Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Biodiversité, à force d’en parler…

Bonjour,

L’ONU vient de tenir conférence sur la biodiversité, à Bonn. Deux semaines pour faire le point sur la destruction des ressources animales, et végétales. En 2002, la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) , née en 92 lors du Sommet de la terre de Rio, avait promis de ralentir la destruction du patrimoine naturel mondial. Six ans plus tard, la biodiversité est toujours malmenée. Dans la dernière version du rapport « 2010 and beyong : Rising the Biodiversity Challenge » , présenté à Bonn, WWF rappelle que plus d’un quart de toutes les espèces animales ont disparu depuis 1970. Le WWF, qui a répertorié 4000 espèces d’oiseaux, de poissons, de mammifères, de reptiles, et d’amphibiens, estime qu’entre 1970 et 2007, les animaux terrestres ont diminué de 25%, les espèces marines de 28%, et 29% pour les habitants des eaux douces. La disparition de la biodiversité, c’est aussi l’effet « boule de neige », celui qui bouscule l’équilibre naturel, perturbe la chaîne alimentaire des habitats biologiques, et pousse les espèces à s’adapter, migrer, ou disparaître. Même si l’étude reconnaît que certaines espèces connaissent un regain, le processus global d’extinction continue. Les progrès promis pour 2010 par la CDB, ralentir le rythme d’appauvrissement de la biodiversité planétaire, devront attendre.

Pêche industrielle, demande énergétique, désertification, et déforestation, et leurs conséquences, production de CO² et dégradation du climat, participent à la destruction de la faune et de la flore à la surface de la planète. La déforestation a d’ailleurs été développée à Bonn. Les écosystèmes forestiers, qui abritent plus de moitié de la diversité biologique de la planète, sont sur-exploités, ou détruits. WWF, qui dénonce l’industrie du bois, épingle encore les plantations industrielles, soja et huile de palme, qui s’installent à la place des forêts. Selon le WWF, 13 millions d’hectares de forêts sont détruites chaque année, avec près de 20 % des gaz à effet de serre en prime. Les forêts tropicales, particulièrement riches, sont aussi les plus menacées. En Indonésie, en Afrique, en Amérique, la déforestation avale l’équivalent d’un terrain de football toutes les deux secondes. (1)
La biodiversité, c’est aussi l’agriculture, et l’accès à la nourriture. Dans un contexte de crise alimentaire, Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique, a souligné: « La protection de la biodiversité mondiale est essentielle à l’approvisionnement alimentaire mondial.  » Et, « Si le taux actuel d’extinction continue, il sera difficile de fournir suffisamment de nourriture à une population mondiale qui devrait atteindre neuf milliards d’ici la moitié du siècle. » (2) Depuis un demi siècle, les surfaces cultivées se sont très rapidement étendues, un record comparé aux deux siècles précédents. La dégradation des écosystèmes a suivi le même rythme. La biodiversité ne concerne pas que les 4000 tigres du Bengale, chiffres de 1984, elle parle d’eau, de nourriture, de médicaments, ou de conditions de vie décente pour des millions d’individus.

Hamid Zakri, professeur à l’université de Kebangsaan en Malaisie, et ancien membre de la Convention sur la diversité biologique, doute de l’intérêt porté à la biodiversité, classée bonne dernière des préoccupations environnementales. Depuis 2000, époque de ses doutes, la cause a sans doute fait plus d’adeptes. Mais, toujours en 2000, il s’interroge : « Mais lorsque la voie de la conservation de la nature s’éloigne de celle des avantages économiques, en proposant des mesures qui préserveraient des biens écologiques au détriment du développement, quel chemin les parties choisiront-elles ?… » Et puisqu’on parle d’argent, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel rapporte que chaque année, la disparition d’espèces animales et végétales représente 6% du PNB mondial, l’équivalent de 2000 milliards d’euros. (3)M.J

(1) http://www.amisdelaterre.org/Les-forets-tropicales-en-danger.html (2)« Not enough done to protect biodiversity », Julio Godoy, Inter Press Service, 21 mai 2008 (3)La journée internationale de la diversité biologique 22 Mai 2008, Bonn, le 22 mai 2008- (4)« « Almost 200 countries attend biodiversity conference », AP, Taipei Times, May 20, 2008.


Publié le 30 mai 2008 par marlene dans Actualité,Biodiversité
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Le Japon, engagé dans la crise climatique.

