oct 15

photo credit: mysi with the ears
Le jeune Peter grandit dans l’Allemagne des années cinquante auprès d’une mère distante. De son père il ne sait rien si ce n’est qu’il serait mort pendant la guerre. C’est pourtant chez ses grands-parents paternels qu’il passe toutes ses vacances, en Suisse, et c’est là qu’il goûte aux petits plaisirs de la vie. Des grands-parents relecteurs pour une collection de littérature populaire, et qui fournissent le petit Peter en papier de brouillon avec ces épreuves corrigées au dos desquelles il dessine ou fait ses devoirs. Malgré l’interdiction formelle de lire le recto de ses brouillons, Peter est un jour intrigué par l’un de ces récits. Il y est question d’un soldat prisonnier en Sibérie… C’est le point de départ d’une quête pour assembler les morceaux de cette histoire liée à sa propre vie et au passé de sa famille.
Un roman initiatique, le périple d’une vie, d’Allemagne en Suisse en passant par les Etats-Unis puis l’ex RDA, à travers l’Histoire de l’Allemagne. Et toujours en filigrane l’Odyssée d’Ulysse…Un récit surprenant, qui brouille les pistes (« Mais d’ailleurs, tenons-nous à tout savoir précisément? »), truffé de références littéraires et historiques allemandes et de réflexions sur la justice, la vérité, la culpabilité. Intéressant aussi pour les germanistes, mais plutôt adultes ou grands lycéens…
« Je songeai à un vieil ami qui sait désigner et détailler comme personne les étoiles et les constellations. Il invente tout, mais même quand on le sait, c’est un plaisir de l’écouter. Parce que nous ne serions pas plus avancés avec les vrais noms? Parce qu’il s’agit simplement en donnant des noms et des significations, de rendre familier l’immense scintillement du ciel étoilé ? »
jan 30

C’est décidé, Myriam ouvre un restaurant. Il s’appellera « Chez moi ». Tout semble opérationnel à quelques petits détails près : Myriam n’a jamais tenu de restaurant, elle habite « Chez moi » car elle n’a pas assez d’argent pour payer en plus un loyer, et elle a oublié de mettre une enseigne… C’est que ce restaurant n’est qu’un alibi; un prétexte pour s’abandonner aux autres, se perdre à travers les saveurs, les couleurs, les textures, se fondre dans la matière. Oublier ce corps vide et cette âme meurtrie. Oublier la culpabilité qui colle à la peau et cette minute où la vie de Myriam a basculé dans le néant. Oublier sa vie d’avant.
La quatrième de couverture ne m’a pas fait saliver; j’ai donc été agréablement surprise par la tournure que prenait cette histoire nourrie d’éléments savoureux, drôle et tragique à la fois, mais qui m’a un peu laissée sur ma faim…
« Je pense à un dessin animé de mon enfance qui s’appelait, je crois, La linea. C’était mon programme favori. On y voyait un bonhomme de profil, figuré par une ligne qui, partant du sol, traçait les contours de son corps et de sa tête, pour replonger ensuite vers le bas, vers le sol à nouveau, si bien que tout se confondait dans le même trait : personnage, décor, horizon. Le bonhomme avançait, il chantonnait, il marmonnait, il était tout joyeux et, soudain, la ligne, la ligne qui le dessinait, s’arrêtait deux pas devant lui. Il s’écriait alors dans un charabia de français teinté d’accent italien : « Ah, mais pourquoi y a pas de ligne ici ? »(…) Un jour, c’est comme ça, on se retrouve, comme La Linea devant le vide et il n’y a personne à qui s’en prendre. On est effaré de n’avoir rien prévu, scandalisé que personne ne s’en préoccupe. Ah mais pourquoi y a pas de ligne ici ? se demande-t-on en essorant la serpillère. »
jan 18

Je n’ai pas vu le film, mais la réédition du livre à l’ occasion de sa sortie m’a permis de découvrir un texte superbe, un récit prenant, court, limpide; un récit autobiographique où le narrateur revient sur un pan du passé familial dont on l’a longtemps dépossédé : un de ces secrets d’adultes que les enfants pressentent et qu’ils portent en eux sans pouvoir les identifier, écrasés par le poids du silence.
C’est ce jeune garçon frêle, enfermé dans sa solitude, ébloui par le couple parental, qui reconstituera au fil du temps le puzzle de ces histoires mêlées où l’amour, la jeunesse et le désir côtoient l’horreur de la guerre et de l’Holocauste. Les images fantasmées d’un passé trop lisse font alors place à une vérité cruelle mais libératrice.
« Fils unique, j’ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais cette fable à mes relations de vacances, à mes amis de passage. J’avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible. »
Elfie
oct 25

Le titre m’a plu. La couverture aussi (un mouton mauve chaussé de bottines sur un fond vert prairie, ça ne s’oublie pas). C’est…comment dire…un bonbon à la menthe : vert, sucré, léger, rafraîchissant…
Définitivement loufoque. Sans prétention, mais parsemé de petites trouvailles.
On suit les tribulations des habitants de Bassebourg, une petite ville coincée entre deux collines, à travers une succession de portraits et d’anecdotes qui s’imbriquent pour constituer un tableau original avec l’arrivée d’un élément extérieur: Judith.
Les personnages sont caricaturaux, un peu comme des marionnettes dans un décor de pâte à modeler et c’est justement ça qui est drôle. On se laisse prendre au jeu…ou pas.
Moi j’ai adoré emprunter les chemins caillouteux de Bassebourg, rencontrer ses habitants décalés, humer son vent de folie et observer ses « arbres craintifs »…
« L’inclinaison qu’on peut observer chez ces arbres-là est tout à fait révélatrice, même pour un botaniste du dimanche. Les arbres des plaines et des montagnes poussent droit vers le ciel avec fierté. Les arbres des littoraux poussent penchés sous le vent, mais poussent avec fierté quand même, ils résistent. Les arbres de la colline Sainte-Adèle poussent à genoux et sur le dos, penchés sur la pente en une inclinaison suppliante adressée à la vieille église Sainte-Adèle. On n’a jamais vu un arbre s’enfuir, mais à Bassebourg, si on laissait le choix à ceux de cette colline, ils iraient pousser ailleurs, et tout droit. »
Elfie