Economie monétaire et bancaire

Le tournant de l’économie mondiale selon Aglietta

Au delà du catastrophisme d’un Jacques Attali sur les perspectives de l’économie mondiale, il est bon de se référer à l’analyse pertinente et constante d’un Michel Aglietta. Le numéro de janvier 2008 d’alternatives économiques lui consacre un petit entretien dont la lecture est fort instructive en matière d’économie monétaire mondiale.

Pour Aglietta, l’économie mondiale est face à un tournant fondamental: la « prise de pouvoir » des pays émergents. Certes, l’écart de croissance entre ces pays (Chine bien sûr, mais n’oublions pas le Brésil par exemple) et les pays de l’OCDE n’est pas nouveau mais la crise financière actuelle risque fort d’amplifier cette tendance lourde.

En premier lieu, le ralentissement de l’économie américaine couplée à la baisse du dollar. On le sait, la Chine (mais aussi les pays exportateurs de pétrole) est le principal créancier des Etats-Unis et a accumulé des réserves liquides considérables en dollars. Or, on assiste à un redéploiement du commerce international de moins en moins dépendant des USA  et où les pays émergents trouvent une capacité de croissance autonome. Autrement dit, le changement est considérable: l’économie mondiale serait-elle en train d’acquérir la capacité de se « priver » de la traditionnelle locomotive américaine? Cerise sur le gâteau, et non des moindres, assiste t-on à la fin de l’hégémonie internationale du dollar? La réponse semble être oui, mais…

Et c’est le deuxième point de son analyse. Tout d’abord, ce n’est pas la première crise du dollar et de l’économie américaine. A ce titre d’ailleurs, n’oublions pas l’extraordinaire capacité de rebond de ce pays tant en matière purement économique qu’en matière politique (qui peut prédire aujourd’hui, par exemple, les effets économiques des prochaines élections américaines?). Mais revenons à Aglietta et à sa constante analyse de la monnaie comme bien public. Personne ne peut gagner, dans un contexte inévitable d’économie mondiale ouverte, à une trop forte instabilité des devises. Aglietta parle de « polycentrisme monétaire » soit un système de double monnaie internationale, le dollar et l’euro. Et pourquoi pas le yuan? Tout simplement parce que le système financier et bancaire chinois n’est pas suffisamment solide et ouvert sur le monde, pour le moment en tous cas.

Enfin, Aglietta souligne le changement stratégique majeur des pays émergents: le remplacement de l’accumulation monétaire par l’acquisition en capital dans les entreprises. Autrement dit, de créanciers les pays émergents passent à actionnaires! Voir à ce sujet, la considérable puissance financière de ce que l’on nomme les fonds souverains.

Pour conclure, et on retrouve là le théoricien de la régulation qu’est Aglietta, il est nécessaire d’instaurer une forme de cogestion politique internationale de la monnaie. Il ne s’agit pas, pour le BTS, d’aller très loin dans l’analyse mais de poser quelques problématiques à propos du rôle des banques (centrales ou non) et du pouvoir des institutions politiques dans ce domaine.


Publié par Joël Calatayud le 29 décembre 2007 dans Economie monétaire et bancaire
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