To bisounours or not to bisounours?
Cette histoire de bisounours commence à lasser. Certes au début, la polémique était amusante, surtout lorsqu’elle était engagée avec talent, ici par exemple. Mais là, je dis stop, prêt à suivre Michel Serres sur la stérilité des polémiques en général. Essayez pour voir, tapez sur votre moteur de recherche favori : « bisounours » + économie, politique, écologie…et vous verrez l’ampleur cruciale que prend la question. Alors to bisounours or not bisounours?
Si vous préférez Pascal Obispo à Jean-Louis Murat, Coldplay à Oasis, Marc Levy à Michel Houellebecq, pas de doute, vous êtes un fieffé bisounours. Vous voyez le coté positif des choses, vous pensez que tout le monde devrait se donner la main, se faire des bisous (même en période de grippe H1N1?), bref, vous avez choisi le camp des gentils. Autant je peux trancher relativement facilement sur cette question pop, autant je vais tenter de dépasser le clivage en matière d’économie.
Naturellement, tout me porte à me placer du coté des anti-bisounours et pourtant. De la même façon que j’ai, un jour, eu envie de défendre Paul Mc Cartney (faux bisounours) contre John Lennon, je suis bien capable de réhabiliter Alain Minc (bisounours complexe) contre Frederic Lordon. Juste pour le fun. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’arbitrage mou entre deux idées, entre deux conceptions, entre deux mondes; il s’agit d’éviter les raccourcis expéditifs, parfois quasi staliniens. C’est justement le moment de ne pas être fun.
Plus intéressante me semble être la démarche de la sociologie économique « renouvellée » ou bien celle de la toute nouvelle association française d’économie politique. Autrement dit, dépasser la critique (nécessaire) de l’économisme, redéfinir l’encastrement* social et politique de l’économie, étudier de manière plus approfondie les boites noires, les dispositifs, les institutions qui permettent de mieux comprendre le marchand et le non-marchand. Ces démarches ne semblent pas promouvoir une critique hétérodoxe facile mais plutôt l’urgence d’un pluralisme méthodologique.
Pour conclure, cette histoire de bisounours révèle assez bien l’ampleur du chantier en (re)construction. Celui-ci commence avec nos élèves et étudiants afin qu’ils puissent : 1) refuser les idées toutes faites (la dette c’est moche, les banques sont méchantes, les chômeurs sont des fainéants…), 2) par conséquent, accepter l’idée que les sciences sociales en général, l’économie en particulier (en tant que sujet de ce blog), c’est beaucoup de questions et beaucoup moins de réponses, 3) avoir envie justement d’en découvrir quelques unes au-delà de celles proposées par les JT. Au-delà même et surtout du billet que vous êtes en train de lire.
* La notion d’encastrement de Karl Polanyi (La grande transformation, 1944) est caractéristique d’une pensée hétérodoxe réinvestie à toutes les sauces, en particulier par un certain discours anti-sciences économiques et passablement bisounours sur la nécessité de « remettre l’homme au centre de l’économie ». A ce sujet, ce n’est pas la première fois que je le cite, voir Bruno Latour et Vincent Antonin Lépinay, L’économie science des intérêts passionnés, La Découverte, 2008.
Publié par Joël Calatayud le 15 novembre 2009 dans Economie générale
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