Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« American way of life », vue du ciel.

Bonjour,

D’immenses plaines ensemencées tirées à la règle, des rangées de maisons bien organisées, d’autres bâtisses abandonnées, des lotissements au milieu de nulle part, des milliers de voitures posées sur des kilomètres de parkings, des parcs de loisirs aux allures de gros gâteaux aux couleurs acidulées, des friches industrielles héritées de l’âge d’or de l’acier, des concentrations d’avions, de trains, de camions, de bateaux, en service ou usagés, des dépôts de matériel électro-ménager au rebut, des terrains des golfs verts imposés à un environnement aride, du haut de son avion, Alex MacLean prend des photos. Il accumule les paysages américains, saisit leur évolution, et témoigne de leurs blessures. A la façon d’un reporter, il raconte comment la société américaine traite son environnement. Très attaché aux formes, aux lignes, et aux couleurs, son témoignage est esthétique.

« Je travaille comme photographe aérien depuis que j’ai obtenu un diplôme de l’école de design, et j’ai essayé d’envisager cette discipline selon trois directions – - d’un point de vue éditorial, comme un photographe d’art, et avec l’œil d’un architecte/ aménageur… », rapporte-t-il dans un entretien.(1) Seul à bord de son avion, il prend ses photos à une altitude comprise entre 500 à 14000 pieds, vitre ouverte. Son poste de travail est étroit et bruyant. Depuis 30 ans Alex MacLean survole les villes et les grands espaces pour y traquer les stigmates laissés par «l’American way of life », Etats-Unis, Canada. Il a aussi collecté des clichés en Europe, et en Asie. Il signe six catalogues qui témoignent de changements environnementaux, résultat d’un processus naturel, ou signature humaine.

« Over », son dernier ouvrage, est un témoignage plus alarmiste. Atmosphère, désert, élévation du niveau des mers, urbanisme, dépendance à la voiture et à l’électricité, gaspillage, résidences somptueuses et golfes assoiffés, le style de vie américain n’est plus compatible avec l’état de la planète.Un plaidoyer en images pour un appel au changement : “Over nous oblige à reconsidérer nos comportements, notre façon de vivre, de travailler, de se divertir, et révèle que, pendant que les défis auxquels nous sommes confrontés ne sont pas insurmontables, le futur dépend de notre vision collective, de notre passion, et de notre engagement ». La suite sur son site, son portfolio rappelle qu’il est aussi un artiste…

M.J

(1) http://ocw.mit.edu/NR/rdonlyres/Urban-Studies-and-Planning/11-947Fall-1998/A264FCF9-318A-4FBB-AD7B-520F1FF61E70/0/11.pdf


Publié le 29 septembre 2008 par marlene dans photographie
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Rougerie, sur les traces de Jules Verne.

Bonjour,

Difficile d’évoquer la conquête de l’eau – voir blogs précédents – sans parler de Jacques Rougerie. Inspiré par les profondeurs, influencé par le monde de Jules Verne et les voyages de quelques grands explorateurs, Théodore Monod, Paul Emile Victor, ou Jacques-Yves Cousteau, assisté par une équipe pluridisciplinaire, cet architecte français compose pour l’univers aquatique.(1) Il a réalisé nombre de projets pour l’espace littoral. Il imagine des structures pour habiter sous les mers. Il conçoit des engins pour étudier l’environnement sous-marin. Comme d’autres architectes dans les années 60, Rougerie réhabilite l’idée que la mer n’est plus un territoire « impénétrable », mais une entité à explorer, un «sixième continent » destiné à être habité.   Un autre lieu de vie. (2) En 1974, le magazine Architecture d’Aujourd’hui résume son projet : « Habiter la mer ». Dans les années 70, le projet Thalassopolis est l’occasion d’une réflexion sur la mutation de l’homme, conséquence d’une intégration au milieu aquatique. Déjà, il développe une vision environnementale. L’habitat marin, qui lie l’homme à la mer, implique connaissance et respect de ce milieu.  Son agence d’architecture reste fidèle à cet engagement : « A l’heure où la compatibilité des technologies et de l’environnement se pose comme l’un des grands défis du 21e siècle, l’agence Jacques Rougerie pose comme préalable et ligne d’équilibre essentiels au travail de son équipe la nécessaire approche sociologique, environnementale et écologique de tous ses projets architecturaux. » (3)

Quand Jacques Rougerie imagine l’espace littoral, il dessine des ports de plaisance, Marseille, Saint-Denis de la Réunion. Il conçoit un auditorium flottant pour la baie de Tokyo. Il détourne une plate-forme off-shore à Okinawa, île japonaise du Pacifique, qui devient centre culturel avec des galeries sous-marines et un théâtre, hôtel et thalassothérapie. Ce projet s’appelle Aquapolis. Le nom de Rougerie reste associé à l’aménagement portuaire de Brest, Océanopolis I en 1990, et Océaopolis II, dix ans plus tard. Au final, un complexe dédié à la mer, des côtes tempérées de Bretagne aux glaces du Pôle, en passant par les mers colorées de l’espace tropical. Des aquariums témoignent de la diversité de la faune marine. En Corse, à Porticcio, il réalise un village classe de mer, un centre sportif pour initier les enfants à l’univers sous-marin. Et quand Rougerie travaille « entre-deux-eaux », il conçoit le Musée sous-marin d’Alexandrie, une invitation à découvrir le patrimoine archéologique englouti d’Alexandrie, via un tunnel immergé. En lien, une vidéo sur l’itinéraire du projet.

