
François Begaudeau a publié en janvier dernier Entre les murs, un livre sur l’école, la banlieue et l’enseignement. Depuis sa parution, le succès est immense : 100 000 exemplaires vendus. Comme beaucoup, nous avions lu et aimé son livre. Nous avons donc pris contact ! François a eu la gentillesse de nous rendre visite. LeWebPédagogique l’a interrogé sur son métier, son livre, la littérature, les blogs, le langage texto…
LeWebPédagogique : Vous êtes professeur de français mais aussi écrivain, critique aux Cahiers du cinéma, rocker, parolier, passionné de football… Toutes ces casquettes sont-elles l’oxygène nécessaire pour enseigner ?
François Bégaudeau : Je ne suis plus rocker, mais c’est une expérience qui m’a marqué. Chroniqueur pour les Cahiers du cinéma est mon second métier. Pour l’écrivain, c’est une autre affaire… Ce qui est certain c’est que dans le métier de professeur, comme dans tous les autres sans doute, on tient d’autant mieux que l’on peut parfois penser à autre chose. Beaucoup de mes collègues, en particulier les jeunes mères, sont en contact permanent avec les enfants. C’est une autoroute pour péter les plombs. Il faut savoir se trouver d’autres centres d’intérêt.
LeWebPédagogique : Et dans votre rapport aux élèves ?
François Bégaudeau : Il faut prendre les situations au cas par cas. La connaissance du football est un avantage avec les garçons. Quand je leur montre que je connais les noms des joueurs, voire que j’en connais davantage qu’eux, tout cela ne tombe pas dans l’oreille de sourds. Cela permet d’engager des discussions qui sortent du cadre formel du cours. C’est pareil avec le cinéma. J’aime beaucoup le cinéma populaire, je m’intéresse au cinéma commercial américain : on peut donc parler du dernier Mission Impossible. Pour la plupart des élèves, un prof est quelqu’un qui n’a pas la télévision et qui n’écoute que Mozart. Tout ce qui permet de démontrer le contraire est utile. Ces formes de médiations sont intéressantes en soi. L’important est de pouvoir créer de la parole.
LeWebPédagogique : Pourquoi ce livre ? Vous sentez-vous porteur d’un message sur l’art pédagogique du type : « il faut enseigner en dehors des murs » ?
François Bégaudeau : Beaucoup ont vu dans mon titre une métaphore carcérale. Il n’en est rien. Pour moi, l’école n’est pas une prison. Je décris une réalité qui se situe entre des murs, et l’unité de lieu est un procédé pour se concentrer sur le point précis que je désire montrer : la salle de classe. Dans l’ensemble de la littérature faite sur l’école, on est très peu introduit dans la classe.
Le dernier chapitre est conçu comme un appel d’air, les personnages se retrouvent en dehors des murs, ils peuvent voir le ciel. D’une manière générale, on gagne toujours à faire voyager l’école, à faire sortir les élèves. Il demeure que cela est de plus en plus compliqué, cher, etc.
LeWebPédagogique : Quel regard portez-vous sur le corps enseignant ?
François Bégaudeau : Je suis embarrassé par la façon dont mes descriptions de la salle de profs ont été perçues. On me dit souvent que j’y suis allé trop fort. Je voulais créer un effet de répétition, sans doute de claustrophobie… En fait, cela me semble inhérent à toute profession, pas à l’enseignement en particulier : toutes les entreprises ont leur machine à café et leur photocopieuse ! Mais ce sentiment d’enlisement est peut être plus sensible dans notre métier en raison du quadrillage du temps très réglé.
LeWebPédagogique : Dans quelles mains aimeriez-vous que votre livre tombe ? Peut-il servir d’initiation à la littérature contemporaine pour des élèves de collège ?
François Bégaudeau : Dans toutes naturellement
. Quant à conseiller mon livre à des élèves comme les miens, je ne sais pas. Il y a dans la littérature contemporaine des choses que j’aime et pourtant je ne les conseillerais pas à mes élèves. Cependant, Entre les murs est de mes quatre ouvrages celui qui est le plus accessible, même si j’ai conscience qu’il demande beaucoup d’attention à la lecture.
