Clovis Trouille, un peintre anar

22 10 2010

« Il est vrai que je n’ai jamais travaillé en vue d’obtenir un grand prix à une biennale de Venise quelconque, mais bien plutôt pour mériter dix ans de prison »… Vous avez dit subversif ? Clovis Trouille l’a revendiqué toute sa vie au point de ne jamais faire de la peinture son métier pour garder son indépendance.

UN PEINTRE SULFUREUX ET ANARCHISTE

Ce diplômé des Beaux-arts d’Amiens, au patronyme mystérieux (mais authentique), né en 1889, gagne sa vie en illustrant des journaux d’Amiens puis en devenant peintre maquilleur : il éclaircit le teint, retouche un sein, dessine une arcade sur les mannequins de plâtre exposés dans les vitrines. Il peint pendant ses heures de loisirs. mais mobilisé en 1914 et traumatisé par la guerre, il bascule dans l’anarchie et ne cessera de dénoncer la collusion de l’église, de l’armée et de l’état.

Sa peinture est plus remarquable par l’histoire qu’elle raconte que par sa technique avant-gardiste. Il utilise l’huile et  le collage, préfigurant le pop-art. Lecteur de Sade, il fait de nombreuses références à l’écrivain érotique, et pourfend, en même temps, l’armée et le clergé. Avec humour, il met en scène ses propres funérailles, se nourrit de références littéraires (le bateau ivre) ou picturales (l’embarquement pour Cythère). Cet éternel contestataire, toujours incisif, a su se faire remarquer, sans presque jamais exposer, par son refus de la norme et son côté « surréaliste ».

VOYOU, VOYANT, VOYEUR

L’artiste est découvert par Dali en 1930 lors de l’exposition des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires, avec Remembrance qui recèle tous les thèmes développés par Clovis Trouille qui dit lui-même pratiquer « un art voyou, voyant, voyeur ». C’est le titre de l’exposition, mise au point par trois villes : L’Isle-Adam, Charleville-Mézières et Laval. Par son inspiration (l’imagerie populaire) et ses compositions, l’oeuvre de Clovis s’inscrit dans la continuité de Rousseau, peintre lavallois. Ses toiles aux couleurs vives exaltent la liberté de moeurs, la fascination pour les mises en scène macabres où se mêlent autant le voyeurisme que l’attirance pour le monde du music-hall et du cirque dans une provocation joyeuse et humoristique.



Au musée d’art naïf, Vieux-Château, place de la Trémoille, du 16 octobre’au 16 janvier, à Laval. Tél. 02 43 53 39 89. Du mardi au samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h ; le dimanche de 14 h à 18 h. Entrée : 1 €, visite commentée : 2 €.



Gotan Project : le tango électro

20 10 2010

Une même passion pour le rythme et la danse, un pari fou de mêler l’électronique au tango argentin, une rencontre improbable de trois musiciens aux talents et expériences diverses, et c’est la naissance du groupe GOTAN PROJECT en 1998. Composé de deux DJ européens et d’un guitariste argentin : Eduardo Makaroff, Philippe Cohen-Solal et Christophe H. Muller, le trio dépoussière les traditions pour mêler artistiquement le bandonéon de Astor Piazzola et leurs propres compositions. C’est le tango revu et corrigé (au grand dam de certains puristes), revisité par l’électronique et le verlan… gotan !

UN PEU D’HISTOIRE

Le guitariste Eduardo Makaroff explique, dans une interview donnée au Monde, que le tango est une expression populaire au même titre que le football, en Argentine. Mais une fois dépassé ce cliché, l’histoire du tango révèle le côté multiculturel de cette musique, appartenant autant aux descendants espagnols et aux esclaves afro-amérindiens qu’aux italiens ou juifs ukrainiens qui ont débarqué un jour dans le port de Buenos Aires. (Histoire du tango).

Et puis la capitale française a donné ses lettres de noblesse à une pratique populaire issue de traditions folkloriques et rurales argentines. « C’est la deuxième capitale du tango » qui lui a permis de se renouveler : les jeunes hommes de bonnes famille sont venus le danser à Paris, plus romantique et d’avant-garde que Buenos Aires ; le tango a fait fureur ensuite dans toute l’Europe, et des milieux populaires argentins, le tango est devenu danse mondaine ..

LA TRADITION ENRICHIE

Après les percussions africaines du premier album La revancha del tango en 2001, l’ajout de cuivres depuis le dernier CD, façon jazz, traduit un nouveau langage qui renouvelle la matière première et va chercher d’autres rythmes comme la chacacera ou la zamba argentine.

Mais Gotan Project, ce n’est pas que de la musique, ce sont aussi des voix et des morceaux inspirés de la littérature ( Cortazar) et du cinéma ; et comme Gotan avait une vocation contestataire, il utilise aussi des extraits de propagandes des années 50-60. L’ensemble contribue à des ambiances et des niveaux de lecture différents, une sorte de métissage sonore, reconnu internationalement (parfois appelé « l’electroauthentica »).