Puis, Jacques Rougerie nous entraîne carrément dans les profondeurs marines. Pour la NASA, il imagine un village immergé à 20 ou 30 mètres de profondeur, un projet pour les Îles Vierges. Ce campement sous-marin, conçu pour un séjour long, pourra accueillir jusqu’à 250 personnes venues étudier les profondeurs. Les astronautes pourront s’y entraîner. Autre projet d’habitat, toujours aux Îles Vierges, une ferme sous la mer conçue pour paysans du futur, commande de l’Université d’Hawaï. En 1977, Galathée inaugure une série de projets d’abris sous la mer. Cette structure de 56m3, conçue pour 4 à 7 personnes, maintenue entre deux eaux, s’ouvre sur l’univers aquatique grâce à un grand hublot. Aquabulle, Hippocampe, d’autres refuges suivront, jusqu’à Seaspace. Entre habitat et observation scientifique, Seaspace est une maison sous-marine adaptée à plusieurs profondeurs, dont les conditions de séjour qui rappellent celles de l’espace. Puis, viennent les vaisseaux. Le projet Seaorbiter, mené en collaboration avec l’océanographe Jacques Piccard et l’astronaute Jean Loup Chrétien, est une structure verticale semi-submersible – 51 mètres de haut et 24 mètres de large - prévue pour accueillir 18 scientifiques. Ici encore, des conditions de vie proches de la vie spatiale. Jacques Rougerie, qui explore l’univers marin, révèle une forte inclinaison pour le monde spatial, encore un clin d’œil à Jules Verne.

Rougerie, une production hallucinante, le mieux c’est d’aller voir son site.

M.J

(1) »Jacques Rougerie : habiter la mer », Danielle Birck, RFI, 13-03-2008, http://www.rfi.fr/francefr/articles/099/article_63548.asp

(2) « Marine and Underwater Cities – 1960-1975 », Peter Raisbeck, Department of Architecture, University of Melbourne. From: Additions to architectural history. XIXth Conference of the Society of Architectural Historians, Australia and New Zealand, Brisbane- SAHANZ – 2002.

http://www.hydrosight.com/pdf/other/underwater_cities.pdf

(3) Jacques Rougerie – Architecte. http://www.rougerie.com/12.html


Publié le 25 septembre 2008 par marlene dans Architecure.,eau
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L’eau, un autre territoire pour la ville.

Bonjour,

Des maisons sur l’eau aux Pays-Bas, des quartiers flottants au Canada ou aux Etats-Unis, des aéroports asiatiques posés sur des îles artificielles, des projets délirants à Dubaï ou au Qatar, la mer ouvre l’espace urbain. L’idée n’est pas nouvelle. Le premier site de Mexico, l’ancienne capitale de l’Empire Aztèque, posée sur une île du lac Texcoco, voisine avec des îles artificielles destinées aux cultures. Dans le Japon isolationniste du XIX° siècle, Dejima est une terre gagnée sur la mer dans la baie de Nagasaki, qui devient un lieu de commerce avec les Néerlandais. Autre exemple, Ellis Island, une île artificiellement étendue pour faire face à l’afflux d’immigrés qui débarquent à New-York à la fin du XIX° siècle. (1) Aujourd’hui, une poignée d’urbanistes et d’architectes travaillent à repousser les limites de la ville sur l’eau. Cette évolution urbaine, réponse au réchauffement climatique, au manque d’espace,  au prix de l’immobilier, est une solution de pays riches. L’expansion de Monaco et les créations insulaires de Dubaï n’ont pas grand-chose à voir avec les cités flottantes du Delta du Mekong, ou les quartiers bricolés sur l’eau de Lagos.

L’eau, un territoire urbain à coloniser.

« On nous parle beaucoup de l’effet de serre, de la fonte des glaciers d’Antartique et des glaces de l’océan Arctique. Certains estiment même que le niveau des océans pourrait très rapidement monter de 5 mètres or, on a découvert que 30 p.cent des habitants de la planète habitent à moins de 10 km d’un littoral. Il serait peut-être temps de songer à bâtir sur caissons flottants et d’envisager de construire des îles flottantes, comme d’autres, avant nous, ont mis leurs maisons sur des pilotis. Rappelons que 71 p.cent de la surface du globe est couverte par les océans, et que les terres émergées occupent 134 millions de km2. » (2) Cette vision est de Paul Maymont, architecte et urbaniste français, qui a beaucoup travaillé sur les métropoles du futur. En 1959, il conçoit une étude de ville flottante pour Kyoto. Au Japon, dans les années 60, on ne pense pas encore au réchauffement climatique. C’est le manque de place qui porte la création. Kisho Kurokawa imagine la « Floating City », une cité construite en spirale sur un lac près de Narita, afin de soulager Tokyo. Kiyonori Kitutake propose lui une « Marine City », une « ville-océan », encore un projet aquatique où les tours sont conçues pour recevoir des logements supplémentaires dans leur partie supérieure.(3) Ces fantasmes architecturaux sont restés dans les cartons. A Monaco, c’est encore le manque de place qui pousse à l’aménagement du quartier de Fontvieille. A l’origine, Fontvieille n’est qu’une étroite langue de sable dans la partie occidentale de la Principauté, au pied du rocher. Un demi-siècle plus tard, le quartier, remblayé, s’étire sur 23 hectares. Fontvieille, quartier commerçant et centre d’emplois, habitat luxueux et middle-class, a pratiquement été entièrement gagné sur la mer. Une digue flottante permet encore de recevoir les bateaux de croisière. Problème de profondeur, les nouveaux aménagements du quartier, Fontvieille II, seront flottants. Monaco, qui compte sans doute poursuivre son expansion sur l’eau,  vient d’élaborer un POM, un plan d’occupation de la mer.(4) Si les quartiers flottants qui se développent aux Pays-Bas, au Canada, aux Etats-Unis, ne sont finalement pas très nombreux à l’échelle mondiale, ils ouvrent une perspective intéressante. Construire sur l’eau permet de densifier la ville, alternative à l’étalement urbain, avec les besoins en énergie et la production de CO² associés.

