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C’est décidé, Myriam ouvre un restaurant. Il s’appellera « Chez moi ». Tout semble opérationnel à quelques petits détails près : Myriam n’a jamais tenu de restaurant, elle habite « Chez moi » car elle n’a pas assez d’argent pour payer en plus un loyer, et elle a oublié de mettre une enseigne… C’est que ce restaurant n’est qu’un alibi; un prétexte pour s’abandonner aux autres, se perdre à travers les saveurs, les couleurs, les textures, se fondre dans la matière. Oublier ce corps vide et cette âme meurtrie. Oublier la culpabilité qui colle à la peau et cette minute où la vie de Myriam a basculé dans le néant. Oublier sa vie d’avant.

La quatrième de couverture ne m’a pas fait saliver; j’ai donc été agréablement surprise par la tournure que prenait cette histoire nourrie d’éléments savoureux, drôle et tragique à la fois, mais qui m’a un peu laissée sur ma faim…

« Je pense à un dessin animé de mon enfance qui s’appelait, je crois, La linea. C’était mon programme favori. On y voyait un bonhomme de profil, figuré par une ligne qui, partant du sol, traçait les contours de son corps et de sa tête, pour replonger ensuite vers le bas, vers le sol à nouveau, si bien que tout se confondait dans le même trait : personnage, décor, horizon. Le bonhomme avançait, il chantonnait, il marmonnait, il était tout joyeux et, soudain, la ligne, la ligne qui le dessinait, s’arrêtait deux pas devant lui. Il s’écriait alors dans un charabia de français teinté d’accent italien : « Ah, mais pourquoi y a pas de ligne ici ? »(…) Un jour, c’est comme ça, on se retrouve, comme La Linea devant le vide et il n’y a personne à qui s’en prendre. On est effaré de n’avoir rien prévu, scandalisé que personne ne s’en préoccupe. Ah mais pourquoi y a pas de ligne ici ? se demande-t-on en essorant la serpillère. »