
Source: morguefile. 2006.
Bonjour,
L’Afrique est le continent le plus affecté par le réchauffement climatique. C’est l’un des messages de la Conférence de Nairobi sur le climat, qui s’est achevée le 17 novembre dernier. L’Afrique est aussi l’espace le plus exposé à des accidents météorologiques, annoncés plus fréquents et plus graves. Si le réchauffement climatique est un handicap de plus pour le continent africain, il n’explique pas tout…
Un continent promis aux sécheresses.
Réchauffement, baisse des précipitations, et progression de la désertification, le diagnostic climatique de l’Afrique n’est pas nouveau. Depuis 30 à 40 ans, les données climatiques montrent que le climat se dégrade sur le continent. Si L’Afrique du Nord, l’Afrique Orientale, et l’Afrique Australe restent arrosées, l’ensemble du continent – et notamment l’Afrique subsaharienne – devrait connaître un stress hydrique dans les années à venir. (A. Nyong, 2006) Selon un rapport présenté à Nairobi, 480 millions d’Africains vivant dans des zones sensibles, pourraient manquer d’eau à l’horizon 2025. (H. Kempf, Le Monde, 17-11-2006) Selon d’autres experts, l’Afrique Australe et les pays du Sahel, promis à un régime de sécheresses, devraient encore être affectés par des pluies irrégulières et dévastatrices. (A. Nyong, 2006)
Terres cultivables et sécurité alimentaire.
Conséquence majeure, la progression de la désertification, notamment au Sud du Sahara. Si la réduction des terres cultivables handicape le continent africain depuis quelques décennies, ce processus devrait s’intensifier avec le réchauffement. Avant la fin du siècle, près de la moitié des pays du Sahel pourrait perdre l’essentiel de sa production agricole. L’agriculture du Tchad et du Niger pourrait complètement disparaître. (A. Nyong, 2006) Cette régression de l’espace cultivable pose la question de la sécurité alimentaire. Le nombre de personnes exposées à la faim devrait augmenter d’environ 100 millions de personnes d’ici 2080.( Pery et al., 1999) Et sur un continent où l’agriculture occupe 70% de la population, cette dégradation du secteur agricole se pose aussi en terme socio -économique. Quelle alternative à l’agriculture ? En Afrique subsaharienne, l’agriculture représente encore 70% des revenus d’exportation. (A. Nyong, 2006)
Santé et migrations.
Les conséquences du réchauffement climatique se posent aussi en terme de santé. On craint notamment une expansion du choléra, et du paludisme, maladies déjà très actives sur le continent. Autre conséquence, vers 2080, l’élévation du niveau de la mer pourrait déraciner 70 millions d’Africains, habitants des zones côtières. (H. Kempf, Le Monde, 17-11-2006) Si l’environnement est déjà un facteur expulsif en Afrique – émigration due aux sécheresses, à la dégradation de l’espace cultivable et des ressources… -, il pourrait devenir l’une des causes principales des mouvements migratoires à venir.
Adaptation.
Et que propose Nairobi ? Quelques idées. Celle d’un fonds d’adaptation pour aider les pays en développement, notamment les pays africains, à développer des énergies propres…Sur un continent peu industrialisé. Pas de grandes propositions, ni d’enveloppes conséquentes, pour parer aux inondations, aux déforestations, ou aux sécheresses attendues. Manque de moyens, mais aussi manque de sensibilisation des gouvernants africains sur les problèmes climatiques. Sous entendu, il y a des problèmes plus urgents à régler sur le continent. (Stéphanie Braquehais, Libération, 16 -11 -2006) D’ailleurs sur le terrain, on imagine mal un chef de village se soucier du réchauffement climatique, quand nourrir les familles est déjà un défi quotidien. En Afrique, « demain » est déjà un luxe. On a beaucoup parlé « d’adaptation » des pays en voie de développement aux changements climatiques, et à ses conséquences. Or, la quasi-totalité des pays africains, faiblement industrialisés, n’a pratiquement pas contribué aux émissions de CO², et donc au réchauffement planétaire. La part du secteur agricole (70%) le confirme. Et renforce un sentiment d’injustice.
Récolter l’eau de pluie.
L’idée de technologies adaptées est déjà plus crédible. Par exemple, récolter des eaux de pluie, pour adoucir certaines carences en eau. (H. Kempf, Le Monde, 17-11-2006) Idée simple et efficace, mais mise en place déjà plus compliquée. Il faut des moyens, et des relais sur le terrain. Pas facile, en Afrique.
Réchauffement climatique et démographie.
Ces projections climatiques ne font que confirmer un processus déjà en cours sur un continent, déjà affecté par les sécheresses et la désertification. Sous entendu, « Vous y êtes déjà, mais le pire est à votre porte…». Mais il serait réducteur d’attribuer tous les maux du continent, actuels et à venir, au seul réchauffement climatique. Par exemple, la dégradation des ressources naturelles n’est pas qu’une affaire de climat. Elle résulte aussi d’une sur – exploitation des sols et des forêts, ou d’une mauvaise gestion des ressources en eau, causées notamment par une démographie galopante. Le nombre d’individus réduit, aussi, les ressources. La pauvreté, le manque de flexibilité de l’agriculture, ou les conflits – la liste n’est pas exhaustive – pourraient encore accentuer les effets du réchauffement climatique. L’idée du « mécanisme de développement propre » (MDP), inspirée par Kyoto, et qui consiste à aider les pays pauvres à développer des projets « environnementaux », financés par les pays industrialisés, ne répond pas complètement au sujet.
D’ailleurs, la Conférence de Nairobi, qui devait préparer l’après Kyoto – la première phase s’achèvera en 2012 – a également survolé son sujet. Les discussions, concernant l’engagement des Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, sont reportées en 2008.
M.J
Publié le 18 décembre 2006 par marlene dans
Climat