Bonjour,

Réunis samedi à Kobe pour trois jours de débats , les ministres de l’environnement du G8, souhaitent une réduction de 50% des gaz à effet de serre, d’ici 2050. Si les pays les plus industrialisés de la planète – Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande Bretagne, Italie, Japon, Russie –conviennent de donner l’exemple aux plus pauvres, tous n’envisagent pas le même scénario. Le Japon, défend une approche « sectorielle » de réduction des émissions polluantes. Ichiro Kamoshita, le ministre japonais de l’environnement, préfèrerait une évaluation des efforts accomplis dans chaque branche de l’économie, à des quotas nationaux de réduction de gaz à effet de serre. « La possibilité de réduire les émissions via une approche sectorielle apportera une base scientifique aux négociations de l’après-2012. », a –t-il précisé (1). Les questions environnementales seront d’ailleurs au cœur de la conférence du G8 qui se tiendra à Hokkaido, en juillet prochain. Après avoir soutenu les Etats- Unis à Bali, opposés à des objectifs chiffrés de réduction de gaz à effet de serre, le Japon se préoccupe du climat.

Le Japon, seconde économie mondiale, est le cinquième émetteur mondial de gaz à effet de serre, après l’Inde et la Russie. En mai 2007, le gouvernement japonais lance la « Cool Earth 50» , une initiative qui propose une réduction globale des gaz à effet de serre de 50%, d’ici à 2050. Sur le plan national, cette stratégie invite le Japon à coller rapidement aux objectifs de Kyoto, moins 6% de rejets polluants en 2012, par rapport à 1990. Une campagne, « 1 personne, 1 jour, 1 kilo », et un mouvement, le « Team Minus 6% », incitent les Japonais à bousculer leur quotidien, et à adopter une attitude écolo. Ils sont invités à baisser le chauffage, à suspendre la climatisation, et à raccourcir leurs douches. A la maison, et au travail. Le « Cool biz », remplacer le costume-cravate par une tenue plus légère pour soulager la clim, est en passe de devenir à la mode. Les Japonais doivent encore réduire leur volume d’ordures, consulter les agences de conseil pour économiser l’énergie, et conduire moins vite. Et dans certains restaurants, c’est moins cher pour les écolos.

Même au Japon, la route vers Kyoto est longue. Si le secteur industriel a effectivement réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 5,5% en 2005 par rapport à 1990, elles continueraient à augmenter « fortement » dans le secteur des transports, du commerce et des ménages. L’avis de l’Ambassadeur du Japon en France. Concernant les transports, le rejet de CO² serait passé de 217 millions de tonnes en 1990, à 261 Mt, en 2002, soit 21% des émissions totales. En cause, l’avion et les déplacements professionnels, hors marchandises. La pollution de l’air liée au trafic, NOx , particules de matières, et CO² assortis, est l’un des plus sérieux problème environnemental au Japon.

L’approche sectorielle défendue par le Japon, et rejetée par d’autres, en détail. Toujours à Kobe, un responsable japonais propose que le Japon, la Chine, et la Corée du Sud invitent le reste de la planète à réduire l’emploi de sacs plastiques, une plaie pour l’environnement.

M.J


Publié le 27 mai 2008 par marlene dans Actualité,Climat
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L’Afrique chemine vers une révolution verte.

Bonjour,

«A green revolution taking place in the fields of Malawi has, in three years, turned a nation that was once reliant on international aid to feed half its population into a food exporter.» (1) En ligne, l’article de The Independant, daté du 5 mai dernier, qui reprend les grandes lignes d’une petite révolution agricole dans ce pays d’Afrique australe, habitué aux crises alimentaires consécutives aux sécheresses.

Une petite révolution agricole au Malawi.

En 2002, le Monde écrit « Le Malawi fait face à sa plus grave crise alimentaire depuis quarante ans. » En 2005, le Malawi est à nouveau en proie à une terrible sécheresse. On meurt de faim dans les villages du Malawi. On s’y tue en s’arrachant le reste des dernières récoltes. Et on survit en mangeant des tubercules de nénuphars blancs. La FAO estime alors que 5 millions de personnes, sur une population totale de 12 millions, nécessitent une aide alimentaire. Contre l’avis de ses principaux donateurs, Grande Bretagne, Etats-Unis, et Banque mondiale, le gouvernement développe une politique agricole, basée sur la subvention des fertilisants, et des maïs hybrides. La pâte de maïs, qui sert à cuisiner le Nzima, est à la base de l’alimentation de la population. Dans les faits, les paysans échangent des coupons émis par le gouvernement contre des fournitures agricoles, et du matériel, chez des agro-commerçants certifiés. Pari réussi. D’une production de 1,2 millions de tonnes de maïs en 2005, quand la population en a besoin de 2,2 pour se nourrir, le Malawi récolte 3,2 millions de tonnes de maïs en 2007. Sur certaines parcelles d’un acre – environ 40% d’un hectare – qui produisaient 250 kilos de maïs en 2005, on en obtient 750 kg trois ans plus tard. (2)L’excédent de production à la récolte 2007 a permis de vendre du maïs, et de faire des dons alimentaires aux pays voisins, Lesotho et Swaziland.

