Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants
27 09 2010Nous voilà sur les pas de Michel-Ange. Déçu par l’attitude du pape Jules II, il répond à une demande du sultan de Constantinople. Il lui faut imaginer un pont qui enjambera la Corne d’or. Michel-Ange est sculpteur, peintre et poète. Il n’est pas architecte mais, plusieurs éléments se mêlent pour le pousser à répondre à ce défi.
D’abord, Léonard de Vinci a échoué. Il a certes imaginé un pont mais il s’agit seulement d’une prouesses technique et non artistique. Ses plans n’ont pas séduit le sultan. Michel-Ange a très envie de dépasser ce rival.
Ensuite, sa découverte de l’Orient (ses lumières, ses parfums, ses paysages) est une véritable révélation qui l’entraînera bien plus loin qu’il n’aurait pu l’imaginer.
On suit donc l’artiste dans ses rêveries, ses emportements, ses petites manies quotidiennes.
Ceux qui l’entourent sont tout à la fois, amis, espions, méfiants, séduits.
L’écriture de ce roman est belle, simple. Elle recourt aux images tout en légèreté. Elle nous transporte en d’autres lieux, à une autre époque et, pourtant, tout semble si proche.
Cette oeuvre est aussi une réflexion sur la création. Michel-Ange, sous des allures de liberté, se révèle esclave des puissants. Les images dont il s’ennivre en Orient nourriront ses oeuvres futures et Mathias Enard fait surgir des éclats des futures fresques de la chapelle Sixtine.
A la dernière page du roman, l’auteur dévoile les faits, objets, lettres totalement réels et véridiques qui l’ont inspiré. On est alors pris de vertige devant ce qu’il a créé. Il est parvenu à lier totalement des événements si infimes soient-ils pour imaginer cette fiction. Mathias Enard a su bâtir les ponts entre réel et imaginaire.

Le roman est disponible au CDI.
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