Economie monétaire et bancaire

Le retour de la pompe à phynance

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Je ne suis pas toujours d’accord avec ce que dit et écrit Frédéric Lordon ( je crois qu’il s’en fiche d’ailleurs), loin s’en faut, mais je dois bien admettre que je suis fan. Economiste rigoureux, scientifique (directeur de recherche au CNRS), très à gauche ou en tous cas très alter-capitaliste, radical, spinoziste en sciences sociales (concept que j’ai un peu de mal à saisir)…mais surtout drôle! Et bien plus stimulant que les banalités d’un Elie Cohen à Capital (M6). Les nouvelles récentes sur les bénéfices records de Goldman Sachs, les promesses non tenues (qui n’engagent que ceux qui les écoutent) et j’en passe…me poussent à revenir sur les analyses de FL. Notamment dans sa pompe à phynance ou ici dans une série de vidéos pas très récente mais toujours d’actualité.


Publié le 1 février 2010 par Joel Calatayud dans Economie monétaire et bancaire

Notions de comptabilité (2)

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Continuons avec l’exemple TARDU et un rappel. Les capitaux propres de l’entreprise se lisent au passif (50 000). Dans le bilan d’ouverture, il se trouve qu’ils correspondent aux fonds disponibles à l’actif. Cela ne va pas durer. Supposons que Tardu a effectué les opérations suivantes dans la foulée de sa création :  acquisition de matériel d’une valeur de 80 000 financée par un emprunt bancaire de 60 000 €, le reste par “fonds propres”. Le bilan est transformé :

bilan 1

A ce stade on comprend bien la différence entre capitaux propres au passif et fonds disponibles à l’actif. Le total du bilan a augmenté grâce à l’investissement en matériel mais est-ce que l’entreprise s’est “enrichie” pour autant? Pas vraiment puisque si on calcule un actif net (actif - dettes) on a 80 000 + 30 000 – 60 000 = 50 000 soit le montant des capitaux propres. Faisons à nouveau évoluer le bilan avec des créances clients (suite à des ventes), des dettes fournisseurs (suite à des achats consommés) et une trésorerie qui a “bougé” au cours du temps :

bilan 2

Le total bilan a encore augmenté mais si on calcule l’actif net on en est toujours au même point. Autrement dit, tant que les capitaux propres n’augmentent pas, l’entreprise ne “s’enrichit” pas! Pire : supposons qu’on en reste là jusqu’à la fin de l’année au moment où l’on va évaluer la valeur des actifs et des passifs. Occupons nous uniquement de la valeur des immobilisations. Celle-ci doit diminuer sous l’effet de l’amortissement. Simplifions l’écriture comptable de ce dernier en constatant simplement une “perte” de valeur nette de ces immobilisations, par exemple – 10 000.

bilan 3

On voit que l’actif a diminué (de la perte de valeur du matériel) mais que l’on a pas touché au passif. Le bilan est déséquilibré, hors selon le principe comptable fondamental (total actif = total passif) on doit donc faire aussi diminuer le passif. Les dettes? Pourquoi celles ci diminueraient à cette occasion? Ce serait absurde et les créanciers ne serait sûrement pas d’accord. Donc, ce sont bien les capitaux propres qui vont être “entamés” de 10 000 :

bilan 4 

A ce stade l’entreprise s’est “appauvrie” par le simple mécanisme de l’amortissement.

Conclusion sur ce petit chapitre. Cet exemple très simplifié montre au moins trois choses :

1. Tant que les capitaux propres n’augmentent pas, l’entreprise (en tous cas ses propriétaires) ne “s’enrichit” pas. On pourrait croire qu’elle s’est même “appauvrie”. Hors, elle est en phase d’investissement pour lequel il n’y a pas eu encore de retour. On a raisonné en termes statiques, comme si l’entreprise devait déjà arrêter son activité, liquider son actif et ses dettes et “rendre” un actif net aux propriétaires.

2. L’importance de l’évaluation comptable. Et encore, nous nous sommes occupés uniquement de l’amortissement, il aurait fallu aussi évaluer la qualité des créances (quand vont-elles être réglées? Y en a t-il de douteuses?)

3. La divergence absolue entre capitaux propres (nommés souvent et dangereusement “fonds propres”) et la trésorerie disponible.

