Les e-traces : le pétrole du XXIe siècle

23 03 2010

downloadLa littérature a déjà mis en scène ce que les technologies qualifiées de « nouvelles » pourraient entraîner dans un système où la justice sociale ferait défaut et qui permetttraient autant l’émancipation que l’asservissement des hommes (Huxley, Orwell, Bradbury…). Dans le cadre du Festival organisé par LDH (Ligue des Droits de l’Homme) sur le thème « Les droits humains à l’ère des nouvelles technologies » : Technologie mon amour, deux artistes belges, Nicolas Malevé et Michel Cleempoel ont présenté YOOGLE, « un jeu de l’oie » interactif pour prendre conscience du fichage lié au web 2.0.

SOURIEZ VOUS ETES NUMERISES

Le projet e-traces (incluant Yoogle) s’intéresse à la circulation des infos que nous laissons sur les forums ou les chats, les moteurs de recherche, les sites de rencontres. Il s’articule autour de trois axes :

  • -un site d’informations qui regroupe des articles sur les constats ou inquiétudes face à l’intrusion d’Internet et/ou du numérique dans notre vie privée,
  • - le contexte d’une surveillance généralisée, facilitée par le web 2.0,
  • - et un projet de « jeu sérieux » : Yoogle.yoogle LOGO

Précieuses archives que ces données collectées dans la presse internationale sur la vidéosurveillance, les puces RFID (Radio Frequency Identification), le bluetooth (connexion sans câble entre appareils électroniques), et qui permettent de s’interroger sur l’emballement technologique où l’impensable devient possible et où le « no limit » fascine sans que nous mesurions les effets de puissants dispositifs que nous ne maîtrisons pas.

Enjeux humains et sociaux sur le plan du droit (droit à l’image, protection de la vie privée, relations humaines virtuelles) de la science (les nanotechnologies, les données médicales personnelles, les biotechnologies), de la géolocalisation (carte d’identité, GPS) : toutes ces technologies « parlent de nous » sans le moindre pouvoir de décision de notre part et nous sont imposées sans alternatives (carte d’identité). Liaisons dangereuses puisque cette exploitation des données ne garantit aucune confidentialité, que ce soit sur le plan informatique ou sur le plan juridique. A lire avec intérêt.

yoogle1

YOOGLE, le SERIOUS GAME

aboutusChaque inscription, achat, enregistrement, consultation sur un site agit comme autant de capteurs reliés à des systèmes informatiques, capables d’interpréter nos mouvements, nos aspirations, nos données personnelles à des fins d’exploitation. Le prolongement ludique du projet e-traces : Yoogle permet, de manière humoristique et édifiante, de découvrir les coulisses du web 2.0 en jouant tour à tour l’internaute lambda, l’administrateur (d’un réseau social par exemple), l’entreprise ou l’état qui achète les profils d’acheteurs à des fins commerciales, et/ou de contrôle ou de propagande.

goQue vous soyez l’un ou l’autre, vous lancez les dés virtuellement et l’aventure commence ! L’usager pourra se faire peur en réalisant que son comportement dans un jeu en ligne (prudence, agressivité, décision, malhonnêteté…) servira à lui délivrer des publicités ciblées ou que sa recherche d’emploi, depuis son portable de bureau, sera notifiée via l’intranet de l’entreprise. Même si les scénarios frisent quelquefois la caricature, vous affrontez la dure loi du web 2.0 : embûche et entourloupe pour une  traçabilité de plus en plus sophistiquée dans les domaines aussi variés que le self scanning dans les supermarchés, la navigation par GPS ou la vidéosurveillance des espaces publics ou privés.

Le tout numérique pose la question du respect des droits humains et sous l’aspect d’une interface anodine, peut conduire à un fichage illégitime dont nous sommes inconscients. C’est tout l’enjeu de ce projet où les banques, les administrations, les  gouvernements « nuiront gravement » à la démocratie et à la liberté, si les consommateurs (et surtout les jeunes) ne sont pas avertis de cette récupération … invisible.

