old suitcase par Petr0

Un album ? Non, pas vraiment. Plutôt une bande dessinée silencieuse. Pourquoi silencieuse ? Peut-être parce qu’il n’existe pas de mots assez précis pour décrire un regard entre un père qui part en exil et sa petite fille, peut-être parce que quand on part pour un ailleurs dont on ne connaît pas la langue, on est enfermé dans un mutisme qui oblige à regarder autrement autour de soit… Ou peut-être est-ce l’expression d’une pudeur respectueuse de l’auteur envers ceux (ses ancêtres) qui, un jour, ont dû partir…

De la pudeur, donc, et énormément de tendresse aussi jusque dans le trait délié, appliqué, des dessins. Un fond sépia qui rappelle l’hommage et le vécu. Des regards qui s’échangent, des mains qui se touchent, se prennent. Pas d’étreinte forte, des frôlements pourtant bien plus puissants. Comment dire la douleur d’être obligé de quitter les siens, d’être examiné sous toutes les coutures par les gardes côtes, d’être évalué, fiché, d’avoir à trouver un lit dans un pays dont on ne connaît pas la langue, de comprendre quoi manger quand on ne connaît pas la nourriture… La solitude, l’isolement de l’exil… et le manque des siens.

A cela l’auteur a jouté un savant mélange d’univers lointains mais qui ici se mêlent avec conviction. On pense très fort aux immigrants arrivant à Ellis Island et pourtant à cette description très réaliste se mêle un univers fantastique qui semble inspiré de l’onirisme japonais avec des animaux tout droits sortis de mangas de Miyazaki.

Bref, un livre fort, original et émouvant. Une bonne idée de cadeau de Noël !