Tous les billets de la catégorie 3ème et lycée

Trois ombres / C Pedrosa

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Joachim et ses parents vivent dans une sorte d’eden familial et sylvestre. Ils se promènent en forêt, se baignent dans le lac et passent leurs soirées ensemble, au coin du feu dans leur douillette maison de bois. Un soir, par la fenêtre, Joachim aperçoit trois ombres de cavaliers sur la colline. Elles ne partiront plus. Chaque jour plus proches elles s’évaporent pourtant quand le père de Joachim s’avance vers elles. Sa mère comprend très vite qu’il ne sert à rien de lutter : les ombres ne repartiront qu’avec Joachim. Le père entre dans une rage folle à l’annonce cette nouvelle et décide de fuir, son fils dans les bras, de l’autre coté du fleuve…

Voici une bande dessinée qui emporte, voire emprisonne dans son univers, son émotion. De même que les personnages avancent vers un destin inéluctable, le lecteur et amené vers le dénouement sans pouvoir offrir aucune résistance. Le graphisme est porteur d’une force envoûtante (bien plus que le scénario, plus inégal à mes yeux). Il bouge, se déstructure, se modifie, revient à son trait initial au rythme des sentiments des personnages en lutte contre leur destinée.

Un beau moment d’émotion donc, et certaines pages magnifiques qui restent longtemps présentes à l’esprit…

 

Luz ou le temps sauvage / Elsa Osorio

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Creative Commons License photo credit: donde se esconde el sol…

C’est l’histoire, banale et tragique, d’une de ces jeunes argentines de 20 ans qui se damandent un jour si elles ne sont pas des enfants de disparues… Luz a été élevée dans du coton : très bon milieu social, milieu dirigeant, grand-père proche du pouvoir. Une histoire d’amour, la naissance de son enfant vont réveiller en elle des angoisses, un malaise qui lui ouvrira les yeux sur son enfance. Elle prendra contact avec Myriam, perconnage magnifique d’humanité, ancienne prostituée, proche d’un soldat du régime à qui Luz bébé ouvert les yeux et s’est révoltée contre l’injustice. Par amour pour celle qui pour elle restera toujours Lilly, Myriam consacrera sa vie à se battre.

Voilà un très beau roman, sur un sujet dur. Entraînant, facile à lire, il permet de s’interroger sur les dictatures militaires d’Amérique Latine mais aussi plus généralement sur le combat politique et les limites de l’engagement ou du renoncement. Fermer les yeux, est-ce se rendre complice ?

 

Fredric BROWN : un auteur qui gagne à être connu…

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Fredric BROWN

 Si comme moi vous aimez les romans à orientation S.F. ou policiers, mais avec un ton décalé, de l’humour, une certaine tendresse pour ses personnages, du nonsense à foison, une véritable originalité de style… vous allez adorer BROWN ! En plus, il est d’une lecture très agréable et, ce qui est important pour les “moyens lecteurs” dont je fais partie et que les grandes sagas ou les romans à rallonge effraient un peu, ses romans dépassent rarement les deux cents pages et il est l’auteur d’innombrables nouvelles.

Fredric BROWN a écrit sur une courte période de sa vie, dans les Années 1950/60, après avoir fait toute une série de petits boulots (dont bibliothécaire et détective privé). Il excellait dans le genre “pulp”, ce qui finalement le desservit car il a longtemps été considéré comme un auteur “mineur” écrivant un peu à la va vite. Pourtant, ses romans (en tout cas ceux que j’ai lus) sont de petits bijoux… Dans le genre policier, je recommande “Tuer n’est pas jouer” (Death can be fun) où un auteur de romans policiers voit les crimes qu’il décrit dans ses romans se réaliser… Je viens de lire également “Meurtres en filigrane”, adapté au cinéma en France sous le titre de “Vieille Canaille”, l’histoire d’un imprimeur de faux billets entraîné dans une spirale de meurtres… Et, dans le genre S.F., le roman de Brown peut être le plus connu : “Martiens, go home !” C’est un livre complètement délirant, l’histoire d’un auteur de S.F. en manque d’inspiration qui ouvre la porte de chez lui et découvre un Martien. Et les Martiens envahissent la Terre. Et la particularité de ces Martiens, c’est d’être réellement des petits hommes verts, pas méchants méchants mais très taquins, râleurs, envahissants… Un vrai bijou ! D’ailleurs, pour les amateurs de S.F., il est à noter qu’un “grand” du genre rendait régulièrement hommage à Fredric Brown, c’est Philip K. Dick, l’auteur de “Blade Runner”…