LeWebPédagogique : Vos élèves vous ont-il lu ? Qu’en ont-ils pensé ?
François Bégaudeau : Oui, fatalement. Les avis des élèves étaient partagés : certains ont adoré, d’autres sont déçus de retrouver un univers qui est finalement très proche de leur présent, de leur vie. Ils ont considéré qu’il ne s’agissait pas d’un livre puisque je n’inventais pas d’histoire. L’oralité omniprésente dans le livre ne crée pas nécessairement l’adhésion. Les élèves sont parfois plus conformistes, moins contestataires que l’on pourrait l’imaginer.
LeWebPédagogique : Votre narrateur refuse d’expliquer la notion du point-virgule en prétextant que « c’est trop compliqué ». La complexité vous semble t-elle impossible à transmettre ?
François Bégaudeau : Expliquer le point-virgule est impensable dans une classe où certains ne maîtrisent déjà pas du tout la ponctuation. Ce n’est vraiment pas la priorité. Il faut dire que cette subtilité de la langue française est quand même très particulière !
Et puis mon narrateur est dans la vie… Il pourrait dans la cour expliquer à l’élève cette histoire du point-virgule, mais il a envie de son café. Il n’est pas un super pédago prêt à tout lâcher pour transmettre son savoir. Les profs aussi regardent leur montre !
LeWebPédagogique : Le professeur excelle plus à faire passer des notions de civisme que des notions de français. Pourquoi ?
François Bégaudeau : Un narrateur est toujours en position de force, c’est lié à son statut littéraire. Ma stratégie est donc de le mettre en position de faiblesse, de le montrer dans les moments où il est friable. J’ai cherché à occulter les moments où il est bon professeur. Mais je n’ai pas résisté à lui faire vivre quelques moment de gloire, parce qu’ils m’ont semblé intéressants, notamment pour montrer ce que l’on peut faire pour réagir face à certains propos inacceptables d’élèves, certaines débilités. Que doit-on répondre à quelqu’un qui assène : « moi le 11 septembre, j’étais plutôt content ! ». Je ne pense pas qu’il faille aborder le sujet avec un humanisme mièvre et des formules du type « le terrorisme, c’est mal ». Les élèves le savent. Je choisis donc de raconter une histoire tout en essayant d’être dans le vrai. C’est là que Pépita rentre en scène.
LeWebPédagogique : L’humour est-il un ingrédient aussi nécessaire au professeur qu’à l’écrivain ?
François Bégaudeau : Ça aide à tenir. On connaît les vertus de l’humour dans la vie : un bon repas est meilleur si on rigole, un cours c’est pareil. L’humour est aussi une façon de ne pas m’ennuyer. L’humour est cependant une arme à double tranchant. Vous pouvez soit gagner la confiance de l’élève, soit lui faire pitié. Il faudrait donc être toujours véritablement drôle, mais rien ne garantit que vous serez reçu comme tel. L’important est sans doute d’avoir de l’humour dans certaines situations : si un élève vous tutoie, mieux vaut laisser aller, débrider la tension plutôt que de surenchérir. Il sera toujours temps d’y revenir plus tard. Dans ces moments de tension, l’humour est intéressant.
LeWebPédagogique : « Vous charriez trop monsieur » ? Quel sens donnez-vous à cette expression tout au long du roman ?
François Bégaudeau : Cela signifie : « vous vous moquez trop de nous ». Certains élèves acceptent qu’on les charrie, d’autres pas. Joey Starr considère que la “chambre” est un sport national, qui peut s’y soustraire ? De temps en temps, l’expression prend une dimension contestataire (François prend un ton sérieux et fronce les sourcils) : « vous charriez trop monsieur », et il arrive qu’elle soit employée de manière plus tendre (mimique joviale) : « vous charriez trop monsieur ». Mais il est difficile de le retranscrire à l’écrit. Le language des ados est scandé, corporel, ponctué de mouvements de bras : il se donne à voir et à entendre. De ce point de vue, le livre court après le cinéma, je cours derrière L’Esquive.
LeWebPédagogique : Que pensez-vous de l’écriture SMS, des blogs de vos élèves, de leur langage ?