Des aéroports insulaires.

Le Japon, qui met sa technologie au service de sa conquête d’espace, développe des aéroports sur l’eau. Une autre façon de soulager ses villes. En 1994, l’aéroport international du Kansaï, relié à la terre ferme par un pont de plus 3 kilomètres, entre en service dans la baie d’Osaka. Si ce terminal reste une prouesse technologique, il est aussi l’un des ouvrages les plus chers au monde. Le tassement exagéré de l’île artificielle pendant les travaux, et ses solutions techniques, ont considérablement augmenté son coût. (1) Ce qui n’a pas empêché le Japon de concevoir deux autres aéroports sur l’eau, Nagasaki et Chūbu en 2003. Des contraintes urbaines ont également poussé Hong-Kong à déménager son aéroport hors de la ville. Fini l’atterrissage entre les immeubles et la baie de Kowloon, avec une vue dans l’intimité des appartements. Depuis 1998, une île artificielle, construite à partir de deux vestiges insulaires, accueille le nouvel aéroport. Le relief accidenté de l’archipel a encore plaidé pour cette délocalisation. (1) Hong-Kong, dont l’économie est ligotée au trafic aérien, confrontée au manque d’espace, a ainsi réussi à exporter un peu plus loin ses nuisances urbaines. Dans une interview à « Cyber archi », Jean-Philippe Zoppini, architecte français impliqué dans les recherches sur l’habitat flottant et les îles artificielles, exploite cette perspective : « La première qui me vient à l’esprit concerne le troisième aéroport français. Selon moi, l’idée de construire un aéroport terrestre loin de la capitale est une aberration. Pourquoi ne pas imaginer une plate-forme aéroportuaire dans l’Atlantique, à quelques encablures des côtes, qui permettrait de relier tous les continents ? Il n’y aurait pas de nuisances de bruit, pas de gens à exproprier plus ou moins contre leur gré et il y aurait une liaison à partir de cette plate forme vers toutes les capitales d’Europe. Quand on connaît le prix d’un aéroport, il n’y aurait rien d’extraordinaire à le concevoir de cette façon… » En lien, cet entretien qui traite aussi des conditions et des techniques de l’habitat marin. 

Des îles artificielles pour nantis.

Aux Emirats Arabes Unis, la ville s’expose sur l’eau. A Dubaï, Palm Island, une archipel artificiel construit façon « palmier », le summum du kitsch, a permis d’ajouter de prolonger l’espace côtier de 125 km. S’il s’agit de créer de l’espace urbain, il est aussi question de prestige, 2000 villas, 500 appartements, 200 boutiques de luxe, et une vingtaine de palaces.(1) Et toujours dans le style Disneyland, « The World », encore en construction. C’est un immense planisphère composé de 300 îles artificielles, une cartographie de la planète lisible depuis l’espace. Tourisme, habitat, ou écrins à célébrités, ces îles sont à vendre entre 10 et 45 millions de dollars US, surfaces comprises entre 23 000 et 83 000 m².(1) Pendant que Abu Dhabi destine l’île de Saadiyat à l’art, Guggenheim, Le Louvre, le Musée national, la Cité des Arts, le Musée maritime, et convoque quelques grands noms de l’architecture mondiale, Franck Gehry, Jean Nouvel, Zaha Hadid, Tadao Ando, le Qatar se lance aussi dans la course à l’île artificielle.(1) « The Pearl » , un archipel de 4 millions de km², est une ville en train de sortir de l’eau, 7600 logements prévus pour accueillir 30.000 habitants.(1)

The world

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Des îles flottantes.

Après les îles artificielles, les îles flottantes. Le Japon développe le projet « Megafloat » , une structure destinée à accueillir des populations sinistrées ou un aéroport. Ce concentré de superlatifs en innovation technologique, 300 à 1000 mètres de long selon les versions, habitat ou terminal, 60 mètres de large, un petit bout de territoire flottant présenté comme respectueux du milieu marin, et résistant aux séismes. Dommage, le site reste muet sur l’actualité du projet. Jean Philippe Zoppini est aussi le concepteur du projet « AZ », A pour le constructeur Alstom et Z pour Zoppini. Ce bâtiment, 300 mètres de large, 400 mètres de long,  78 mètres de haut, est conçu pour résister à une météo violente, vagues de plus de 10 mètres et cyclones. Cette île d’acier qui se déplace seule, clin d’œil à Jules Verne, avancera à une vitesse de 10 nœuds, environ 18 km/h. Dotée d’un lagon central, d’un héliport, d’une marina accessible à des bateaux venus de l’extérieur, elle pourra accueillir jusqu’à 10.000 passagers. Plus l’équipage, entre 3000 et 5000 personnes. Cette création est conçue pour voguer d’escale en escale, autour de la planète. Le site de Jean Philippe Zoppini en présente 2 versions. Cette réalisation devrait être présentée à l’exposition universelle de Shangaï, en 2010. Concurrent de taille mais pas de style, le « Freedom Ship », un monstre flottant,  plus de 1300 m de long pour 220 m de large, une giga-baleine propulsée avec des moteurs électriques. Architecture lourde, une barre d’immeubles posée sur une barge à fond plat, pour une capacité d’accueil de 100.000 habitants, plus 20.000 employés et 30.000 visiteurs occasionnels, là on s’étonne que ça ne coule pas…