La suite au prochain numéro…


Publié le 1 février 2010 par Joel Calatayud dans Comptabilité

Notions de comptabilité (1)

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Afin de mieux comprendre ce qu’il se passe à l’intérieur d’une banque mais aussi dans ses relations avec les agents extérieurs (y compris les autres banques), rien de mieux que quelques notions de comptabilité. En premier, la notion de bilan.

Un bilan est un document comptable établi à une date donnée. Il est une représentation de la situation patrimoniale et financière de l’entreprise qui l’établit. Sa construction, normalisée, tend à montrer une image la plus fidèle possible de la réalité. Autrement dit, le bilan d’une entreprise n’est pas une photographie “indiscutable” de sa situation (problèmes de valorisation notamment, de “créativité” comptable, etc.). Néanmoins, il donne des informations essentielles sur la composition des actifs et des passifs et permet de “modéliser” cette chose abstraite qu’est une entreprise.

Prenons un exemple simple, et extrêmement simplifié, montrant la construction d’un bilan à la création d’une entreprise. Mr Duchmol et Mme Tartampion créent  l’entreprise TARDU  sous la forme sociétaire (SARL par exemple). Ils apportent 50 000 € de capital (25 000 chacun) sous la forme numéraire (c’est à dire en fonds monétaires) qu’ils déposent à la BNP. A ce stade, le premier bilan de TARDU est le suivant :

ACTIF                                                                         PASSIF

Trésorerie   50 000                                                Capital 50 000

Totaux        50 000                                                Totaux 50 000

Lecture : l’actif représente ici ce que “détient” l’entreprise; celle-ci dispose bien de 50 000 € déposés à la BNP. Le passif représente ici la “ressource” financière qui a permis l’apport de 50 000 €; puisqu’il s’agit de l’apport des propriétaires, ce sont des capitaux propres au sens où il ne s’agit pas d’une dette de TARDU envers Duchmol et Tartampion mais bel et bien de fonds propres appartenant maintenant à l’entreprise.

Cette opération montre également le principe fondamental de la partie double. En effet, toute opération traduite comptablement doit faire “jouer” au moins deux comptes : ici, capital et trésorerie.

Remarque : à ce stade, on peut dire que le bilan représente une image 100% fidèle à la “réalité” de l’entreprise TARDU.

La suite, prochainement.


Publié le 14 décembre 2009 par Joel Calatayud dans Comptabilité

Les transactions interbancaires

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Nous l’avons vu en cours, la monnaie créée puis qui circule est essentiellement scripturale. Nous avons vu aussi l’importance de la relation interbancaire à ce niveau. Autrement dit, des milliards d’euros transitent chaque jour entre banques commerciales et banques centrales. Il est évident qu’un tel système se doit d’être efficace (dans les délais notamment) et sécurisé. Ce système de règlement est complexe, d’autant plus complexe en raison de sa dimension internationale (européenne notamment).

Cliquez sur le lien ci-dessous :

Travail préparatoire des prochaines séances.


Publié le 14 décembre 2009 par Joel Calatayud dans Economie monétaire et bancaire

Français, irlandais, passions et intérêts

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Dans mon article précédent, je n’ai pas dû être assez clair sur cette histoire de bisounours. La main (in)visible de Thierry Henry va m’en donner l’occasion, mais rien n’est moins sûr. Je ne reviens pas sur le fait de jeu lui-même mais sur la suite médiatico-politique qui a suivi. (Mi)mine de rien, elle est révélatrice des proportions que peut prendre la pensée bisounours et constitue une parabole économique étonnante. Caricaturons un peu, mais à peine, en opposant les deux catégories de commentaires qui ont suivi ce fameux match.

Dans la première, très minoritaire, on admet que ce n’est pas très glorieux de se qualifier après une telle action mais bon ça va, on ne va pas non plus en faire une affaire d’état. Que le vrai problème, c’est le système d’arbitrage, même pas l’arbitre lui-même, que Thierry Henry a joué, au sens enfantin du terme, pas vu pas pris et voilà.

Dans la seconde, la déferlante moralisatrice! Il faut rejouer le match des valeureux irlandais contre les méchants français. Ce monsieur Henry ne pourra plus jamais se regarder dans une glace, quel tricheur, quelle gabegie, quelle honte!

