Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Riz: la demande dépasse l’offre.

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Bonjour,

« A Drought in Australia, a Global Shortage of Rice”*, titrait le New York Times, le 17 avril dernier. Une amorce pour examiner la filière « riz », et son marché qui s’affole. Le riz constitue la nourriture de base de la moitié de la planète. Au cours des trois premiers mois de l’année, son prix a pratiquement doublé sur les marchés internationaux. A la bourse de Chicago, première place mondiale d’échanges pour les matières premières, le cours du riz a grimpé de 80% depuis le 1er janvier. Pour la même période, il vient de tripler en Thaïlande.(1) Dans un contexte de crises alimentaires et d’émeutes de la faim, cette explosion des cours inquiète les spécialistes. La sécheresse en Australie, qui n’explique pas tout, annonce peut-être d’autres pénuries liées au climat.

2 millions d’Asiatiques dépendent du riz.

Début mars, Gloria Arroyo, la présidente des Philippines, demande au gouvernement vietnamien d’honorer ses promesses de livraison de riz. Les Philippines sont le premier importateur de riz, et 15% de la consommation de l’archipel vient de ses voisins asiatiques, Vietnam et Thaïlande.(2) En effet, pour satisfaire sa demande intérieure, le Vietnam a réduit ses exportations d’1/4, par rapport à l’année précédente. Tendances similaires, réduction des exportations et protection du marché interne, chez d’autres grands producteurs. L’Inde, troisième exportateur mondial, a retreint son commerce de riz. L’Egypte, principal fournisseur du Proche Orient, a interrompu ses échanges pour une période de six mois. Le Cambodge a pratiquement gelé ses exportations. La Chine a imposé des quotas d’exportations sur les céréales, dont le riz, pour limiter une hausse des prix en Chine.(3) La Thaïlande, premier fournisseur de riz devant le Vietnam, peine à satisfaire le marché mondial, et rassure son marché intérieur. L’envolée du prix du riz début avril – plus de 1000 dollars la tonne, soit un bond de 90 dollars en quelques jours – stimule la spéculation, et effraie les Thaïlandais qui stockent. Cette flambée des prix alimente la peur de nouvelles violences dans les villes asiatiques (4)Selon la FAO, le riz et ses dérivés fournissent de 60 à 70% de l’apport énergétique de plus de 2 milliards d’Asiatiques.

Climat et crises alimentaires.

Repli des exportateurs, alors que les stocks sont à leur plus bas niveau depuis les années 70. Selon la FAO, les stocks de riz blanc ont fondu en sept ans. De147 millions de tonnes en 2000, ils sont passés à 71 millions en 2007, soit la moitié. Car les stocks ont un coût. Les gouvernements les ont réduit, alors que la demande mondiale augmentait.(3) Cette tension du marché s’explique aussi par un meilleur niveau de vie en Inde et en Chine, où l’on consomme plus de riz. L’urbanisation et l’industrialisation, qui grignotent les rizières, contribuent encore à réduire la production. Autre paramètre, le climat. Et l’on reparle de la sécheresse australienne, qui a effectivement eu un impact sur le marché mondial. Après six années de sécheresse, la production australienne est pratiquement inexistante. Beaucoup de producteurs de riz, notamment dans le Sud Ouest du pays, abandonnent l’activité au profit de la viticulture. La vigne, qui grandit vite, consomme moins d’eau, et rapporte plus d’argent. D’autres riziculteurs australiens vendent leurs rizières, et leurs droits d’accès à l’eau, à des viticulteurs. La sécheresse australienne, qui prive de riz la Papouasie Nouvelle-Guinée, les îles du Sud pacifique, Taïwan, ou le Moyen Orient, a participé à la flambée des cours du riz. Selon le New York Times, qui rapporte l’avis de scientifiques, la sécheresse australienne pourrait révéler les premiers effets négatifs du réchauffement climatique, sur la production alimentaire mondiale. (5)

Sénégal, un riz importé moins cher.