M.J

(1) Wikipedia

(2) « Préface des dix ans du Séminaire », Paul MAYMONT, Correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, architecte, urbaniste, Membre del’Académie d’Architecture, Fondateur et ancien président du conseil d’administration de l’Ecole d’Architecture Paris-Grand Palais-Tolbiac http://www.olats.org/schoffer/maympref.htm

(3) « Made in Tokyo », “Les Métabolistes”, Frédéric Gaudron, Weblog.http://www.fgautron.com/weblog/archives/2007/06/06/les-metabolistes/

(4) « L’océan, nouvelle frontière de l’urbanisme », Cyberarchi.com, http://www.cyberarchi.com/actus&dossiers/batiments-publics/divers/index.php?dossier=103&article=447

(5) »La ville fottante », Sciences et Vie Junior, N°134, novembre 2000, from http://www.fabien-laloyer.fr/0511ville_flottante.html


Publié le 22 septembre 2008 par marlene dans Urbanisation
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A Amsterdam et ailleurs, ces maisons qui flottent..

Bonjour,

Habiter une maison flottante ? Une façon de repenser sa relation au territoire, à l’eau, de bousculer les règles de l’aménagement urbain, une option qui monte au Pays-Bas. Ce pays très densément peuplé, partiellement conquis sur la mer, très exposé aux inondations, cherche une réponse à son manque d’espace, et aux conséquences annoncées du réchauffement climatique. L’élévation estimée du niveau des océans – jusqu’à 90 cm prévus au cours du XXI° siècle -, conjuguée à l’abaissement des sols, réaction à l’assèchement et au tassement des terres, augmentent les risques de submersion au pays des polders. On prédit que 65% du territoire, abaissé sous le niveau des mers, serait menacé par les eaux. Soit le double de l’espace actuellement exposé aux inondations.(1) Replié derrière des digues, longtemps traumatisé par la catastrophe de février 1953 – quand la mer poussée par une grosse tempête avait rompu les protections, envahi une grande partie du territoire, faisant plus d’un millier de disparus – le pays commence à revoir sa relation à l’eau. Le péril pourrait aussi devenir une opportunité. C’est sans doute un peu plus compliqué, un chercheur qui évoque la relation entre les Néerlandais et l’eau écrit : « Les Pays-Bas ne peuvent se comprendre sans cette relation haine-amour existentielle, il n’y a pas d’autre mot, avec l’eau ». (1)

Pour pallier le manque d’espace sur terre et compenser la pénurie de logements, les Pays-Bas misent donc sur l’habitat flottant. Une dizaine de communes, épaulées par le gouvernement, projettent des programmes immobiliers adaptés aux fluctuations des marées. Le succès des « lots d’eau » déjà proposés à la vente, version maritime de la parcelle, signale un nouveau marché en pleine expansion. Et surtout prétendu moins cher que l’immobilier traditionnel. Pour soutenir ce nouvel enthousiasme, le Centre d’architecture d’Amsterdam (Arcam) vient de présenter une maison flottante, destinée au quartier d’IJburg. Cet ensemble résidentiel, qui s’édifie sur une île artificielle au nord-est d’Amsterdam, devrait accueillir 18 000 logements d’ici 2020. Dont une centaine de maisons flottantes. ABC Arkenbouw signe ce prototype cossu, soutenu par une structure creuse en béton profonde d’environ 2 mètres, appuyée sur des piliers métalliques, conçu pour épouser les variations du niveau d’eau. Coût de cette habitation d’environ 170 M², 250.000 Euros, sans compter le « lot d’eau », entre 110.000 et 140.000 Euros à IJburg. Pas forcément donné. ABC Arkenbow, qui parie sur une cinquantaine de transactions par an, étoffe son catalogue de nouveautés architecturales. (2) Mais l’idée n’est pas révolutionnaire à Amsterdam, ou les péniches aménagées et les constructions de bois amarrées dans les canaux du centre, témoignent d’une vieille pratique de la maison flottante.

C’est d’ailleurs un habitat traditionnel dans certaines régions d’Asie. En Thaïlande, à Phitsanulok sur les rives de la Nan, les maisons flottantes témoignent de la culture locale. Au Vietnam, des villages flottent dans la baie d’Along. A Chau Doc, dans la région du delta du Mékong, on élève des poissons-chats dans la partie immergée des habitations. Au Cambodge, où de pauvres communautés du Lac Tonlé Sap, sur le fleuve Mékong, s’agglutinent dans des habitations flottantes. C’est encore une forme d’habitat assez répandue sur le continent américain. On dénombre environ 500 maisons flottantes à San Francisco, 500 à Seattle, 3.500 à Portland, en Oregon, et 500 à Vancouver, en Colombie britannique. A Vancouver, une communauté flottante est installée à Granville Island, à proximité du centre. Plus loin, à une vingtaine de kilomètres au sud de la ville, dans l’estuaire de la rivière Fraser, un village flottant, accolé à une marina pour ses services, téléphone, poste, parking, concentre une cinquantaine d’habitations. Le concept architectural, bien maîtrisé, est similaire à celui développé aux Pays-Bas, une structure en bois appuyée sur une boîte en ciment qui obéit au rythme des marées. Dan Wittenberg, constructeur de ces structures flottantes pour International Marine Flotation Systems, évoque les difficultés à convaincre les banquiers et bénéficier des procédures classiques: «Au début, on ne pouvait pas avoir de crédit, d’assurance, de permis de construire, d’accréditation environnementale (…) pour ces maisons qui flottaient sur l’eau parce que les Autorités compétentes ne comprenaient pas le concept. » (3) Et pourtant, ses maisons étaient aussi stables que des habitations conçues pour la terre ferme. « La première règle pour concevoir une maison flottante, c’est qu’elle ne coule pas. »(3)

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Ces communautés flottantes ont un site, une invitation à visiter certains villages flottants. Derrière l’aspect carte postale, il y a une vraie question d’urbanisme. L’eau pourrait être le nouveau territoire de la ville. Des architectes y travaillent. Au Japon, à Monaco, ou à Dubaï, la cité s’installe sur la mer…..

