Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La Chine et ses sécheresses.

Bonjour, depuis trois mois la sécheresse s’est installée sur le centre et l’est du territoire chinois. Les quelques pluies tombées cette semaine sur quatre provinces n’y changent pas grand-chose. Il n’a pas plu depuis novembre dernier, quatre millions de personnes sont confrontées à une pénurie d’eau potable, deux millions de têtes de bétail ont soif, et plus de dix millions d’hectares de céréales d’hiver se désolent sur des sols gelés. Les nappes phréatiques ne se renouvellent pas. Cette sécheresse hivernale, tendance saisonnière jusqu’en mars, prend des allures de catastrophe naturelle. Les Autorités chinoises craignent pour le stock alimentaire annuel et l’approvisionnement en eau de Beijing. Elles redoutent la colère des migrants. Après les inondations, la sécheresse est l’autre grand fléau de la Chine.

Les provinces du Henan, de l’Anhui , et de Shandong, zones les plus touchées par une sécheresse plus étendue, productrices de céréales d’hiver, n’ont pas été arrosées depuis plus de 100 jours. (1) Selon le Ministre de l’agriculture, la récolte des provinces du Henan et de l’Anhui, effectuée en mai, pourrait diminuer de 20%. Sur l’ensemble des terres cultivables affectées par le manque d’eau, la baisse de la production céréalière d’hiver pourrait dépasser les 40% Il n’est pas non plus tombé de pluies à Beijing depuis plus de 100 jours, une première depuis 38 ans dans une ville pourtant connue pour son climat aride. (2) La province du Hebei, située à l’Est du pays, qui entoure Beijing et qui l’approvisionne en eau depuis 2008, est elle aussi soumise à un régime sec.

Cette sécheresse signale peut-être les effets du réchauffement climatique. Mais cette Chine qui manque d’eau paie aussi l’addition d’une croissance économique anarchique, d’une mauvaise gestion de la ressource, d’un gaspillage industriel et agricole. Les nappes phréatiques du nord du pays sont surexploitées. L’irrigation, pratiquée à grande échelle avec des méthodes inadaptées, souvent par inondation, entraîne de gros gaspillages. En cette période de sécheresse, le gouvernement a débloqué des fonds pour l’irrigation. (3) Outre la perspective d’une crise alimentaire, le gouvernement chinois veut rassurer les millions de migrants qui ont perdu leur job dans le BTP et l’industrie, pour cause de ralentissement économique. Les provinces du Henan et de l’Anhui, pauvres et très touchées par la sécheresse, sont notamment de gros foyers d’émigration. Ces bataillons de chômeurs, rentrés cultiver la terre en attendant une reprise économique, sont encore lâchés par la météo. Il y a grand risque d’instabilité sociale. Le Ministère de l’Agriculture prétend que 40% des terres céréalières affectées par la sécheresse ont été irriguées. D’autres fermiers ont attendu la Fête de la Lanterne, le quinzième jour du calendrier lunaire, pour puiser dans les réserves. (3)

« Sécheresse historique » annoncent les Autorités (2), certainement. En 2006, la province du Sichuan, dans le sud ouest du pays, en a connu une autre, sévère, suivie de pluies torrentielles. Pendant l’hiver 2007-2008, plus de 11 millions d’hectares dans le Nord du pays n’ont pas reçu de pluies. Plus de deux millions de personnes ont été partiellement privées d’eau potable. En mars de la même année, sur l’ensemble du territoire, près de 20 millions d’hectares de terres cultivables étaient desséchées. (4) Et le désert, qui représente le tiers du territoire chinois, progresse régulièrement. La Chine n’a pas fini de se battre avec sa géographie.

M.J

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(1) « Rains offers little respite in China drought », Jaime Florcruz, CNN, 10-02-2009 http://www.cnn.com/2009/WORLD/asiapcf/02/10/china.drought/

(2)”China declares an emergency amid worst drought in 50 years”, Jane Macartney, Timesonline, 5-02-2009. http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/asia/article5665232.ece

(3)”China declares emergency as drought bites”, Lucy Hornby, Reuters, Sciam, 5-02-2009.

(4) » Ni la sécheresse ni les inondations au Sichuan n’ont été causées par le projet des Trois Gorges en Chine », Agence de presse Xinhua, 07-24-207 -”La neige et la sécheresse affectent un sixième des terres cultivables en Chine”, Beijing Information, 25-02- 2008 – « China drought leaves 670.000 without drinking water », Reuters, 13-04-2008.


Publié le 12 février 2009 par marlene dans Actualité,Chine,Désertification.
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Climat: sorcières et effet de serre.