Cette année encore, et pour la seconde année consécutive, la production mondiale de riz devrait être inférieure à la consommation.Concepción Calpé, économiste à la FAO, résume le problème : « le marché international du riz est actuellement confronté à une situation particulièrement difficile due à une demande qui dépasse l’offre ». Un déséquilibre qui n’échappe pas aux spéculateurs. Ni aux grands importateurs, Philippines, Indonésie, Bengladesh, sans oublier le continent africain. Face à la montée des prix, le Sénégal, qui importe 80% de son riz, ambitionne de multiplier par 5 la production locale. Mais au Sénégal, le riz importé coûte souvent moins cher que la production locale…

M.J

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*”Une sécherresse en Australie, une pénurie générale de riz.”

(1) « Les cours du riz nourrissent l’inquiétude », Lesley Wroughton, A. Phoophongphiphat, Reuters, La Tribune, 25-04-2008-(2) »Philippines : les solutions existent », Sébastien Farcis, RFI, 22-04-2008 (3)« La hausse des prix déstabilise l’Asie », Keith Bradsher, New York Times, 29-03-2008- (4) « La crise du riz : Bangkok cherche à rassuer », Marie Normand, RFI, 8-04-2008. (5) » A drought in Australia, a global shortage of rice », Keith Bradsher, 17-04-2008.


Publié le 28 avril 2008 par marlene dans Actualité, crise alimentaire
Tags :: Afrique, Asie, Australie, flambée des prix, Riz

“Climats”, un blog scientifique sur le changement climatique.

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« De nombreux médias véhiculent la terminologie « dérèglement climatique » pour évoquer le changement climatique. Peut être s’agit t’il là, une version climatique du fameux « le temps se détraque » de nos grand-mères ?… », écrit Remy Roca sur un blog , dédié aux changements climatiques.

« Climats, réalités du changement climatique », hébergé par TV5 monde, est un espace animé par une dizaine de chercheurs français, issus du Laboratoire de météorologie dynamique (LMD) de l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL). Il offre une alternative scientifique, et accessible, à un traitement médiatique souvent rapide. Michel Desbois, chef d’équipe, ancien directeur CNRS, spécialiste du climat tropical et de ses effets planétaires, souhaite stimuler les réactions de la communauté scientifique sur les changements climatiques. Sans oublier ses impacts sur l’environnement, et la société. Ces chercheurs veulent également ouvrir les travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) à un public plus large.

Ce site francophone fait écho à «Real Climate », blog imaginé par des scientifiques nord américains.« Real Climate », crée en 2004 pour contrer les nombreux sites des « négationnistes » du changement climatique, est devenu un espace de débats pour les spécialistes du climat. Couronné en 2005 pour sa contribution scientifique sur le web, « Real climate », est un site de référence sur le climat. Une référence qui n’a pas échappé à Michel Desbois.

M.J

Manque de temps pour lire le rapport 2007 du GIEC sur le réchauffement climatique? Un résumé des premiers chapitres…

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Publié le 25 avril 2008 par marlene dans Climat
Tags :: Climats, Michel Desbois, réalités du changement climatique, Real Climate.

“6 milliards d’Autres”: portrait d’une humanité si différente, et si proche…

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Bonjour,

« 6 milliards d’Autres » est une super cartographie de la diversité humaine. Brésiliens, Iraniens, Africains du Sud, Indiens, Américains, Russes, ou Anglais, interrogent leur vie et parlent de liberté, de discrimination, de colère, d’amour, de joie, d’enseignement des parents, de Dieu, ou du sens de la vie. Une fresque humaine qui offre un monde plus ouvert, libéré des frontières politiques, des contextes économiques, et des pesanteurs culturelles. Cette vision débarrassée d’ethnocentrisme est imaginée par Yann Arthus-Bertrand, l’homme qui d’habitude saisit d’en haut l’harmonie des paysages terrestres. 

