Notions de comptabilité (2)
Continuons avec l’exemple TARDU et un rappel. Les capitaux propres de l’entreprise se lisent au passif (50 000). Dans le bilan d’ouverture, il se trouve qu’ils correspondent aux fonds disponibles à l’actif. Cela ne va pas durer. Supposons que Tardu a effectué les opérations suivantes dans la foulée de sa création : acquisition de matériel d’une valeur de 80 000 financée par un emprunt bancaire de 60 000 €, le reste par « fonds propres ». Le bilan est transformé :
A ce stade on comprend bien la différence entre capitaux propres au passif et fonds disponibles à l’actif. Le total du bilan a augmenté grâce à l’investissement en matériel mais est-ce que l’entreprise s’est « enrichie » pour autant? Pas vraiment puisque si on calcule un actif net (actif - dettes) on a 80 000 + 30 000 – 60 000 = 50 000 soit le montant des capitaux propres. Faisons à nouveau évoluer le bilan avec des créances clients (suite à des ventes), des dettes fournisseurs (suite à des achats consommés) et une trésorerie qui a « bougé » au cours du temps :
Le total bilan a encore augmenté mais si on calcule l’actif net on en est toujours au même point. Autrement dit, tant que les capitaux propres n’augmentent pas, l’entreprise ne « s’enrichit » pas! Pire : supposons qu’on en reste là jusqu’à la fin de l’année au moment où l’on va évaluer la valeur des actifs et des passifs. Occupons nous uniquement de la valeur des immobilisations. Celle-ci doit diminuer sous l’effet de l’amortissement. Simplifions l’écriture comptable de ce dernier en constatant simplement une « perte » de valeur nette de ces immobilisations, par exemple – 10 000.
On voit que l’actif a diminué (de la perte de valeur du matériel) mais que l’on a pas touché au passif. Le bilan est déséquilibré, hors selon le principe comptable fondamental (total actif = total passif) on doit donc faire aussi diminuer le passif. Les dettes? Pourquoi celles ci diminueraient à cette occasion? Ce serait absurde et les créanciers ne serait sûrement pas d’accord. Donc, ce sont bien les capitaux propres qui vont être « entamés » de 10 000 :
A ce stade l’entreprise s’est « appauvrie » par le simple mécanisme de l’amortissement.
Conclusion sur ce petit chapitre. Cet exemple très simplifié montre au moins trois choses :
1. Tant que les capitaux propres n’augmentent pas, l’entreprise (en tous cas ses propriétaires) ne « s’enrichit » pas. On pourrait croire qu’elle s’est même « appauvrie ». Hors, elle est en phase d’investissement pour lequel il n’y a pas eu encore de retour. On a raisonné en termes statiques, comme si l’entreprise devait déjà arrêter son activité, liquider son actif et ses dettes et « rendre » un actif net aux propriétaires.
2. L’importance de l’évaluation comptable. Et encore, nous nous sommes occupés uniquement de l’amortissement, il aurait fallu aussi évaluer la qualité des créances (quand vont-elles être réglées? Y en a t-il de douteuses?)
3. La divergence absolue entre capitaux propres (nommés souvent et dangereusement « fonds propres ») et la trésorerie disponible.
La suite au prochain numéro…
Publié par Joël Calatayud le 1 février 2010 dans Comptabilité
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