Bonjour,

Pendant une heure, Emmanuel Le Roy Ladurie se promène à travers six siècles pour éclairer une chronologie de canicules et de frimas qui raconte aussi des crises. Dans une émission de « l’Académie des sciences morales et politiques », il revient sur le tome I de son recueil « Histoire humaine et comparée du climat », « Canicule et Glaciers du XIIIe au XVIIIe siècles. » (1) L’historien, qui travaille depuis plus de 50 ans sur les conséquences du climat sur l’histoire des hommes, étire le calendrier jusqu’en 2003 pour envisager la relation inverse. L’Homme, à la merci des étés torrides et des hivers rigoureux pendant des siècles, joue à son tour sur le climat.

Anticyclone des Açores et effet de serre.

On commence avec la canicule de 2003, 15.000 morts supplémentaires en France, une tragédie nationale, mise en parallèle avec d’autres canicules, 1414, 1556, 1706, 1719, 1779. En 1719, la chaleur tue plus de 400.000 personnes sur l’équivalent du territoire français. Rapporté à la démographie actuelle, ce bilan aurait fait 1,2 millions de morts en 2003. En 1719, les températures élevées provoquent une diminution des nappes phréatiques et une baisse du niveau des rivières. Les eaux sont polluées. Les pauvres n’ont rien à boire. Avec pour effet, une vague de dysenterie meurtrière. L’historien note une similitude entre les deux canicules. Celle de 2003, qui a campé sur l’espace français, et le Val de Loire, s’explique par la position de l’anticyclone des Açores. Au XVIII° siècle, c’est aussi le val de Loire qui est dans « l’œil » de la canicule. Avec pour conséquence, un ralentissement démographique pendant quelques années. Mais si les canicules historiques signalent une « variabilité du climat », celle de 2003 serait plus probablement liée à l’effet de serre. « Si l’on admet l’effet de serre », remarque l’historien. Qui ajoute: « Moi j’y crois ».

Les sorcières et le CO².

Le climat explique aussi le déficit ou l’abondance des récoltes. Le début du XIV° siècle marque le début du « Petit Âge Glaciaire » - qui s’étire du XIVe siècle au milieu du XIX° siècle -. L’année 1315, qui amorce ce long cycle climatique, connaît de fortes pluies. La production céréalière s’effondre, le foin pourrit. Une grosse famine provoque la mort de plus d’un million de personnes. L’année 1420 signale une autre famine, due à une canicule que n’exclut pas cette période froide. En 1788, une grande grêle détruit les récoltes, et compromet les stocks de 1988-1989. Cette période de vaches maigres contribue à créer un climat social explosif. La Révolution gronde. Et quand le ciel se fâche, il faut bien trouver des coupables. Au XVI° siècle, on accuse les sorcières de provoquer la grêle et de convoquer les orages. On les brûle, surtout en Allemagne. « Aujourd’hui, ce ne sont plus les sorcières qui sont responsables, mais le CO², le méthane », commente l’historien.

Le volcan et la révolution.

A l’échelle mondiale, l’explosion de Tambora, illustre encore cette relation entre climat et histoire. En 1815, ce volcan indonésien explose. Cet accident géologique s’accompagne d’une pluie de poussières. La circulation des poussières et des gaz bouleverse le climat de la planète. En Europe, l’année suivante, sans été, est surnommée « l’année sans soleil ». C’est aussi une année de mauvaises récoltes en Europe, 200.000 personnes meurent. En Amérique du Sud, la canne à sucre est moins abondante. Ce changement climatique se prolonge en Europe. L’année 1846 est marquée par une canicule, accompagnée d’une sécheresse. La récolte, pommes de terres et céréales, est mauvaise. En 1847, cette crise alimentaire fait flamber les prix. L’industrie et la finance se portent mal, les faillites se multiplient, le chômage augmente. Cette crise économique attise la révolution de 1848. Indirectement impulsée, trois décennies plus tôt, par l’explosion de Tambora.

Canicules du XX° siècle.

Emmanuel Le Roy Ladurie s’est également beaucoup intéressé aux glaciers. Ils racontent, approximativement, les cycles longs du climat. Leurs avancées renseignent sur les périodes de froid. Leurs reculs témoignent de températures clémentes. L’historien, qui connaît cette chronologie, fait de 1860 une année charnière qui marque un recul des glaciers. Et pourtant, il faut attendre quatre décennies, et l’année 1903, pour observer une hausse des températures. La décennie 1950-1970 signale une régression des glaciers, conséquence de l’effet de serre. Des exceptions ne contredisent pas une géographie glaciaire moins étendue. Le XX° siècle, qui connaît un petit rafraîchissement de 1950 à 1970, commence à montrer des signes de réchauffement. C’est d’abord la canicule de 1976. Puis, la décennie 90 qui cumule les été torrides, 1992, 1994, 1995, 1997, 1999, et 2003. Effet de serre, sans catastrophisme.