François Bégaudeau : D’abord je déteste ceux qui proclament la mort du langage. A choisir, je préfère donc la posture inverse du type : « c’est bien, c’est poétique ! ». Ce n’est sans doute pas plus vrai… Pour la langue, le mieux est d’en maîtriser plusieurs, le texto et le français par exemple. Concernant les blogs, ma position est simple. Jamais dans l’histoire de l’humanité on a autant écrit. C’est une vraie révolution, la parole est répartie de façon plus équitable. C’est dommage pour les aristocrates du verbe qui perdent leurs privilèges, mais je m’en réjouis !
LeWebPédagogique : Quels sont vos projets à venir ?
François Bégaudeau : Je travaille en ce moment sur l’adaptation cinématographique de mon dernier roman avec Laurent Cantet (Ressources Humaines, Vers le Sud). Nous avons voulu faire participer activement des élèves : un atelier d’écriture sera tenu toute l’année dans un collège. Les élèves improviseront certaines scènes.
Je suis très heureux d’être au cœur des trois choses qui font ma vie : l’écriture, l’enseignement et le cinéma.
Entretien réalisé le 2 septembre 2006.
17 réponses à ce jour ↓
1 L'EDUC // 14 août 2006 le 8:52
Le blog éducatif est un blog universel, en effet, qui n’est pas ou n’a jamais été concerné par l’éducation ?
L’EDUC
2 Doc // 7 sept 2006 le 11:30
Intéressant. Bégaudeau est un prof qui a du recul et ne se prend pas trop au sérieux. C’est mieux et plus constructif que Brighelli !!
3 Amesoul // 7 sept 2006 le 2:27
François Bégaudeau devient petit à petit une voix qui compte… C’est toujours aussi intéressant de lire ses points de vue. Comment fait-il pour faire tout ça ? De plus, je l’ai vu ce matin en chroniqueur littéraire sur canal+ (La Matinale). A quand un blog ?
4 Lanneau Nadine // 9 sept 2006 le 6:08
Excellent “Entre les murs”, quel humour ! Il paraît que François Bégaudeau a écrit d’autres livres. Il me faut les trouver même si le foot n’est pas ma tasse de thé, mais c’est vrai que parler ou plutôt faire semblant dans mon cas de parler de foot (car je n’y entends rien) est apprécié des élèves au CDI de mon collège.
J’attends avec impatience le film.
J’ai connu cet auteur par le Monde de l’Education de juillet-août où il réfléchit sur “Le Maître ignorant” de Jacottot pédagogue du début XIX°. Maître ignorant à ne pas prendre au pied de la lettre, plutôt maître qui n’impose pas sans arrêts sa parole. Mais il arrive aussi que même dans l’ignorance d’une connaissance on puisse aider quelqu’un à dépasser sa propre ignorance par une présence amicale et encourageante : le principe de l’éducabilité ?
5 Anne-Claire O. // 13 sept 2006 le 10:51
Une plate-forme de blogs de profs… quelle excellente initiative ! J’ai un peu parcouru ce matin votre “blogosphère éducative”… elle a de l’avenir pour son contenu .. mais surtout pour sa démarche !
Elle lie initiation au blogging, échange et communauté. C’est une bonne façon pour les profs de mettre la main à la pâte…
Bonne continuation !
Bonne rentrée !
6 Anne-Claire O. // 13 sept 2006 le 11:06
Merci pour la référence !
Cette étude visait en effet à donner des pistes sur “Que font les jeunes dans leurs blogs”. Car connaître, rencontrer est une première étape avant celles de juger et agir… C’est une des démarches éducatives du Clemi (qui a encadré l’étude je blogue, tu blogues, nous bloguons).
J’ajoute cependant que cette étude, bien qu’elle ne soit “vieille” que d’un an et demi, doit être mise à jour sur certains points. CAr ça évolue très vite. Il faut toujours rester “Update”.. Je vous invite donc à explorer par vous-même la “blogosphère jeune” !
Le seul risque : que ça vous passionne !
Par exemple, pour moi… Bloguer est devenu mon métier!