Sur son site, Yann Arthus-Bertrand évoque l’itinéraire de cette fresque humaine. Dans les années 80, il est au Mali pour réaliser des prises de vues pour son projet « la terre vue du ciel ». Panne d’hélicoptère. Un contretemps qui le mène dans un pauvre petit village, où un homme lui raconte simplement sa vie. Il lui confie son ambition, « nourrir sa famille ». Une confidence d’homme à homme, débarrassée de leur histoire respective et de leurs différences culturelles, qui bouleverse la vision du monde d’Arthus-Bertrand. Depuis 2003 6, reporters ont sillonné plus d’une soixantaine de pays pour donner la parole  à cette humanité, à la fois si différente, et si ressemblante. Ces milliers de portraits et d’interviews rapportent l’universalité de ces visions individuelles.  

Dans les témoignages, cette humanité livre aussi sa vision de la nature. A Hong-Kong un vieil homme se plaint de ne plus pouvoir lire la pluie dans le ciel. Un autre, plus jeune, confesse sa peur de la nature. Un jeune réunionnais associe l’homme et l’arbre. Un brésilien lie nature, vie, et respiration. La nature est cette mère que nous serions en train de violer, s’insurge un Italien. Et pour une américaine, fascinée par la vision de l’océan, la nature est « quelque chose qu’on ne peut pas créer. »….

En quelques clics, rencontres avec « 6 milliards d’Autres », si différents, et si proches…

M.J


Publié le 22 avril 2008 par marlene dans Non classé
Tags :: 6 milliards d'autres, humanité, portrait sensible., Yann Arthus Bertrand

Brasilia discute crise alimentaire et agrocarburants.

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Bonjour,

Le développement des agrocarburants pourrait menacer l’accès à la nourriture des populations les plus démunies d’Amérique latine. La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, en discussion à Brasilia avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, évoque une possible crise alimentaire régionale. Dans un contexte de flambée des prix alimentaires et d’émeutes de la faim, le Brésil, gros producteur mondial d’éthanol, est mis à l’index…

50 millions d’affamés.

Si la pauvreté et la malnutrition ont reculé en Amérique latine et aux Caraïbes, près de 300 millions de personnes survivent avec plus ou moins de difficultés. C’est-à-dire la moitié de la population totale. Dans cette partie du continent américain qui cultive et exporte beaucoup de produits agricoles – l’Amérique latine produit 40% d’excédents -, l’équilibre alimentaire reste cependant fragile. Plus de 52 millions de personnes ne mangent pas à leur faim, soit 1 personne sur 10. (1) Si la région a été épargnée par les récentes émeutes de la faim qui ont secoué Haïti, quelques morts, des centaines de blessés, et une crise politique, une nouvelle hausse des prix alimentaires pourrait augmenter la malnutrition de ces américains les plus pauvres.(2) La région présente un contexte économique et agricole tendu, beaucoup de pays d’Amérique centrale importent de la nourriture. Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, la FAO s’inquiète d’une accélération de la filière de ces carburants issus de l’agriculture, qui réclament terres cultivables, eau, et engrais.

Détourner eau, terres cultivables, et capitaux.

« ..à court terme, il est fort probable que l’expansion rapide de la production des biocarburants au niveau mondial ait des répercussions importantes sur le secteur agricole en Amérique latine. », précise le rapport de la FAO, rendu public à Brasilia.(1) Dans ce rapport, la FAO évoque notamment la question de l’eau, qui fait pousser les cultures, et participe à la transformation de l’éthanol. La canne à sucre et le palmier à huile, principales sources pour les agrocarburants, sont aussi les plus assoiffés. Ce qui n’excuse pas les autres cultures, maïs, yuca, soja, ricin, ou coton, même si elles consomment en moyenne trois fois moins. Cette eau, détournée des robinets dans les habitations, pourrait encore faire défaut à l’agriculture. La FAO craint encore que les cultures destinées aux biocarburants confisquent des terres à vocation agricole, et absorbent des capitaux. Ce qui pourrait perturber les productions agricoles, et jouer sur les prix alimentaires, privant les ménages les plus démunis. (3) Le Brésil, second producteur mondial d’éthanol après les Etats-Unis, focalise une opposition grandissante à l’extension des surfaces agricoles dédiées aux carburants. La déforestation de l’Amazonie nourrit encore le débat.

Lula se défend.

