Rencontre entre l’architecture et la BD

9 10 2010

Jean-Marc Thévenet, ex-directeur du festival de la BD à Angoulême et Francis Rambert, directeur de l’Institut Français d’Architecture se sont vus proposer la mise en oeuvre de l’exposition Archi et BD, la ville dessinée, au Palais de Chaillot, depuis juin dernier. Pour le premier « le mode ludique de la BD est plus actuel que jamais » ; pour le second : « c’est un signe si les plus grands architectes du moment, Herzog et de Meuron, se servent des cases et des bulles pour faire comprendre leurs projets futurs ». Servie par une scénographie inédite, l’exposition se veut une articulation de ces deux mondes dans une chronologie ponctuée de références aux métropoles internationales.

LA VILLE DESSINEE

Elle regroupe deux types de créations : architecture et bande dessinée qui sont, depuis longtemps, visionnaires. A travers les productions éditoriales des deux dernières décennies, l’importance du décor urbain pose, avec pertinence, la question d’une ville meilleure (François Schuiten et Benoît Peeters, Enki Bilal…), qu’elle soit européenne ou asiatique. Cette dimension onirique fait partie des univers explorés par les architectes. Ils cherchent dans la BD un moyen de communiquer leur travail par l’album, les cases ou les bulles, mettant en scène un projet pour sensibiliser à l’architecture (les Suisses Herzog et de Meuron ont présenté ainsi leur projet urbain Metrobasel).

Vers les années 60, l’ambiance high tech et le mouvement Pop’art marquent l’époque en proposant une nouvelle esthétique de vie quotidienne -transport, habitat…- (l’exposition universelle de 1958 fut, à ce titre, très innovante). Archigram, groupe d’architectes et les auteurs de l’école belge matérialisent cette vision plus ou moins utopiste (Les pirates du silence de Franquin). Le support populaire qu’est la BD, sa souplesse narrative deviennent un élément de parenté avec l’architecture ; les univers s’entrecroisent pour raconter la ville ou l’habitat (Jacques Rougerie « Habiter la mer », inspiré de jules Verne).

  • - De même, la bande dessinée se nourrit de supports inattendus comme la peinture ou le cinéma. Alors qu’en Chine, il n’y a pas si longtemps, elle était considérée comme un art décadent, elle devient, dans le monde entier, un patrimoine de référence avec ses propres courants graphiques.
  • - L’architecture emprunte, elle aussi parfois, au cinéma des instruments comme le storyboard dans le cadre de concours ou de publications.

La vision urbaine est un bel exemple de ce mélange des univers d’autant plus que cette influence esthétique se retrouve dans les jeux vidéos, un support graphique émergent.

LA SCENOGRAPHIE

Plutôt qu’un étalage répétitif de planches de petites dimensions, l’exposition est rythmée par un va-et-vient des références entre architecture et BD. La scénographie joue sur les agrandissements de planches ou de cases. Autre impératif : la lumière. Une membrane blanche (le barrisol, nouveau matériau), déformable, est rétro-éclairée  pour baliser un parcours presque irréel dans une sorte de vaisseau spatial. C’est un jeu de cache-cache entre les deux  expressions artistiques, imaginé par l’agence Projectiles. La membrane, tenue par une sorte d’échafaudage,  est tirée ou poussée en coulisses, formant un relief mouvant où apparaissent les planches originales, les maquettes, films et documents sonores.

Après Paris, New York, Tokyo est devenue une vitrine architecturale et culturelle, concomitamment avec l’avènement du manga. L’exposition nous fait ainsi  voyager, de villes suspendues ou mobiles à des chaos universels aux dimensions de guerre civile. Carnet de voyages,  imaginaires ou réels, à travers des espaces urbains pour mieux appréhender la concordance de ces dédales d’images où le visiteur se sent habitant plus que spectateur.

A voir au Palais de Chaillot, 1 place du Trocadéro jusqu’au 28 novembre.

François Schuiten



C’est du chinois

10 09 2010

L’écriture chinoise se compose d’idéogrammes (idéo = idées, gramme = écrit) qui datent de plus de 5000 ans. Symbolisant des objets, ils ont évolué vers une simplification pour aider à la modernisation et à l’alphabétisation du plus grand nombre, à partir de 1956. Cette simplification, critiquée par la suite, a engendré la remise à l’ordre du jour des pictogrammes d’origine. Et ces signes font partie aujourd’hui de l’enseignement programmé dans de nombreuses écoles françaises.