M.J

(1) » Rendre les Pays Bas à l’eau ? le rude défi du changement climatique », Pieter Leroy, Professeur à la Radboud Universiteit Nijmegen, attaché au département des sciences politiques et sociales de l’environnement.

(2) «  Maisons flottantes aux Pays-Bas », F.B avec Belga, Weekend.be

(3) « International Marine builds many floating villages», Daily Commercial News, 14 septembre 2007.


Publié le 16 septembre 2008 par marlene dans eau,Urbanisation
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L’eau et l’Afrique, revue de presse.

Bonjour,

Encore un sujet sur l’eau, thème crucial de ce siècle qui avance, trouver des moyens plus efficaces pour la conserver, l’utiliser, et protéger la ressource. Jacques Diouf, Président de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, parle de la pénurie d’eau qui se dessine comme « l’enjeu du XXIème siècle ». Derrière cette prise de conscience et ces intentions, il y a un quotidien. Un milliard de personnes sur la planète sont privées d’eau potable, et plus de deux milliards n’ont pas accès aux réseaux d’assainissement. L’eau est une entreprise coûteuse, et pas forcément rentable. Pendant ce temps, une partie de l’humanité, souvent la même, est victimes de ses excès. Pour mieux se rendre compte des multiples réalités de l’eau, l’idée est de relever les titres de la presse africaine. Une accumulation, effectuée sur une période relativement courte, qui révèle des pénuries, une incessante quête à l’eau potable, et des inondations. Extraits.

L’Algérie multiplie les projets hydrauliques…

Inondations au Sénégal

Le 10 septembre, « Sénégal : les sapeurs pompiers interviennent sur une quarantaine de sites sinistrés », info Agence de presse sénégalaise. Pluies diluviennes, difficultés d’évacuation des eaux, des bassins de rétention qui débordent, canaux de drainages impraticables, et des habitations menacées d’inondation. La banlieue de Dakar est particulièrement touchée. On patauge dans beaucoup de quartiers: »Tout le quartier est dans l’eau. Nous avons été obligés d’envoyer les enfants chez leurs grands-parents. J’ai récemment proposé à mon épouse d’aller chez ses parents en attendant que la situation revienne à la normale, mais elle a refusé. C’est une vie difficile que nous menons ici », déplore M. Sylla. Alors les pompiers pompent les eaux, et le gouvernement débloque des crédits. Sénégal encore, le 9 septembre, info du Soleil (Dakar)  , cette fois ce sont les habitants de Touba qui sont victimes d’inondations. Un quartier de la ville a du être abandonné, les pluies ont chassé les habitants. La ville ne dispose pas de canaux d’évacuation. Ses rues, boueuses et ponctuées de flaques, sont impraticables. Plus grave, les eaux stagnantes jouxtent les ordures. Certaines eaux usées, issues des fosses sceptiques, se seraient mélangées avec des eaux de pluie. Avec deux perspectives, le paludisme et le cholera… La veille, l’Agence de presse sénégalaise évoque encore les inondations, à Pikine, dans la grande banlieue de Dakar, maisons inondées, eaux stagnantes, difficultés d’évacuation, la pluie qui ne cesse pas….Plus au Sud, à l’extrémité de la petite côte, Joal Fadiouth ,la ville de Léopold Sédar Senghor, est aussi sous les eaux…

Plus bas dans le calendrier…


Publié le 12 septembre 2008 par marlene dans Afrique,eau
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Une eau précieuse.

Bonjour,

L’eau n’est peut-être plus cette ressource que l’on croyait inépuisable, il faut l’économiser. C’est le message du XIII° Congrès mondial de l’eau qui s’est tenu la semaine dernière à Montpellier. Réunis par l’Association Internationale des Ressources en Eau (IWRA), des scientifiques du monde entier ont planché sur « Changements globaux et ressources en eau : face à des pressions de plus en plus nombreuses et diversifiées », thématique de cette année. Un invitation à revoir notre gestion de l’eau, quand les pressions se multiplient sur la ressource. La démographie mondiale augmente, l’eau devient plus précieuse.

Des années 40 aux années 1990, la consommation d’eau a été multipliée par 4. D’ici 2030, avec une population estimée autour des 8 milliards d’individus, les besoins en eau pourraient s’envoler de 650%.(1) La demande croissante de nourriture obligera à prélever 14% d’eau douce supplémentaire, destinée à l’agriculture qui en consomme déjà 70%.(2) Ce bond démographique, accompagné d’une urbanisation croissante, annonce de gros besoins en eau potable dans des métropoles, de plus en plus difficiles à approvisionner. Sans parler des pollutions dues à cette densification, et à ces concentrations humaines. Pollutions urbaines, industrielles, agricoles, et gaspillage – exemple, une mauvaise gestion de l’irrigation dans les pays en développement -, l’eau douce se raréfie. Le réchauffement climatique pèse encore sur la ressource hydrique. La hausse des températures, qui joue sur l’évaporation des fleuves et des rivières, réduit les disponibilités d’eau douce. Le changement climatique, qui bouleverse le régime des pluies, accentue des sécheresses déjà difficiles à gérer. Sans parler des accidents climatiques, orages et inondations, qui polluent les réserves d’eau douce, endommagent les infrastructures de stockage et d’acheminement. Les plus exposés, les petits artisans d’une agriculture pauvre qui dépendent de l’eau, et des caprices du climat. Le réchauffement climatique menace une ressource, déjà très mal partagée. Une dizaine de pays concentrent 60% de réserves mondiales, quand une centaine connaissent des pénuries passagères, ou installées. (1) Surtout en Afrique et au Moyen Orient.

