Le Miroir ou raconter la guerre

Chronique n°1 : Le Miroir ou raconter la guerre.

[Le Miroir, 27 septembre 1914]

La Grande Guerre est considérée comme l’un des premiers conflits, l’une des premières guerres largement représentée par la photographie. La guerre de Crimée (1853-1856), la guerre civile américaine, la Commune de Paris (1871) offrent leurs séries photographiques, mais la Grande Guerre (1914-1918) donne l’occasion au média photographique de s’imposer vis-à-vis des autres modes de représentation comme le dessin où la peinture jusqu’à cette époque dominant. En consultant la collection de l’hebdomadaire Le Miroir (1914-1919) on ne peut que le constater.

La rédaction du journal fait appel aux soldats pour lui faire parvenir au journal des photographies prises au front: « le Miroir paie n’importe quel prix les documents photographiques relatifs à la guerre, présentant un intérêt particulier » et par le biais du concours photographique. Le journal va donc puiser dans la photographie amateur jusqu’à concurrencer celle produite par le service photographique des armées. Il poursuit dans cette quête de clichés en lançant un concours de « la plus saisissante photographie de la guerre », et de promettre de la récompenser par 30 000 francs (salaire d’un mineur 1300 francs et celui d’un agrégé parisien 8000 francs,).

[Le Miroir, 8 octobre 1916]

Contrairement aux idées reçues dès 1915 la guerre est montrée et l’horreur, les destructions, les morts ne sont plus dissimulés.

Ces « clichés » dits « instantanés » illustrent la volonté de la rédaction de traquer le « scoop » et de publier le cliché qui résumerait à lui seul la guerre. On peut lire l’évolution du journal qui passe d’une lecture nationaliste et patriotique de la guerre  à celle qui en montre toute l’oeuvre de destruction. Les reportages sur les villes détruites, la « férocité de l’ennemi », les paysages comme autant de terres dévastées, composent un regard sur la guerre et renforcent le patriotisme dans une future détestation de la guerre.

Dès lors une lecture critique des photographies présentées comme des « instantanées des combats » et du procédé rédactionnel du journal à « donner à voir la guerre » s’impose.

Sources : Joëlle Beurier, Images et violence 1914-1918, quand Le Miroir racontait la Grande Guerre, Paris, Nouveau monde éditions, 2007, 111 pages.

Eric Lafon, Musée de l’histoire vivante (Montreuil)

Prochaine chronique : « Arras, ville détruite » : reportages dans Le Miroir

Un commentaire

  1. LUNEAUD :

    Ce n’est pas un commentaire mais une question.
    Y a t-il un moyen de consulter le n° 40 l’hebdomadaire LE MIROIR ?
    Merci.
    Sincères salutations

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