Lisa Bresner, écrivain et sinologue, et Isabelle Lenoble ont créé un court film d’animation pour décrypter l’écriture des idéogrammes de façon ludique. Un dragon facétieux encourage la jeune héroïne à écrire le nom des objets qui disparaissent de son univers, pour les voir réapparaître : ici, son chat. Lisa Bresner, en février 2007, a déjà publié « Mes premières leçons de chinois » pour explorer cet univers de signes mystérieux, accompagné d’un CD pour découvrir aussi la dimension sonore de cette langue.


C’est la société rennaise Vivement lundi qui a produit le premier épisode de ce court-métrage, qui devrait devenir une série, dédiée aux plus jeunes. Présenté aux acheteurs du Marché International du Film d’Animation à Annecy, il participera, auvec quatre autres films français sélectionnés, au festival International d’Ottawa en octobre.



C'est du chinois – Pilote
envoyé par Vivement_Lundi. – Films courts et animations.



Ernest Pignon-Ernest : l’artiste qui fait parler les murs

17 08 2010

L’espace Encan de La Rochelle présente cet été, une rétrospective de l’oeuvre d’Ernest Pignon en 500 dessins, sérigraphies et photos, intitulée « Parcours éphémères » ; l’occasion de s’intéresser au travail d’un autodidacte, inspiré très jeune par le tableau « Guernica » de Picasso…

Découper la silhouette d’une image forte, d’un personnage sur un pochoir pour la dessiner ou la peindre sur un support naturel ou urbain (rocher, mur) : une façon d’interpeller les passants pour les tirer de l’indifférence, c’est ainsi qu’EPE est devenu le précurseur du street art. « Je fais remonter à la surface enfouie, les souvenirs oubliés, je réactive leur potentiel symbolique ».

Processus inédit, le travail de cet artiste est composé d’images peintes ou sérigraphiées sur du papier. Ensuite  apposées sur des murs ou dans des cabines téléphoniques, ces affiches se fondent dans le décor urbain. Leurs photographies, avant la dégradation ou la destruction, permettent, outre de garder une trace, de saisir l’interaction entre l’oeuvre et le passant . EPE précise « ce que je colle sur les murs, c’est une image et non un trompe-l’oeil ». Pour lui, la photographie trahit son travail car « elle impose un cadrage, alors que toute [ma] démarche est bâtie sur le refus du cadre ». Depuis 1974, il prend les photos de ses oeuvres lui-même. Malgré ces réserves, la photo est le moyen qui restitue le mieux sa démarche, mais « l’oeuvre c’est l’intervention de mes dessins dans la rue ».

Portrait en pied de Mahmoud Darwich, poète emblème de la Palestine

D’Alger à Nice, de Paris à Ramallah, les lieux servent de cadre à ses dessins engagés pour réveiller les consciences : à Nice,  sa ville natale, dont le maire avait décidé un jumelage avec la ville du Cap, alors sous le régime de l’Apartheid, des affiches d’une famille africaine derrière des barbelés ont été placardées sur le parcours du « cortège municipal ». D’autres affiches suivront sur les travailleurs clandestins, l’avortement, le mur de séparation entre Palestine et Israël avec le poète Mahmoud Darwich : « c’est la place exacte du poète dans la souffrance, de l’histoire et l’éblouissement du présent » (Olivier Py).

Rites de la vie et de la mort, ces oeuvres en noir et blanc, inspirées de la Renaissance (Le Caravage) au fusain ou à la pierre noire, traduisent la lumière et les ténèbres napolitaines, Naples ville contemporaine avec la drogue, le chômage, la Camorra, mais riche de mythologies millénaires.

L’artiste réalise aussi des portraits célèbres d’auteurs, poètes ou écrivains, de musiciens (Desnos, Nerval, Rimbaud,  Neruda, Beethoven…). esquisses, dessins inédits, gravures, photos nous emmènent dans l’univers baroque et insolite d’un passeur d’émotions aux talents multiples. A La Rochelle, jusqu’au 22 août.