Au congrès de Montpellier, on a discuté disponibilité, usage, gestion, sécurité, d’une ressource très étendue, 70% de la surface de la planète, mais finalement peu abondante. L’eau douce, 2,6% des réserves mondiales, est principalement immobilisée sous forme de glace. Le reste, une eau douce accessible et renouvelable – lacs, étangs, fleuves, rivières…-, pèse moins de 1% de ce total, en comptant sur les pluies. A Montpellier, on a aussi parlé de l’avenir : « Maintenant, il faut regarder vers le futur et non pleurer sur le passé. Nous, les chercheurs, sommes attendus pour mettre nos connaissances au service des usagers et des entreprises qui travaillent à l’acheminement, l’amélioration, la distribution et au partage de l’eau », a conclu Cecilia Totajada, présidente de l’IWRA. (3) L’exposition internationale de Saragosse, en Espagne, rappelle – jusqu’à la mi septembre – l’importance de l’eau sur terre.

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Fin de reportage hors sujet….

(1) http://www.eaudeparis.fr/html/eau_education/eau_monde.shtml

(2) FAO, 2007 http://www.unwater.org/wwd07/flashindexfr.html

(3) “Clôture du XIIIe congrès mondial de l’eau à Montpellier (France): Place aux politiques”

K.Mejdoub, El Watan, 6 septembre 2008.


Publié le 9 septembre 2008 par marlene dans eau
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Le jatropha, le pour, et le contre…

Bonjour,

Lu sur Inter Press Service, Johannesburg: “le biocarburant issu du jatropha gagne du terrain”. L’histoire se passe au Burkina Faso, petit pays sahélien et semi -aride d’Afrique de l’Ouest, où Autorités et entrepreneurs projettent de développer les plantations de pourghère, nom africain du Jatropha Curcas, une culture prétendue pleine de ressources. Il faut dire que le jatropha curcas, qui pousse sur les sols pauvres et résiste aux sécheresses, présente une fiche d’adaptation, environnementale et climatique, impeccable. L’arbuste, qui freine l’érosion, qui enrichit les sols grâce à son humus, contribue à la réhabilitation de terres dégradées. Autre avantage, il est facile à cultiver. Et surtout, ses graines oléagineuses peuvent être converties en carburant alternatif, utilisé pur, ou mélangé avec du gazole. Une aubaine pour les pays pauvres, où il ne pousse pas grand-chose. Les défenseurs de ce carburant alternatif prétendent qu’une seule pousse de jatropha produit un litre de carburant alternatif par an, ce pendant une quarantaine d’années.(1) A ce rythme là, le jatropha pourrait effectivement réduire la facture pétrolière de nombre de pays pauvres. Et puisque que l’on parle de développement, on parie beaucoup sur ce nouveau débouché, alternative à des cultures traditionnelles devenues moins rentables, carburant bon marché pour celui qui le cultive, pôle d’emploi pour les femmes. Et donc sources de revenus pour les ménages. Avec une inquiétude cependant, éviter de mettre la culture de l’arbuste en concurrence avec une agriculture vivrière, question de sécurité alimentaire. Les aménageurs burkinabés ont bien compris ce risque.

Pour éviter que le jatropha s’installe sur des terres fertiles, le gouvernement burkinabé et les promoteurs recommandent aux producteurs de planter les arbustes autour des zones de cultures traditionnelles. Cette barrière, non comestible, devrait éloigner les animaux et protéger les champs.Message relayé par un chef traditionnel,  impliqué dans le développement de ce « nouvel or vert ». Il conseille aux agriculteurs de préférer des terres impropres aux cultures, et de laisser les cultures traditionnelles à leur place. Reste sans doute à définir ce qu’est une terre « impropre à la culture ». Des terres dédiées aux pratiques communautaires, un espace forestier ? (1) Toujours est-il que la culture du Jatropha gagne du terrain au Burkina Faso. Quelques milliers d’hectares sont déjà cultivés par des groupements villageois dans un certain nombre de régions, Hauts Bassins, boucle de Mouhoum, les Cascades à l’ouest, la zone de Tapoa à l’est, ou Sissili au centre-ouest du pays, indique-t-on encore dans l’article. Et quelques centaines d’hectares dans la province de Tuy, à l’Ouest du pays.(2) On y apprend encore que le gouvernement Burkinabé projette de planter 200 000 hectares supplémentaires dans quatre provinces du pays, un projet soutenu très fort par la société française Agro-Energie Développement. Un accord-cadre, entre les dirigeants du pays et la société française, scelle cette promesse de développement, qui pourrait aussi soulager la facture pétrolière du Burkina-Faso. A terme, il s’agit de développer des unités de transformation de la graine, sur place. Mais les Français ne sont pas les seuls à s’intéresser au jatropha, et au Burkina Faso. Les Canadiens, représentés par Green Oil , filiale de Indépendance Oil and Gaz -, ou les Allemands, via Deutsch Biodiesel, travaillent en partenariat avec le chef coutumier cité plus haut. Ce dernier projet, impliquant plus de 50.000 producteurs, vise à planter 60.000 hectares de jatropha, cultures individuelles et haies vives. Le groupe allemand, associé à la société Nature Tech Afrique – spécialisée dans le secteur des énergies renouvelables-, et relayé sur le terrain par l’association Belwet , projette encore de transformer le tourteau des graines de jatropha en aliments pour bétail, autre débouché. Le Belwet-Nature Tech Afrique-D.B.D souhaite multiplier ses interventions, restaurer les sols dégradés, développer une économie rurale à base d’huile de jatropha – alternative à l’utilisation du bois comme combustible domestique, et donc à la déforestation -, ou produire du savon à partir de cette d’huile. (2) Le jatropha, stimulant d’une économie locale, avant de changer d’échelle. Les Occidentaux, enclins à accompagner le développement africain, sont prêts pour transformer le jatropha en carburant alternatif. Mais la législation du pays tarde à autoriser la conversion. En attendant, quelques Africains s’envolent pour l’Europe s’instruire sur les techniques de la filière.(2) Dans les villages, d’autres sont initiés aux vertus économiques du jatropha.