A lire :

  • - La zone du dehors/Damasio, Alain ; Folio
  • - Thomas Drimm t. 1 : la fin du monde tombe un jeudi/Cauwelaert, Didier ; Albin Michel (jeunesse).

A voir :

  • -  N° 9 (en DVD), de Shane Acker, film d’animation édité par Twin Pics


Logorama : quand les héros sont des logos

19 03 2010

Bienvenue à Los Angeles, la capitale du cinéma et de la pub: LOGORAMA, film d’animation français, vient de remporter l’oscar du meilleur court-métrage d’animation 2010 ; les Américains ont adoré cet « objet visuel non-identifiable », créé par un collectif de jeunes graphistes français, H5.

logorama1

Logorama a nécessité cinq ans de travail à François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain, des graphistes déjà célèbres, récents pensionnaires de Beaubourg et du MoMa, réalisateurs de clips pour Massive Attack ou Goldfrapp et que Dior, Cartier et Saint-Laurent ont déjà appelés à la rescousse. Carte de visite irréprochable pour des « post-ados » qui se sont amusés à fabriquer un film exclusivement  composé de logotypes détournés, qui plus est, sans l’autorisation de la plupart des marques (près de 3000 !).

Ce mini-polar raconte une course-poursuite entre deux policiers (bonshommes Michelin) et un gangster Ronald Mac Donald’s (à l’allure du joker de Batman), dans une ville de marques, construite selon le modèle urbain américain.  Ecriture du scénario, choix des logos, décors et personnages donnent un rythme et une virtuosité assez incroyables.

macdo-300x181En bref, Ronald (le méchant) débarque dans un Pizza Hut, armé d’une mitrailleuse siglée de la Fraction Armée Rouge et prend un enfant en otâge (Haribo). Un séisme viendra semer le désordre dans la ville provoquant l’évasion du zoo du lion MGM, du crocodile Lacoste et du panda WWF entre autres, et l’engloutissement de la ville. Le paradis californien se transforme en capitale de la violence, du pétrole et du fric.

Les auteurs donnent libre cours à l’interprétation de chacun, les codes culturels étant différents d’un pays à l’autre. « Fascination béate pour les marques et hommage à la société de consommation » disent les uns, travail visuel abouti et dénonciation du système pour les autres, à chacun de lire le message caché qu’il veut bien y voir : hommes et planète sont bien vivants ; les marques « virtuelles » provoqueront-elles la mort des uns et la destruction de l’autre ?

Il n’en reste pas moins que les symboles de la toute-puissance industrielle et financière se font malmener avec jubilation par ces trois iconoclastes. « Je ne veux pas mettre le feu au monde, mais juste allumer une flamme dans ton coeur » chante le générique de fin…

Image de prévisualisation YouTube

Le making-off du film :




H5 Logorama from Etapes on Vimeo.



La folie Playmobil♥

12 03 2010

Depuis le 10/12 et jusqu’au 9 mai 2010, le Musée des Arts Décoratifs à Paris vous propose de partager vos souvenirs avec vos enfants ; la figurine inventée par un allemand, Hans Beck, en temps de crise pétrolière a bercé deux générations d’enfants. Comment la poupée à la coupe au bol est-elle devenue un incontournable des coffres à jouets ?

playmobil

PETIT HOMME, GROS SUCCES

Avant Playmobil, les figurines étaient, le plus souvent, en plomb, en aluminium peint, en papier. Leur mouvement était figé, puisqu’ils tenaient debout grâce à un socle. Leur univers était guerrier ou sportif : soldats, indiens, cowboys, cyclistes, footballeurs. L’imaginaire jouait à plein, des armées livraient leurs combats sur les parquets des chambres d’enfants. C’est cet univers qu’a reproduit, à ses débuts, la gamme des jouets playmobil. Puis de nouveaux accessoires, de nouveaux thèmes apparaissent, inspirés par les dessins des enfants eux-mêmes ; les univers se féminisent avec des marchandes des quatre saisons, des fleuristes, des princesses, des infirmières ou des reines d’Egypte.

