Tous les billets de janvier 2008

La rebelle / T. Crifo

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Texture 31 par photo libre

Encore un livre lumineux. La lumière, c’est Coumba, l’héroïne, magnifique jeune fille d’origine sénégalaise, mature et responsable. Coumba poursuit de brillantes études au lycée tout en élevant sa fille de deux ans. Alors entre les cours, le travail à la maison, le boulot au Mc DO pour gagner quelques sous et la petite à s’occuper, Coumba court ! Et elle assure. L’assistante sociale l’aide, ses copines la soutiennent.

Au lycée, ses profs l’admirent… et les garçons la draguent… Sans grand espoir quand même car Coumba a cela en commun avec Hugo, le héros de Tout doit disparaitre (cf billet du 17 janvier) : son expérience de vie est si forte qu’elle l’éloigne inévitablement des personnes de son âge…

Ce qu’il me reste de ce livre ressemble à un souvenir cinématographique : j’ai trouvé l’actrice exceptionnelle. Elle est au cours des pages, vivante, frémissante, révoltée aussi… et amante. Si présente !

L’histoire en elle-même n’a que peu d’importance, la trace s’en efface peu à peu dans mon souvenir. Elle me semble n’être qu’un prétexte, qu’un décor pour parler de Coumba dont je soupçonne son auteur, Thierry Crifo, d’être amoureux..

 

Mangez-moi / Agnès Desarthe

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C’est décidé, Myriam ouvre un restaurant. Il s’appellera « Chez moi ». Tout semble opérationnel à quelques petits détails près : Myriam n’a jamais tenu de restaurant, elle habite « Chez moi » car elle n’a pas assez d’argent pour payer en plus un loyer, et elle a oublié de mettre une enseigne… C’est que ce restaurant n’est qu’un alibi; un prétexte pour s’abandonner aux autres, se perdre à travers les saveurs, les couleurs, les textures, se fondre dans la matière. Oublier ce corps vide et cette âme meurtrie. Oublier la culpabilité qui colle à la peau et cette minute où la vie de Myriam a basculé dans le néant. Oublier sa vie d’avant.

La quatrième de couverture ne m’a pas fait saliver; j’ai donc été agréablement surprise par la tournure que prenait cette histoire nourrie d’éléments savoureux, drôle et tragique à la fois, mais qui m’a un peu laissée sur ma faim…

« Je pense à un dessin animé de mon enfance qui s’appelait, je crois, La linea. C’était mon programme favori. On y voyait un bonhomme de profil, figuré par une ligne qui, partant du sol, traçait les contours de son corps et de sa tête, pour replonger ensuite vers le bas, vers le sol à nouveau, si bien que tout se confondait dans le même trait : personnage, décor, horizon. Le bonhomme avançait, il chantonnait, il marmonnait, il était tout joyeux et, soudain, la ligne, la ligne qui le dessinait, s’arrêtait deux pas devant lui. Il s’écriait alors dans un charabia de français teinté d’accent italien : « Ah, mais pourquoi y a pas de ligne ici ? »(…) Un jour, c’est comme ça, on se retrouve, comme La Linea devant le vide et il n’y a personne à qui s’en prendre. On est effaré de n’avoir rien prévu, scandalisé que personne ne s’en préoccupe. Ah mais pourquoi y a pas de ligne ici ? se demande-t-on en essorant la serpillère. »

Un secret / Philippe Grimbert

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Je n’ai pas vu le film, mais la réédition du livre à l’ occasion de sa sortie m’a permis de découvrir un texte superbe, un récit prenant, court, limpide; un récit autobiographique où le narrateur revient sur un pan du passé familial dont on l’a longtemps dépossédé : un de ces secrets d’adultes que les enfants pressentent et qu’ils portent en eux sans pouvoir les identifier, écrasés par le poids du silence.

C’est ce jeune garçon frêle, enfermé dans sa solitude, ébloui par le couple parental, qui reconstituera au fil du temps le puzzle de ces histoires mêlées où l’amour, la jeunesse et le désir côtoient l’horreur de la guerre et de l’Holocauste. Les images fantasmées d’un passé trop lisse font alors place à une vérité cruelle mais libératrice.

« Fils unique, j’ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais cette fable à mes relations de vacances, à mes amis de passage. J’avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible. »

Elfie

Tout doit disparaître / M Ollivier

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©baby sea turtles in clear blue water par helen25

Pas seulement un coup de cœur, un véritable coup de poing ! Ce roman s’adresse à de grands ados, des lycéens ou des adultes. Je vais le proposer à mon club lecture de 4èmes mais avec moult précautions. Pour ce que je connais de le littérature de jeunesse, ce livre est un OVNI. Et j’adore ça !

