
Pas seulement un coup de cœur, un véritable coup de poing ! Ce roman s’adresse à de grands ados, des lycéens ou des adultes. Je vais le proposer à mon club lecture de 4èmes mais avec moult précautions. Pour ce que je connais de le littérature de jeunesse, ce livre est un OVNI. Et j’adore ça !
Le roman n’est qu’un flash-back : Hugo, 16 ans, est dans sa baignoire. Il vient de s’engueuler très très fort avec son père qui lui a demandé « Mais que veux-tu faire de ta vie ? » Hugo tourne la question dans sa tête, convaincu que la réponse bien pensée lui viendra, trop tard une fois de plus. A partir de cette question les pensées d’Hugo le ramènent cinq ans en arrière, quand ses parents (profs de français) ont décidé de demander leur mut pour Mayotte. Hugo a l’âge d’entrer en sixième et se retrouve dans une société dont la pauvreté le choque. Il a du mal à s’intégrer dans sa classe dont il est le seul blanc parce que inévitablement tout le monde le sait (et lui compris) : il n’est là que de passage. Une expérience terrible qui le fera mûrir prématurément obligera ses parents à le renvoyer en France avant la fin de sa troisième. Hugo débarque dans la banlieue de Lille en plein moment des soldes et de la consommation à outrance : le choc est trop brutal, la révolte gronde en lui. Cette révolte qu’il ne sait pas maîtriser, que son entourage ne comprend pas, va le faire se renfermer sur lui-même. Il ne trouve pas les mots, ne sait avec qui partager son dégoût de la société de consommation. L’écart se creuse quand ses parents rentrent à leur tour et s’engagent dans une frénésie d’achats à la hauteur de la frustration ressentie pendant quatre ans à Mayotte. Alors Hugo lit (belles citations de Cossery, miam !), va sur internet, se rend peu à peu compte que d’autres, organisés en associations, pensent comme lui, que certains adultes même partagent son dégoût ! Et qu’il y a des gens qui agissent…
A la fin du roman, Hugo a trouvé quoi répondre à son père, et miracle, cette réponse ne vient pas trop tard : Hugo a enfin trouvé sa propre vérité, ce qu’il veut être et qui le guidera dans sa vie d’adulte. Je résiste à l’envie de recopier ici le dernier paragraphe du livre (parce que c’est la fin, quand même, ça craint…), mais je le trouve magnifique.
Des moment très forts, très justes, dans ce livre : la description sans concessions des profs expats au bar, le moment où Hugo se rend compte qu’il est le seul de ses amis à Mayotte à avoir nagé avec des tortues parce que simplement c’est le seul à faire de la plongée le week end (pour ses camarades de classe, les tortues sont une légende), le moment où, conscient de sa lâcheté, il laisse ses parents décider de son retour en France et se retrouve incapable d’assumer les conséquences de ses actes… Cette lâcheté qui sera au fondement de la révolte…
Ce que j’ai ressenti en lisant ce texte, finalement assez court, je m’en rend compte, par rapport à tout ce dont il est riche, c’est que pour une fois un auteur oublie un peu son public (les « jeunes ») pour donner ce qu’il a véritablement dans le ventre. On sent chez Mickaël Ollivier une véritable révolte dont on ne sait si il souhaite la transmettre ou donner les moyens de la rendre constructive.
Enfin, merci à Thierry Magnier qui a été pas mal bousculé ces derniers temps de publier ce type de textes indispensables.