Question : où est le discours bisounours et quel lien cela peut-il avoir avec les sujets habituellement traités dans ce blog économique et pédagogique? En première analyse, la seconde catégorie représente une vision du monde tel qu’il devrait être. Dans ce monde parfait, Thierry Henry serait allé voir l’arbitre et lui aurait dit : “désolé m’sieur mais j’ai fait main, annulez le but, c’est pas cool pour les irlandais…”. La grande classe, c’est sûr, un fair-play dans le plus pur style anglais (qu’eux-mêmes n’appliquent jamais). Notez cependant qu’une telle noble attitude pourrait très bien être qualifiée d’égoïste et de mégalomane! La première catégorie représente, elle, le monde tel qu’il est. Attention, cela ne veut pas dire qu’il est acceptable tel qu’il est mais qu’il s’agit de le comprendre (de l’expliquer? Eternel débat sociologique et philosophique) dans les passions et les intérêts*.

Autant l’avouer, en tant qu’amoureux du beau jeu, sensible à l’élégance du geste physique et moral et à l’insoutenable injustice, je me suis retrouvé cinq secondes dans la seconde catégorie. Bisounours donc. Très vite, j’ai repris mes esprits et, dans un mélange curieux de rationalité et d’affection pour Thierry Henry, il est évident que je rejoins la première catégorie. Oui, le monde est tel qu’il est et avant qu’il soit tel qu’il devrait être (qui décide hein?), il y a d’autres chats à fouetter qu’un joueur de football irréprochable tout au long de sa formidable carrière.

Et l’économie dans tout ça? Il est frappant de constater la même inanité du discours moralisateur en la matière. Encore une fois, il ne s’agit pas de vanter le sentiment amoral, encore moins immoral, mais simplement d’affirmer que le sentiment moral ne suffit pas. Vouloir moraliser le capitalisme, par exemple, est un archétype de pensée bisounours. Espérer limiter les bonus dans les banques autrement que par des règles strictes, applicables et très PENIBLES pour ceux qui les enfreignent, est une illusion digne du monde de Mickey. Idem, la naïveté de croire que France Telecom aurait dû (pu) se soucier de la fragilité dépressive de certains de ses employés sans qu’on l’y oblige. On peut multiplier les exemples, l’appel fiévreux à l’éthique dans les entreprises est une vaste rigolade. Seul le Droit permet de ne plus rigoler.

Revenons au sport, un thème fantastique pour qui veut analyser les transformations économiques de ces 50 dernières années. Et à un vrai jeu de mains celui-là, le rugby. Voilà un sport, dans sa dimension professionnelle en tous cas, apte à concentrer autant de comportements vicieux que le football, non? De plus en plus d’argent en jeu, le culte de la performance, la soif du spectacle…ça vous rappelle rien? Eh bien, avec des dispositifs techniques (video, arbitres avec micros…) et disciplinaires (limite staliniens!) efficaces, la déviance, la contestation sont quasiment impossibles. Autrement dit, des règles pragmatiques, incontestables, suivies de la menace de sanctions strictes permettent la régulation des passions (le jeu, la compétition) et des intérêts (le gain, sportif et monétaire) de tous les acteurs en présence (joueurs, entraîneurs, clubs, fédérations, télévisions…). Alors, bien sûr il est plus facile de réguler 30 boules de muscles morts de faim après un ballon ovale que le marché financier par exemple. Mais il est également plus facile de parler morale, une fois que les règles du jeu ont été clairement définies, pas avant.

 * C’est dans un raccourci facile que j’utilise ici les passions et les intérêts, question centrale de la philosophie économique (Hume, Smith, Montesquieu, Weber…) admirablement analysée par Albert O. Hirschman, Les passions et les intérêts, PUF, 1980.


Publié le 22 novembre 2009 par Joel Calatayud dans Economie générale

To bisounours or not to bisounours?

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Cette histoire de bisounours commence à lasser. Certes au début, la polémique était amusante, surtout lorsqu’elle était engagée avec talent, ici par exemple. Mais là, je dis stop, prêt à suivre Michel Serres sur la stérilité des polémiques en général. Essayez pour voir, tapez sur votre moteur de recherche favori : “bisounours” + économie, politique, écologie…et vous verrez l’ampleur cruciale que prend la question. Alors to bisounours or not bisounours?