« Les productions utilisées pour l’éthanol ne sont pas responsables de la hausse des prix alimentaires. » (4) Le Président brésilien Lula Da Silva, en visite à la Hague jeudi dernier, a devancé la critique. Il a ajouté que Haïti, récent théâtre d’émeutes, pourrait tirer profit de d’une industrie tournée vers les carburants d’origine végétale. « Les biocarburants, un remède contre la pauvreté », c’est l’argument que développe le Brésil, qui tire grand profit de cette industrie, et de ses débouchés. (4) Le pays s’emploie à exporter la recette « agrocarburant » en Amérique latine et en Afrique, pour dynamiser les campagnes, et tenter d’éradiquer la pauvreté. Pour Lula, si les prix alimentaires flambent, c’est que la consommation progresse en Chine et en Inde, devenues plus prospères. « Regardez Haïti, aujourd’hui. Nous pourrions voir prospérer l’île si un pays émergent comme le Brésil pouvait y développer un partenariat pour investir dans ce pays, et y produire du biocarburant ». (4) Pour beaucoup d’observateurs, Lula reste l’homme du programme « Faim Zéro », développé dans un pays qui compte quelques millions d’affamés. (http://www.alterinfos.org/spip.php?article1079)

Fidel Castro et Jean Ziegler…

Tous les pays de la région ne partagent pas l’enthousiasme du Brésil sur le dossier des agrocarburants. A Brasilia, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, et Cuba, ne se sont pas privés de critiquer la « recette Lula ». Il y a un an, Fidel Castro, encore président de Cuba, publiait deux articles dans le quotidien Granma, organe lié au Parti communiste cubain. Il prédisait des catastrophes si l’on poursuivait la production de biocarburants à partir de cultures alimentaires, et annonçait la mort prématurée de trois milliards de personne. En cause, les Etats-Unis, qui transforment le maïs en carburant. (3) En début de semaine, Jean Ziegler, le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, déclarait encore sur les ondes du Bayerischer Rundfunk, une radio allemande :“La fabrication de biocarburants est aujourd’hui un crime contre l’humanité » (5) Pour Jean Ziegler, les subventions agricoles devraient d’abord servir les cultures de subsistance…

M.J

Jean Ziegler précise ses positions sur les agrocarburants…En prime, un bonus, involontaire, sur la pollution…

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(1) Trentième Conférence régionale de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes- Brasilia, 14-18 avril 2008- (2) « Food prices may fuel latin America malnutrition », Raymond Colitt, International Herald Tribune –Reuters, 15 avril 2008- (3) « La FAO met en garde contre les agrocarburants », R. Colitt, W.Brandimarte, tr. E Faye, Reuters, 15 avril 2008.-(4) « Brazil leader denies biofuels hiking food prices », CNN, AP, 16 avril 2008-(5)AFP-Berlin, 16 avril 2008.


Publié le 17 avril 2008 par marlene dans Actualité, biocarburants, faim
Tags :: Amérique latine, biocarburants, Brésil, Castro, faim, FAO, Ziegler.

La faim secoue le monde en développement.

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Bonjour,

Mauritanie, Cameroun, Burkina Faso, Ethiopie, Indonésie, Egypte, Maroc, Côte d’Ivoire, Sénégal, Madagascar, Philippines, ou Haïti, la hausse des prix alimentaires a provoqué des émeutes. En Haïti, secoué par de violentes manifestations, 5 morts et 200 blessés, le gouvernement est tombé. Au Pakistan et en Thaïlande, l’armée contrôle les champs et les entrepôts. A Manille, aux Philippines, l’armée surveille la distribution de riz dans les quartiers pauvres de la ville. Le Bengladesh, pays importateur de riz, ne satisfait plus la demande intérieure.La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, étend encore cette géographie des pays vulnérables au Nigeria, au Soudan, à l’Ouganda, l’Ethiopie, le Mozambique, le Sri Lanka, le Bengladesh, le Tadjikistan, l’Arménie, ou à la Russie, et la liste n’est pas finie. Actuellement, les émeutes de la faim agitent plus d’une trentaine de pays dans le monde. Pour Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, c’est la crise alimentaire « la plus grave depuis 15 ans. » (1)

Une menace pour la survie des familles les plus pauvres.