Cette petite révolution verte a produit des critiques. On a parlé de corruption, et d’avantages donnés aux agriculteurs proches du pouvoir. Ce financement, dont ont bénéficié certains riches agriculteurs, qui avaient les moyens de s’offrir semences et fertilisants, n’aurait-il pas été mieux investi dans la recherche agricole ? (2) Il est probable que cette politique agricole ait été servie par les dernières saisons des pluies, plus généreuses et plus profitables aux récoltes. L’Alliance for a Green Révolution in Africa (AGRA), créée par Bill Gates et la Rockefeller Foundation, souligne le succès d’un système qui articule « secteur public » – l’Etat -, et secteur privé – un réseau d’agro-commerçants – qui joue les intermédiaires, et en tire quelques bénéfices.

Peu importe les dysfonctionnements de cette révolution agricole, le Malawi a su convaincre des donateurs, Grande Bretagne en tête. Le prix des fertilisants, dopé par les cours du pétrole, justifie encore cette intervention. Aujourd’hui, le Malawi incite ses voisins à suivre son exemple.(2) Début mai, le Mozambique annonce la mise en place d’une révolution verte, pour en finir avec la crise alimentaire du pays.

Une révolution chère à Koffi Annan.

L’idée d’une révolution verte en Afrique, sur le modèle asiatique, est une idée chère à Koffi Annan, président de l’AGRA. L’ex-secrétaire général de l’ONU multiplie les interventions pour réhabiliter l’agriculture africaine. Il parie sur l’aide aux paysans africains pour améliorer leur productivité agricole. Partant du constat que près des ¾ des terres africaines sont cultivées sans engrais, ni semences améliorées, il défend l’idée d’une diversification des cultures sur des sols enrichis, grâce à des semences plus performantes. Mais, il semble exclure les OGM. En 2007, lors du Forum économique mondial (WEF) qui se tient à Kinshasa, il affirme : « Il est clair que nous ne pouvions extirper nos peuples et nos pays de la pauvreté, sans une base agricole forte ».(3) Pendant une quinzaine d’années, les gouvernements africains ne se sont guère préoccupés de l’agriculture du continent. L’AGRA, créée en 2006 pour orchestrer cette révolution verte, a reçu une enveloppe de départ de 150 millions de dollars, don des fondations Gates, et Rockefeller.

Afrique et Asie.

Dans les années 70 et 80, l’Asie déploie une stratégie agricole à grande échelle, qui conjugue amélioration des semences et des techniques, irrigation plus performante, et engrais. Si cette révolution verte n’a pas tenu toutes ses promesses, elle a notamment permis d’augmenter les rendements agricoles, et de multiplier les ressources alimentaires. Le modèle, qui s’est essoufflé dans les années 80 pour rebondir dans les années 2000, continue de faire école. Dans un article paru dans Le Monde en 2005, Gilbert Etienne (4), économiste qui a parcouru les campagnes asiatiques, esquisse une comparaison entre l’Afrique et l’Asie, séparées par l’histoire et la géographie, et les rendements agricoles. L’Asie est favorisée par une tradition d’agriculture intensive, servie par l’usage de la charrue et une irrigation qui compensait les sécheresses, et régulait l’apport des moussons. « Le décor n’est pas le même au Sud du Sahara. Les plaines alluviales tiennent une place beaucoup plus faibles qu’en Asie. Les plateaux dominent avec des sols d’inégale valeur. » Le Sahel, offert aux sécheresses, est peu propice à l’irrigation, réservée aux zones fluviales. « Plus au Sud, les pluies se renforcent, mais elles ne sont pas toujours sûres, d’où de gros écarts de rendements. », poursuit Gilbert Etienne. Conclusion sans appel pour les rendements. L’Afrique, longtemps à la traîne sur les méthodes, charrue et irrigation, pratiquant les cultures sur brûlis avec de longues périodes de jachères, n’a pas comblé son retard. La pression démographique a raccourci les jachères, favorisant l’appauvrissement des sols. L’auteur, qui reste optimiste sur le devenir agricole de l’Afrique, invite à une coopération concertée, et de haut niveau. Il en appelle à « l’engagement décisif des élites dirigeantes »….