Si vous préférez Pascal Obispo à Jean-Louis Murat, Coldplay à Oasis, Marc Levy à Michel Houellebecq, pas de doute, vous êtes un fieffé bisounours. Vous voyez le coté positif des choses, vous pensez que tout le monde devrait se donner la main, se faire des bisous (même en période de grippe H1N1?), bref, vous avez choisi le camp des gentils. Autant je peux trancher relativement facilement sur cette question pop, autant je vais tenter de dépasser le clivage en matière d’économie.

Naturellement, tout me porte à me placer du coté des anti-bisounours et pourtant. De la même façon que j’ai, un jour, eu envie de défendre Paul Mc Cartney (faux bisounours) contre John Lennon, je suis bien capable de réhabiliter Alain Minc (bisounours complexe) contre Frederic Lordon. Juste pour le fun. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’arbitrage mou entre deux idées, entre deux conceptions, entre deux mondes; il s’agit d’éviter les raccourcis expéditifs, parfois quasi staliniens. C’est justement le moment de ne pas être fun.

 Plus intéressante me semble être la démarche de la sociologie économique “renouvellée” ou bien celle de la toute nouvelle association française d’économie politique. Autrement dit, dépasser la critique (nécessaire) de l’économisme, redéfinir l’encastrement* social et politique de l’économie, étudier de manière plus approfondie les boites noires, les dispositifs, les institutions qui permettent de mieux comprendre le marchand et le non-marchand. Ces démarches ne semblent pas promouvoir une critique hétérodoxe  facile mais plutôt l’urgence d’un pluralisme méthodologique.

Pour conclure, cette histoire de bisounours révèle assez bien l’ampleur du chantier en (re)construction. Celui-ci commence avec nos élèves et étudiants afin qu’ils puissent : 1) refuser les idées toutes faites (la dette c’est moche, les banques sont méchantes, les chômeurs sont des fainéants…), 2) par conséquent, accepter l’idée que les sciences sociales en général, l’économie en particulier (en tant que sujet de ce blog), c’est beaucoup de questions et beaucoup moins de réponses, 3) avoir envie justement d’en découvrir quelques unes au-delà de celles proposées par les JT. Au-delà même et surtout du billet que vous êtes en train de lire.

* La notion d’encastrement de Karl Polanyi (La grande transformation, 1944) est caractéristique d’une pensée hétérodoxe réinvestie à toutes les sauces, en particulier par un certain discours anti-sciences économiques et passablement bisounours sur la nécessité de “remettre l’homme au centre de l’économie”. A ce sujet, ce n’est pas la première fois que je le cite, voir Bruno Latour et Vincent Antonin Lépinay, L’économie science des intérêts passionnés, La Découverte, 2008.


Publié le 15 novembre 2009 par Joel Calatayud dans Economie générale

L’insoutenable légèreté de la dette

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Encore entendu le énième débat autour de la dette de l’Etat. Et vas-y que la France (rien que ça) est au bord de la faillite, que ce sont nos enfants qui paieront la facture, que François de Closets en est malade, que Nicolas Baverez et Christian Saint-Etienne aussi…Alors, profitons-en pour mettre quelques idées en place.

La dette n’est pas une maladie vénérienne.

Non, c’est un moyen de financement et, regardez bien, il y en a pas beaucoup d’autres. Pour faire simple il n’y en a même qu’un, sous la forme de ressources propres. Ceci est valable pour tout agent, et pour l’Etat ce sont les prélèvements obligatoires. Sauf à considérer qu’un Etat devrait accumuler un trésor fiscal au cours des années pour ne pas s’endetter (ou alors pas de dépenses hein), la chose est entendue, un Etat endetté, comme tout autre agent, c’est normal!

Qui plus est, l’Etat n’est pas un débiteur comme un autre.