Voilà. Je ne peux donc que vous conseiller la lecture de romans de Fredric Brown, qu’on trouve facilement en éditions de poche… Vous ne serez pas déçus. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus, quelques liens internet…

http://www.polars.org/spip.php?article271

http://www.lefantastique.net/litterature/dossiers/brown/brown_01.htm

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fredric_Brown

Je pense qu’il peut être conseillé pour des élèves de lycée et même de collège, en 4ème-3ème.

Jean-François Pérès, Collège de Tronget (03)

http://leblogdudocdetronget.blogspot.com

Phaenomen / Erik L’Homme

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Si vous ne connaissez pas la trilogie Phaenomen, je vous invite vivement à la découvrir ! L’histoire de quatre ados placés dans une clinique psychiatrique qui se retrouvent, bien malgré eux, au coeur d’un mystérieux complot qu’ils vont tenter de démêler.

Une quête initiatique où la différence n’est plus un handicap mais une force.

J’ai bien aimé la forme originale du récit qui bouscule le lecteur, évite les portraits trop manichéens des personnages, et nous engage à résoudre des énigmes ; prolongeant même le mystère au-delà du livre pour les plus curieux… Mais je n’en dis pas plus !

A vos risques et périls / P Marlet

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Creative Commons License photo credit: Aspheries

Les six candidats d’un jeu télévisé se retrouvent sur une île déserte. Ils doivent réussir des défis quotidiens pour « survivre » et tenir en haleine le France entière. Le casting les a choisi tous très différents les uns des autres, ce qui rend la vie ensemble un peu difficile. Un jour, l’équipe télé doit s’absenter. Deux heures sans personne pour filmer : tout peut arriver !

Des hommes sortent de la brousse : ce sont des rebelles au régime politique en place. Ils les attaquent nos candidats, les font prisonniers. Et c’est le choc de la rencontre : ils ont le même âge mais un vécu qui n’a rien à voir. Bien sûr certains de nos candidats ont manifesté conte le CPE et d’autres ont brulé quelques voitures, mais leur révolte s’arrête là. Se battre pour faire des études, risquer sa vie pour le droit de s’exprimer, ils n’ont jamais été confronté à cela. Cachés dans une grotte ils vont faire l’apprentissage de ce qu’est la vraie différence et l’enrichissement qu’elle apporte.

Voici un roman d’apprentissage politique comme je les aime. Un support à réflexion, au débat. A mettre entre toutes les mains d’ados !

 

La rebelle / T. Crifo

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Texture 31 par photo libre

Encore un livre lumineux. La lumière, c’est Coumba, l’héroïne, magnifique jeune fille d’origine sénégalaise, mature et responsable. Coumba poursuit de brillantes études au lycée tout en élevant sa fille de deux ans. Alors entre les cours, le travail à la maison, le boulot au Mc DO pour gagner quelques sous et la petite à s’occuper, Coumba court ! Et elle assure. L’assistante sociale l’aide, ses copines la soutiennent.

Au lycée, ses profs l’admirent… et les garçons la draguent… Sans grand espoir quand même car Coumba a cela en commun avec Hugo, le héros de Tout doit disparaitre (cf billet du 17 janvier) : son expérience de vie est si forte qu’elle l’éloigne inévitablement des personnes de son âge…

Ce qu’il me reste de ce livre ressemble à un souvenir cinématographique : j’ai trouvé l’actrice exceptionnelle. Elle est au cours des pages, vivante, frémissante, révoltée aussi… et amante. Si présente !

