Banques, PME et capitalisme à la française
La situation financière des PME françaises est un problème bien plus majeur que l’évolution du CAC 40 dont on nous rebat les oreilles. Sur le plan conjoncturel, elle est exacerbée par la crise financière actuelle et le risque de credit crunch. Sur le plan structurel, elle révèle autre chose, dont on parle moins, la dépendance quasi systémique des PME vis-à-vis des banques, prenant la forme d’une mise sous perfusion financière permanente.
Un dossier récent et très clair du site tpe-pme.com montre qu’il y a bien une relation dominant/dominé entre banques et PME. Il ne s’agit pas ici de participer au procès des banques et de leur gestion, cela est fait tous les jours, souvent à juste titre, mais d’analyser les dysfonctionnements de cette relation sous deux angles.
Le premier, conjoncturel, est lié au “plan d’aide” mis en place par le gouvernement et supervisé par un zorro du crédit , René Ricol. Pour résumer, une enveloppe d’une vingtaine de milliards serait disponible afin que les banques continuent de financer les PME. Le problème est qu’il s’agit d’un contrat moral dont on espère qu’il sera respecté par les banques. D’où la mise en place d’un médiateur du crédit, le fameux “Don Diego de la Vega” Ricol, chargé d’étudier les dossiers de PME éconduites par leur banquier et de tirer l’oreille à certains vilains établissements. On voit bien, là encore, l’hypocrisie, et surtout l’inefficacité, de ces politiques économiques à la française qui consistent à intervenir tout en sous-traitant leur mise en application. Si cela ne marche pas, la puissance publique n’y sera pour rien, ce sera la faute aux acteurs eux-mêmes! Et apparemment, cela ne marche pas. En tous cas, cela prend trop de temps et le défilé des entreprises déposant le bilan au tribunal de commerce explose. N’aurait-il pas été plus simple d’OBLIGER les banques à utiliser ces milliards pour les PME? Ou pourquoi pas tout simplement se passer des banques dans cette affaire, après tout, elles ont bien d’autres chats à fouetter.
Le deuxième est structurel. Il réside dans ce paradoxe, qui n’en est pas vraiment un d’ailleurs, du “manque” de capitalisme en France. D’un manque de capital plus exactement. J’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer ici, la problématique est simple, si on ne veut pas être endetté, il faut être capitalisé. Autrement dit, si les PME détenaient plus de capitaux propres, elles seraient moins dépendantes de leur banquier. La situation paradoxale réside surtout dans la situation de PME profitables mais les caisses vides! Alors bien sûr, le fameux Besoin en Fonds de Roulement (BFR) est aussi largement tributaire des décalages dans les délais de paiement entre fournisseurs et clients mais si le fonds de roulement lui-même était un peu plus “gonflé” par des capitaux plus permanents, la situation serait moins délicate. C’est un fait, les PME françaises, voire plus généralement TOUTES les entreprises françaises et européennes, sont sous-capitalisées. Les raisons sont multiples, à commencer par les exigences de rentabilité démesurées des actionnaires, mais résident surtout dans le système lui-même largement moins désintermédié qu’on le dit dans les livres d’économie générale!
Demander plus de capitalisme à l’heure où celui-ci est mûr pour le goudron et les plumes peut ressembler à de la provocation gratuite. On peut toutefois se demander si, dans ce domaine, les incohérences et les effets d’annonces politiques ne font pas encore plus fort.
Publié le 9 décembre 2008 par Joel Calatayud dans Economie monétaire et bancaire



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