En 35 ans, ce concept inédit, aux bras et jambes articulés, accompagnés d’accessoires, s’est adapté à l’évolution de la société et aux pays qui l’ont importé. A noter : 3000 variétés crées depuis 1974 et une progression du chiffre d’affaires qui ne connaît pas la crise, sans la débauche de technologie qui envahit le marché du jouet !

LA « PLAYMODEPENDANCE »

Si les créateurs actuels des playmobils épluchent les livres d’histoire, écument les musées et découpent des photos, c’est pour mieux coller à la réalité et les accessoires sont de plus en plus nombreux à équiper le pompier, ou même le Romain, validé par un historien ! Mais à force de combiner ces différents accessoires, certains passionnés ont fini par customiser leurs anciens playmobils !

playmobil2Et là, les scénarios sont infinis : de l’armée de Chouans, (démontés à la pince et accessoirisés « époque » -6 mois de travail-) à l’animation de films en passant par les détournements les moins conventionnels, la customisation effrénée dépasse l’imagination du premier créateur :

  • - bijoux, meubles,
  • - personnages comme les Village People, les Dupond de Tintin ou le désormais célèbre Sarkobil. Inutile de dire que la marque n’apprécie pas toujours ces détournements, soucieuse de préserver une image sobre, neutre (pas de violence ni de références politiques ou religieuses). Les plus fous ont tenté les clips videos façon « Seigneur des anneaux » ou » Pirates des Caraïbes », ou se sont attaqués à la reproduction de tableaux célèbres comme « le radeau de la méduse », forts des nombreux échanges possibles sur les innombrables sites et forums dédiés à ces petits personnages.

playmobil3

Pour une fois qu’il n’est pas question de technologie, de jeux de massacre sur écran, applaudissons des deux mains ces grands enfants qui transmettent aux leurs une passion originale aux palettes innombrables, dénuée d’agressivité et … presque pédagogique !

http://www.dailymotion.com/videox1pnc7



Faisons une fleur aux abeilles

5 03 2010

Un jeu video mis au point par trois étudiants de l’ESIEA (Ecole Supérieure d’Informatique Electronique  Automatique) de Laval, au printemps 2009, est en passe de devenir le premier serious game de sensibilisation au sort des abeilles auprès du grand public et des élus.

UN OUTIL AU SERVICE DE LA BIODIVERSITE
abeilleDepuis plusieurs années, la survie des abeilles est l’objet de toutes les attentions. Cette survie est fragilisée par la toxicité des produits utilisés dans l’agriculture, l’affaiblissement des colonies, variable d’un pays à l’autre, la sur-mortalité hivernale, ces deux derniers facteurs étant encore inexpliqués ; en cause aussi, la détérioration de la biodiversité qui rend les abeilles plus vulnérables aux parasites. Le colloque « Faisons une fleur aux abeilles », en janvier 2010, a placé ce jeu virtuel au sein de ses préoccupations car il est urgent de reconquérir une biodiversité opérationnelle.

L’activité de  butinage se traduit par le transport des grains de pollen jusqu’aux stigmates pour la fécondation de l’ovule par le pollen et ainsi, assurer la reproduction des plantes. Sans le butinage des abeilles (et autres insectes pollinisateurs), il n’y aurait pas de production de framboises, de mûres, de cassis, groseilles et myrtilles, et une variété importante d’arbres fruitiers,  de cultures maraîchères et de semences potagères (carotte, endive, poireau…) disparaîtrait.

C’est pourquoi, Bee-oh s’inscrit parfaitement dans l’esprit du Grenelle environnement et de l’année internationale de la Biodiversité.

DANS LA PEAU D’UNE ABEILLE

beeoh

L’Ecole d’Ingénieurs de Laval (trois étudiants et leur professeur) s’est associée au « Réseau Biodiversité pour les abeilles » pour créer Bee-Oh. Au-delà du côté ludique, est vie apparu un intérêt pédagogique. Ce simulateur interactif contient trois applications qui permettent de se placer selon trois points de vue :

  • - celui de l’abeille, qui quitte la ruche à la recherche du pollen,
  • - celui de l’agriculteur qui décide des cultures à implanter,
  • - celui de l’apiculteur qui observe l’état de ses ruches.

