notaire dans la vraie histoire). Des portraits, des visages mais pas de détails en gros plans,  ni de voitures d‘époque,  ni uniformes. Pour lui «la reconstitution est une barbarie» et  «dans la mémoire des tsiganes, les nazis sont en noir et blanc».

Hommage donc à ces oubliés de l’histoire, mais aussi comme un écho à l’actualité : à ces files de SDF qui attendent la soupe populaire à la Bastille ou ailleurs, ou ces Africains ou Afghans, arnaqués par des passeurs et reconduits à la frontière. « Renvoyés d’où ils viennent, la seule différence est qu ‘on ne les tue pas… » (Citations de T. Gatlif)

SITOGRAPHIE

La date du 6 avril 2010 a été déterminée comme lancement de cette année mémorielle en référence au décret-loi du 6 avril 1940 interdisant la circulation des « nomades » sur la totalité du territoire métropolitain.

Et aussi :

LIVRES

  • - Les Tsiganes en France, un sort à part  1939-1946/M. Christine Hubert et Emmanuel Filhol ; Ed. Perrin
  • - Les Tsiganes une destinée européenne/Henriette Asséo ; Gallimard
  • - J’ai vu pleurer un vieux tsigane/Guy Jimenes ; Oskar Editions
  • - Ces barbelés que découvre l’histoire, Montreuil-bellay, 1940-1945/Jacques Sigot ; Ed. Wallada



Sherlock Holmes : du mythe au film

9 02 2010

Le célèbre détective, accompagné de son fidèle Watson, est né de l’imagination de Arthur Conan Doyle ; ou plus exactement de sa rencontre avec le docteur Bell, professeur de chirurgie clinique alors qu’Arthur était étudiant à l’université d’Edimbourg. Quel homme était-il ? le Sherlock de Guy Ritchie est-si loin  de la légende ?

LE HEROS LITTERAIRE

Pas d’enfance ou de paternité évoquées dans les livres mais c’est à l’université qu’il affine sa méthode d’observation et de déduction. A 24 ans, il commence ses enquêtes et pendant de longues années, il s’attellera au démantèlement de l’organisation criminelle du professeur Moriarty. On dénombre pas moins de 500 affaires importantes et un millier d’enquêtes tout au long de sa carrière même si son « père » a voulu le faire mourir, lassé d’écrire des intrigues policières. Mais le succès du héros est tel que, dix ans plus tard, Sherlock Holmes renaît à la vie.

sherlock ombreCet homme mince, de grande taille, au visage étroit, est connu pour porter des manteaux de tweed ou des robes de chambre gris souris dans l’intimité, et surtout, il fume le cigare et la pipe. Il n’est pas enclin à l’effort physique mais pour être efficace dans son travail, il pratique le baritsu (un art martial inventé par Doyle dans une des dernières aventure de Holmes). Très impliqué dans ses enquêtes, il peut faire preuve d’une certaine oisiveté quand rien ne l’oblige à bouger. C’est dans ces moments-là qu’il s’adonne à la drogue. La nature froide et insensible l’éloigne des femmes … et des détectives officiels pour lesquels il éprouve une certaine condescendance, car ses dons et son expérience sortent de l’ordinaire. L’art en général, et la musique tout particulièrement, le laissent rêveur ; il joue du violon avec un certain talent.

On a souvent représenté le fameux détective, furetant, la loupe à la main, coiffé de son inévitable casquette à carreaux. Il possède un raisonnement logique, rationnel qui ne laisse pas de place à l’intuition. Son co-locataire  Watson devient son biographe et ce dernier concourt à sa renommée en exploitant le côté sensationnel des enquêtes.

DU LIVRE AU FILM

Affiche SherlockLes aventures  de Sherlock Holmes ont été portées à l’écran plus de 200 fois et nous ont habitué au portrait d’un détective flegmatique, analyste et infaillible. Depuis sa première apparition dans un film muet en 1900, elles ont fait l’objet d’adaptations à la radio, à la télévision, au cinéma et même en bande dessinée. La dernière version date de 1989, orchestrée par le réalisateur Billy Wilder ; l’atmosphère victorienne y était recrée et les dialogues brillants offraient une variation originale sur Holmes et Watson.
Aujourd’hui, la sortie du film de Guy Ritchie, fait débat. Version totalement dépoussiérée de la légende holmésienne, ce film, boosté aux effets spéciaux, propose deux heures d’action, menées tambour battant, dans un Londres du 19ème siècle, reconstitué comme jamais. Scotland Yard laisse la vedette au célèbre détective pour une saga qui mêle enquête criminelle et magie noire. Redondant pour certains, dynamique pour d’autres, il présente un héros débarrassé des stéréotypes et assez proche du héros de papier et le Docteur Watson tient une autre place que celle incarnée par Basil Rathborne, surtout joué par Jude Law, auquel Sherlock n’adressera jamais la phrase de légende « Elémentaire, mon cher Watson ! ».




Finalement, adapter un livre au cinéma ne se limite pas à une transposition visuelle mais cela exige la construction d’une seconde oeuvre, d’inspiration libre mais respectueuse de l’original, le rendant unique et inoubliable à son tour. Sherlock Holmes, version 2010, comme d’autres héros, aura ses fans et ses détracteurs, la littérature et le cinéma s’enrichissant de leur réflexion en miroir.