Quand Wade s’énerve.

« Ne nous donnez pas de l’argent, mais des semences de qualité, des équipements et matériels agricoles performants, de l’engrais, des produits phytosanitaires et un encadrement technique adapté » (5) Mi-avril dernier, Abdoulaye Wade lance un appel à ses partenaires internationaux.. Wade, Président d’un Sénégal gros importateur de denrées alimentaires, et de riz – 600.000 tonnes achetées à l’extérieur, contre 100.000 tonnes produites -, ambitionne de conduire son pays à l’autosuffisance alimentaire. Sa «grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance » vise à multiplier par cinq la production de riz au Sénégal, d’ici la prochaine saison. Début mai, Wade s’en est violemment pris à l’Organisation des Nations Unies pour la nourriture et l’alimentation. La FAO, « coûteuse » et « inefficace », ferait mieux de miser sur « un investissement innovant dans l’agriculture en Afrique. » Peu importe la colère de Wade contre une organisation qui a sans doute des défauts, mais dont les dysfonctionnements ne peuvent complètement expliquer la situation alimentaire du Sénégal, l’un des pays africain les plus aidés. Reste une volonté de devenir « acteur » de son agriculture.

L’agriculture familiale, acteur alimentaire.

Dans les pages de Libération, Sylvie Brunel, ancienne présidente d’Action contre la faim, analyse les causes des récentes émeutes, dues à la hausse des prix alimentaires. Cette flambée des prix signale les dérèglements du marché agricole mondial, portée par le repli de certains grands pays exportateurs, et laissé à la spéculation. Sylvie Brunel dénonce encore le diktat des importations de nourriture, pour les pays du Sud. Et surtout, elle souligne l’importance de la « petite agriculture familiale paysanne », acteur potentiel du marché alimentaire mondial: « La situation actuelle offre surtout une nouvelle opportunité aux paysanneries du monde entier, longtemps oubliées, méprisées, dans les politiques de développement : celle de vivre décemment, elles qui, faute de débouchés et de revenus, formaient jusque- là les principaux bataillons de la faim. La crise alimentaire actuelle montre qu’il n’est pas «durable» de négliger la petite agriculture familiale paysanne : lui permettre de vivre convenablement de son travail est la seule condition pour résoudre le dilemme alimentaire, tout en permettant de faire baisser les prix de la nourriture sur les marchés internes. »

M.J

(1)« Une révolution verte dans les champs du Malawi a, en trois années, fait de cette Nation qui était dépendante de l’aide internationale pour nourrir la moitié de sa population, un exportateur de produits alimentaires. » (2) The Independant, Steve Bloomfield, 5 may 2008. (3) « Koffi Annan prône « une révolution verte en Afrique », Godefroid Ngamisata, Le Potentiel, Kinshasa, 15 juin 2007.(4) Professeur honoraire aux Instituts universitaires de hautes études internationales et d’études du développement à Genève.(5) « Sénégal : Abdoulaye Wade lance un plan pour l’autosuffisance alimentaire », Pascal Fletcher, Henri-Pierre André, Dakar, Reuters, 19 avril 2008


Publié le 22 mai 2008 par marlene dans Afrique,Agriculture.,Alimentation
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Enfants de Birmanie.

Bonjour,

Retour en Birmanie, 15 jours après le passage du cyclone Nargis qui a dévasté la zone du delta de l’Irrawaddy. L’ONG Save The Children estime que 30.000 enfants de moins de cinq ans sont sous-alimentés. Pendant que plusieurs centaines de milliers de personnes attendent toujours une aide alimentaire, plusieurs milliers de petits birmans pourraient ne pas avoir la force de survivre longtemps, conséquence d’une malnutrition antérieure. Le gouvernement militaire, qui contrôle toujours sévèrement l’aide internationale, laisse probablement 2,5 millions de survivants, sans nourriture, sans eau potable, et sans toit. (1)