7 une ancienne élève // 13 sept 2006 le 11:11
excellent livre, je n’en ai pas perdu une miette et je connais l’auteur tout simplement parce que…j’étais une de ses élèves! certes pas dans la région parisienne, c’était au lycée Branly de DREUX en 1999/2000, l’année ou je passais mon bac L et je dois dire que c’est le prof qui m’a le plus marqué dans ma scolarité et l’attitude du narrateur dans son livre est absolument celle qu’il avait avec nous : il ne se prenait jamais au sérieux. enfin bon, excusez la digression mais quand on eu un prof aussi “atypique” (en positif), forcément, on s’en souvient…et on voudrait le crier sue les toits!
Merci pour l’interview en tout cas, je suis fan de M. Bégaudeau (les vieux réflexes d’élève restent) et j’attends avec impatience le film adapté de son oeuvre.
8 C.Juste // 1 oct 2006 le 2:59
Bonjour,
je viens de finir ce livre et le ton m’a beaucoup plu. Il est à l’image de ce métier : à multi facettes. J’y ai retrouvé de nombreuses anecdotes de mon quotidien ( les agrumes oubliés dans les casiers…),ainsi que la relation ambivalente qui nous lie à ce métier (entre idéalisme et désillusions), à nos élèves (la palette des sentiments est large : de l’affection et la compréhension jusqu’à un certain mépris parfois)et à ce lieu (un univers à part-”entre les murs”- à la fois hermétique et ouvert, qui possède ses propres règles).Concernant la fameuse ambiance de la salle des profs, la retranscription est fidèle. Bravo à François Begaudeau, mais un mauvais point pour le scribe qui a tapé l’article : langage sans “u”(anglicisme), merci: je m’échine pour le faire entrer dans la tête de mes élèves…( je suis prof de lettres)
9 Maud Nourisson // 5 oct 2006 le 10:00
Bonjour !
60 ans,j’ai quittée l’école à 15 ans,misère familiale peu propice à l’encouragement aux études;l’essentiel étant savoir vite “gagner son pain”…mais heureusement la porte sur la connaissance ne s’est pas refermée entièrement…j’ai toujours souhaité, toujours eu envie de voir, connaître, savoir…mais sans les bases fondamentales de l’éducation primaire, secondaire…ce n’est pas facile… et entre temps il a fallu construire sa vie professionnelle, familiale…Je ne comprends pas tout; le niveau est parfois au dessus de mes moyens !…alors je passe…je cherche les explications…mais j’aime ! et quel meilleur partage que celui de la connaissance ?
J’ai découvert le site par l’intermédiaire de l’émission “Blog à part” sur France Inter, tôt le matin (6h20-6h25)avant d’aller travailler !
Merci à vous tous !
10 Sylvain .P(ancien élève) // 6 oct 2006 le 11:39
Bonjour,
!
Je suis un ancien élève de Monsieur BEGAUDEAU (1998-1999) et en garde un tres tres bon souvenir!!!
J’ai été surpris de le voir hier matin sur canal (La Matinale), j’ai donc effectué des recherche pour en savoir plus sur lui. J’apprends qu’il a déjà écrit 4 livres! Je vais donc me dépécher ce midi d’aller acheter son dernier ouvrage! Merci Monsieur Begaudeau, il n’ya que grace a vous que je lit des livres! lol! Le premier c’était pour le BAC de français, et le second ce sera le votre mdr
Car contrairement à ma cammarade du lycée Branly (cf:ci-dessous) j’étais en filière STI (technique). Par conséquent le français n’est pas forcément notre matière préférée. Mais je dois avouer qu’avec Monsieur BEGAUDEAU c’était différent! Nous aimions nous rendre en cours de français, nous savions que nous nous passerions un bon moment
Merci pour l’interview… et qui sait? peut etre a bientot!
11 Gudrun Aeberli // 16 oct 2006 le 10:07
Bonjour,
J´ai lu le livre avec grand intérêt, mais j´étais choquée par un passage concernant l´Autriche. Oui, l´Autriche est un tout petit pays sans grande importance dans le monde, oui, on s´en fiche un peu, oui, moi non plus je ne remarquerait probablement pas son absence sur une carte géographique, mais non au passage qui suit (p.176). On (= une classe de terminale autrichienne) aurait envie de réagir et d´envoyer nos réactions à l´auteur, mais tout cela serait nettement plus motivant si on pouvait compter sur une réponse (même très brève). On a déjà essayé de contacter l´éditeur, mais en vain. Gudrun Aeberli
12 Gudrun Aeberli // 21 oct 2006 le 6:37
C’est au nom d’une classe de terminale autrichienne (mais oui, ça existe!) que je voudrais adresser ce courrier à Monsieur Bégaudeau.
