pour Haïti

21 02 2010

Ce recueil de nouvelles rassemble des textes de Dany Laferrière, David Damoison, Louis-Philippe Dalembert… et des photographies de Fred Koenig.

Les bénéfices de la vente sont destinés à l’hôpital de la communauté haïtienne, un des centres médicaux de Port-au-Prince qui ne reçoit aucune aide de l’Etat.




Lecture (2)

20 02 2010

Ecoutez cette émission appelée Parking de nuit. C’est très drôle notamment « la minute pour temps de cerveau disponible » ou encore les interventions du gardien du parking mais, surtout, vous aurez droit à la lecture de nombreux textes qui pourront vous donner envie de découvrir de nouveaux auteurs et vous donneront des idées pour lire vos textes à voix haute lors de l’épreuve orale du bac.

La lectrice est Sophie Loubière dont certains d’entre vous connaissent quelques textes, notamment « Vernissage » que vous avez pu découvrir en seconde. Je vous donne à nouveau cette nouvelle très… ‘spéciale ».

Lucienne fêtait ses 79 ans. Pour l’occasion, sa fille Rosine lui apporta un baba au rhum servi dans une barquette en plastique ainsi qu’un flacon d’eau de Cologne Mont-Saint-Michel. Le plateau-repas prenait des allures de fête.
- Tiens, mémé. J’ai ajouté du rhum sur la génoise. Joyeux anniversaire.
La vieille femme souleva sa tête de l’oreiller et avala le morceau de baba qui tremblait dans la cuiller. Rosine était nerveuse. Lucienne lui demanda ce qui la tracassait.
- Ils ont encore du retard dans le versement de ta pension, répondit-elle.
Puis Rosine coupa de nouveau dans la génoise molle avec la tranche de la cuiller. Les cinq mille francs de mémé se faisaient attendre. La famille Parisot devait acheter un nouveau congélateur, et à quatre jours de Noël, il fallait bien penser au ravitaillement.
- Allez, mémé, dit Rosine en quittant la chambre, à demain.
Lucienne remonta le drap sous son menton et fixa le plafond avec bonheur. Bientôt, on la descendrait dans la salle à manger, sous le sapin, il y aurait des escargots en chocolat et sa petite-fille Christine viendrait l’embrasser.
Le 8 janvier, Rosine remarqua le mauvais état des marches de l’escalier qui menait à la chambre de mémé. Après lui avoir apporté sa soupe et sa compote, elle décida de passer l’escalier au trichloréthylène, ce qu’elle fit avec minutie. Elle profita de l’occasion pour traiter les plinthes et les boiseries du premier étage percées de trous minuscules. Le pavillon Parisot exhalait fort le décapant. Monsieur Parisot prit lui-même l’initiative d’ouvrir les fenêtres du salon en plein mois de février.
Avec l’arrivée du printemps, alors que l’odeur se faisait moins présente, Rosine envisagea de parfaire son travail en appliquant une épaisse couche de vernis. On laissa donc les fenêtres ouvertes et mémé dut se contenter de purées déshydratées en flocons – sa fille Rosine n’ayant guère le temps de cuisiner. Lorsque vint l’été, toutes les boiseries du pavillon avaient été décapées, traitées, vernies, cave et grenier compris. Le cœur léger, Rosine apportait à sa vieille mère des petites salades de fruits du jardin avec un ou deux boudoirs gentiment disposés sur le plateau-repas.
Christine appréciait beaucoup sa grand-mère Lucienne. Chaque Noël, elle aimait ouvrir le cadeau de mémé et le déposer sur ses cuisses maigres. Deux fois par an, Christine lui rendait visite avec plaisir, même si la vieille femme radotait au fond de son lit. Cette année, Christine avait une bonne nouvelle à lui annoncer : elle venait de passer brillamment son diplôme d’infirmière.
Lorsque Christine pénétra dans le pavillon, elle le trouva vide. Son père était à son travail et sa mère jardinait dans le potager. En montant l’escalier qui mène à la chambre de mémé, la jeune femme remarqua les jolies boiseries vernies. Puis, après avoir frappé doucement à la porte, elle entra dans la pièce. Il y régnait une agréable odeur de cire que Christine n’eut pas le loisir de remarquer. Elle posa simplement une main sur sa bouche pour ne pas vomir, mais elle vomit tout de même.