La situation serait particulièrement préoccupante dans la région de Bogale. Action contre la Faim, l’une des rares ONG présente dans cette zone de 400 000 habitants, rapporte que l’objectif quotidien de chaque survivant est de trouver de la nourriture, et de composer avec les moyens du bord pour la cuisiner. Les gens consomment des fruits et légumes sauvages collectés dans les campagnes, ou du riz mouillé qu’ils tentent de faire sécher sur les routes. Près des ¾ des personnes interrogées ne font plus que deux repas par jour, avec du mauvais riz, quantités divisées par deux, et prix du riz multiplié par 4. La tempête a dévasté les rizières, et détruit les stocks de riz. (1) Pendant que les réserves de nourriture s’épuisent, des familles s’endettent et vendent leurs biens pour acheter des provisions.
Le cyclone, qui a balayé les rizières et les zones agricoles, a privé les Birmans de leur outil de production. Les pêcheurs ont perdu leur bateau et leurs filets. Les agriculteurs, qui n’ont plus de semences, d’outils, et de buffles, délaissent leurs champs. Le Département britannique pour le Développement international s’inquiète des conséquences alimentaires de ces dommages à grande échelle. Les agriculteurs n’ont plus que cinq à sept semaines pour planter, faute de quoi il n’y aura pas de récoltes en novembre.(1).

Save The children rapporte qu’un tiers des enfants de Birmanie souffraient déjà de malnutrition, avant le cyclone. La Birmanie est d’ailleurs l’un des rares pays au monde, où en matière d’éducation et de santé, le sort des enfants est pire que celui de leurs parents. D’ailleurs, la moitié des enfants du pays ne fréquentent pas l’école plus de cinq ans.

M.J

(1) ”Save the Children warns that hunger could kill thousands of children in Myanmar”, International Herald Tribune, The associated Press, 18-05-2008- “UN Boss Ban Ki-Moon to visit Burma, Sky News, 18-05-2008.


Publié le 19 mai 2008 par marlene dans Actualité,Climat,crise alimentaire
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Secouée, la Chine craint ses barrages.

Bonjour,

Quelques jours après le séisme qui a fortement secoué le Sud-Ouest de la Chine, et le Sichuan, les Autorités craignent pour les installations hydrauliques. Ce tremblement de terre d’une magnitude de 7,9, qui aurait causé la mort d’au moins 50.000 personnes selon l’agence Chine Nouvelle, bilan encore provisoire, a endommagé des réservoirs, des centrales hydrauliques, et des barrages. Le gouvernement Chinois, qui a d’abord nié les risques de fissures sur l’imposant barrage hydroélectrique de Zipingpu, vient de reconnaître « de sérieux problèmes de sécurité ». La formule est de Chen Lei, le Ministre des Ressources hydrauliques. Dans une région qui compte de nombreux barrages installés sur les affluents du Yangtsé, environ 400 infrastructures ont été fragilisées par les secousses telluriques. Deux mille soldats ont été dépêchés à Zipingpu, un ouvrage qui se dresse à 150 mètres au dessus de la rivière de Minjiang. Si ce barrage situé en amont de Dujiangyan cède, la ville de 500.000 habitants sera submergée. Pour diminuer la pression, et les risques de rupture, les autorités ont libéré une partie de l’eau retenue dans le réservoir du barrage de Zipingpu, information du ministère des Ressources hydriques.

Le barrage des Trois Gorges, épargné mais suspecté.

En 2001-2002, un groupe d’activistes avait orchestré une campagne dénonçant la localisation du barrage de Zipingpu, situé près d’une faille. (1) Ou plutôt d’une zone exposée à un mouvement de tectonique de plaques, cause de ce séisme. Le groupe avait rencontré des représentants du gouvernement pour les informer d’un risque sismique sur le site du barrage. L’ouvrage a pourtant été achevé il y deux ans. Depuis longtemps, de nombreux militants écologiques mettent en garde Pékin, qui multiplie les ouvrages hydrauliques pour combler ses besoins énergétiques. Et qui parie sur l’hydraulique, source renouvelable. Le plus bel exemple est le Barrage des Trois Gorges, réalisation pharaonique qui concentre les critiques. Les Autorités chinoises, se voulant rassurantes, ont d’ailleurs affirmé que le barrage des Trois Gorges, situé sur le Yangsté, n’avait pas été touché par le tremblement de terre. Probe International, une ONG canadienne qui surveille les conséquences environnementales, économiques, et sociales de l’aide allouée par son pays, s’interroge sur le rôle du Barrage des Trois Gorges dans ce séisme. L’Organisation se demande si l’eau accumulée dans l’immense réservoir des Trois Gorges, voisin de la zone Sud-Est du Bassin du Sichuan, ne stimule pas l’activité sismique de la région. Des chercheurs auraient établi un lien entre le volume d’eau arrêté par le barrage des Trois Gorges et le regain de l’activité sismique. L’observation a débuté en 2003, quand le réservoir a commencé à se remplir. « Même si l’activité sismique induite par le réservoir est moindre que la force du tremblement de terre de cette semaine, il est urgent de mener une investigation avant que le réservoir Trois Gorges soit à son niveau maximum. », a commenté Patricia Adams, responsable chez Probe International. L’ONG surveille la construction du barrage des Trois Gorges depuis les années 80.

