Environnement
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Quand le climat écrit l’histoire…

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Une histoire humaine liée au climat.

(Photo: Harshad Sharma, 26 juin 2005.)

Bonjour,

Et si le climat influençait l’histoire? Un article publié dans la revue  » Nature » établit un lien entre une modification du système des moussons, et le déclin de deux anciennes civilisations. Depuis les années 50, Emmanuel Le Roy Ladurie travaille sur cette relation entre les accidents du climat, et l’histoire européenne.

L’hypothèse d’un déclin précipité par le climat.

Une perturbation du système des moussons aurait – elle précipité le déclin de la dynastie Tang, en Chine, et de la civilisation Maya, au Mexique? Cette idée, exploitée par une équipe de recherche internationale, vient d’être exposée dans la revue scientifique Nature. Cette idée s’accroche à une coïncidence entre ce double déclin , qui couvre les VIII° et IX° siècles de notre ère, et une grande période de sécheresse planétaire, induite par un dérèglement du système de moussons.

L’historique des moussons

L’analyse de sédiments, dont les propriétés magnétiques et la teneur en titane indiquent la force des moussons, notamment celles d’hiver, a permis de retracer leur histoire. Les sédiments collectés dans le Lac Huguang Maar, dans le Sud Est de la Chine, suggèrent que les pluies de la mousson asiatique ont été peu abondantes, pendant les VIII° et IX° siècle. Bizarrement, des sédiments retrouvés dans le bassin du Cariaco, au large des côtes du Venezuela, révèlent le même type de sécheresse dans la région de Mexico, à la même époque. La mousson est un phénomène cyclique, qui a un impact sur le climat de la terre. Ces recherches ont donc permis de mettre en évidence une raréfaction des pluies en Asie, et sur l’ensemble de la zone tropicale, pendant ces deux siècles. Ces pluies se seraient temporairement déplacées vers le Sud, réduisant considérablement la pluviosité estivale de l’espace nord tropical.
Similitudes de calendriers.

Les difficultés de subsistance et les troubles, associés à cette grande sécheresse, auraient précipité le déclin des civilisations Tang et Maya. Ce déclin offre quelques similitudes de calendrier.

La dynastie Tang, qui règne sur la Chine de 618 à 907, marque une période d’expansion territoriale, et révèle une civilisation rayonnante. Elle commence à décliner au milieu du VIII° siècle, après une série de violentes révoltes paysannes, réprimées dans le sang. Elle s’effondre au début du X° siècle, dans le chaos.

La civilisation Maya, apparue au III° millénaire avant J.C, développe une architecture, un système d’écriture, un calendrier, et une perspective mathématique. C’est aussi une civilisation brillante. Au milieu du VIII° siècle, la population Maya est estimée autour des quinze millions. Au début du IX° siècle, cette population a diminué des trois quarts. Le dernier calendrier Maya date de 909.

D’autres facteurs explicatifs.

Les chercheurs relient le déclin de ces deux civilisations à des périodes de sécheresses, provoquées par le dérèglement des moussons. Cette crise climatique aurait provoqué des famines, et attisé des révoltes. Mais, selon les chercheurs, cette sécheresse ne peut pas tout expliquer. La défaîte militaire des Tang contre l’armée arabe, en 751, aurait contribué à semer le trouble et la rebellion dans la société chinoise. Les rois Maya, considérés comme des Dieux, étaient supposés faire venir la pluie. Il est probable qu’une longue sécheresse les ai discrédités, entamant leur légitimité. Pour les Maya, ce déclin serait encore associé à une sur – exploitation des ressources et à un appauvrissement des sols, conséquence d’une forte pression démographique.

( D’après Mickael Hopkin, « Did worldwilde drought wipe out ancient cultures. » 3 Janvier 2007)

« Climat et révolutions ».

Cette idée est encore déclinée par Emmanuel Le Roy Ladurie, Professeur au Collège de France. Depuis quelques décennies, il met en parallèle l’histoire du climat en Europe Occidentale, et celle des communautés humaines. Il vient de publier le second tome de son ouvrage « Histoire humaine et comparée du climat – Le temps des révolutions ». Dans un récente interview, il confie: « …La révolution Française, puis les révolutions de 1830 et 1848, sont tout à fait indépendantes du climat mais de mauvaises récoltes ont attisé le mécontentement et les émeutes de subsistance. » Il revient sur les mois qui ont précédé la Révolution Française. De grosses pluies à l’automne 1788, un printemps chaud et sec, un été chaud ponctué de grêle et d’orages, font chuter les rendements de la récolte de 30%. Peu de gens meurent. Mais, jusqu’au 13 juillet, la veille de la prise de la Bastille, il y a des émeutes de subsistance. « La mauvaise récolte de 1788 a été déterminante. », commente – t-il.

(D’après « Histoire et Climat sont indissociables ». E. Le Roy Ladurie, 5 décembre 2006- Interview réalisée par Fabienne Lemarchand – Lire article)

Les aléas climatiques envisagés comme « déclencheurs », ou « accélérateurs » de l’histoire, c’est une idée intéressante, difficile à fouiller dans un blog. Cette relation « climat – histoire  » demande un véritable examen des situations géo-historiques qui l’ont portée. Je l’envisagerais plutôt comme un contexte, ou un autre éclairage de l’histoire. Ce qui n’empêche pas d’établir une relation très intime entre le climat et l’histoire, quand elle se révèle.

Cette idée est encore prétexte à une réflexion, plus contemporaine. Je pense au rapport Stern. Le rapport Stern, publié en novembre dernier, évaluait l’ardoise du réchauffement climatique, si rien n’était fait pour endiguer ce phénomène. Un réchauffement voisin des 3°C produirait un choc économique planétaire, et un choc humanitaire: des millions de personnes déplacées, manque d’eau potable, et famines causées par une grande pénurie des récoltes…
M.J


Publié par marlene le 12 janvier 2007 dans Climat
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