Pascal Bouchard est l’auteur de l’ouvrage Ecole cherche ministre récemment paru aux Editions ESF. Il a bien voulu répondre aux questions du WebPédagogique.
Rencontre avec Pascal Bouchard :
LeWebPédagogique : Pourriez-vous nous dire en quelques mots qui vous êtes et pourquoi vous avez écrit ce livre ?
Pascal Bouchard : Je suis journaliste, spécialisé dans les questions d’éducation. J’ai commencé par être professeur de lettres dans les années 70, d’abord maître auxiliaire, puis agrégé. En 82, j’ai créé un supplément éducation aux “Informations dieppoises”, le journal de la ville où j’enseignais. En 84, le directeur de France Culture m’a proposé une émission régulière. En 88, j’ai quitté “Madame Education nationale”. Je suis aujourd’hui directeur de la rédaction d’une agence de presse spécialisée, L’AEF (L’Agence Education Formation) qui emploie une quarantaine de journalistes. J’ai 57 ans.
J’ai déjà écrit plusieurs livres sur l’enseignement du français, de la grammaire surtout, le métier d’enseignant, le système éducatif. J’essaie, sans relâche, de faire comprendre aux enseignants quelle est la nature réelle du “mammouth” qui les emploie, et que souvent ils connaissent du point de vue de leur établissement. Plus encore, de faire comprendre aux administrateurs et, dans ce livre ci, aux politiques, quelle est la nature réelle du métier d’enseignant, au-delà des clichés habituels. Je ne crois pas que les enseignants soient conservateurs, accrochés à leurs privilèges, ou toutes griffes dehors dès qu’on parle de réforme. Mais ils ont de bonnes raisons d’être méfiants, non seulement parce que “chat échaudé craint l’eau froide”, mais du fait de caractéristiques rarement mises en avant de leur métier.
Quel futur président, quel futur ministre, peut mesurer, au vu des rapports d’énarques qu’il a sur son bureau, que le plaisir d’enseigner est un des moteurs, voire le seul moteur de la profession ? Même plus, c’est ce plaisir, ou son absence, qui est la seule pierre de touche de la qualité d’un enseignement. Allez ensuite parler aux professeurs de salaire au mérite, quand ils sont les seuls à détenir l’instrument de mesure de ce mérite !
LWP : Vous faites à la fin de l’ouvrage des propositions de “micro-réformes pour débloquer une mécanique grippée”. Trouvez vous des échos de ces propositions dans la campagne présidentielle actuelle ?
Pascal Bouchard : Aucun. Nous avons comme d’habitude la foire aux idées géniales. Or l’Ecole a connu trop de ministres plus ou moins géniaux. Ils feraient mieux de s’attaquer aux deux questions essentielles : comment administrer le mammouth ? comment donner une légitimité démocratique à leurs lubies ? Quand ils n’ont pas d’idées, ils nomment des Hauts conseils, des aréopages. Mais est-il normal que le “socle commun”, qui fonde l’avenir de la nation, ait été rédigé par un petit cercle d’élus ? A mon sens, le futur pouvoir, quel qu’il soit, doit renoncer aux bonnes idées et aux experts, et s’appuyer sur le Conseil économique et social. Il faut aussi intégrer tous ces établissements, collèges et lycées, et les écoles primaires, qui n’ont pas de statut, dans des structures de bassin, pour qu’ils se coordonnent au lieu de se concurrencer.
La concurrence entre établissements scolaires me terrifie. Chacun voudra récolter les “bons élèves”. Que fera-t-on des mauvais? Et que fera-t-on des matières “secondaires”, qui n’aident pas directement à préparer Polytechnique? Une nation a besoin d’ingénieurs, mais elle aussi besoin de poètes et de philosophes, or les parents qui choisiront l’établissement de leur enfant seront plus attentifs aux efforts faits en maths qu’en musique ou en atelier théâtre.
LWP : Vous consacrez un chapitre très didactique aux “querelles théologiques” qui divise le Ministère. Pensez vous qu’il soit possible de dépasser ces querelles ?
Pascal Bouchard : Oui, parce que les lignes se déplacent. Non, parce que les fondements perdurent. Il s’agit toujours de mettre des mots, des concepts, des théories philosophiques plus ou moins solides sur les angoisses des enseignants. Et celles-ci n’ont pas vraiment de raisons de changer. Elles sont aussi vieilles que le métier, qui est le plus vieux métier du monde, plus sûrement que…
LWP : Avez vous été contacté par les équipes des candidats comme conseil ou expert ?
Pascal Bouchard : Non. Il n’est pas trop tard, mais je n’y crois pas trop.
LWP : Vous parlez “d’inévitable judiciarisation de l’Ecole”, pourriez-vous nous dire en quoi ce phénomène serait inévitable ?
Pascal Bouchard : Elle a commencé. Jusqu’à présent, les juges n’ont pas franchi la ligne jaune, ils ont condamné l’Education nationale qui n’avait pas organisé le remplacement d’un professeur de maths absent, sans se prononcer sur la qualité des cours de ce professeur. Mais rien ne nous assure qu’ils resteront aussi sages. Or un “mauvais” prof de maths, c’est un bac raté, une carrière compromise, des dommages et intérêts potentiels. Il faut que l’Education nationale s’empare de cette question si elle ne veut pas voir les juges s’impatienter.
LWP : Les TICE sont peu présentes dans votre ouvrage, pourquoi ?
Pascal Bouchard : Les TICE sont un moyen, pas une fin en soi. Ce qui importe c’est que des adultes, désignés par la collectivité nationale, donne aux enfants des autres adultes de cette collectivité l’éducation que la Cité a choisie pour eux lorsqu’elle a envisagé son avenir. Les TICE peuvent modifier le rapport pédagogique, mais pas la nécessité de ce rapport.
Merci !
Image : Pascal Dolémieux

2 réponses à ce jour ↓
1 ORTOLLAND // 4 avr 2007 le 5:57
Monsieur,
Je me permets de vous écrire au nom d’une petite Association pour la défense de l’enseignement public.
Le cas échéant, je serais très heureux (et mes collègues avec moi) de vous rencontrer pour vous présenter quelques propositions concernant l’enseignement secondaire principalement.
Je suis professeur d’histoire-géographie dans un lycée de Marseille.
Avec mes sincères salutations,
Jean ORTOLLAND
2 TEYSSEDRE-VIALA Jean-Philippe // 21 déc 2007 le 12:03
Trés Cher Pascal Bouchard .. Bien rares sont les Hommes comme vous , pas trop rare disons assez
rare .. j’ai la chance d’avoir grandi dans un monde d’écriture ce qui m’a probablement évité la
catstrophe au collège puis au lycée avec l’obtention de mon bac d’Economie , puis un diplôme ..
Je crois que je dois cette réussite là au fait d’avoir grandi dans la famille d’Henri Pourrat , François
son petit fils et Claude dont l’épouse Claire réadita les oeuvres de son beau- père dans les années
77 /78 .. un vrai bail maintenant . Nous baignons dans la culture l’écriture , les récits et la musique
Claire Pourrat accompagnant nos anniversaires d ‘études de Mozart ou de Chopin ( peut -être ..)
Relativement à notre système scolaire : ” Pour ce qui est de la grammaire -donc- : malgré les efforts
de bon nombre d’enseignants , il est inéficace , il le sait et il s’en satisfait . (!) par les temps qui courrent
j’ajoute un (!)
A trés bientôt
J. P. Teyssedre
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