De 2006 à 2008, les tournées s’enchaînent dans le monde entier, puis la sortie d’un live fin 2008 et en 2009, chacun des trois musiciens s’adonne à des projets en solo, toujours aussi variés : bande originale de documentaire pour l’un, exploration de musique noire péruvienne pour l’autre ou enregistrement de titres country à Nashville pour le troisième. Ces escapades inspirent le trio pour créer 20 morceaux, habillés d’influences éclectiques : sonorités empruntées au blues New Orleans, à la techno allemande ou la musique éthiopienne.  Tango 3.0 sort en avril de cette année et précède une tournée qui se poursuit encore en Europe et en Amérique du Nord.

C’est donc un rendez-vous avec la musique du monde que nous propose Gotan Project, une musique qui se danse les yeux dans les yeux !

PROCHAINS CONCERTS

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Teaser GOTAN PROJECT – « La Gloria » from Ya Basta records on Vimeo.

Découvrez la playlist Tango Electro avec Gotan Project


Les 100 000 !

20 10 2010

Je ne vais pas faire le coup du 100 millième visiteur mais VOUS AVEZ GAGNE mon estime en rendant visite à ce blog.
Merci et que la fête continue !



Rencontre entre l’architecture et la BD

9 10 2010

Jean-Marc Thévenet, ex-directeur du festival de la BD à Angoulême et Francis Rambert, directeur de l’Institut Français d’Architecture se sont vus proposer la mise en oeuvre de l’exposition Archi et BD, la ville dessinée, au Palais de Chaillot, depuis juin dernier. Pour le premier « le mode ludique de la BD est plus actuel que jamais » ; pour le second : « c’est un signe si les plus grands architectes du moment, Herzog et de Meuron, se servent des cases et des bulles pour faire comprendre leurs projets futurs ». Servie par une scénographie inédite, l’exposition se veut une articulation de ces deux mondes dans une chronologie ponctuée de références aux métropoles internationales.

LA VILLE DESSINEE

Elle regroupe deux types de créations : architecture et bande dessinée qui sont, depuis longtemps, visionnaires. A travers les productions éditoriales des deux dernières décennies, l’importance du décor urbain pose, avec pertinence, la question d’une ville meilleure (François Schuiten et Benoît Peeters, Enki Bilal…), qu’elle soit européenne ou asiatique. Cette dimension onirique fait partie des univers explorés par les architectes. Ils cherchent dans la BD un moyen de communiquer leur travail par l’album, les cases ou les bulles, mettant en scène un projet pour sensibiliser à l’architecture (les Suisses Herzog et de Meuron ont présenté ainsi leur projet urbain Metrobasel).

Vers les années 60, l’ambiance high tech et le mouvement Pop’art marquent l’époque en proposant une nouvelle esthétique de vie quotidienne -transport, habitat…- (l’exposition universelle de 1958 fut, à ce titre, très innovante). Archigram, groupe d’architectes et les auteurs de l’école belge matérialisent cette vision plus ou moins utopiste (Les pirates du silence de Franquin). Le support populaire qu’est la BD, sa souplesse narrative deviennent un élément de parenté avec l’architecture ; les univers s’entrecroisent pour raconter la ville ou l’habitat (Jacques Rougerie « Habiter la mer », inspiré de jules Verne).

  • - De même, la bande dessinée se nourrit de supports inattendus comme la peinture ou le cinéma. Alors qu’en Chine, il n’y a pas si longtemps, elle était considérée comme un art décadent, elle devient, dans le monde entier, un patrimoine de référence avec ses propres courants graphiques.
  • - L’architecture emprunte, elle aussi parfois, au cinéma des instruments comme le storyboard dans le cadre de concours ou de publications.

La vision urbaine est un bel exemple de ce mélange des univers d’autant plus que cette influence esthétique se retrouve dans les jeux vidéos, un support graphique émergent.

LA SCENOGRAPHIE

Plutôt qu’un étalage répétitif de planches de petites dimensions, l’exposition est rythmée par un va-et-vient des références entre architecture et BD. La scénographie joue sur les agrandissements de planches ou de cases. Autre impératif : la lumière. Une membrane blanche (le barrisol, nouveau matériau), déformable, est rétro-éclairée  pour baliser un parcours presque irréel dans une sorte de vaisseau spatial. C’est un jeu de cache-cache entre les deux  expressions artistiques, imaginé par l’agence Projectiles. La membrane, tenue par une sorte d’échafaudage,  est tirée ou poussée en coulisses, formant un relief mouvant où apparaissent les planches originales, les maquettes, films et documents sonores.

Après Paris, New York, Tokyo est devenue une vitrine architecturale et culturelle, concomitamment avec l’avènement du manga. L’exposition nous fait ainsi  voyager, de villes suspendues ou mobiles à des chaos universels aux dimensions de guerre civile. Carnet de voyages,  imaginaires ou réels, à travers des espaces urbains pour mieux appréhender la concordance de ces dédales d’images où le visiteur se sent habitant plus que spectateur.

A voir au Palais de Chaillot, 1 place du Trocadéro jusqu’au 28 novembre.

François Schuiten