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« On l’appelle l’or vert car c’est une plante miracle dont on peut attendre beaucoup », plaide Pierre Tapsoba, représentant d’Agro-Energie Développement au Burkina. On parle encore d’une « manne pour l’Afrique » (2), une « plante de rente » pour le Burkina Faso, un vecteur de développement, et de lutte contre la pauvreté. Dans certaines zones rurales, le jatropha – introduit à l’époque coloniale – pourrait à terme remplacer les anciennes cultures spéculatives, le coton ou les céréales. Mais tout le monde ne partage pas cet enthousiasme :

« D’abord, le coton, puis la Gomme Arabique (J’aimerais bien qu’on puisse me dire où ils en sont) et aujourd’hui le Jatropha pour lequel on ne tarit plus d’éloges: lutte contre la désertification, vertus médicinales, … et en prime le “Pétrole”! De quoi faire rêver nos paysans qui ne savent d’ailleurs plus à quel saint se vouer tant ils sont acculés par cette pléthore de programmes/promesses.

Le marché Burkinabè souffre actuellement d’une pénurie de riz. Les prix des denrées de première nécessité ne cessent de croître. Ne gagnerons-nous pas à renforcer nos capacités dans la production de ces aliments plutôt qu’à se lancer dans des aventures dont l’issue peut être incertaine sans mentionner les dégâts collatéraux que cela pourrait engendrer sur la production agricole vivrière ?…..

Par ailleurs, en supposant que le Jatropha connaisse tout le succès qu’on lui prédit. Et que tous les Occidentaux se mettent au bio-carburant. Où pensez-vous, qu’iraient leurs “vieilles machines au diesel”…» La suite

Reste que le Jatropha, souvent présenté comme « l’or vert du désert », avec promesses de développement pour les pays pauvres, trouve aussi des détracteurs. En lien, un site dédié au Jatropha. Et une approche assez critique (source1), qui examine certaines questions, environnementales, sociales, et économiques, liées à la culture d’un arbuste. Avec une remarque basée sur une étude indienne, qui établit une relation entre irrigation, rendements, et rentabilité. Comme la plupart des plantes, le Jatropha pousse mieux si on l’arrose…

M.J

(1) « Le jatropha, l’agrocarburant des pauvres ? », Grain http://www.grain.org/seedling/?id=522

(2) Burkina Faso : lutte contre la pauvreté – « Le Jatropha, une manne pour l’Afrique », dixit Labe Naaba, l’Observateur Paalga ( Ouagadougou) / 14 février 2008.


Publié le 5 septembre 2008 par marlene dans Afrique,biocarburants,Non classé
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Chine, entre sables et eaux.

Bonjour,

Amélioration de la qualité de l’air à Beijing, et émergence d’une « conscience environnementale » du public pékinois, bilan des JO d’après le « Quotidien de Guangzhou ». Mais la fête est finie, et la capitale chinoise se retrouve face au désert de Gobi, un géant de pierres et de sables étendu sur 1,3 million de km². En 2000, Ron Gluckman, un reporter américain basé en Chine, écrit : « Le désert s’étend dans les vallées chinoises, ensable les rivières, et consume les précieuses terres cultivables. Beijing tente de répondre en développant des campagnes de reforestation massive, mais le Grand Mur Vert pourrait ne pas arrêter le sable, qui pourrait couvrir la ville dans quelques années. » Beijing, offerte aux tempêtes de sables devenues plus fréquentes entre 2000 et 2004, voit le désert se rapprocher au rythme de 3 kilomètres par an. (1)

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Beijing au cœur d’une guérilla.

En 2003, Lester R. Brown, de l’Earth Policy Institute, évoque une guerre. La Chine contre le désert. Et Beijing au centre d’une guérilla : « Les vieux déserts avancent, de nouveaux se forment, comme les forces d’une guérilla qui frappent de façon inattendue, forçant Beijing à se battre sur plusieurs fronts. » Antérieur à 1950, le processus de désertification s’est emballé depuis. Chaque décade voit le phénomène s’accélérer. Selon l’agence de protection environnementale chinoise, le désert de Gobi aurait gagné plus de 52 000 km² de 1994 à 1999. Il se situe aujourd’hui aux portes de la ville, à environ 160 kilomètres, et 70 kilomètres en certains endroits. Certains villages alentour sont déjà ensevelis. (2) En 2002, Beijing a connu l’une des plus violentes tempêtes de sable de son histoire. La ville s’est enveloppée d’un nuage marron, il est devenu difficile de respirer sans masque. Ces tempêtes de sable, en provenance des steppes du nord et du désert de Gobi, ont continué leur route, vers la Corée du Sud, et le Japon. Elles auraient même traversé le Pacifique pour créer de magnifiques couchers de soleil sur la côte Ouest de la Californie. (3)

Nuages de sables sur la route de la soie.