Le roman n’est qu’un flash-back : Hugo, 16 ans, est dans sa baignoire. Il vient de s’engueuler très très fort avec son père qui lui a demandé « Mais que veux-tu faire de ta vie ? » Hugo tourne la question dans sa tête, convaincu que la réponse bien pensée lui viendra, trop tard une fois de plus. A partir de cette question les pensées d’Hugo le ramènent cinq ans en arrière, quand ses parents (profs de français) ont décidé de demander leur mut pour Mayotte. Hugo a l’âge d’entrer en sixième et se retrouve dans une société dont la pauvreté le choque. Il a du mal à s’intégrer dans sa classe dont il est le seul blanc parce que inévitablement tout le monde le sait (et lui compris) : il n’est là que de passage. Une expérience terrible qui le fera mûrir prématurément obligera ses parents à le renvoyer en France avant la fin de sa troisième. Hugo débarque dans la banlieue de Lille en plein moment des soldes et de la consommation à outrance : le choc est trop brutal, la révolte gronde en lui. Cette révolte qu’il ne sait pas maîtriser, que son entourage ne comprend pas, va le faire se renfermer sur lui-même. Il ne trouve pas les mots, ne sait avec qui partager son dégoût de la société de consommation. L’écart se creuse quand ses parents rentrent à leur tour et s’engagent dans une frénésie d’achats à la hauteur de la frustration ressentie pendant quatre ans à Mayotte. Alors Hugo lit (belles citations de Cossery, miam !), va sur internet, se rend peu à peu compte que d’autres, organisés en associations, pensent comme lui, que certains adultes même partagent son dégoût ! Et qu’il y a des gens qui agissent…

A la fin du roman, Hugo a trouvé quoi répondre à son père, et miracle, cette réponse ne vient pas trop tard : Hugo a enfin trouvé sa propre vérité, ce qu’il veut être et qui le guidera dans sa vie d’adulte. Je résiste à l’envie de recopier ici le dernier paragraphe du livre (parce que c’est la fin, quand même, ça craint…), mais je le trouve magnifique.

Des moment très forts, très justes, dans ce livre : la description sans concessions des profs expats au bar, le moment où Hugo se rend compte qu’il est le seul de ses amis à Mayotte à avoir nagé avec des tortues parce que simplement c’est le seul à faire de la plongée le week end (pour ses camarades de classe, les tortues sont une légende), le moment où, conscient de sa lâcheté, il laisse ses parents décider de son retour en France et se retrouve incapable d’assumer les conséquences de ses actes… Cette lâcheté qui sera au fondement de la révolte…

Ce que j’ai ressenti en lisant ce texte, finalement assez court, je m’en rend compte, par rapport à tout ce dont il est riche, c’est que pour une fois un auteur oublie un peu son public (les « jeunes ») pour donner ce qu’il a véritablement dans le ventre. On sent chez Mickaël Ollivier une véritable révolte dont on ne sait si il souhaite la transmettre ou donner les moyens de la rendre constructive.

Enfin, merci à Thierry Magnier qui a été pas mal bousculé ces derniers temps de publier ce type de textes indispensables.

 

La déclaration / G Malley

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©do-not-8ik2 par free stocko photography

J’ai trouvé ce roman dans le rayon ado d’une grande librairie avec le commentaire suivant « Si vous avez aimé Le combat d’hiver, vous aimerez La Déclaration« . Il n’en fallait pas plus pour me convaincre et me voilà partie tête baissée. Bon. Lecture facile. On se prend aisément à l’histoire. Cela se passe dans le futur, les humains ont trouvé le moyen de vivre éternellement, en échange de quoi il est interdit de faire des enfants (à moins d’accepter de mourir : une vie = une vie). Anna n’a pas de chance, c’est un « surplus », c’est à dire un enfant né de parents irresponsables et égoïstes, qui doit passer sa vie enfermée dans un centre pour surplus. Elle doit toujours se souvenir de « Où-est-sa-place », c’est à dire qu’elle est inférieure aux légaux. Sa vie est très dure, et ce qui est plus dur encore, on l’apprend à la fin avec une telle surprise (!!!) c’est que ses parents avaient refusé de signer La Déclaration (renoncement à avoir des enfants en échange de l’éternité) et que donc c’est une légale (quelle injustice !).

Bref, le lien avec Le combat d’hiver ? Des enfants enfermés qui vont se révolter. Et ça s’arrête là. A aucun moment je n’ai retrouvé la force de l’engagement et de l’écriture de Mourlevat, cette violence qui prend au ventre, cette prise de conscience de l’importance de la lutte politique dans un régime totalitaire. Dans La Déclaration, tout est trop simple, pré-maché, ce que je n’aime pas dans la littérature de jeunesse.

Bref, à choisir, relisez Mourlevat ! (cf billet de septembre…)