Première mise au point, ce n’est pas la France qui est endettée, c’est l’Etat. Oublions donc une bonne fois pour toutes ces histoires d’endettement par français ainsi que ce fameux risque de faillite. Vous le connaissez l’huissier qui viendra frapper à la porte de l’Elysée? Non, moi non plus. Mais bon admettons, qu’est-ce que faire faillite? C’est être en cessation de paiement (ne plus payer ses créanciers) puis ne pas pouvoir faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Autant la question peut se poser (s’est déjà posée) avec d’autres pays (Argentine par exemple), plus petits, moins riches, et dans ce cas c’est presque un autre sujet, autant avec les grands pays industrialisés, riches, souverains dans leur grande marge de capacité à lever l’impôt, la question est autre…

Jusqu’à quel point un Etat peut-il s’endetter?

Voilà la vraie question. Autrement dit, plus que la dette elle-même, c’est de sa soutenabilité dont il s’agit. Les économistes utilisent des modèles économétriques, des probabilités pour calculer cette soutenabilité (forte, faible). Dans le cas de la France, cette soutenabilité était estimée faible alors que la dette était de 60% du PIB avec un déficit budgétaire annuel récurent à 3%. Que dire aujourd’hui, alors qu’on annonce un bond vertigineux à 80% et un déficit à 7 ou 8%? Ah, l’insoutenable légèreté de la dette! Comment expliquer que la situation était déjà catastrophique il y a deux ans à 60% et…qu’elle reste catastrophique aujourd’hui à 80%? Peut-être faudrait-il mesurer la soutenabilité du catastrophisme lui-même? Bref, ce n’est pas l’analyse économique qui change, c’est le contexte. Celui de la crise est passé par là et tous les verrous ont sauté à coups de milliards d’endettement supplémentaire.

Si l’Etat “peut” s’endetter, c’est bien qu’il trouve des créanciers quelque part, non?

On pourrait donc rétorquer aux catastrophistes de la soutenabilité que les créanciers de l’Etat mesurent cette dernière selon d’autres critères. Et que ceux-ci sont suffisament positifs, intéressants, pour que des épargnants résidents ou étrangers souscrivent des obligations en dette publique. Pour résumer, des Etats aussi surendettés que la France, les Etats-Unis (360% du PIB!), le Japon (180%!) ont pris la bonne habitude d’être de bons débiteurs payant rubis sur l’ongle. Et il se trouve qu’une épargne considérable (chinoise en particulier) ne demande qu’à être placée, certes à leger intérêt mais à des conditions pépères et rassurantes en période de crise. Encore un histoire de confiance…

Malgré tout, la dette publique pose problème(s).

Si la dette n’est pas chose mauvaise en tant que telle, mieux vaut se préoccuper de savoir à quoi elle sert. Dans le cas de la crise 2008, l’explosion de la dette obeit à l’intervention massive, urgente, afin d’éviter pour le coup, une catastrophe bien pire que l’endettement : la dépression. A ce titre, les Etats-Unis préfèrent une dette monstrueuse plutôt que 50 millions de chômeurs en haillons! Mais revenons à la France tout en sortant du cas exceptionnel de la crise. Se posent alors des questions de choix budgétaires, de politiques publiques, de politique tout court, depuis 30 ans au moins. Et revenons aux fondamentaux vus plus haut. Si l’endettement est une source de financement comme une autre pour réaliser des dépenses utiles (ne parlons pas de rentabilité au sujet de l’Etat) au bien-être de la collectivité, dans l’éducation, la recherche, l’innovation, la santé, les services publics, les infrastructures…aucun problème (si ce n’est d’ouvrir un débat idéologique sur le rôle de l’Etat). En revanche, s’il s’agit de s’endetter pour financer une gestion publique chroniquement déficitaire, y compris en période de croissance, et de s’endetter encore  pour payer les intérêts des emprunts passés…

Conclusion

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas de nier que le niveau de dette peut être problématique. Pour cet agent si particulier qu’est l’Etat, il s’agit autant, si ce n’est plus, de science politique que de science économique.