A VOIR

- Le livre catalogue « Ernest Pignon-Ernest, face aux murs », éd. Delpire, 240 p.,
- Interview récente de Ernest Pignon-Ernest



Expression libre

11 06 2010

A quoi servent les nouvelles technologies ? je vous propose une sélection de vidéos artistiques et un site politico-rock… A vous de choisir, lequel soulève votre enthousiasme ?

LE LABORATOIRE d’IMAGES ET RUBIKA

rubikaC’est un projet mené par un directeur artistique, Christian Janicot, qui associe des artistes d’horizons variés -mais du monde papier- aux étudiants de Supinfocom, école d’animation en images de synthèse.

Les univers graphiques des artistes ont donc pris vie pour donner douze courts-métrages qui bousculent les codes de la 3D  ;  « trop d’hyperréalisme tue l’imaginaire ! » : saynètes burlesques, dessins en noir et blanc, antihéros, le tout d’une esthétique décoiffante comme le « renversant » Rubika, de Guillaume Plantevin, une planète où la gravité se vit à l’horizontale ! Ces douze courts-métrages participent au festival d’Annecy

Et, pour voir un extrait de Rubika, c’est ici

annefrank

LA CACHETTE D’ANNE FRANK

Le musée hollandais, pour ses 50 ans, a recréé l’univers virtuel de la jeune juive, cachée dans un immeuble avant sa déportation. Du grenier au sous-sol, la visite guidée (en anglais) se fait grâce à la souris par des vues à 360°. Cette « annexe secrète », aménagée comme elle l’était du temps de la clandestinité, présente à l’aide de textes,  vidéos et documents, les protecteurs, les événements du monde extérieur, les objets, la vie quotidienne pendant la seconde guerre mondiale. C’est ici

MON WAKA, OPERATION SEDUCTION

Lancé le 17 mai dernier et hébergé chez Skyblog, qui assure la modération, ce blog se veut un outil de  communication envers les jeunes. L’Etat, puis que c’est lui le « promoteur » a investi 2 millions d’euros pour séduire un public qui « lâche ses coms » mais est plus familier de Skyrock et facebook que des services d’informations du gouvernement.

L’orienteur, les ressources, l‘alternance, la sécurité : « exprime-toi pour que ça bouge ! », autant de rubriques pour guider la génération des 15-25 ans. Et l’état « de proximité » tutoie les Djeuns’ :  « t’as envie de partir ?… « , « t’es boursier ?… » pour s’exprimer comme sur skyrock. Pour se faire une idée ou  à consulter :





L’art foot

4 06 2010

oneshotA la veille de cette coupe du monde tant attendue par des millions d’aficionados, on serait tenté de voir en ce jeu parfois guerrier, un condensé de culture populaire, de rituel collectif, d’émotion mais aussi d’enjeux financiers et politiques. Sous ces différentes facettes, le football réunit de quoi inspirer des peintres, des sculpteurs, des photographes et l’exposition ONE SHOT, à Charleroi, le prouve.

LE LANGAGE DU FOOT

La télévision se charge, tous les 4 ans, de mettre en scène la compétition internationale et ne retient, le plus souvent, que la performance physique, les  gestes techniques ou les buts marqués. Mais au-delà du regard concentré du spectateur, l’oeil exercé d’un écrivain, d’un cinéaste, de tout créateur y trouve un matériau d’ordre psychologique ou plastique. Dans Zidane, un portrait du XXIe siècle, deux réalisateurs ont braqué une vingtaine de caméras sur l’individu face à un entourage où les distances, les rythmes sonores et visuels dégagent une trame passionnelle, écrivent une tragédie selon contrepiedles états d’âme du héros. Le spectacle « Contrepied« , création de la Compagnie française Black, blanc, beur, propose un langage chorégraphique qui mêle les codes du football à ceux du hip-hop.

Cela prouve qu’en dehors du cadre médiatique, le football peut servir de révélateur et que le spectateur lambda peut « lire »  autre chose que le reportage anecdotique de la partie qui se joue. C’est ainsi que l’art s’intéresse aux formes, aux aspects sociaux et politiques du football. C’est ainsi que l’art s’intéresse aux formes, aux aspects sociaux et politiques du football.