Ces tensions, qui perturbent les pays les plus pauvres, résultent d’une hausse insoutenable des prix. Jacques Diouf, qui se réfère à l’index FAO, rapporte une augmentation de 58% pour les produits alimentaires en un an, et de131% pour les céréales (1). Une augmentation qui rend les produits de première nécessité, riz, blé, maïs, huile de cuisson, ou lait, inaccessibles aux ménages les plus déshérités de la planète. Dans un article paru dans le Monde, Laetitia Clavreul et Alain Fauges rapportent que le budget alimentation des familles des pays les plus pauvres représentent 60% à 90% de leurs revenus, contre 10 % à 20 % pour les ménages des pays développés.(2) Une petite augmentation du riz, du blé, ou de l’huile, qui remet en cause la survie de ces familles, surtout en ville, et c’est l’explosion. Et c’est bien cette explosion qui inquiète les organisations internationales.

« ..Ce genre de situation se finit parfois en guerre »…

Jean Zigler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, interviewé par Libération, prédit : « On va vers une très longue période d’émeutes, de conflits, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables. Avant la flambée des prix déjà, un enfant de moins de 10 ans mourait toutes les 5 secondes, 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées ! C’est une hécatombe annoncée. » Robert Zoellick, le Président de la Banque Mondiale avait prévenu, cette crise alimentaire pourrait signifier « sept années perdues » dans la lutte contre la faim. La Banque mondiale, qui prépare un vaste plan contre la faim, le compare au « New Deal » américain, mis en place après la grande dépression des années 30. L’organisation invite les pays membre à se mobiliser rapidement pour éviter que 100 millions de pauvres, issus des espaces les plus pauvres, ne le deviennent un peu plus. La faim et ses émeutes préoccupe encore le FMI (Fonds Monétaire international). Dominique Strauss Kahn, son directeur général, prévient : « Comme nous l’avons appris dans le passé, ce genre de situation se finit parfois en guerre. »(3)

Sécheresses, pénuries, et spéculations.

Pour Jacques Diouf, cette crise alimentaire résulte d’une conjugaison de facteurs climatiques, mauvaises récoltes, sécheresses en Australie et au Kazakhstan, inondations en Asie, ouragans en Amérique latine, et froid exceptionnel en Chine. Les stocks alimentaires sont au plus bas, la démographie mondiale progresse. La Chine et l’Inde, qui s’enrichissent, mangent plus, et mieux. Les agrocarburants, dont les surfaces rivalisent avec celles de l’agriculture traditionnelle, ajoutent un peu plus à ce désordre. Jacques Diouf signale que cette hausse des prix alimentaires résulte, aussi, de la spéculation financière. (4) Une spéculation encore soulignée par Jean Ziegler, qui dénonce le rôle de la bourse des matières premières de Chicago, aux règles trop permissives. Au passage, il épingle le FMI, qu’il accuse de ne pas soulager la dette des pays pauvres.

Après le Cameroun, le Burkina Faso, des émeutes contre la vie chère se sont déroulées en Côte d’Ivoire, et au Sénégal…

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La FAO a lancé une Initiative pour lutter contre la flambée des prix alimentaires (IFPA). L’organisation apporte un soutien technique aux pays en développement, pour aider les agriculteurs à améliorer leur production. Cette intervention a déjà commencé au Mozambique, au Burkina Faso, en Mauritanie, et au Sénégal. En Afrique subsahélienne, et au Sénégal, le pays de Jacques Diouf, la soudure qui approche pourrait accentuer cette tension alimentaire. La soudure, c’est cette période pendant laquelle les stocks de céréales de paysans s’épuisent, avant de nouvelles récoltes, prévues de juillet à septembre. C’est aussi l’époque où les prix des céréales, devenues plus rares, augmentent.

(1) « Jacques Diouf : de nouvelles émeutes de la faim », JDD, 13 avril 2008.

(2) « Matières agricoles: des hausses de prix explosives », Laetitia Clavreul, Alain Faujas, Le Monde, 04-04-2008.