- Elle m’aura pourri la vie !… Jusqu’au bout !
Genoux serrés sur un petit tabouret, Rosine gratte le haut de son épaule gauche, ignorant l’homme qui se tient assis à un mètre d’elle, derrière un bureau en fer gris. L’inspecteur Pernod se mouche, puis il tend une feuille à Rosine qu’elle signe sans regarder.
- Vous ne lisez pas ? lui demande-t-il.
Puis il fait disparaître un mouchoir dans la poche de son pantalon et dit à haute voix :
- « Moi, Rosine Angèle Parisot, née le 22 mai 1942 à Bordeaux, femme au foyer, mère de trois enfants, demeurant au 14, rue des Alouettes à Bassens, déclare avoir dissimulé le décès de ma mère Lucienne Marie Madeleine Ferroud laquelle est morte le 3 janvier de cette année. Seul témoin de sa mort, j’ai résolu de conserver le secret pour continuer de toucher sa pension. Ainsi, j’ai porté chaque jour à ma mère un repas que je mangeais dans sa chambre à côté de son cadavre. »
L’inspecteur Pernod s’arrête un instant avant de poursuivre un ton plus bas :
- « … Le corps ayant commencé à se décomposer, j’ai décidé de masquer l’odeur en utilisant un produit décapant. »
Rosine Parisot ne bouge pas, les mains posées sur ses cuisses. L’inspecteur Pernod a ressorti son mouchoir. Il éponge son front, ouvre le tiroir du bureau et saisit un gros annuaire pour y chercher le numéro de téléphone des urgences psychiatriques.
Rosine fut internée. On mit en terre ce qui restait de sa mère Lucienne. Quant à Christine, la petite-fille, elle n’a toujours pas effacé l’image qui, sans cesse, revient.

« VERNISSAGE » de Sophie Loubière, Petits polars à l’usage des grands, librio (2000)

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Lecture

13 02 2010

Lors de  l’oral, une bonne lecture montre que vous avez compris le texte. Mettre le ton, faire les liaisons, respecter les vers… tout cela compte !

Si vous lisez le texte où Phèdre (Séquence 2, texte 4) exprime toute sa fureur d’une voix monotone, vous manquez quelque chose !…

Le samedi en fin d’après-midi, sur France Inter, Guillaume Gallienne vous fait la lecture. Les textes sont variés. Ils s’intègrent dans une thématique ou ont en commun un auteur. Ecoutez-le de temps en temps !

L’émission a pour titre « ça peut pas faire de mal ». Je pense que c’est très clair…Smiley 7.gif




Lambeaux

10 02 2010

Lambeaux a été écrit par Charles Juliet. C’est un texte très beau, poétique, touchant.

Je me sers de la fiche de lecture d’Anaïs de 1èreL pour vous présenter cette autobiographie. Je la remercie vivement de m’avoir prêté ses mots !Smiley emoticones msn bravo.gif

« La mère de Charles Juliet mourut lorsqu’il était encore jeune. Il fut alors recueilli par une voisine paysanne. Dans une première partie du livre, l’auteur nous narre la vie éprouvante de celle qu’il n’aura pas eu la chance de connaître. L’émotion nous envahit mais une question nous vient spontanément à l’esprit : comment peut-il raconter à des lecteurs la vie d’un être tout à fait inconnu ? Il faut attendre la fin de la deuxième partie du livre pour comprendre le chemin parcouru par l’auteur pour parvenir à la publication d’une petite biographie sur celle qu’il prit en pitié. Cette deuxième partie est aussi autobiographique. Juliet nous explique son apprentissage de la vie, son évolution, du paysan à l’enfant de troupe puis plus tard, à l’écrivain. Durant tout le récit, l’auteur nous fait part de la quête des mots qu’il entreprit. Ces lambeaux de vies sont racontés avec un style particulier mais cependant poétique, émouvant.

Ce livre, de part son style particulier, m’a été difficile à comprendre bien que poétique. En effet, le « tu » de la première partie était compliqué à cerner, je me demandais constamment qui était cette personne. Je l’ai compris un peu plus tard. Les phrases courtes me donnaient l’impression que l’auteur s’essoufflait en parlant, que chaque phrase lui demandait un effort important, cette construction ne m’aurait pas gênée si elle ne m’avait pas fait perdre le fil de l’histoire à plusieurs reprises. Ce genre de phrases me faisait aussi penser aux nouvelles lorsque la chute s’approche ce qui me mettait dans l’attente de la fin du récit. Ce tutoiement m’a aussi donné l’impression qu’il uniformisait l’histoire, je commençais à être lassée par cette souffrance.

