Steve Reich (1936) : compositeur américain contemporain. 

Durant sa carrière il a composé selon des styles variés comme : la musique minimaliste,  le « phasing » (ou musique de phase), avec utilisation de bandes magnétiques. 

Origine de l’oeuvre 

« L’idée de cette composition vient de mon enfance. Lorsque j’avais un an, mes parents se séparèrent. Ma mère s’installa à Los Angeles et mon père resta à New York. Comme ils me gardaient à tour de rôle, de 1939 à 1942 je faisais régulièrement la navette en train entre New York et Los Angeles, accompagné de ma gouvernante. (…)  

Je songe maintenant qu’étant juif, si j’avais été en Europe pendant cette période, j’aurais sans doute pris des trains bien différents. En pensant à cela, j’ai voulu écrire une œuvre qui exprime avec précision cette situation. » 

http://www.dailymotion.com/video/xhq1ox 

  

L’œuvre est constituée de 3 parties : America-Before the War ~ 9′ – Europe-During the War ~ 7’30 » – After the War ~ 10’30 ». Nous avons écouté la deuxième. 

  

Création de l’oeuvre   

« Voilà ce que j’ai fait pour préparer la bande magnétique :  

J’ai enregistré ma gouvernante Virginia, maintenant âgée de plus de soixante-dix ans, qui évoque nos voyages en train.  

J’ai enregistré un ancien employé des wagons-lits sur la ligne New York-Los Angeles, maintenant à la retraite et âgé de plus de quatre-vingt ans : M. Lawrence Davis, qui raconte sa vie.   

J’ai rassemblé des enregistrements de survivants de l’Holocauste : Rachella, Paul et Rachel, tous à peu près de mon âge et vivant aujourd’hui en Amérique, qui parlent de leurs expériences.  

J’ai rassemblé des sons enregistrés de trains américains et européens des années 1930, 1940.  

Pour combiner les conversations sur bande magnétique et les instruments à cordes, j’ai sélectionné des exemples brefs de discours, aux différences de ton plus ou moins marquées, et je les ai transcrits aussi précisément que possible en notation musicale.  

Ensuite, les instruments à cordes imitent littéralement la mélodie du discours.  

Ecoute : 2 extraits où l’on entend le violon imiter l’intonation de la voix : Reich 1 – Reich 2 

 Les exemples de conversation et les bruits de trains ont été transférés sur bande magnétique à l’aide d’un échantillonnage de claviers, les sampling keyboards, et d’un ordinateur. Trois quatuors à cordes séparés ont aussi été ajoutés à la bande magnétique pré-enregistrée et le quatuor final, joué par des musiciens, vient s’ajouter lors du concert. »» 

 Quatuor à cordes : formation composée de 2 violons, 1 alto et 1 violoncelle. 

  

L’OEUVRE EST DONC CONSTITUEE DE :  

  • Son de sirène (enregistré)
  • Ostinato des cordes avec répétition et déphasage (enregistré).

Explication :  

Ostinato : répétition obstinée d’un motif musical. 

Déphasage ou « phasing » : se construit à partir d’un court motif musical répété indéfiniment. Chaque musicien (ou magnétophone) répète ce motif en boucle, mais avec un décalage, décalage qui augmente et diminue au cours de la pièce. Ce procédé a surtout été utilisé par S. Reich et Terry Riley.

  • Extraits de voix parlée (enregistrés)
  • Utilisation du discours parlé comme matériau musical : reproduction par les instruments de l’intonation des fragments de parole.

 

Les fragments parlés utilisés constituent un discours organisé. Voici la traduction :  

1940
le jour de mon anniversaire
Les Allemands sont entrés
sont entrés en Hollande
 

Les Allemands ont envahi la Hongrie
j’étais à l’école primaire
j’avais un professeur
un homme très grand, ses cheveux étaient gominés
Il a dit :  » des Corbeaux Noirs ont envahi notre pays, il y a de nombreuses années « 
et il m’a montré du doigt
Plus d’école !
Il faut que tu partes
 

et elle a dit :  » Va t’en vite ! « 
et il a dit :  » Ne respire pas ! « 
dans ces wagons à bestiaux
pendant quatre jours et quatre nuits
ensuite nous sommes passés par ces endroits aux noms étranges
Des noms polonais
Là il y avait beaucoup de wagons à bestiaux
Ils étaient bourrés de monde Ils nous ont rasé

Ils nous ont tatoué un matricule sur le bras
Des flammes montaient vers le ciel – il y avait de la fumée
  
  
  
Il faut remarquer que le tempo accélère au moment de l’évocation du voyage (texte en mauve) puis ralentit à l’évocation des fours crématoires (« il y avait de la fumée »).

 

A écouter en complément :

M. GÓRECKI (1933 – 2010) : Symphonie n° 3 , « des chants plaintifs » 2ème mouvement, ou une soprano chante des inscriptions faites par une jeune fille de 18 ans retrouvées sur le mur d’une prison de la Gestapo à Zakopane (Pologne).

 Image de prévisualisation YouTube

 

Le Chant des déportés ou Chant des marais est un chant composé en 1933 par des prisonniers du camp de concentration de Börgermoor en Basse-Saxe.

Chant des Marais

Loin vers l’infini s’étendent
De grands prés marécageux
Et là bas nul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux

 Refrain

Ô terre de détresse

Où nous devons sans cesse

Piocher, piocher.

 Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d’un grand désert.

REFRAIN

 Bruit de chaine et bruit des armes
Sentinelles jours et nuits
Et du sang, des cris, des larmes
La mort pour celui qui fuit.

REFRAIN

 Mais un jour dans notre vie
Le printemps refleurira.
Liberté, liberté chérie
Je dirai: Tu es à moi.

 Dernier refrain

Ô terre enfin libre

Où nous pourrons revivre,

Aimer, aimer.

 

NUIT ET BROUILLARD, chanson de Jean Ferrat (1963)

Nuit et Brouillard (en allemand : Nacht und Nebel : décret de 1941 stipulant que  toutes les personnes représentant un danger pour la sécurité de l’armée allemande (saboteurs, résistants) seraient transférées en Allemagne et disparaîtraient dans le secret absolu.  Jean Ferrat a écrit cette chanson en mémoire des victimes des camps de concentration nazis de la Seconde Guerre mondiale, et en particulier en mémoire de son père, Juif émigré de Russie mort dans le camp d’ Auschwitz.

 

FERRAT – Nuit et brouillard

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés

Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants

Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

 

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres

Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés

Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre

Ils ne devaient jamais plus revoir un été

 

La fuite monotone et sans hâte du temps

Survivre encore un jour, une heure, obstinément

Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs

Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

 

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel

Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou

D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel

Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

 

Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage

Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux

Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge

Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

 

Les Allemands guettaient du haut des miradors

La lune se taisait comme vous vous taisiez

En regardant au loin, en regardant dehors

Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

 

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours

Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour

Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire

Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare

 

Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter ?

L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été

Je twisterais les mots s’il fallait les twister

Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez

 

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés

Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants

Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

 

Télécharger la fiche d’écoute : REICH – Different train

 

 

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