(3) «Crise alimentaire : la Banque mondiale sonne l’alarme », AFP, Washington, 13-04-08

(4) Le Monde: http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3220,55-1031985@51-628862,0.html


Publié le 15 avril 2008 par marlene dans Actualité, faim
Tags :: Emeutes de la Faim, FAO, Jacques diouf, Jean Zigler., Spéculation

Pollution en Russie: les révélations du lac Baïkal.

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 Bonjour,

La pollution du lac Baïkal intéresse la justice russe, et la presse le fait savoir. Mi-mars, le Parquet général, informé par les services de l’environnement (Rosprirodnadzor), a ordonné une enquête sur les excès environnementaux d’une usine de cellulose située à Baïkalsk, en Sibérie, en bordure du lac Baïkal. L’usine y déverserait ses eaux usées, hautement polluées, et puiserait illégalement dans la première réserve d’eau douce au monde. Cette unité de production est contrôlée par Basic Element, et l’oligarque Oleg Deripaska, première fortune de Russie, et visiblement moins bien classé en matière de développement durable. Une information  intéressante dans un pays, très bien classé en matière de pollutions et de dégradations environnementales. Et pas très enclin à en parler.(1)

20% des réserves mondiales d’eau douce

Le lac Baïkal est installé dans la dépression la plus profonde de la surface du globe, une véritable mer intérieure, un volume équivalent à la Baltique. Sa taille favorise un système de vagues, de courants réguliers, et un microclimat dans cette région froide. On l’appelle Perle de Sibérie. Pendant six mois de l’année, il gèle, et devient l’œil bleu de la Sibérie. Le lac Baïkal, alimenté par 365 rivières, est surtout un immense réservoir d’eau douce, 20% des réserves mondiales de surface, 80% des eaux douces de Russie, le plus grand lac d’Eurasie. Environ cinquante mille personnes vivent sur les rives du Baïkal sur des sols pauvres, pommes de terre et poisson au menu. La grande ville la plus proche s’appelle Irkoutz. Le Baïkal, qui produit l’une des faunes d’eau douce les plus riches et les plus inattendues, est classé patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. Avec en vedette, le phoque de Sibérie. Ce patrimoine écologique exceptionnel lui vaut encore le surnom de Galapagos de la Russie.

Des déchets qui continuent de s’accumuler.

 En 1966, Basic Element plante une usine de cellulose sur les bords du Baïkal, les bois sibériens fournissent la matière première. L’usine alimente l’industrie soviétique, puis s’ouvre à la Chine. Aujourd’hui, le marché chinois absorbe la quasi-totalité de la cellulose produite sur les rives du lac. Les Services de l’environnement lancent une enquête, et notent que « l’usine concernée rejette illégalement dans le lac des eaux usées dans lesquelles le taux  des éléments polluants dépasse les normes », et « utilise les ressources du lac sans autorisation officielle ». (1) La Banque Mondiale avait pourtant accepté de financer un « cycle fermé de circulation des eaux ». Projet non réalisé selon le Rosprirodnadzor, qui précise que l’usine continue de fonctionner illégalement, en regardant les déchets s’accumuler à ses abords. L’an dernier, le gouvernement a lancé un plan de fermeture du site. Projet avorté. Les déchets produits par l’usine de cellulose seraient directement allés dans le Baïkal. Et cette solution n’aurait pas évité les rejets des communautés riveraines, qui participent aussi aux souillures du Baïkal. (2)

 La tradition du « secret environnemental ».

 Une étude récente, basée sur l’évolution d’une population de phoques depuis 1992, révèle que certains produits chimiques, notamment des dérivés fluorés appelés PFC, seraient en train de contaminer la faune et la flore du Baïkal. Ce rapport souligne encore que la contamination du Baïkal par ces dérivés fluorés reste un phénomène mal connu. Un déficit d’information qui contraste avec d’autres cas analogues, en Amérique du Nord, ou en Europe de l’Ouest. Qu’il s’agisse de pollution, de contamination alimentaire, ou de déchets nucléaires, le gouvernement russe reste discret. En 2006, ARTICLE 19, une organisation internationale  dénonce cette tradition du « secret environnemental », une discrétion et une désinformation qui évitent aussi aux Autorités de réagir. Chaque année, la pollution ferait 300.000 victimes en Russie. L’affaire du lac Baïkal, un petit pas vers la “glasnost”(3) ?