Publié le 7 octobre 2009 par Joel Calatayud dans Economie générale

L’économie elle est méchante

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Il n’y rien à ajouter à cet article de l’excellent blog mafeco (ma femme est une économiste) écrit en réaction à cet article d’un certain Sylvain Cypel dans le Monde du 20 mai. Et pourtant j’ai bien envie, tellement on chante le gentil refrain de l’économie elle est méchante. Et l’humain lui, il est gentil. Je n’avais pas lu une telle naïveté (douanier) rousseauiste depuis l’inénarrable horreur économique de Vivianne Forrester. Pour résumer ce salmigondis qui tient lieu de pensée anti-science économique (anti-economics), il suffit de lire le début et la fin de l’article de Cypel. Passons sur la confusion, relevée par mafeco, entre l’activité économique (economy) et la (les) science(s) économique(s) et attardons-nous plutôt sur cette idée, assez répandue, de chiffres désincarnés. Ainsi, l’économie se résumerait à des chiffres (et des nombres hein…encore une confusion), ce qui est profondément inhumain bien sûr, alors que rien n’est plus méchamment humain que chiffres et nombres. Le journaliste en question devrait être suffisamment cultivé pour savoir que les animaux ne se soucient guère du prix de l’immobilier alors que lui-même est rassuré par son solde créditeur à la banque. Que, même si elles ressemblent souvent à d’étranges ménageries en furie, les salles de marchés rassemblent tout ce que l’humanité est capable de produire : intérêt, vice, ambition, cupidité, intelligence, connerie, escroquerie, technique, travail, calcul, anticipation, mimétisme, etc. Soyons même certains que des histoires d’amour, de haine et d’amitié se sont nouées entre deux prises de bénéfices! Je ne me permettrais pas de lui conseiller la lecture du petit livre de Bruno Latour et Vincent Lépinay à propos de Gabriel Tarde,  son titre suffira : L’Economie, science des intérêts passionnés.


Publié le 29 mai 2009 par Joel Calatayud dans Economie générale

Sujet BTS 2009

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Je n’ai pas encore eu le sujet officiel sous les yeux, néanmoins j’ai pu me procurer les documents et les questions, alors voici quelques éléments de réponses (non officiels, je précise) sur l’épreuve d’économie monétaire et bancaire.

Document 1: “Le rationnement du crédit menace t-il l’économie?” (Le Monde du 22/07/08)

Document 2: “Taux d’intérêts: la hausse des taux directeurs de la BCE poussera les taux de crédit vers le haut!” (www.mon-epargne.com)

Commentaire sur les documents proposés:

Shame on me, j’aurais dû (pu) vous faire travailler l’article du Monde en cours. Il est à la fois accessible et très intéressant dans le contexte été 2008, juste avant le cataclysme Lehman Brothers. Dommage. Le petit article suivant sur les taux d’intérêts est clairement de niveau mat sup (maternelle supérieure)…

Question 1: Citez et expliquez les risques auxquels s’expose une banque lorsqu’elle accorde des crédits à ses clients.

Facile non? Mais une certaine ambiguïté réside dans le pluriel “risques”. En effet, UN risque majeur se dégage: celui de non-remboursement ou de défaut de l’emprunteur, soit LE risque de crédit traditionnel. La question ne dit pas comment limiter ce risque. Quels autres risques alors? Je vois deux axes de réflexion:

- accorder un crédit nécessite, pour la banque, de se procurer les ressources passives. Il peut bien avoir création monétaire ex-nihilo sauf que l’on connaît les limites réglementaires et “naturelles” du processus. Accorder des crédits (créances à l’actif du bilan) nécessite donc une “course” aux ressources (au passif du bilan): dépôts, autres dettes ou capitaux propres (+ exigence ratio Mc Donough);

- le second axe, résiderait dans un risque de taux en accordant par exemple des crédits à taux fixes bas pour se retrouver par la suite dans un contexte de hausse des taux. Nous avons vu l’asymétrie actif/passif et la possible lecture de la marge d’intermédiation au bilan. Mais les banques peuvent très bien gérer cela avec l’outil des swaps.

Question 2 et 3: Exliquez la notion de rationnement du crédit…et les raisons qui incitent les banques à rationner le crédit.

Ou credit crunch. Encore une question pas très difficile. Ce rationnement est à placer dans une double approche. Macro d’abord: la crise bancaire détériore les bilans des banques et malgré les liquidités injectées, celles-ci sont d’abord destinées à renflouer les caisses. De plus, divers mécanismes pro-cycliques (normes comptables + Bâle II + Marchés en baisse + méfiance…) créent un contexte dépressif peu propice à la distribution de crédits. Micro ensuite dans la relation banque-client. Et ici, on rejoint la première question puisque la crise va accroître la perception du risque d’insolvabilité (du client), surtout en matière de financement des PME par exemple.

