Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le jardinier insoumis.

Bonjour,

Plutôt rare de rencontrer un homme engagé, un homme qui défend sa vision du monde, un homme qui résiste à l’idéologie dominante, quitte à « rompre » avec le pouvoir. Ce résistant est paysagiste, romancier, essayiste. Il est l’inventeur du « Jardin en mouvement », le concepteur du « Jardin Planétaire », et du « Tiers paysage. » Cet idéaliste, jardinier et écrivain, s’appelle Gilles Clément. Il a simplement décidé de ne pas composer avec les nouveaux dirigeants du pays, porteurs d’un projet ultralibéral, absolument en opposition avec sa vision d’une « écologie humaniste ».

« Le Jardin en mouvement ».
L’homme, d’abord. Gilles Clément, ingénieur horticole, enseignant à l’Ecole Nationale du Paysage ( ENSP ) à Versailles, est né a Argentan sur Creuse, dans le département de l’Indre. Dans les années 80, il conçoit le « Jardin en mouvement », un espace inspiré de la friche, un paysage qui s’organise avec les espèces qui s’y installent. Le jardinier observe la dynamique des plantes qui se développent, se déplacent, disparaîssent, et réapparaîssent dans cet enclos. Le paysage se redessine en permanence sous les yeux du jardinier. Cette idée, expérimentée dans son jardin de la Creuse, est reproduite en France, et l’étranger. A Paris, le Parc André Citroën est ouvert au public en 1992.

« Le Jardin planétaire ».

Mais Gilles Clément est surtout connu pour son « Jardin planétaire », concept qui puise dans la diversité des êtres sur la planète, et s’intéresse à l’homme qui gère cette diversité. Cette idée est née d’un triple constat : »finitude écologique; brassage planétaire; et couverture anthropique ». Interrogé sur la genèse du Jardin Planétaire, Gilles Clément commente:

« En soi, l’expression « Jardin planétaire » avait quelque chose d’antinomique. Un jardin est un espace limité, alors que la planète représente le tout. En même temps, je sentais l’expression, juste derrière son apparente mégalomanie. L’humanité en est arrivée au point où l’important est de comprendre la finitude écologique, ce qui nous amène à considérer la vie comme prisonnière de cette planète, exactement à l’image du jardin, dont la racine étymologique, le mot germanique Garten est celle de l’enclos – que l’on retrouve dans l’arabe Jnan. » (1)

Sur son site, Gilles Clément formule sa théorie du « Jardin planétaire ». Un roman, « Thomas et le voyageur » (Albin Michel, 1996) véhicule ce concept de Jardin planétaire, « projet politique d’écologie humaniste », auprès du grand public. Puis vient le « Tiers paysage », « fragment indécidé du Jardin planétaire », où la nature façonne des espaces oubliés, à la campagne, en ville, friche ou marais, sur le bord des routes, ou des voies ferrées.

Folles graminées dans le jardin du musée du Quai Branly….

« Résistance »

Gille Clément, le créateur du Jardin du Musée du Quai Branly, a pris la décision d’annuler « la totalité des engagements pris auprès des services publics et privés sur le territoire français, à l’exception des instances officielles ou non officielles où, de façon avérée s’établit la résistance ». Dans un communiqué daté du 9 mai 2007, trois jours après le résultat de l’élection présidentielle, il décline les raisons de sa décision. Et il formule un projet, favorable à l’épanouissement planétaire. Et il définit la « résistance ».
Dans le même entretien Gilles Clément évoque ses doutes sur un système qui planifie tout, qui cloisonne, et qui fige. La réalité, « planétaire et biologique », qui transforme sans arrêt, produit de l’inattendu, fonctionne sur l’adaptation:

« Combiner harmonieusement écologie et économie – qui est la question même du rapport de l’humain et de la vie – ne peut donc, à mon sens, se faire qu’au présent. Sinon, on fige et c’est la pire des choses, parce qu’on se retrouve forcément dans des culs-de-sac. C’est pourtant ce que l’humanité fait couramment, par exemple en installent des systèmes juridiques, des contentieux, des machines législatives, avec des avocats, des assurances, tout cette énorme machinerie qui détient une grosse partie des finances mondiales, autant que les magnats du pétrole, et qui cherche à programmer, à planifier, à standardiser et donc à figer. Toute la fameuse « mondialisation » n’est inspirée que par ce modèle. » (1)

« Moi, je ne crois qu’à l’artisanat. Ne peuvent fonctionner que des entreprises à termes courts, employant peu de gens sur des objectifs modestes, mais permettant de vraies vies. Mais je sais bien que ce n’est pas le modèle dominant! »(1)

Je vous invite à remettre ces phrases dans le contexte de l’entretien (1), un peu long, ce qui explique la sélection d’extraits. Une autre façon de comprendre pourquoi, Gilles Clément, qui travaille la diversité – diversité comportementale plus que qualitative : « C’est elle qui constitue le moteur de l’évolution de la vie sur la planète », commente – t-il encore -, observe l’évolution, et s’arrange de l’imprévisible, est entré en « résistance ».

M.J.

(1) « Créateur du Jardin Planétaire », entretien avec Gilles Clément, Nouvelles clés, Editions en ligne.


Publié par marlene le 25 mai 2007 dans Non classé
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