M.J

“Le lac Baïkal, océan sans fin au milieu des terres de Sibérie..” 

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(1) “Pollution du lac Baïkal: le parquet va vérifier les activités d’une usine”, AFP/ Moscou, 13-03-2008-(2) “Russia tells plant polluting lake Baikal to clean up”, James Kilner, Reuters, 27-03-2008. (3) Glasnost: transparence.


Publié le 10 avril 2008 par marlene dans Non classé
Tags :: Baïkal, pollution., Russie, secret environnemental.

“Women are heroes”.

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Bonjour,

« Woman are heroes », un super travail de photo, une vidéo, et une belle leçon de vie, signée JR, photographe de rue, et visagiste grand format. Pour saisir ces portraits de femmes meurtries par les conflits et malmenées par l’existence, JR est parti en Sierra Leone, au Liberia, au Soudan, et au Kenya, terres de conflits. Le résultat, des photos animées de grimaces. En Afrique, il n’y a pas de place pour le malheur. JR est un artiste optimiste.

JR, 25 ans, se qualifie «d’artiviste », à la fois artiste et activiste. Avec son objectif 28 millimètres, il capture les visages sans complaisance, au plus près des expressions. Une grimace, et c’est mieux. Ses portraits, noir et blanc, sont bruts. Ils deviennent des posters qui s’exposent dans les rues, improvisées musées à ciel ouvert. Affichage illégal. Le monde est son atelier, Paris et sa banlieue, USA, Israël, Palestine, Brésil, Afrique, Birmanie, Rome, ou Auschwitz, en Pologne. Un peu plus sur l’artiste et son travail….

« Woman are heroes » est la troisième partie d’un projet « 28 millimètres ». Dans un premier volet, « Portrait d’une génération », JR a photographié des jeunes de la Cité des Bosquets, à Montfermeil, et ceux du quartier de la Forestière, à Clichy Sous Bois. Ces portraits, devenus posters, ont été placardés sur des murs de l’Est parisien, anciens quartiers populaires. Pour le second volet de ce triptyque, « Face 2 Face », JR est parti pour le Moyen Orient, avec son compagnon Marco, pour tenter de comprendre les difficultés des Israéliens et des Palestiniens à vivre  ensemble. Ils sont allés dans des villes situées de chaque côté du mur qui sépare les deux Etats. Ils ont collecté des portraits grimaçants d’Israéliens et de Palestiniens, exerçant la même profession. Ces photos, version grand format, ont été collées face à face, de chaque côté de la frontière, pour suggérer une proximité humaine entre ces gens qui se font la guerre, et qui se ressemblent.

« Woman are heroes », projet soutenu par MSF, restitue le présent de ces femmes africaines, aux expériences douloureuses. Ces portraits, déjà exposés en Sierra Leone et au Libéria, affichés à Bruxelles depuis le 8 mars, sont déjà prêts à partir pour une autre ville. Attention au dossier de presse, les témoignages sont parfois violents. Une violence retouchée par un photographe qui préfère restituer la vie.

M.J

The vidéo..

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Publié le 7 avril 2008 par marlene dans Art
Tags :: Afrique, JR, photographe de rue, Women are heroes

La pomme de terre, élue de l’année.

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Bonjour,

En 2008, l’ONU invite la pomme de terre, quatrième sur le menu mondial, après le maïs, le blé, et le riz. Dans le cadre de cette année internationale IYP, la FAO propose aux photographes du monde entier de révéler le tubercule sous les angles les plus divers, biodiversité, culture, transformation, commerce, ou utilisation rationnelle des espaces cultivés. Ce concours, intitulé « Zoom sur un aliment mondial », vise à illustrer l’importance de la pomme de terre dans le système alimentaire, agricole, et économique, des pays en voie de développement. La montée en flèche du prix des céréales participe au succès d’une pomme de terre riche en énergie, et facile à cultiver.