L’ année dernière, nous nous sommes beaucoup intéressés aux problèmes dans les banlieues ainsi qu’ à la situation des immigrés en général. Ne voulant pas nous restreindre � la presse et aux médias audiovisuels, nous avons aussi lu des textes littéraires. C’est pour cela que la parution du livre “entre les murs” ne pouvait pas passer inaperçue. J’ étais fort impressionnée et par les méthodes du narrateur-prof et par les questions, réactions …des élèves. Arrivée à la page 176, j’ ai été d’autant plus déçue de la manière de laquelle était traitée l’ Autriche. Il me parait normal qu’ une jeune Chinoise ne connaisse pas notre pays et que l’on la console en lui disant qu’il s’agit d’ un tout petit pays sans grande importance dont on ne remarquerait même pas l’ absence sur une carte géographique, mais je suis choquée qu’un prof puisse prononcer ce qui est dit dans la suite. On en a discuté en classe et les élèves ont décidé de s’adresser directement � l’auteur. Avant de rédiger les textes qui suivent, on a lu l’interview avec François Bégaudeau qu’on a trouvée sur internet. D’aucuns étaient surpris de tomber sur un homme aussi intéressant, polyvalent et cool.
Dans la suite, vous trouverez les textes que les élèves ont écrit seuls ou en petits groupes pendant un cours de français. Ce sont des réactions spontanées, non censurées, subjectives ; j’ai juste essayé d’éliminer les plus grosses erreurs linguistiques sans intervenir � propos du contenu. Evidemment, nous serions tous ravis de recevoir une réponse aussi succincte soit-elle. Prochainement, on s’occupera du projet “Clichy sans cliché”, de sorte que François Bégaudeau ne pourrait qu’enrichir notre programme.
« Nous ne sommes pas d’accord avec votre déclaration qu’on pourrait bombarder l’Autriche sans que personne s’en rende compte. Ce n’est pas parce que nous habitons dans un tout petit pays qu’on a le droit de nous tuer. L’Autriche n’est pas si anodine que ça, mais les Français se prennent souvent pour le centre du monde. On pourrait penser que vous voulez vous venger parce que vous n’arrivez pas � oublier la défaite de Napoléon contre Andreas Hofer. D’ailleurs, votre Napoléon était tout petit aussi (1,50m) » (Christoph & Christoph)
« Je suis fâchée d’un passage dans votre livre « entre les murs ». Vous répondez � une fille qui ne connaît pas l’Autriche que ça ne fait rien parce que l’Autriche n’est d’aucune importance dans le monde. Moi, je pense que c’est une réponse fausse, parce que mon pays était et est encore très important et influent. Pensez aux grands compositeurs et écrivains – parmi eux, on trouve beaucoup de personnages très connus. Et aujourd’hui il y a des Autrichiens comme Hermann Maier ou Thomas Morgenstern ! Je suis très étonnée que vous et vos élèves ne les connaissiez pas ! Ils passent � la télé plusieurs fois par semaine. Vous ne donnez pas de bon exemple � vos élèves ! A mon avis, il est important d’ apprendre la tolérance aux jeunes étrangers qui sont dans une situation difficile en banlieue ! La tolérance y est d’autant plus importante !» (Irina)
« Il est inacceptable de prendre l’image d’une bombe tombant sur l’Autriche ou n’importe quel autre pays. L’Autriche est assez importante pour être connue. En outre, on ne peut pas juger un pays d’après le nombre des personnages célèbres. Mais vous ne pouvez quand même pas nous dire que vous ne connaissez pas Mozart ou Schwarzenegger, par exemple. Votre attitude est très arrogante et nous pensons qu’un homme cultivé ne devrait pas dire et enseigner quelque chose comme ça. (Lisa et Franz Xaver)
Nous n’aimons pas votre attitude envers l’Autriche ! « Petit » ne signifie pas « peu important » et l’Autriche possède beaucoup de choses magnifiques !
