Alexis Rosenbaum est auteur de l’ouvrage “L’antisémitisme” de la collection « Thèmes et débats Société » des Editions Bréal.
LeWebPédagogique : Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur l’antisémitisme ?
Alexis Rosenbaum : Il se trouve que certains de mes travaux portent sur la façon dont les groupes sociaux se comparent les uns aux autres, et sur les phénomènes de ressentiment collectif qui peuvent émerger dans l’espace public. Je me suis ainsi intéressé d’un point de vue théorique aux manifestations d’antisémitisme liées à la « jalousie sociale », un phénomène identifié depuis longtemps par la sociologie. Mais à la fin de l’an 2000, peu après la reprise de l’Intifada, j’ai dû me résigner à un constat accablant : les actes antisémites se multipliaient de façon incontrôlable sur le territoire français. J’enseignais alors en partie dans une école juive, dont une salle fut incendiée par un cocktail Molotov, ce qui fut pour moi l’occasion de comprendre très concrètement que l’antisémitisme n’est pas seulement une question théorique, mais surtout une forme de haine en pleine résurgence. J’ai donc choisi de travailler vraiment sur ces questions à partir de là, je dois le reconnaître, pour essayer de comprendre ce qui était en train de se passer.
LeWebPédagogique : Quelle est votre analyse du retour des comportements antisémite ces dernières années ?
Alexis Rosenbaum :C’est une question à laquelle il est difficile de répondre en quelques mots. Cet ouvrage introductif tente justement de montrer que l’antisémitisme est un phénomène dont les causes sont multiples et enchevêtrées. De nombreuses études historiques ont montré que, dans des situations de crise, les juifs peuvent très vite devenir une cible privilégiée pour des groupes sociaux accablés par des drames ou des frustrations importantes. Mais la situation de ce début de millénaire a ceci de particulier que la libération de la parole antisémite est facilitée par la véhémence de certains discours anti-israéliens. Si ce nouvel antisémitisme renoue avec le thème du pouvoir juif à l’échelle nationale ou internationale, c’est ainsi souvent à travers la figure diabolisée d’un Etat d’Israël qui est l’alibi de comportements de rage et de vengeance tout à fait singuliers. Cet amalgame des justifications locales et planétaires est l’une des caractéristiques majeures de ceux qui, aujourd’hui, passent à l’acte en s’en prenant à des juifs.
LeWebPédagogique : Quel est de votre point de vue la place de l’école dans la lutte contre l’antisémitisme ?
Alexis Rosenbaum : L’école a joué et doit continuer à jouer un rôle clé dans la lutte contre tous les préjugés racistes. Mais la particularité du discours antisémite actuel est justement qu’il est assez peu « raciste » au sens strict. Pratiquement plus personne ne clame en effet que les juifs sont une « race inférieure » ou quoi que ce soit de ce genre. Pour échapper à l’accusation d’antisémitisme, les nouveaux antisémites ne parlent d’ailleurs plus des « sémites », mais plutôt des « sionistes », comme de nombreux sites internet le démontrent à l’envi. Les enseignants doivent donc adapter leur discours à ces nouvelles rhétoriques. Transmettre la vérité historique reste certes essentiel en ce qui concerne la Shoah (car le négationnisme n’est pas mort), mais garantir un traitement objectif du conflit israélo-palestinien est devenu tout aussi important dans la lutte contre l’antisémitisme. De même, éduquer les esprits contre le racisme en son sens le plus général est toujours une priorité, mais mettre en garde les jeunes esprits contre la tentation du bouc émissaire juif et la paranoïa qui l’accompagne souvent (« les juifs contrôlent tout », etc.) devient également un impératif. Dans tous les cas, nul n’est contraint de baisser les bras: même si l’antisémitisme est un type de xénophobie aux masques changeants, aucune de ses formes n’est à mon sens une fatalité.
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Entretien réalisé en mai 2006.
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