Ces trois modules de jeux s’interfèrent une fois connectés mais peuvent être utilisés seuls (exemple : si l’agriculteur fait de mauvais choix, l’abeille devra voler plus longtemps).

Les paysages ruraux mis en scène favorisent l’immersion du joueur dans l’environnement habituel de l’insecte : ruches, jachères apicoles et de nombreuses fleurs (sainfoin, mélilot blanc, trèfle…). Les données réelles ont été fournies par le Réseau Biodiversité. La différence avec un jeu vidéo ? Il n’y a pas de score à battre.

Ce projet étudiant n’est pas encore commercialisé mais son impact lors du dernier Salon Virtuel de Laval a démontré qu’il pourrait intéresser des associations et le monde de l’éducation en général.

Image de prévisualisation YouTube

(L’image et la video proviennent d’un jeu déjà commercialisé Bee oh bee)

A VOIR



Lettre à Pascal Garnier, écrivain

2 03 2010

pascalgarnierJe ne vous aurais peut-être jamais lu, si mes collègues documentalistes et moi-même ne vous avions reçu un jour d’avril 2002, pour notre traditionnelle semaine de la littérature de jeunesse. « Le chemin de sable » était alors le titre retenu. Et depuis, j’ai fait du… chemin en votre compagnie, ou plutôt en celle de vos héros.

En effet, lorsqu’on a,  entre les mains,  un de vos petits bijoux, romans courts mais condensés de vies ordinaires que vous sortez de l’anonymat, le temps d’un épisode de leur vie, on ne souhaite  plus vous quitter (façon de parler, je crois que vous préférez la solitude !). Oui, vous ! car vos héros de papier sont sortis de votre imagination, de votre histoire et ce sont des rencontres inoubliables : Yolande, tondue à la libération qui regarde la vie par le trou de la serrure, et son frère Bernard, aussi fêlé et ammoral que le cancer et l’envie de meurtre étouffent, David, le greffé du foie, qui fait un rejet de la donneuse « C’est moi qu’on a greffé autour de ton putain de foie » et qui préfère, avant de s’en jeter un petit dernier, sauter dans la Saône « Allez, ça va, promis je me remets à l’eau ! »

Vous avez débuté en déplorant la pauvreté de votre vocabulaire et une orthographe  capricieuse et pourtant vous voilà à la tête d’une bibliographie impressionnante : de la Solution esquimau au Grand Loin en passant par Comment va la douleur et tant d’autres ?

Vous faites preuve d’humour (noir, cela va sans dire) : accident, suicide, maladie, la vie de vos bouquins débute souvent par la mort. Quel engrenage ! « Mon passé est triste, mon présent catastrophique, mais par bonheur, je n’ai pas d’avenir ». Comment comprendre que tous ces destins tragiques nous passionnent malgré la banalité de leur quotidien si ce n’est un art peu commun de donner du relief à des personnalités plus ou moins lisses ? Comment expliquer que l’on comprend le geste du meurtrier, que l’on s’intéresse à la mouche d’Odette, retraitée paisible de Lune captive dans un oeil mort ou que l’on fait sienne une affirmation comme celle-ci : « Dire que les alpinistes s’éreintaient à gravir des sommets pour dominer le monde alors qu’il suffisait d’un verre grossissant pour arriver au même résultat.», tellement désarmante de vérité ? Votre style inimitable et vos phrases précises « Son corps sous la couverture de brancard ne fait pas plus de relief qu’un parapluie fermé. »

valadouleur

panda

A26

Votre talent est diabolique, Monsieur Garnier : on se penche sur des destinées improbables d’inconnus alors que l’on accorde une attention toute relative aux difficultés domestiques de nos collègues ou amis : l’odieux devient aimable, le pervers sympathique, le crétin solaire…

On se prend à douter : vous clamez votre amour des gens et  votre tolérance dans vos interviews, mais seriez-vous un

escroc sentimental au point de manipuler notre inconscient pour vous attirer notre sympathie ? Non, en vérité, je suis, nous sommes « accros » à votre talent et c’est tout !

SOUVENIRS

Pgarnier1

PGarnier2