Préférez-vous les pays où il y a beaucoup de gens célèbres qui sont mondialement connus grâce � leurs activités guerrières ? Venez en Autriche et vous verrez que c’est un très beau pays riche de gens gentils et de choses intéressantes bien qu’il soit tout petit ! » (Dagmar & Kathrin)
« Nous avons lu un extrait de votre livre « entre les murs » où vous dites que l’Autriche est un petit pays qui n’a pas d’importance dans le monde. A notre avis, la taille d’un pays n’a pas d’importance parce que chacun est unique. En Autriche, il y a beaucoup de gens connus, intelligents, intéressants et magnifiques. L’Autriche est aussi très célèbre pour sa belle nature, ses montagnes, ses richesses culturelles qui attirent beaucoup de touristes. Nous pensons que vous êtes un petit perturbateur ! » (Mathea et Maria)
« « Si une bombe rayait l’Autriche de la carte, personne s’en rendrait compte.» Au moins nous, qui vivons en Autriche, nous nous en rendrions compte. L’Autriche a beau être petite, il y a quand même des êtres humains. S’il y a un seul homme qui meurt � cause d’une bombe, c’est un homme de trop, ce n’est pas égal ! Je suis un peu triste que vous ayez une telle opinion des minorités. Qu’est-ce que c’est pour vous, un pays important ? Un pays qui a le pouvoir de lancer une bombe ? » (Flora)
« Il faut que vous fassiez attention � ce que vous dites. Nous sommes Autrichiennes et nous étions choquées quand nous avons lu que vous pensez que notre pays n’est pas important. De plus, ce n’est pas vrai qu’il n’y ait personne de connu. Mozart par exemple est célèbre dans le monde entier. L’Autriche est petite, mais ça ne veut pas dire que ce serait égal si elle n’existait plus. Peut-être que ce serait mieux que vous réfléchissiez un peu plus � ce que vous dites � vos élèves. Ils peuvent certainement se forger leurs propres idées. » (Marianne et Nathalie)
« Nous n’aimons pas ce que vous avez écrit sur l’Autriche. Peut-être que l’Autriche n’est pas très grande, mais elle est importante quand même. Il y a des Autrichiens connus dans le monde entier, pensez seulement � Mozart ou Schwarzenegger. Nous ne sommes pas du tout d’accord avec ce que vous dites. Il n’est pas vrai que personne ne s’en rendrait compte si l’Autriche disparaissait. » (Verena & Bernadette)
« On vous trouve cool et on voudrait bien avoir un prof comme vous. On admire votre engagement pour les jeunes qui habitent en banlieue, mais ce que vous avez dit sur l’Autriche nous a choqués. Ce n’est pas la taille qui fait l’importance d’un pays. Autrefois, l’Autriche était aussi importante que la France, et même plus importante (pensez � l’Empire austro-hongrois). De plus, vous avez certainement entendu parler de Mozart (puisque vous le citez dans votre interview) ou bien de Vienne. Vous devriez profiter de l’occasion pour faire sortir les jeunes de leur banlieue et pour élargir leur horizon. » (Carolin + Sebastian)
« Nous sommes très concernés par votre texte dans lequel vous dites que l’Autriche n’est pas important. Un prof a une responsabilité devant ses élèves. C’est pourquoi il ne doit pas dire qu’éliminer un pays par une bombe, ce n’est pas grave. Il y a beaucoup trop de gens qui meurent � cause d’une bombe. Ce n’est pas drôle du tout. Vos élèves reprendront votre attitude. » (Florian, Tim, Benedikt)
