Economie monétaire et bancaire

L’extraordinaire renouvellement de la pensée monétaire par Paul Jorion

Tel un bûcheron qui aurait prévu la déforestation avant les écologistes, Paul Jorion a prédit la crise financière 2007/2008 avant les économistes (qui l’ont prévue après). En vérité, mon pote Jean-Robert avait été encore plus clairvoyant en me disant, dès les années 80 : « tu sais mon gars, avec la finance, on va droit dans le mur… ». Pas con le JR, la seule différence avec PJ c’est qu’il n’a jamais travaillé dans la finance, ni ailleurs à vrai dire. J’étais donc plus enclin à écouter un type que les médias ont abondamment invité à témoigner et à débattre, en tant qu’acteur-prophète in situ de la crise des subprimes. J’ai même apprécié certains endroits de son blog avec lesquels je peux être d’accord comme, par exemple, l’extravagante nocivité du marché des CDS qu’il faudrait éradiquer. Malgré tout, il y a là comme une désagréable ambiance  illuminated guru à la Raël qui refroidit assez vite l’exploration. J’ai quand même acheté son livre, Argent mode d’emploi, et je suis en train (d’essayer) de le lire. Puisqu’il s’agit d’argent, on devine dès les premières pages qu’on vient de perdre bêtement 20 € dans cette affaire. Je fais un calcul marchand rapide : 20 € c’est quand même cinq bonnes bières au Café des sports, un joli bouquet de fleurs pour madame ou le dernier album des Tindersticks que j’ai reposé, un peu las, dans le bac chez Gibert.

J’aurais aimé entrer dans quelques détails d’économie monétaire et bancaire qui m’intéressent particulièrement (pages 129 à 227), il faudra que je trouve le courage de le faire. C’est pas gagné. Sachez que PJ se propose, ni plus ni moins, de reconstruire l’analyse économique servant de boite à outils aux économistes depuis deux siècles et demi! J’aurais pas dû faire ça mais j’ai feuilleté d’abord les dernières pages du livre dans lesquelles il déclare, sans avoir l’air de blaguer : « …ce que je vais tenter d’accomplir pour la monnaie est du même ordre que ce que Freud a réalisé pour la psychologie. » Ok, je ne suis pas très qualifié pour évaluer ce que Freud a fait pour la psychologie mais, comme ça à première vue, c’est un peu comme si on me disait « ce que je vais tenter d’accomplir pour la monnaie est du même ordre que ce que Michel Platini a réalisé sur un milieu de terrain entre 1980 et 1986″. Pourquoi pas, on s’est bien moqué de Gabriel Tarde lorsque celui-ci, avec sa psychologie économique (1902), se proposait d’inverser toute l’économie politique de Smith à Marx. Faudra t-il attendre un siècle dans le cas de PJ? La question ne se pose même pas tant il enfonce des portes ouvertes à grands coups de Mephistos tout en croyant renouveller la compréhension de ce mystère monétaire qu’il nomme l’Argent. Il explique d’ailleurs très vite pourquoi argent et pas monnaie. Là encore, rien de nouveau. La monnaie serait un concept inventé par les économistes, les banquiers, les financiers, les comptables pour semer le trouble, entretenir le mystère de sa création alors que l’argent serait cette chose bien réelle, encastrée dans la société, dans les poches de braves gens et que seuls les anthropologues (dont PJ), les sociologues, les philosophes sont capables d’analyser. C’est pas tout faux sauf que des économistes tels que Michel Aglietta, André Orléan se sont largement occupés de la chose depuis 30 ans et qu’apparemment PJ l’ignore. Plus surprenant encore, il ignore, volontairement ou non, les références à Simmel ou à Simiand. Je me suis arrêté page 262 dans laquelle il rêve, tel un adolescent qui repique pour la troisième fois sa Terminale littéraire(1), à…un monde sans argent. J’en peux plus, j’ai peur de continuer et de lire qu’il faut remettre l’homme au centre de l’économie, mieux, peut-être « qu’il faut abolir la propriété privée » (là je triche, on peut lire ça page 271)…abolir le prêt à intérêt? Bingo! Page 272 qu’il le dit! STOP!

C’est bon, on a compris, en fait de renouvellement de la pensée monétaire, il ne s’agit que de vulgate marxiste mâtinée de proudhonisme baba-cool, voire religieux. Je n’ai rien contre une bonne analyse marxiste de derrière les fagots pour expliquer la crise (Lordon fait ça très brillamment) mais là, non merci. Les analyses d’Arlette Laguiller me semblaient plus concrètes. Lire  que « le salut viendra d’une autre science économique, dont aura été éjecté l’homo oeconomicus, une caricature de l’être humain sous la forme du sociopathe, comme je le rappelais l’autre jour » (2), c’est beau comme du Jacques Attali en plus à gauche.

(1) Je n’ai, bien entendu, rien contre les Terminales L, mais quand même repiquer 3 fois…à ce stade c’est sûr, « le monde sans argent » devient une triste réalité.

(2) Il parle et écrit partout PJ, à BFM (!!!), dans le Monde, et ici dans Marianne. Soit dit en passant, ça doit faire un sacré petit dépôt à vue sur le compte de PJ.


Publié le 22 février 2010 par Joël Calatayud dans Economie monétaire et bancaire
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