L’histoire en elle-même n’a que peu d’importance, la trace s’en efface peu à peu dans mon souvenir. Elle me semble n’être qu’un prétexte, qu’un décor pour parler de Coumba dont je soupçonne son auteur, Thierry Crifo, d’être amoureux..

 

Tout doit disparaître / M Ollivier

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©baby sea turtles in clear blue water par helen25

Pas seulement un coup de cœur, un véritable coup de poing ! Ce roman s’adresse à de grands ados, des lycéens ou des adultes. Je vais le proposer à mon club lecture de 4èmes mais avec moult précautions. Pour ce que je connais de le littérature de jeunesse, ce livre est un OVNI. Et j’adore ça !

Le roman n’est qu’un flash-back : Hugo, 16 ans, est dans sa baignoire. Il vient de s’engueuler très très fort avec son père qui lui a demandé « Mais que veux-tu faire de ta vie ? » Hugo tourne la question dans sa tête, convaincu que la réponse bien pensée lui viendra, trop tard une fois de plus. A partir de cette question les pensées d’Hugo le ramènent cinq ans en arrière, quand ses parents (profs de français) ont décidé de demander leur mut pour Mayotte. Hugo a l’âge d’entrer en sixième et se retrouve dans une société dont la pauvreté le choque. Il a du mal à s’intégrer dans sa classe dont il est le seul blanc parce que inévitablement tout le monde le sait (et lui compris) : il n’est là que de passage. Une expérience terrible qui le fera mûrir prématurément obligera ses parents à le renvoyer en France avant la fin de sa troisième. Hugo débarque dans la banlieue de Lille en plein moment des soldes et de la consommation à outrance : le choc est trop brutal, la révolte gronde en lui. Cette révolte qu’il ne sait pas maîtriser, que son entourage ne comprend pas, va le faire se renfermer sur lui-même. Il ne trouve pas les mots, ne sait avec qui partager son dégoût de la société de consommation. L’écart se creuse quand ses parents rentrent à leur tour et s’engagent dans une frénésie d’achats à la hauteur de la frustration ressentie pendant quatre ans à Mayotte. Alors Hugo lit (belles citations de Cossery, miam !), va sur internet, se rend peu à peu compte que d’autres, organisés en associations, pensent comme lui, que certains adultes même partagent son dégoût ! Et qu’il y a des gens qui agissent…

A la fin du roman, Hugo a trouvé quoi répondre à son père, et miracle, cette réponse ne vient pas trop tard : Hugo a enfin trouvé sa propre vérité, ce qu’il veut être et qui le guidera dans sa vie d’adulte. Je résiste à l’envie de recopier ici le dernier paragraphe du livre (parce que c’est la fin, quand même, ça craint…), mais je le trouve magnifique.

Des moment très forts, très justes, dans ce livre : la description sans concessions des profs expats au bar, le moment où Hugo se rend compte qu’il est le seul de ses amis à Mayotte à avoir nagé avec des tortues parce que simplement c’est le seul à faire de la plongée le week end (pour ses camarades de classe, les tortues sont une légende), le moment où, conscient de sa lâcheté, il laisse ses parents décider de son retour en France et se retrouve incapable d’assumer les conséquences de ses actes… Cette lâcheté qui sera au fondement de la révolte…

Ce que j’ai ressenti en lisant ce texte, finalement assez court, je m’en rend compte, par rapport à tout ce dont il est riche, c’est que pour une fois un auteur oublie un peu son public (les « jeunes ») pour donner ce qu’il a véritablement dans le ventre. On sent chez Mickaël Ollivier une véritable révolte dont on ne sait si il souhaite la transmettre ou donner les moyens de la rendre constructive.

Enfin, merci à Thierry Magnier qui a été pas mal bousculé ces derniers temps de publier ce type de textes indispensables.