“Nous trouvons que vous ne devriez pas dire que l’Autriche n’est pas importante seulement parce qu’elle est petite. Il y a des gens extraordinaires en Autriche, par exemple Mozart, Elfriede Jelinek (prix Nobel de littérature), Sigmund Freud et aussi Arnold Schwarzenegger. Même si nous vivons dans un petit pays, nous sommes très importants dans le monde des sports d’hiver. Nous voulons vous inviter � faire un tour en Autriche avec nous. Mais ce tour se fera � pied de l’ouest � l’est sur une distance de plus de 700 kilomètres. Ainsi, vous verrez que l’Autriche n’est pas si petite que ça et que les Autrichiens sont un peuple très sympa et accueillant. Si une bombe détruisait l’Autriche, vous et le monde entier perdriez notre excellente cuisine : les gâteaux Sacher, la célèbre escalope viennoise, le speck et les stroudels aux pommes. Nous savons que pendant toute l’année il y a des Français qui viennent en Autriche pour passer leurs vacances dans les Alpes tyroliennes et pour visiter nos monuments historiques. En outre, nous avons une gentille assistante qui est venue de France pour vivre en Autriche.» (Karin, Lisa, Stephan)
« Cher François ! On ne peut pas dire aux élèves qu’il serait égal si on éliminait un pays par une bombe. C’est la bombe qui nous choque, pas le fait que ce soit l’Autriche. Le mot « bombe » déclenche des souvenirs horribles comme Hiroshima et Nagasaki, Hitler, la Seconde Guerre Mondiale, évènements qui concernent aussi la France. En tant que prof, vous devriez en être conscient. Nous avons grande envie de vous inviter en Autriche. Nous pourrions vous montrer tout : les montagnes, les gens, la nourriture traditionnelle, les habitudes et aussi la « Gemütlichkeit » qui est unique au monde. » (Jasmin + Juliana)
13 Gudrun Aeberli // 24 oct 2006 le 12:02
Entre-temps, on a envoyé de longs commentaires tout en espérant qu´ils arrivent à leur destination/ destinataire.
Gudrun Aeberli
14 Christian B // 29 oct 2006 le 8:43
Bonjour,
Je viens de finir ce livre que j’ai trouvé plutôt bon, bien que ne sois ni un ancien élève de M Bégaudeau ni un prof, mais un simple parent d’élèves français qui ne connaît pas l’auteur…
Ce qui m’a intéressé surtout, au delà du rendu de la vie quotidienne dans la classe, en salle des profs et à l’égard de l’administration c’est que le professeur va parfois trop loin dans ses propos et s’en rend compte, pressé par le temps, excédé par un élève,fatigué par sa journée, même si cela n’est pas toujours affiché explicitement.
Cela le conduit par exemple à présenter des excuses à un élève dans un passage du livre.
A nos amis autrichiens je veux dire que c’est ce que j’ai ressenti en lisant le passage qu’ils incriminent à juste titre. J’ai pensé que l’auteur, homme de culture, avait voulu montrer au lecteur sa vérité quotidienne sans autocensure, avec ses propos parfois très outranciers, justifiés dans ce cas précis par sa trop grande empathie pour ses élèves asiatiques.
Bref je ne l’ai pas pris au premier degré… d’autant plus que je me suis déjà rendu en Autriche et que je sais ce que ce pays a apporté au monde, en matière de culture notamment.
15 Un ancien fan... // 15 avr 2007 le 5:36
Alors là , quelle surprise! J’ai (re)découvert François Begaudeau grace à une amie. Je ne pensais pas lire un jour un roman d’une personne dont j’avais le poster dans ma chambre et dont j’écoute toujours les disques. Passé la première surprise, moi qui ne lit plus vraiment depuis quelques années, et bien je dois reconnaitre que c’est bon. L’histoire comme les descriptions, il y a quelque chose de tellement vrai et réaliste là dedans… je le conseille vivement autour de moi.
16 Vous avez dit anti-conformisme? // 5 juin 2008 le 5:05
Mépris et condescendance envers les élèves, lâcheté et démagogie mal placée. Je ne peux qualifier autrement l’attitude que décrit M. Bégaudeau, et qui serait celle du “bon professeur”.
Mépris, parce que chercher à plaire aux élèves en leur parlant de foot, c’est dire qu’ils sont incapables de s’intéresser à autre chose. Condescendance, parce qu’agissant de la sorte, on se refuse à partager avec eux ce que nous aimons: les textes des auteurs classiques. Sans doute parce qu’ils ne seraient pas capables d’en saisir le sens profond. Quelle injure!