Question 4: Les autorités de tutelle bancaire.

Je suppose qu’il s’agit de se limiter au secteur bancaire français. Les autorités bancaires stricto sensus sont le CCLRF (Comité consultatif de la législation et de la réglementation bancaire, ex-CRBF), le CECEI (Comité des étalissement de crédit et des entreprises d’investissement) et la Commission Bancaire. Il ne serait pas idiot d’évoquer, tout en haut, la Banque de France. Evoquer l’AMF serait une erreur, même si celle-ci a un rôle réglementaire et disciplinaire. Il ne serait pas stupide non plus d’évoquer tout simplement l’Etat! Il ne s’agit plus du lien tel qu’il pouvait exister dans le contexte administré des années pre-80’s mais de l’actuelle situation de l’Etat “papa sauveur” (le “guichet” de l’Etat)…et que dire encore des stratégies décidées en haut lieu (caisses d’épargne/banque pop)…

Question 5: Relation taux d’intérêts et euro fort.

Sans entrer dans la technicité, je pense qu’il suffisait de se limiter au taux directeur BCE dans le contexte (toujours) de l’été 2008. A l’époque, il y a encore phobie de l’inflation et l’objectif sempiternel de la BCE est réaffirmé. Hausse du taux à 4.25 (à comparer avec le taux actuel!). Parler d’euro fort n’a de sens que par rapport aux autres monnaies, plus particulièrement au dollar. D’où la mise en évidence du différentiel de taux entre BCE et FED. Entre en jeu l’épargne (à court terme tout au moins). Au niveau macro, celle-ci aura forcément tendance à se “localiser” dans la zone où les taux seront les plus hauts (zone euro donc). La demande de monnaie € s’accroît par rapport au $ accentuant ainsi la force de l’euro et/ou la faiblesse du dollar. Avec un peu plus de temps, il serait intéressant d’évoquer les différences BCE/FED en matière de politiques monétaires et des marges de manoeuvres bien plus grandes dont bénéficient les USA en la matière.

 


Publié le 14 mai 2009 par Joel Calatayud dans Economie monétaire et bancaire

Effet de levier

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Enième retour sur la notion d’effet de levier ou levier financier ou levier d’endettement que l’on cite souvent comme cause majeure dans la crise financière actuelle. Sous ses aspects techniques, cet effet qui favorise l’excès d’endettement n’est pas autre chose qu’une histoire bien ancienne et largement responsable des multiples crises banco-financières depuis des siècles. De plus, son explication permet d’éclairer de multiples problématiques liées.

Posons le modèle simple suivant, soit:

  • un agent A, quel qu’il soit, dont l’objectif est d’investir dans un actif (des titres par exemple) et par conséquent d’en retirer un rendement (ou rentabilité) financier que l’on nommera Rf;

  • cet actif d’investissement nommé I est censé générer une rentabilité « brute » ou « économique », nommée Re, a priori indépendante de son mode de financement. Ainsi, par exemple, financer une machine à crédit ou en cash ne change rien à sa capacité de production, sa performance, son utilité, etc…Pensez aussi à votre véhicule qui roule tout aussi bien (ou mal), que vous l’ayez financé à crédit ou en fonds propres!

  • I doit cependant être financé, soit en apport de capital (fonds propres) K et/ou en dette par un emprunt D;

  • l’endettement D a bien sûr un coût au taux d’intérêt i.

 

Exemple avec un investissement de 1000 qui génère une rentabilité économique de 100 (sur une période d’un an). Le coût d’endettement est de 6%. 3 situations:

  1. Financement intégral en fonds propres

  2. Financement mixte K et D (50/50)

  3. Financement faible en K (10%) et fort en D (90%)

 

 

1

2

3

I                                              

 Re

Taux Re (Re/I)

K

D

Coût D (D*6%)

Rf (Re-Coût D)

Taux Rf (Rf/K)

1000

100

 10%

 1000

0

0

100

  10%

1000

100

 10%

 500

500

30

70

 14%

1000

100

 10%

 100

900

54

46

 46%

 

Qu’observe t-on?