ONE SHOT

foot4

Photo extraite du film Kill the referee

Depuis son ouverture en mars 2010, l’exposition intrigue : la cinquantaine d’artistes récrée l’univers du football, à travers des oeuvres surprenantes et différents aspects témoignent de son implication dans la société : du comportement haineux des hooligans à l’exploitation du tiers-monde en passant par la surmédiatisation de ses idoles.

L’espace de création B.P.S. 22 consacre son hall principal aux sculptures, photos et dessins, tandis que la salle annexe propose vidéos et projections sur grand écran. Les artistes, originaires de Suisse, Afrique du Sud, Royaume-Uni, France, Japon, Mexique… illustrent l’évolution de ce sport sur une trentaine d’années. Entre le développement des clubs supporters et les liens entre football et politique, les souvenirs d’enfance liés à cette tradition populaire et le merchandising accru, la culture « anti-foot » des années 80 a fait place au culte du spectacle de masse dont ont été nourris les artistes exposés qui assument cet héritage populaire et le transforment en métaphore du monde contemporain.

FootcontrerasUn jeune artiste français, Cyprien Gaillard, explore la violence des supporters tandis que Kendell Geers pose des masques d’hommes politiques sur des  ballons. Les phases de jeux célébrées par les photos de Robert Davies se mêlent aux dessins de Laurent Dandois. Mais les femmes ne sont pas en reste : le foot a inspiré les napperons de Maria Zgragger imprimés de stades ou les cardigans de Julie Henry aux motifs footballistiques.


Bref, dans ce match art-sport, les entrées, multiples, sont empreintes d’émotion et d’humanité. Les gradins, autant que la pelouse, témoignent d’une ferveur presque « religieuse » et chaque artiste a su interpréter, à sa manière, un spectacle qui réunit toutes les couches de la population.

Expo ONE SHOT BPS22 – Charleroi



Shangaï, le »Paris » de l’Orient

10 05 2010

L’histoire des expositions universelles commence à Londres en 1851, au Crystal Palace alors que s’exprime la révolution industrielle : mutations et inventions au programme, puis l’art fait son entrée à Paris lors de l’expositon de 1855. Enfin la manifestation se dote de pavillons nationaux en 1867 pour un concept qui met en compétition tous les continents représentés.

L’EXPO UNIVERSELLE 2010

Jamais, depuis un siècle et demi, un pays émergent n’avait accueilli d’exposition universelle. Quand Shangaï est élue en 2002, la décision ne suscite pas d’enthousiasme particulier, ces manifestations ayant perdu de leur lustre d’antan. A l’origine, elles avaient pour but de faire connaître des savoir-faire, une culture, et mettre en avant la montée en puissance des pays organisateurs. Après les Jeux Olympiques de Pékin,  Shangaï a vu les choses en grand : 200 invitations lancées, plus de 5 km2 d’espace alloué  (un record !) et un slogan chargé d’incertitude et d’espoir : « Une ville meilleure, une vie meilleure ». Pour couvrir les frais énormes de cette opération, 4 millions de yuan d’obligations ont été émises,  faisant ainsi rentrer le domaine privé dans la construction et la gestion des infra-structures : une première pour une manifestation internationale.

Autre révolution : l’expo accessible en ligne peut être visible  en temps réel et surtout en 3D.

PROMOTION DE LA CULTURE

expo mascotteL’exposition à Shangaï s’est ouverte le 1er mai et dure jusqu’au 31 octobre 2010,  l’occasion pour les pays participants de promouvoir leur identité culturelle et même pour certains, d’y célébrer leur fête nationale.

  • - Des parades : défilés de toutes sortes, des exhibitions de danse de musique traditionnelle et moderne, des costumes du monde entier.
  • - Des spectacles : pas moins de 7000 seront proposés aux visiteurs.
  • - Le festival des arts arabes (Syrie, Egypte, régions du Golfe),
  • expo afrique- Spectacles musicaux d’Afrique,
  • - Carnaval, écoles de samba, rhum et tabac seront à l’honneur pour la culture sud-américaine et, entre autres, le cirque du Soleil pour les Etats-Unis.
  • - Coutumes originales de l’Océanie (Samoa, Iles Marshall…) au travers de danses et  chansons folkloriques.
  • - Une journée dédiée à l’Italie et son compositeur Ennio Moricone.
  • - La fête de la musique, produit français qui s’est exporté dans le monde entier, avec un concert de « M » (Mathieu Chedid.)
  • - la comédie musicale indienne Bollywood,
  • - le Japon à l’honneur le 12 juin avec les mangas, dessins animés et jeux videos…