Mais, la deuxième partie est arrivée, l’auteur parlait enfin de lui, de son lien avec cette femme. L’écriture était plus fluide, sûrement parce que Charles Juliet lui-même était plus en confiance pour raconter ce qu’il connaît vraiment plutôt que de relater des paroles rapportées.

Outre le style de l’œuvre, l’histoire de Juliet et de sa mère ne m’a, dans un premier temps pas vraiment touchée à cause du manque de compréhension. J’ai tout de même fini par l’être. En effet, le mutisme insoutenable de la mère m’a émue. Cela m’a fait réfléchir à ma propre vie, ce qu’elle serait sans la parole, les mots, si je n’avais personne à qui me confier. En arrivant vers la fin du récit, lorsque l’auteur explique les ambitions qu’il avait en écrivant la biographie de sa mère et son autobiographie, j’ai été prise de pitié envers ces deux personnages. Effectivement, c’est à ce moment là que j’ai compris toute la dimension des sentiments qu’éprouvaient ces deux personnes. C’est ce pourquoi cette œuvre m’aura touchée malgré le style de l’auteur. »

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Dans vos fiches de lecture, je vous demande de choisir un passage marquant de l’oeuvre. Je vous laisse découvrir celui que Léa a choisi ainsi que les raisons de son choix.

«  La parturition a duré longtemps d’interminables années, mais tu as fini par naître et pu enfin donner ton adhésion à la vie.
Depuis cette seconde naissance, tout ce à quoi tu aspirais mais qui te semblait à jamais interdit, s’est emparé de tes terres : la paix, la clarté, la confiance, la plénitude, une douceur humble et aimante. Parvenu désormais à proximité de la source, tu es apte à faire bon accueil au quotidien, à savourer l’instant, t’offrir à la rencontre.  Et tu sais qu’en dépit des souffrances, des déceptions et des drames qu’elle charrie, tu sais maintenant de toutes les fibres de ton corps combien passionnante est la vie.
1983-1995 »

« J’ai choisi les dernières phrases du livre. Il est vrai que ce choix peut sembler facile, mais je trouve des derniers morts d’une force égale au livre entier. Tout au long du livre, Charles Juliet nous fait part de son mal être intérieur, de celui comparable de sa mère, et nous souffrons littéralement avec lui. Ces dernières phrases expriment un soulagement tellement puissant après tant de déceptions, de souffrance et de malheur, que mon choix ne pouvait se porter que sur ce passage. Je pense que c‘était également la meilleure manière de clore son autobiographie. Juliet a enfin trouvé la paix, et nous l’avons trouvée avec lui. »

Charles Juliet vient de publier le dernier tome de son journal intitulé Lumières d’automne. Une phrase de cet ouvrage pourrait se rapporter à la lecture de Lambeaux et, plus généralement, de toute autobiographie :

« Voilà pourquoi j’aime tant les journaux, les écrits intimes, les correspondances… En lisant de tels ouvrages, on a l’impression qu’un inconnu est là près de vous, qu’il vous a pris en amitié et choisi pour confident. Et il est passionnant de recevoir ce qu’il a à vous dire, de pénétrer dans son intériorité, de revivre en le savourant ce qu’il a vécu et que ses mots magnifient. »




Les heures souterraines

3 02 2010

Mathilde aime son travail, ses enfants. Ils comblent le vide qu’a laissé dans sa vie la mort de son mari. Elle se sent bien dans son entreprise jusqu’au jour où elle est mise au placard au propre comme au figuré. Dépouillée de son bureau, de son ordinateur, de ses dossiers, Mathilde passe ses journées dans un local sans fenêtre, à ne rien faire. La guerre des nerfs s’engage entre elle et son employeur.

Thibault est médecin. Il a l’habitude de sillonner les rues de Paris pour soulager les souffrances. Mais, qui souffre le plus à l’heure actuelle ? le médecin qui a perdu goût à la vie ou ses patients ?

Autant le dire tout de suite, ce roman n’et pas un conte de fée. On aimerait que les deux personnages principaux se rencontrent, s’aiment et que tout dans leur vie devienne plus lumineux.

Ce roman se lit facilement. On a vraiment envie de savoir ce que vont devenir ces deux êtres. On peut aussi y lire un témoignage sur notre société, sur la souffrance au travail dont il a tant été question dans les médias il y a quelques mois.

Ici, vous pourrez voir une présentation de l’auteur, Delphine de Vigan.

vous pourrez l’entendre lire un extrait de son roman.

Du même auteur, vous pouvez aussi lire No et moi.

Ce roman est disponible au CDI.

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