Meidad Bénichou est auteur de l’ouvrage “Le multiculturalisme” de la collection « Thèmes et débats Société » des Editions Bréal.
LeWebPédagogique : Quelle est votre définition du multiculturalisme ?
Meidad Bénichou : Le terme « multiculturalisme » connaît une vogue qui le conduit à chapeauter diverses idées. Pour clarifier, nous pouvons affirmer que le multiculturalisme recouvre deux sens possibles. Soit, le mot pointe l’existence, au sein d’une société donnée, d’une pluralité de cultures au sens large : ethnies, religions, nationalités…Le multiculturalisme consiste alors en la description d’un état social. Soit, il désigne un programme de valorisation et de promotion des identités « ethno-culturelles » coexistantes à l’intérieur de la société - programme mis en œuvre généralement par l’octroi de droits culturels et par des mesures de discrimination positive. Ainsi, on parle d’Etat multiculturaliste lorsque des institutions étatiques contribuent activement à l’épanouissement des communautés culturelles qui habitent la société. C’est notamment le cas du Canada, dont les principes multiculturalistes sont inscrits dans la Constitution. En même temps, ces deux acceptions sont liées : c’est parce qu’il considère que les clivages « ethno-culturels » à l’intérieur de la société sont signifiants et irréductibles que l’Etat multiculturaliste souhaite mettre en place un régime qui défende le « droit à la différence ».
LeWebPédagogique : En quoi ce concept mérite t-il d’être mieux compris ?
Meidad Bénichou : Tout régime démocratique est traversé par une problématique fondamentale : comment assurer un partage égalitaire du pouvoir matériel et symbolique entre des hommes et des femmes, différents à plus d’un titre ? Comment des individus statutairement égaux mais essentiellement différents peuvent vivre ensemble ? Comprendre le multiculturalisme revient alors à connaître une réponse possible à cette problématique, une alternative au modèle républicain. Du coup, cela permet de prendre part à un débat mettant aux prises différentes conceptions de l’identité, différents modes de gestion de la « différence » à l’intérieur du tout collectif. En outre, si ce débat est inhérent à toute société, il s’avère particulièrement nourri dans le contexte contemporain d’une démocratisation poussée de la société civile et d’une « excitation » communautariste.
LeWebPédagogique : L’école est-elle un espace multiculturel ?
Meidad Bénichou : A l’intérieur du modèle républicain, l’école constitue l’instrument de prédilection du système d’intégration, la pièce maîtresse de la machine à fabriquer des « nationaux ». Elle est cet espace public à l’intérieur duquel les enfants, puis les adolescents, apprennent à vivre et à décider collectivement, en effaçant, en partie, les marques de leur spécificité identitaire. Par conséquent, l’école est de fait un espace multiculturel, mais précisément voué à créer une société qui corresponde à la « communauté des citoyens »* . Pour autant, on a pu observer, au cours des deux dernières décennies au moins, un relâchement du credo républicain et une ouverture plus large à l’expression des différences culturelles, notamment dans l’enseignement des langues étrangères et des lettres.
* Dominique Schnapper, La Communauté des citoyens. Sur l’idée moderne de nation, Paris, Gallimard, 1994.
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Entretien réalisé en mai 2006.
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