Mais retour sur le terrain, où l’eau pose d’autres problèmes. De nombreux glissements de terrain ont déchiré le sol, et les pluies qui s’abattent sur les zones sinistrées font redouter des crues meurtrières. La ville de Beichuan, située dans un district très touché par le séisme, est menacée d’inondation suite à un glissement de terrain qui a entrainé une brusque montée des eaux de la rivière voisine. Pendant ce temps, la population manque cruellement d’eau potable. Une enseignante résume : « Il y a assez à manger mais pas assez d’eau, nous n’avons eu que de l’eau minérale en bouteille ces derniers jours, rien que l’on puisse utiliser pour cuisiner. » (2)

M.J

(1) »China fears flood as rescues continue”, Audra Ang, associated Press, May 15, 2008-(2) « Quatre jours après le séisme, Pékin accroît encore ses efforts », Emma Graham-Harrison, Reuters, 15 mai 2008.


Publié le 16 mai 2008 par marlene dans Actualité,Catastrophe naturelle.,Chine
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La Birmanie sinistrée.

Bonjour,

Quelques jours de vacances, à peine, un ordinateur en panne, et la Birmanie en tête. Le cyclone Nargis qui a dévasté la côte Sud de la Birmanie – devenue le Myanmar – et le vaste delta de l’Irrawaddy, est sans doute l’une des pires catastrophes,  naturelles et humaines, de ces dernières années. Près 62.000 morts et disparus selon l’AFP, bilan encore provisoire qui esquisse une partie du désastre une dizaine de jours après la catastrophe. Près de deux millions de personnes, sans-abri, attendent toujours les secours.  Bilan désastreux, les Autorités birmanes auraient tardé à diffuser des bulletins météo alarmants en provenance de l’Inde, 48H00 avant le passage du cyclone. Des informations erronées, sur la route et l’intensité de la tempête tropicale, auraient encore brouillé les alertes météo. Les habitants d’une région qui concentre près de la moitié de la population de Birmane, pourtant habitués à ces manifestations tropicales, n’étaient pas préparés à affronter un tel déchaînement climatique. Au total, près de 5000 km² de terres ont été inondées, et une cinquantaine de localités touchées par les effets du cyclone. Certaines régions du delta de l’Irrawaddy sont détruites à 80%.(1) Des images satellites montrent une géographie modifiée.
 

La junte détourne l’aide.

Le delta de l’Irrawaddy, situé sur la pointe Ouest, s’ouvre la Mer d’Andaman, et l’Océan Indien. Comme l’ensemble des plaines deltaïques, en Asie et dans le monde, c’est une zone très peuplée. Difficile de trouver des estimations, mais la presse évoque 24 millions de personnes dans la zone touchée par le cyclone.(1) Une autre source estime que 6 millions d’habitants vivent dans la zone de l’embouchure. Et que Rangoon, l’ex-capitale, compte 6,5 millions d’habitants. (2) Peu importe les chiffres, ces zones deltaïques, fertiles et aménagées, attirent de fortes populations, et concentrent les cultures. Le delta de l’Irrawaddy est  le « bol de riz » de la Birmanie. Selon la FAO, la région sinistrée par le cyclone produisait 65% du riz birman. Désastre alimentaire confirmé, 80% de l’aquaculture du pays provient du delta de l’Irrawaddy, et  50% de l’élevage, volailles et porcs. La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, réclame 10 milliards de dollars US pour assister les communautés d’agriculteurs et de pêcheurs, désoeuvrés par le cyclone Nargis. Cinq des régions les plus sinistrées, Ayeyarwady, Rangoon, Bago, Mon, et Kayin, sont aussi celles qui produisaient les plus grosses quantités de riz et de poissons du pays. La FAO craint pour la sécurité alimentaire du pays. C’es aussi l’avis de l’aide internationale, freinée par la junte militaire. Il y a quelques jours, le Programme alimentaire mondial (PAM) suspendait ses livraisons, après la décision de la junte militaire birmane de saisir deux cargaisons de biscuits énergétiques, destinés à la population.(3) Selon l’ONU, une dizaine de jours après la catastrophe, les opérations de secours n’ont permis de répondre qu’à 10% à 20% des besoins en eau potable, vivres et matériels.(AFP) Déjà, une catastrophe sanitaire se dessine.