LE SITE

pavillon-chine-01Le site choisi a tout de même été vidé de ses occupants : 18 000 familles et 270 entreprises déplacées, indemnisées selon les autorités locales ; car la construction, débutée en 2006 comprend aussi un village, un complexe résidentiel de magasins, de loisirs, de bureaux pour le personnel de l’expo, sur 30 ha. Trois espaces présentent la Chine mais le pavillon national déjà baptisé « couronne orientale » sera conservé pour devenir un musée national d’histoire.  Autre espace, consacré à l’aéronautique, construit à l’aide de technologies de pointe, respectueuses de l’environnement,  a la forme d’un nuage.

Par ailleurs, indépendamment du pavillon national, chaque communauté urbaine aura la possibilité de mettre en valeur des réalisations en matière de gestion ou d’aménagement urbain, dans le domaine des transports, de l’architecture, des hautes technologies ou du tourisme, etc… Le pavillon français, lui,  fait honneur à la nature. L’architecte Jacques Ferrier préfigure un monde construit où la nature et les  sens occupent une place prépondérante !

Même si les nations continuent à rivaliser sur l’originalité ou l’esthétisme de leur pavillon, les expos sont axées sur des thèmes communs (les océans, l’image…) et laissent des bâtiments incontournables comme la tour Eiffel, l’Atomium à Bruxelles, la Space Needle à Seattle… Le musée d’Orsay en conserve des maquettes, des photos, des dessns et d’autres collections sont archivées ou même numérisées. La prochaine exposition universelle se déroulera à Milan en 2015.

A VOIR

Expo Universelle 2010: Le Pavillon Français en 3D from INfluencia on Vimeo.



L’art crâne

1 04 2010

Dans la mode, la musique, la pub, les têtes de mort sont partout. Même l’art s’en mêle et le musée Maillol à Paris  met en vedette ces silhouettes ricanant sur la futilité des biens terrestres : « C’est la vie » jusqu’au 28 juin. L’occasion de s’interroger sur l’origine de cette image, profane ou religieuse.

TOUT UN SYMBOLE

tete de mort pompeiLa Rome Antique nous a légué la phrase célèbre « Memento mori » -Souviens-toi que tu vas mourir- mais c’est surtout à la fin du Moyen Age qu’elle prend toute sa signification. Ainsi la tête de mort orne les uniformes de certaines armées en Europe au XVe siècle, tandis qu’au XVIIIe siècles elle est l’emblème des pirates, avec les tibias croisés sur un pavillon annonçant le danger. Dans les années 30, les peintres Dali, Braque ou Picasso ont utilisé ce motif dans des natures mortes. Il est repris par les SS de l’Allemagne nazie et évoque, quelques années plus tard, le poison et le danger pour signaler la toxicité chimique.

Aujourd’hui, le recours à cette iconographie établit un nouveau rapport à la mort, dédramatisé mais conscient : la mort fait partie de la vie, alors jouis du présent. Carpe diem quoi ! On constate avec ce bref historique que cette « épidémie » ressurgit dans les périodes de crise (guerres, Shoah, sida…) et on pourrait y entrevoir les marques d’une angoisse collective face aux catastro phes écologiques, au réchauffement climatique, au terrorisme ou aux crises politiques et financières.


DERISION, DESILLUSION

tetemort parfumSigne d’anarchie ou de rébellion sur les blousons de cuir des Hell’s Angels, la mort a roulé sa bosse pour ne réapparaître qu’en 2000, avec le mouvement gothique, d’abord au Japon puis en Occident : « le besoin de se donner la chair de poule et aussi s’assumer face au phénomène des avatars ou des secondes vies qu’offre Internet » explique la styliste Nelly Rodi. Ces squelettes que l’on exhibe « crânement » (vêtements, foulards, tatouages) sont-ils l’expression du « Fuck the system » (pied de nez à la mort) ou une réponse à la culture de masse qui fétichise le scato, l’horreur ou le trash ?

