Justice française, justice américaine : des systèmes différents

23 05 2011

L’actualité fournit parfois l’occasion de se pencher sur des sujets qui ne nous sont pas familiers mais qui intriguent. Pourtant  la justice américaine, -puisqu’il s’agit d’elle- tellement présente dans des séries télévisées, nous est dévoilée au travers de scénarii toujours bien ficelés, à tel point que nous faisons la confusion entre deux systèmes très différents : le système américain et le système français. Avec l’affaire DSK, nous ne manquons pas d’informations sur le déroulement de la procédure américaine, mais les parallèles ne s’appliquent pas forcément selon la notoriété des inculpés. Voici donc un tableau, modeste comparatif des deux systèmes, et quelques liens qui aident à faire la part des choses :

Les reportages télévisés font valoir également une certaine décontraction, à l’intérieur de la Cour de justice, où les avocats plaident en costume de ville, ce qui tranche avec la solennité d’une cour française où les différentes robes portées par les magistrats rappellent leur origine « noble » (noblesse de robe regroupant les nobles occupant des fonctions de justice ou de finance). Moins faciles à identifier, les avocats américains, souvent formés aux meilleures écoles, s’assimilent plus à des « businessmen » qu’à des auxiliaires de justice. L’argent, du côté américain, joue un grand rôle puisqu’une transaction est possible entre les deux parties, achetant en quelque sorte le silence de l’adversaire.

En France, nous parlons souvent de « justice à deux vitesses » : l’une pour les riches, où les relations, le rang social, la notoriété sont des « atouts », l’autre pour les plus modestes, qui n’ont pas les moyens de se payer les meilleurs avocats. La réforme de la procédure pénale, prévue en début de cet été, fait grincer des dents, et sortir les magistrats dans la rue. Enfin, la suppression envisagée du juge d’instruction fait craindre une dépendance croissante de la justice à la chancellerie.




L’art du camouflage

19 05 2011

Liu Bolin est sculpteur. Il modèle la matière depuis l’âge de 13 ans. Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Pékin (2001), il a délaissé un moment la sculpture pour des performances éphémères qu’il immortalise sur des photographies.  La destruction de son atelier dans un quartier d’artistes en 2005 sera l’événement déclencheur de son nouveau concept : se fondre dans le décor comme un cri de révolte muet, face aux autorités chinoises.

Le langage de l’image traduit, dans son oeuvre singulière, la croissance économique de la Chine, la société de consommation qui happe l’humanité. Liu « disparait », dans des mises en scène photographiques pour s’abstraire de l’oppression. Pour cela, il choisit soigneusement ses décors, à valeur de symboles : sur des panneaux électoraux, dans des drapeaux, des messages de propagande…

Le plasticien caméléon donne à voir des sculptures humaines qui ne sont pas sans rappeler les personnages traditionnels du théâtre chinois, aux maquillages stylisés, à l’apparence de masques. Mais cet art engagé, à « l’invisibilité » ludique le rend encore plus intégré au monde d’aujourd’hui pour mieux questionner les systèmes économiques, politiques, esthétiques dans un réalisme étudié ( la couleur rouge associée à l’élément  » feu » en Chine…).

L’artiste continue de sculpter : hommes sans yeux (Red Hand) ou sculptures enflammées (Burning man). Ses travaux exposés à Paris, Vérone, Londres New York ou Shangaï depuis 2007 lui valent une reconnaissance internationale.




Le nouveau visage de la mort

1 05 2011

La religion conduit à porter un regard différent sur la dépouille mortelle et les rites funéraires selon qu’on est catholique, musulman ou juif… Mais la question du corps reste fondamentale : respect du défunt et destin « éternel ». Même si la mort s’est désocialisée et médicalisée depuis les années 50, « l’art de bien mourir » fait salon pour faire tomber les tabous autour de la mort. Certains trouvent même dans le dernier voyage une inspiration créative. Les obsèques évoluent : même le virtuel s’en mêle. Est-ce que la mort peut de venir écolo et numérique et tromper l’angoisse ? Pourquoi la tendance actuelle est-elle à la personnalisation des funérailles ?

LA VIE, LA MORT SELON LES RELIGIONS

La religion a toujours joué un rôle prépondérant sur le plan social ou individuel, dans la vie de l’homme. Elle essaie de répondre aux interrogations humaines sur la vie, le bonheur, la création du monde et la vie après la mort. Au moment de la sépulture, les rites traduisent le souci d’accorder au défunt :

  • - « une vie éternelle » , encensé et aspergé d’eau bénite en signe de respect (catholicisme).
  • - « un au-delà meilleur et durable », la vie  sur terre n’étant qu’un passage. Le mourant vit ainsi, avec sérénité, un trépas attendu et accepté. En revanche, l’intégrité du corps est respectée (pas d’incinération ou de mutilation). C’est le point de vue de l’islam.
  • - respect et dignité de la dépouille mortelle : le soin du mort s’impose pour le délivrer des impuretés terrestres ; la sacralité du corps interdit le don d’organes et l’incinération (judaïsme).

La plupart des croyances font  valoir que le corps n’est qu’un support biologique et provisoire pour l’âme ; celle-ci devant se dégager de l’enveloppe corporelle. Mais on va de plus en plus à l’encontre des pratiques traditionnelles et le rituel religieux tombe en désuétude, notamment en Occident.

MOUREZ, NOUS FERONS  LE RESTE

Dans notre civilisation où les croyances s’effondrent, l’entourage des défunts se réapproprie la cérémonie avec la volonté de rendre le rituel moins anonyme, plus chaleureux et plus « humain », d’autant plus que la techno-médecine fait reculer la mort et croître l’espérance de vie. Est-ce le début de la désacralisation de la mort ?

Récemment, se tenait à Paris le Salon de la mort. Il y était question de dons d’organes, de thanatopraxie, de soins palliatifs, d’euthanasie, mais aussi d’urnes artistiques, d’ »héritages numériques », de webgrammes (messages, photos sur réseaux sociaux), de mises en vidéos et de cercueils personnalisés. Des sites Internet proposent de garder en mémoire les dernières volontés, les références bancaires, renseignements administratifs à transmettre et même les identifiants sur les réseaux sociaux pour pouvoir agir post-mortem, selon les volontés du défunt. Les webgrammes, eux,  sont envoyés après le feu vert de la banque (pour les documents importants) ou après le décès pour publier messages,  photos. Un autre site propose des « albums de vie » ou des « livrets de voeux » pour imaginer des funérailles qui soient à votre image, laisser des témoignages, une biographie… une façon de laisser à vos proches le le meilleur de vous-même… moyennant finances (de 30 à 400 euros).

Les cercueils personnalisés, en papier recyclé, mosaïque colorée, urnes en cocon tissé ou céramiques émaillées sont autant de créations marketing pour déjouer l’image traditionnelle du deuil, l’uniformité du noir. Une autre « révolution » préfigure cette « mort de la mort » que nous annonce, dans un livre tout récent, Laurent Alexandre, chirurgien, énarque et ex-PDG de Doctissimo. Les enjeux de la biotechnologie aux fantastiques expériences auront des retombées bien plus surprenantes et des conséquences révolutionnaires quant à l’homme dans son rapport au monde. Les thérapies géniques et autres progrès médicaux offrent une évolution qui dépasse de loin la médecine de ressuscitation (réanimations, greffes…). Pourrait s’ensuivre, au cours de ce XXIe siècle, des conflits éthiques, politiques et sociaux qui nous obligeraient à revoir les fondements de l’humanisme. Autre débat, autre époque…