Cyclones et climat.

Si le cyclone Katrina, qui a ravagé la Nouvelle Orléans en 2005, a introduit l’idée d’une relation entre la crise climatique et l’activité cyclonique, la question fait débat dans le monde scientifique. Si le nombre de cyclones et de tempêtes tropicales dans les l’ensemble des bassins de la planète est resté stable des années 70 aux années 90, leur intensité aurait augmenté.

« Les mangroves protègent les hommes qui protègent les mangroves. » 

La question de la mangrove, et de la déforestation des zones côtières exposées, est une piste plus certaine. Elle avait déjà été soulevée lors du Tsunami de 2004. Pour nombre d’observateurs, la disparition de la mangrove dans la zone du delta de l’Irrawaddy, aurait accentué le phénomène du cyclone. Ou plutôt, ne l’aurait pas freiné. Une étude réalisée en 2004, après le Tsunami, a révélé que les zones protégées par une mangrove en bonne santé avaient moins souffert, moins de destructions et moins de morts, que les zones offertes aux vagues par la déforestation.(4) En 2005, lors du troisième symposium sur les zones humides asiatiques (Asian Wetlands symposium ), des experts ont montré que la mangrove, rempart aux vagues, avait atténué l’impact du tsunami. Les mangroves, qui freinent l’érosion marine, retiennent aussi les sédiments en colonisant les vasières, ce qui permet, au moins, de stabiliser la ligne de rivage. Et au plus, de l’étendre. (5) « Les mangroves protègent les hommes qui protègent les mangroves ».


Une mangrove malmenée par la déforestation et l’activité de la crevette.

Dans le Delta de l’Irrawaddy, les rizières se sont installées à la place des forêts de mangrove. Il y a longtemps. La Birmanie est alors un gros producteur mondial de riz. Quand la junte militaire s’installe au pouvoir en 1962, le pays arrête les exportations, et les riziculteurs sont obligés de vendre sur le marché intérieur, à un prix plus bas que les cours. Aujourd’hui, la déforestation dans les montagnes du centre, qui dégrade les sols et amorce des processus de sédimentation dans le fleuve Irrawaddy, participe à la disparition de la mangrove du delta. La vase qui s’y dépose fragilise les systèmes de mangroves. Le ravage est tel que la mangrove de Birmanie apparaît comme l’une des plus dégradées de l’Indo – Pacifique. D’autre part, les exploitations industrielles de poissons et de crevettes, destinées à l’exportation, ont colonisé les zones de mangroves. L’activité de la crevette, peu respectueuse des hommes et de l’environnement, s’est rapidement développée depuis une dizaine d’années, notamment sur la zone côtière. Cette activité, conjuguée aux taux de sédimentation, pourrait faire disparaître la mangrove de Birmanie. (6)

« Nous craignons une seconde catastrophe si nous ne sommes pas capables d’apporter une aide rapide et un effort logistique comparable à notre réponse au Tsunami », craint Elisabeth Byrs, porte parole des Nations Unies pour les Affaires humanitaires. L’avertissement est diffusé par The Irrawaddy  News Magazine

 M.J

 

(1) « Birmanie : un million de sinistrés », Jacques Follorou, Olivier Truc, Le Monde, 9 mai 2009- « Quand la Birmanie acceptera-t-elle de l’aide ? », François Meurisse, Libération, 8 mai 2008- (2) »A look at Myanmar’s cyclone-devastated Irrawaddy delta », Associated Press, 6 may 2008-(3) Romandie News – 9 mai 2008- (4) « Magrove loss put Burma at Risk », Mark Kinver, BBC News, O6-05-2008- (5) « De l’importance des liens géographie physique/ géographie humaine pour comprendre les risques de subermersion des deltas surpeuplés », Sylvie Fanchette, Hérodote, N°121, 2° trimestre 2006, p 14- (6) «  Birmanie : la déforestation en amont et la culture de la crevette détruisent les mangroves. », Bulletin du WRM. N°65- Asie/ Décembre 2002/ http://www.wrm.org.uy/bulletinfr/65/Asie.html

 


Publié le 14 mai 2008 par marlene dans Actualité,Climat,déforestation
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Et si on refaisait le menu….