En matière de mode, les enseignes de prêt-à-porter ont emboîté le pas aux marques de luxe pour exploiter la fascination schizophrénique de notre société -hantée par la vieillesse- pour la mort. La vanité de l’existence qui s’est développée au Moyen Age, nous rattrape avec l’apparition de nouveaux artistes comme Damien Hirst, Basquiat, Barcelo… qui veulent apprivoiser la mort plutôt que l’occulter et cette mode macabre, elle-même éphémère, nous renvoie à notre condition de simple vivant, obsédé par les richesses matérielles.



La folie Playmobil♥

12 03 2010

Depuis le 10/12 et jusqu’au 9 mai 2010, le Musée des Arts Décoratifs à Paris vous propose de partager vos souvenirs avec vos enfants ; la figurine inventée par un allemand, Hans Beck, en temps de crise pétrolière a bercé deux générations d’enfants. Comment la poupée à la coupe au bol est-elle devenue un incontournable des coffres à jouets ?

playmobil

PETIT HOMME, GROS SUCCES

Avant Playmobil, les figurines étaient, le plus souvent, en plomb, en aluminium peint, en papier. Leur mouvement était figé, puisqu’ils tenaient debout grâce à un socle. Leur univers était guerrier ou sportif : soldats, indiens, cowboys, cyclistes, footballeurs. L’imaginaire jouait à plein, des armées livraient leurs combats sur les parquets des chambres d’enfants. C’est cet univers qu’a reproduit, à ses débuts, la gamme des jouets playmobil. Puis de nouveaux accessoires, de nouveaux thèmes apparaissent, inspirés par les dessins des enfants eux-mêmes ; les univers se féminisent avec des marchandes des quatre saisons, des fleuristes, des princesses, des infirmières ou des reines d’Egypte.

En 35 ans, ce concept inédit, aux bras et jambes articulés, accompagnés d’accessoires, s’est adapté à l’évolution de la société et aux pays qui l’ont importé. A noter : 3000 variétés crées depuis 1974 et une progression du chiffre d’affaires qui ne connaît pas la crise, sans la débauche de technologie qui envahit le marché du jouet !

LA « PLAYMODEPENDANCE »

Si les créateurs actuels des playmobils épluchent les livres d’histoire, écument les musées et découpent des photos, c’est pour mieux coller à la réalité et les accessoires sont de plus en plus nombreux à équiper le pompier, ou même le Romain, validé par un historien ! Mais à force de combiner ces différents accessoires, certains passionnés ont fini par customiser leurs anciens playmobils !

playmobil2Et là, les scénarios sont infinis : de l’armée de Chouans, (démontés à la pince et accessoirisés « époque » -6 mois de travail-) à l’animation de films en passant par les détournements les moins conventionnels, la customisation effrénée dépasse l’imagination du premier créateur :

  • - bijoux, meubles,
  • - personnages comme les Village People, les Dupond de Tintin ou le désormais célèbre Sarkobil. Inutile de dire que la marque n’apprécie pas toujours ces détournements, soucieuse de préserver une image sobre, neutre (pas de violence ni de références politiques ou religieuses). Les plus fous ont tenté les clips videos façon « Seigneur des anneaux » ou » Pirates des Caraïbes », ou se sont attaqués à la reproduction de tableaux célèbres comme « le radeau de la méduse », forts des nombreux échanges possibles sur les innombrables sites et forums dédiés à ces petits personnages.

playmobil3

Pour une fois qu’il n’est pas question de technologie, de jeux de massacre sur écran, applaudissons des deux mains ces grands enfants qui transmettent aux leurs une passion originale aux palettes innombrables, dénuée d’agressivité et … presque pédagogique !

http://www.dailymotion.com/videox1pnc7



A la mémoire des Tsiganes

24 02 2010

tsiganes2Préfecture de la Loire inférieure, le 24 octobre 1940 (extrait) :
 » Comme suite à notre entretien de ce jour, j’ai l’honneur de vous confirmer que la Feldkommandantur de Nantes a décidé le rassemblement de tous les Bohémiens se trouvant en Loire-Inférieure. Ces derniers devront être concentrés par les soins de la Préfecture dans un camp où ils seront surveillés par la police française » …

2010 : Un collectif d’associations a programmé une année consacrée à la mémoire de l’internement des Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces camps de concentration ne sont pas mentionnés dans les livres d’histoire. Ce projet est parrainé par Tony Gatlif dont le film « Liberté » sort ce 24 février.

