Cobaye humain
26 11 2007
Parce que le téléfilm Des fleurs pour Algernon a été diffusé un soir de l’automne dernier, je me suis plongée dans le livre, un grand classique de science-fiction, écrit dans les années 60 par un chercheur universitaire en psychologie : Daniel Keyes.
Pas question ici de concepts hautement technologiques ou de descriptions d’un ailleurs futuriste. Algernon est une souris de laboratoire dont le cerveau a été chirurgicalement trafiqué pour décupler ses capacités intellectuelles. Les médecins décident d’appliquer le même traitement à Charlie Gordon. Charlie, doté d’un faible Q.I., sans véritables attaches familiales, s’avère être le cobaye idéal.
Il est le narrateur du livre, et son journal de bord traduit l’avancée de son état intellectuel. D’abord remplies de fautes d’orthographe, ses phrases deviennent rapidement plus affûtées et témoignent de l’accroissement de ses aptitudes jusqu’à dépasser celle de ses « maîtres ».
Il comprend l’âme humaine, les liens d’amitié et d’amour, mais aussi les compromis, les paradoxes, l’hypocrisie du monde réel. Hors normes au bas de l’échelle, il se retrouve isolé, tout en haut. Il est confronté au monde des apparences, à la petitesse des êtres dits évolués, avec la sensibilité et l’innocence d’un adulte-enfant. Quand les capacités intellectuelles d’Algernon déclinent de jour en jour, Charlie connaît désormais son avenir…
On peut s’interroger sur la place attribuée aux adultes handicapés, sur l’indifférence manifeste
des institutions politiques qui conduit ces personnes et leurs familles à l’exclusion,et sur les expériences des Drs Frankenstein dont les cobayes sont parfois sacrifiés sur l’autel de la science.
Un livre émouvant, plein de sensibilité, pour les plus grands. Au CDI.
A lire aussi l’interview de Julien Boisselier, interprète de Charlie.
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