Bonjour,

« Et si on refaisait le monde » proposaient Didier Ades et Dominique Dombert, dans la Rue des Entrepreneurs du 26 avril dernier. Une invitation à inventer un monde nouveau, à faire plus avec moins, et à penser local. Un prétexte pour évoquer l’expérience de deux journalistes canadiens de Vancouver, James MacKinnon et Alisa Smith, les pionniers du « 100-Mile Diet », un régime qui mise sur les vertus d’une alimentation de proximité.

Faute de sucre…

Pendant un an, James MacKinnon et Alisa Smith ont renoncé au café de Colombie, au vin d’Australie et au fromage français, aux bananes du Costa Rica, et à toutes ces marchandises qui voyagent beaucoup avant d’atterrir dans notre assiette, pétrole et Co² en accompagnement. Ils se sont engagés à se nourrir de produits cultivés et emballés dans un rayon de 100 miles, c’est à dire à moins de 160 kilomètres de leur domicile. Changement d’échelle de consommation, chaque aliment absorbé en Amérique du Nord a parcouru 1500 miles, environ 2400 kilomètres. Quand James MacKinnon et Alisa Smith parient sur le « consommer local », il s’agit bien sûr de réduire la facture énergétique, et la production de CO² à l’origine de la crise climatique. Mais il s’agit aussi de stimuler une industrie alimentaire régionale et authentique, celle qui refuse le jeu de l’économie globale. Et pour composer leurs menus, James MacKinnon et Alisa Smith se sont inspirés d’un livre édité lors de la Seconde Guerre Mondiale, temps de pénuries et d’agriculture de proximité. Cette expérience, qui date de 2005, été rapportée dans « The Tyee », un magazine canadien en ligne. On y retrouve d’ailleurs James et Alisa en train de cueillir des fraises, qui ne pourront pas finir en confiture, faute de sucre. Le sucre, une horreur en terme de production, ou d’exploitation de la main d’œuvre, sans parler des milliers de kilomètres parcourus. Les deux journalistes, un peu paniqués à l’idée d’être dépendants des saisons, l’hiver est moins généreux, ont cependant redécouvert des saveurs locales oubliées. Et l’immense satisfaction personnelle d’un retour à la mère nourricière…

« Locavore », un mot à traduire…

L’expérience de James MacKinnon et Alisa Smith, a fait l’objet d’un bouquin, et a produit quelques adeptes aux Etats-Unis. Il y a environ deux ans, l’Etat de New York a lancé le «100-Mile Diet Challenge » , un pacte qui engage producteurs et consommateurs à penser local. Mêmes motivations, manger plus sain, économiser du carburant, et favoriser l’agriculture locale. Mais à terme, il s’agit aussi de développer une vraie industrie locale, en y associant producteurs et commerçants. Sur le site du « 100-Mile Diet Challenge » , on évoque la perspective d’une pénurie alimentaire provoquée par un pétrole cher, et de plus en plus rare. Direction San Francisco, où les « Locavores » résistent aux aberrations écologiques du marché alimentaire. Les « Locavores », principaux héritiers de James MacKinnon et d’Alisa Smith, prônent l’alimentation locale, saisonnière, et la conserve pour passer l’hiver. Leur philosophie rappelle celle du « Slow-food » ce mouvement fondé par l’Italien Carlo Petrini qui défend les saveurs d’une cuisine locale. Depuis Sans Francisco, les « Locavores »ont essaimé, on en trouve aussi en Alabama. Dommage que le « locavore » se décline surtout en Anglo-saxon et en Anglais, même quand il évoque la richesse des terroirs français….

Je vous invite, en quelques clics, à ré-écouter l’émission de France-Inter. On y dénonce le totalitarisme du développement, on y annonce la fin de la parenthèse de la première révolution industrielle, mais on y multiplie les propositions pour recomposer un monde plus humain…

M.J


Publié le 2 mai 2008 par marlene dans Alimentation,Développement durable
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