Lâcheté, de renoncer, quand on se dit “professeur”, à ne pas expliquer le sens s’il est effectivement trop difficile à saisir; lâcheté de préférer transformer le cours en partie de rigolade, quand un minimum de fermeté et de rigueur, tout au long de l’année, suffisent à ménager les conditions de la transmission du savoir.
Démagogie mal placée de vouloir croire que les élèves se contenteront de cette soupe.
J’ai enseigné à Dreux, j’exerce actuellement en Seine-Saint Denis – je suis professeur de Lettres. Jamais je ne renoncerai à transmettre la littérature classique à mes élèves, et jamais je ne leur ferai l’insulte de laisser en friche leur intelligence. Je ne suis pas la seule, loin de là .
Il me semble que l’anti-conformisme est plutôt de notre côté, à nous qui ne cédons rien à nos élèves et leur transmettons, avec les mots, les armes intellectuelles qui fondent une liberté digne de ce nom.
17 Catherine Simon // 27 oct 2008 le 4:55
J’ai lu le livre après avoir vu le film, qui ne m’a plu que pour le talent de ses jeunes acteurs et pour l’authenticité de leurs réparties (si familères à mes oreilles de prof ayant enseigné dix ans en zone dite sensible).
Pour ce qui est du roman : j’ai été souvent très choquée par la qualité de la langue employée par son auteur. Page 88 de l’édition folio, le professeur dit à son élève: “commence par apprendre le français”, injonction qu’on aurait bien envie de lui retourner. Je m’explique à l’aide de quelques exemples concrets:
page 25: “Ayant noté au tableau SUR sa dictée”… (on écrit SOUS la dictée de quelqu’un !)
page 61 : dans un longue liste de questions au style direct, cette étrange syntaxe: “Quel socle commun…..les élèves DOIVENT prioritairement maîtriser ? ” (ou est passé le “ILS”?)
page 31: que penser de cette construction, que les profs de français s’attachent en général à corriger dans les copies de leurs propres élèves: “…craignant DE les interroger ET QU’ILS se contractent…”
Sur le plan lexical, il y a des choses étonnantes aussi:
p. 79, qu’est-ce qu’un bruit “canonique” ? Cet adjectif est en rapport évidemment avec les canons…de l’Eglise, mais n’a rien à voir avec le son du canon !
Enfin, que penser de ces enseignants qui , systématiquement, à chaque page, ignorent qu’une phrase négative se construit avec la négation “NE” ? Est-ce pour faire “djeun” ?
Toutes ces erreurs ( parfois graves à mon sens ) m’ont gênée , et j’ai tenté de trouver des raisons à un tel relâchement. Plusieurs hypothèses se sont offertes à moi:
la première – la plus bienveillante – est qu’il existe une chose qui s’appelle la licence poétique, et que, après tout, on n’a pas le droit de s’en prendre à un écrivain qui choisit ses mots et sa syntaxe à des fins littéraires que lui seul connait…. Disons donc , alors, que ce roman est une avancée dans le domaine de la recherche stylistique…
la deuxième hypothèse est plus sévère: ce roman n’aurait il pas été écrit avec une certaine désinvolture ? A-t-il été relu, et si oui , les relecteurs étaient-ils suffisamment qualifiés pour le faire ?
Enfin : comment il est possible que quelqu’un qui est passé par les fourches caudines du prestigieux concours de l’agrégation commette de telles grossières erreurs de langue ? (je ne parle évidemment pas des parties de dialogues où ce sont les jeunes qui s’expriment). On peut bien entendu penser que ce jour là le candidat à su gommer toutes ses imperfections et que le jury n’a effectivement pas pu détecter la moindre faiblesse de langue dans son discours écrit ou oral , mais alors, s’il fut capable de rigueur devant un jury pourquoi faudrait-il que ses lecteurs “grand public” soient logés à une enseigne bien différente ? Y-aurait-il une qualité de langue “au rabais”, comme il y a, selon certains, un enseignement “au rabais” ? Ou alors, faut-il penser qu’on accorde désormais l’agrégation de lettres à des candidats qui n’en seraient pas tout à fait dignes?…..
Je sais, je suis sans doute excessive et ringarde, mais je serais curieuse savoir si d’autres personnes partagent mon opinion. Une réponse de l’auteur ne serait pas non plus pour me déplaire…
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