  • Situation 1: le rendement financier (taux Rf) est identique au rendement économique (taux Re). L’agent a financé à 100% en fonds propres, il n’a donc pas de coût d’endettement, il retire 100 de son investissement de 1000, 10% point.

  • Situation 2: miracle! La rentabilité financière passe à 14%! La rentabilté de base (100) a, en quelque sorte été « boostée » (+ 4 points). Le financement de l’opération a un coût (30), donc le résultat final est moindre (70 au lieu de 100) mais l’investisseur n’a apporté de sa poche que 500. C’est mathématique: 70/500 est un rapport plus grand que 100/1000! Le numérateur a baissé de 30% alors que le dénominateur a baissé de 50%.

  • Situation 3: tant qu’on y est, puisque ça a l’air si intéressant, finançons au maximum par endettement, la rentabilité financière passe à 46%! Joli placement non?

A ce stade, on comprend que l’endettement ou plutôt le rapport D/K joue un rôle de levier afin d’amplifier la rentabilité brute de l’investissement. Revenons à un tableau afin de comparer les rapports D/K et le différentiel Trf-Tre:

 

 

1

2

3

Trf – Tre

D/K

0

0

4

1

36

9

 

Si on cherche à déterminer le levier L:

On peut écrire Trf = Tre + L

ou encore Trf – Tre = L

on sait que L dépend de D/K, si on reprend les situations 2 et 3, on remarque que:

  • un D/K de 1 donne un levier de 4

  • un D/K de 9 donne un levier de 36

on doit donc multiplier D/K par 4 pour trouver L, or on observe que 4 est le différentiel entre le taux de rentabilité économique (10%) et le coût de la dette (6%)! On peut donc généraliser l’effet de levier comme ceci:

Trf = Tre + (Tre-i)*(D/K)

Vérifions avec la situation 3:

46 = 10 + (10-6)*(900/100)

 

On remarque que le levier L dépend à la fois du rapport (D/K) et du différentiel (Tre-i), mais plus encore…en effet, pour avoir Trf>Tre, autrement dit un levier positif, il faut:

  1. une rentabilité économique positive, autrement dit inutile d’espérer un quelconque levier s’il n’y a pas à la base un rendement économique

  2. que le coût de la dette soit inférieur à cette Re, sinon il y a effet inverse (effet de massue) puisque Tre-i < 0

Le rapport D/K ne joue donc qu’un rôle d’amplificateur du levier.

 

Quid d’un endettement à 100%? On aurait un D/K = 1000/0 ce qui rendrait le calcul impossible, l’astuce consisterait à donner un rapport de 999/1, on aurait ici un Trf de 4006%! Ce qui est absurde, et pourtant, imaginons la situation suivante appliquée à un spéculateur qui achète des titres pour 1000, pour l’opération il s’endette à 6%. Qu’espère t-il? Agissant à court terme, il n’attendra pas de dividendes mais revendra dès qu’il pourra réaliser une plus-value et remboursera en même temps sa dette. Un mois plus tard, les titres valent 1100, il les vend, réalise une plus-value de 100 et rembourse par la même occasion son emprunt de 1000 + (1000*6%*1/12)= 1005. Il réalise en fait une plus-value nette de 1100 – 1005 = 95.

Multipliez ces chiffres par 1000 pour plus de vraissemblance et ce spéculateur aura gagné 95000 (euros ou dollars comme vous voulez) en un mois sans avoir sorti un seul sou de sa poche, soit le plus grandiose des effets de levier!

Si sa prévision s’avère fausse (moins-value), il ne pourra pas faire face au remboursement de sa dette mais pourra toujours s’endetter à nouveau…si on lui fait toujours confiance.

 

Questions de réflexion pour la prochaine fois:

  1. Quels liens entre effet de levier et hausse des actifs?

  2. L’effet de levier favorise t-il le court-termisme?

  3. Peut-on réglementer pour limiter les effets de levier?

  4. Ne peut-on pas limiter les effets de levier en relevant les taux d’intérêt?

  5. Peut-on vraiment distinguer rentabilité économique et rentabilité financière?

  6. L’effet de levier a t-il vraiment joué un rôle majeur dans la crise financière de 2007/2008?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 10 mai 2009 par Joel Calatayud dans Economie monétaire et bancaire
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