L’HISTOIRE

Après la loi du 6 janvier 1912, imposant un carnet anthropométrique au départ comme à l’arrivée des Roms en France, la méfiance à l’égard des gens du voyage se traduit par un décret les assignant à résidence dans des communes choisies par les préfets, le 6 juin 1940. Puis une ordonnance du 4 octobre 1940, sous Vichy, décide de les interner dans différents camps (27 au total), répartis sur toute la France . Sur les 700 000 tsiganes vivant en Europe pendant la seconde guerre mondiale, la moitié au moins a péri dans les camps, tués par les nazis. Mais la plupart des tsiganes, en France, a été internée (et non déportée).

Car la  «question tsigane» est abordée de deux points de vue différents :

  • -    Pour les allemands ces populations doivent être arrêtées et déportées au même titre que les juifs ;
  • -     pour le gouvernement de Vichy, il s’agit de sédentariser ces nomades qui échappent aux contrôles et dispose de trop de libertés  malgré les lois en vigueur (mais pour cette raison, elle échappe à une déportation fatale) ; pour la IIIe république s’exprime le souci de formater des citoyens laïcs et  éduqués. En mai 1946, un an après l’arrêt des hostilités, ils sont les derniers internés français à quitter les camps.

Parmi ces 6000 hommes, femmes et enfants, personnes âgées et  nourrissons furent victimes des  conditions de vie déplorables des camps : manque d’hygiène et d’une alimentation suffisante. Les familles n’étaient pas séparées, les enfants furent même scolarisés dans le but de les socialiser. Les adultes, eux travaillaient pour des entreprises françaises ou allemandes. Aucune aide d’association caritative ou d’indemnité de l’administration pour ces «gadgés» qui inspiraient toujours la méfiance, pas de compensation morale non plus puisque ces événements n’ont laissé aucune trace.

Il aura fallu attendre une quarantaine d’années  pour que des historiens s’attardent sur ce qu’ils appellent «le génocide oublié » et quelques plaques commémoratives pour rappeler que des camps d’internement des tsiganes ont existé en France.

LE FILM

LibertefilmDepuis ses débuts, Tony Gatlif,  connu pour notamment Les Princes (1982), Latcho Drom (1992), Gadjo Dilo (1997) ou Vengo (2000), voulait témoigner du génocide des Tsiganes et du sort qui leur a été réservé pendant la 2ème guerre mondiale. A la lecture du livre de Jacques Sigot, Un camp pour les Tsiganes , il retient le portrait d’un certain Tolloche arrêté et interné à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) puis libéré grâce à un notaire du coin qui lui a permis d’acheter une maison pour quelques francs symboliques, lui épargnant ainsi d’être fiché comme nomade ; à partir de cette histoire, et aussi à la demande des Roms qui lui demandaient de réaliser un film sur ce sujet, il entreprend le tournage de Liberté.

Pour lui, pas de « film-reconstitution » à la manière de La grande vadrouille mais une histoire simple d’une de ces familles qu’on appelait Bohémiens, parfois Manouches, qui arrive dans un petit village de France, confrontée à la méfiance populaire mais aidée aussi par quelques Justes, l’institutrice et le maire (le notaire dans la vraie histoire). Des portraits, des visages mais pas de détails en gros plans,  ni de voitures d‘époque,  ni uniformes. Pour lui «la reconstitution est une barbarie» et  «dans la mémoire des tsiganes, les nazis sont en noir et blanc».

Hommage donc à ces oubliés de l’histoire, mais aussi comme un écho à l’actualité : à ces files de SDF qui attendent la soupe populaire à la Bastille ou ailleurs, ou ces Africains ou Afghans, arnaqués par des passeurs et reconduits à la frontière. « Renvoyés d’où ils viennent, la seule différence est qu ‘on ne les tue pas… » (Citations de T. Gatlif)

SITOGRAPHIE

La date du 6 avril 2010 a été déterminée comme lancement de cette année mémorielle en référence au décret-loi du 6 avril 1940 interdisant la circulation des « nomades » sur la totalité du territoire métropolitain.