Si Beijing est la ville la plus exposée, la désertification rend stérile plus du quart de l’espace chinois. Selon un rapport de l’ONU (2002), la désertification avancerait de 3 600 km2 par an, une progression presque deux fois plus importante qu’à la fin des années 80. La situation est particulièrement préoccupante en Mongolie intérieure, au Ningxia, et dans la région de Gansu , où les habitants fuient le désert qui avance. En Mongolie intérieure, la désertification touche et convoite plus d’un tiers de la superficie de la région autonome. Dans la province de Gansu, environ 4000 villages devraient être abandonnés aux sables (4). Le West Bank Corridor, autrefois partie de la route de la soie, a troqué les marchandises exotiques contre des nuées sablonneuses à destination des régions rurales et des villes de l’Est. (3) A l’Ouest, dans la province de Xinjiang , deux autres déserts progressent, le Taklimakan et le Kumtag. (2) Dans la région de Guizhou, autre région touchée au sud-ouest de la Chine, près d’un demi -million de personnes pourraient être expulsées par l’érosion des sols, autre variante de la désertification. (5)

Agriculture, élevage, et réchauffement climatique.

La désertification, définie par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), résulte de «la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines.» Avec une conséquence immédiate, l’appauvrissement des écosystèmes, et l’épuisement des terres cultivables. Les causes de la désertification du territoire chinois, portées par la pression démographique, sont multiples. Elles combineraient une intensification des activités agricoles, avec les effets du réchauffement climatique. Lester Brown insiste sur les ravages causés par le développement de l’élevage – depuis les années 50, la taille des troupeaux a été multipliée par 3 -, qui entraîne surpâturage et dégradation des sols. D’autres chercheurs accusent plus globalement développement urbain, et industrialisation. Après les questions, les réponses. En 1978, l’administration des forêts lance le projet de la Grande Muraille verte. Les Chinois sont invités à planter des arbres pour ériger une grande bande forestière dans le nord-est et le sud-est du territoire, 9 milliards d’hectares doivent être reboisés en 10 ans. Au début des années 90, le projet connaît une nouvelle impulsion, cinq millions d’arbres supplémentaires doivent apparaître dans le paysage chinois, d’ici à 2010. A terme, l’objectif est de ceinturer le nord de l’espace chinois sur 4500 km, de la province du Heilongjiang, située aux confins nord-est, jusqu’au au Xinjiang, situé à l’extrême ouest. (6)

Entre sables et eaux.

Pour porter ce projet, qui devrait aboutir en 2050, le gouvernement a incité les paysans chinois à planter des arbres, contre rétribution. Concernant l’efficacité de ce reboisement, les sources multiplient les échelles de terres gagnées sur le désert. Une source rapporte que les surfaces désertiques auraient reculé de 37 000 km², sur plus 2,5 millions de km² de terres stériles.(7) Selon une autre source, sur les 3,3 millions de km² censés arrêter les sables de Gobi, seuls 100 000 km2 seraient sous contrôle, soit l’équivalent de l’avancée du désert depuis les années 1950.(8) Difficile de parier sur l’efficacité d’un reboisement dans les régions arides du nord ouest de la capitale, le manque d’eau travaille contre le projet. La FAO (2007), qui évoque les tempêtes de poussières qui enveloppent Beijing pour s’envoler très loin, parle de décennies avant de voir les effets de ces «efforts de reverdissement ». Lester Brown prédit une guerre difficile, pas facile de réduire les troupeaux. Et si restaurer les terres gâchées est un défi techniquement réalisable, il coûtera une fortune à une puissance également engagée sur le front de l’eau. La Chine, qui en manque là où les besoins sont élevés – les ¾ des exploitations agricoles se concentrent au nord tandis que les ressources hydriques sont au sud -, projette de la construction de grands projets de transfert d’eau nord –sud ( SNWTP/ South-North Water Transfer Project ).Ces grands travaux devraient atténuer la pénurie d’eau en Chine du Nord, et protéger l’environnement. Entre le sable et l’eau, Lester Brown formule le dilemme chinois: « Stopper l’avancée du désert demandera un immense effort financier et humain, qui obligera le gouvernement chinois à faire un choix difficile: où construire les coûteux projets de détournement des eaux sud – nord, ou combattre les déserts qui progressent vers l’est et qui peuvent envahir Beijing. »

M.J.

Sources:

(1) http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=33187&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html (2) http://www.earth-policy.org/Updates/Update26.htm (3) http://www.smhric.org/SMW_19.htm (4)http://www.vertigo.uqam.ca/vol5no2/art9vol5no2/dominique_simard.html (5) http://www.liberation.fr/actualite/terre/246759.FR.php http://www.rfi.fr/actufr/articles/066/article_36998.asp (6) http://www.planetpositive.ch/version_2_0/news/articles/1180/_construction_d_une__grande_muraille_verte__en_chine.html(7) http://www.rfi.fr/actufr/articles/066/article_36998.asp (8) http://www.ql.umontreal.ca/volume11/numero5/mondev11n5a.html


Publié le 2 septembre 2008 par marlene dans Chine,Désertification.
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