Un tubercule qui a beaucoup voyagé…

Originaire des Andes péruviennes, la pomme de terre est une vieille patate d’environ 8000 ans. Au XVI° siècle, les Espagnols, partis chercher de l’or au Pérou, la ramènent en Europe. Cette culture, attestée en Espagne en 1573, commence à essaimer sur le continent, Italie, Angleterre, France, Pays-Bas… En Irlande, l’accueil est chaleureux, elle s’y développe dans un contexte frais et humide. Portée par l’expansion coloniale européenne, la pomme de terre continue de voyager, plaines alluviales du Bengale dans le sous-continent indien, Delta du Nil en Egypte, Massif de l’Atlas au Maroc, Australie, Amérique du Sud, Brésil et Argentine. En Asie, elle passe du Caucase au plateau d’Anatolie en Turquie, gagne la Russie, la Chine orientale, et s’avance sur la péninsule coréenne. A la fin des années 50, aux Etats-Unis, elle se transforme en frites pour Mac Donald. Dans les années 60, elle se développe en Chine, en Inde, et au Bengladesh. Connue en Afrique subsaharienne, elle descend vers le Cameroun, le Kenya, ou le Rwanda. Au XX° siècle, la pomme de terre est devenue l’un des principaux aliments de la planète. (1)

« L’aliment du futur »

Cultivée aujourd’hui dans plus d’une centaine de pays, sa production mondiale atteint les 320 millions de tonnes en 2007, chiffre record. L’Asie et l’Europe totalisent 80% de cette production. Depuis les années 90, le secteur de la pomme de terre, jusqu’alors monopolisé par l’Europe, l’Amérique du Nord, et les pays ex-soviétiques, a évolué. L’Asie, l’Afrique, et l’Amérique latine, ont multiplié leur récolte par plus de 5 depuis les années 60. En 2005, la production des pays en voie de développement, Chine et Inde en tête, a dépassé celle des pays développés. La Chine est devenue le plus grand champ mondial de pommes de terre. Côté rendements, l’Amérique du Nord reste en tête, plus de 40 tonnes à l’hectare. Contre une fourchette comprise entre 16 et 17 pour l’Asie, l’Océanie, et l’Europe, et seulement un peu moins de 11 tonnes à l’hectare pour le continent africain. (2) Pour les experts de la FAO, qui examinent le potentiel de la pomme de terre dans le cadre de cette Année internationale, la question des rendements n’est pas insurmontable. Il y a même beaucoup à attendre d’un tubercule qui pousse vite, s’adapte sur des sols difficiles, et qui consomme peu d’engrais. Une opportunité pour les pays en voie de développement. Réunis à Cuzco fin mars dernier par les Nations Unies, 90 experts ont discuté des stratégies à développer pour exploiter ce potentiel alimentaire, et économique. Selon eux, « La pomme de terre sera l’aliment du futur ».

La cause d’une émigration ancienne.

Pour moi, la pomme de terre reste liée à l’histoire de la diaspora irlandaise. Introduite à la fin du XVI°, elle s’est accommodée d’un climat doux et humide, de terres ingrates, et d’une multiplication des petites propriétés. Elle n’a pas besoin de grands espaces. Au fil du temps, la pomme de terre est devenue la principale nourriture des Irlandais. Au milieu du XIX° siècle, le mildiou s’attaque aux cultures, les mauvaises récoltes se succèdent. De 1846 à 1851, 500.000 à un million de personnes, selon les estimations, meurent de faim. Des épidémies, notamment le typhus, se développent. Autre conséquence majeure, l’émigration. La crise de la pomme de terre, probablement aidée par la brutalité de l’occupation anglaise, provoque le départ de deux millions de personnes vers la Grande Bretagne, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie. Entre 1845 et 1851, l’Irlande perd le tiers de sa population. (3)

M.J

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(1) FAO, 2008 (2) FAO, 2008 (3) Global Diasporas, An introduction, Robin Cohen, UCL Press, p 181.


Publié le 3 avril 2008 par marlene dans Developpement, faim
Tags :: alimentation mondiale., FAO, IYP 2008, pomme de terre

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