Et aussi :

LIVRES

  • - Les Tsiganes en France, un sort à part  1939-1946/M. Christine Hubert et Emmanuel Filhol ; Ed. Perrin
  • - Les Tsiganes une destinée européenne/Henriette Asséo ; Gallimard
  • - J’ai vu pleurer un vieux tsigane/Guy Jimenes ; Oskar Editions
  • - Ces barbelés que découvre l’histoire, Montreuil-bellay, 1940-1945/Jacques Sigot ; Ed. Wallada



Sherlock Holmes : du mythe au film

9 02 2010

Le célèbre détective, accompagné de son fidèle Watson, est né de l’imagination de Arthur Conan Doyle ; ou plus exactement de sa rencontre avec le docteur Bell, professeur de chirurgie clinique alors qu’Arthur était étudiant à l’université d’Edimbourg. Quel homme était-il ? le Sherlock de Guy Ritchie est-si loin  de la légende ?

LE HEROS LITTERAIRE

Pas d’enfance ou de paternité évoquées dans les livres mais c’est à l’université qu’il affine sa méthode d’observation et de déduction. A 24 ans, il commence ses enquêtes et pendant de longues années, il s’attellera au démantèlement de l’organisation criminelle du professeur Moriarty. On dénombre pas moins de 500 affaires importantes et un millier d’enquêtes tout au long de sa carrière même si son « père » a voulu le faire mourir, lassé d’écrire des intrigues policières. Mais le succès du héros est tel que, dix ans plus tard, Sherlock Holmes renaît à la vie.

sherlock ombreCet homme mince, de grande taille, au visage étroit, est connu pour porter des manteaux de tweed ou des robes de chambre gris souris dans l’intimité, et surtout, il fume le cigare et la pipe. Il n’est pas enclin à l’effort physique mais pour être efficace dans son travail, il pratique le baritsu (un art martial inventé par Doyle dans une des dernières aventure de Holmes). Très impliqué dans ses enquêtes, il peut faire preuve d’une certaine oisiveté quand rien ne l’oblige à bouger. C’est dans ces moments-là qu’il s’adonne à la drogue. La nature froide et insensible l’éloigne des femmes … et des détectives officiels pour lesquels il éprouve une certaine condescendance, car ses dons et son expérience sortent de l’ordinaire. L’art en général, et la musique tout particulièrement, le laissent rêveur ; il joue du violon avec un certain talent.

On a souvent représenté le fameux détective, furetant, la loupe à la main, coiffé de son inévitable casquette à carreaux. Il possède un raisonnement logique, rationnel qui ne laisse pas de place à l’intuition. Son co-locataire  Watson devient son biographe et ce dernier concourt à sa renommée en exploitant le côté sensationnel des enquêtes.

DU LIVRE AU FILM

Affiche SherlockLes aventures  de Sherlock Holmes ont été portées à l’écran plus de 200 fois et nous ont habitué au portrait d’un détective flegmatique, analyste et infaillible. Depuis sa première apparition dans un film muet en 1900, elles ont fait l’objet d’adaptations à la radio, à la télévision, au cinéma et même en bande dessinée. La dernière version date de 1989, orchestrée par le réalisateur Billy Wilder ; l’atmosphère victorienne y était recrée et les dialogues brillants offraient une variation originale sur Holmes et Watson.
Aujourd’hui, la sortie du film de Guy Ritchie, fait débat. Version totalement dépoussiérée de la légende holmésienne, ce film, boosté aux effets spéciaux, propose deux heures d’action, menées tambour battant, dans un Londres du 19ème siècle, reconstitué comme jamais. Scotland Yard laisse la vedette au célèbre détective pour une saga qui mêle enquête criminelle et magie noire. Redondant pour certains, dynamique pour d’autres, il présente un héros débarrassé des stéréotypes et assez proche du héros de papier et le Docteur Watson tient une autre place que celle incarnée par Basil Rathborne, surtout joué par Jude Law, auquel Sherlock n’adressera jamais la phrase de légende « Elémentaire, mon cher Watson ! ».




Finalement, adapter un livre au cinéma ne se limite pas à une transposition visuelle mais cela exige la construction d’une seconde oeuvre, d’inspiration libre mais respectueuse de l’original, le rendant unique et inoubliable à son tour. Sherlock Holmes, version 2010, comme d’autres héros, aura ses fans et ses détracteurs, la littérature et le cinéma s’enrichissant de leur réflexion en miroir.