Voilà, pour ceux qui ont le temps, l’interview d’Emmanuel Le Roy Ladurie par Maud Aigrain sur Canal Académie. Il y évoque notamment la « politisation du climat », spécificité française.

M.J

(1) « Histoire humaine et comparée du climat », Tome I, Canicule et Glaciers du XIIIe au XVIIIe siècles, Editions Fayard, juin 2004.


Publié le 9 février 2009 par marlene dans Climat,Histoire.
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Gaz de pauvres et gaz de riches.

Bonjour,

« Par ces temps qui courent, habiter Dakar ou sa banlieue ne change rien. Partout on souffre du manque de gaz. Les femmes éprouvent d’énormes difficultés pour faire bouillir la marmite. », écrit le Soleil le 2 février dernier. Le quotidien sénégalais rapporte que, depuis quelques jours, la capitale manque de gaz et de charbon de bois. Problèmes d’approvisionnement. Les Sénégalaises courent les boutiques du voisinage pour trouver l’improbable bouteille de butane qui permettra de faire à nouveau frémir la marmite. Faute de combustible, les gosses filent à l’école le ventre vide. En attendant un retour à la normale, annoncé pour bientôt.

Difficultés d’approvisionnement et de stockage des hydrocarbures, envolée des prix du pétrole, mauvais réseau d’électricité, pannes à répétition quand l’accès existe, la « sécurité énergétique » des Sénégalais est une équation à multiples inconnues. Côté des ménages et du fourneau, c’est biomasse ou butane. Déforestation ou gaz. Pour empêcher que le bois alimente le feu de la marmite, en brousse et en ville, le gouvernement sénégalais développe depuis longtemps une politique de « butanisation ». Dès 1974, il détaxe les importations d’équipements. A partir de 1987, il décide de subventionner le combustible, conditionné en bouteilles de 2,7 kg, et 6 kg. Avec pour conséquence une entrée en force des bouteilles de butane dans les cuisines sénégalaises. La consommation augmente de plus de 500% entre 1987 et 1998. Cette transition « butane », qui a particulièrement bien marché en ville, a eu moins de succès en brousse. Problèmes d’approvisionnement, manque d’argent, ou habitude de vie, les ruraux ont continué à faire des feux de bois. Reste une « démocratisation » de la bouteille de gaz plutôt positive. Mais la subvention « butane », dopée par la hausse de la consommation et celle des prix des produits pétroliers,  coûte cher au gouvernement sénégalais. Il décide alors de couper progressivement cette aide. (1) En 2008, il annonce la fin des subventions sur les bouteilles de butane. Ses arguments, l’évasion des bouteilles sénégalaises vers des pays frontaliers, où, non subventionnées elles sont vendues plus chères. Un petit trafic, source de revenus. Autre raison officielle, cette aide de l’Etat n’aurait pas introduit cette source d’énergie dans les foyers les plus pauvres.  L’annonce de la suppression du programme de « butanisation  » est une mauvaise nouvelle pour beaucoup de Sénégalais.

Début décembre 2008, même scénario à Bamako, les Maliens s’épuisent à trouver une bouteille de gaz chez les revendeurs. Le gouvernement malien, engagé dans une politique de « butanisation » similaire à celle du Sénégal, plus de butane moins de bois, peine à payer ses fournisseurs. D’où une rupture périodique de l’approvisionnement, un feuilleton à répétition. Voilà, c’est l’occasion d’avoir une pensée pour les fumeurs – dont je suis – qui peuvent se restaurer, ou boire un verre, en plein hiver, dans la douceur d’une terrasse réchauffée par des braseros électriques, ou par des appareils à gaz. Yves Cochet, député Vert à l’origine d’un projet de loi visant à interdire les terrasses chauffées, explique que « chauffer la rue » est « symbolique » d’un « gaspillage occidental bête ». C’est le moins que l’on puisse dire.

M.J

(1) ENDA (Energie, Environnement, Développement), Débat sur la sécurité énergétique du Sénégal), Concept Note, décembre 2007.- « Rapport gaz butane –« Etude portant sur les coûts d’approvisionnement, de conditionnement, de transport et de distribution du gaz butane au Sénégal », Janvier 1999, Bureau d’Etudes Sow et Sagna, pour le Ministère de l’Environnement et le Ministère de l’energie. http://www.riaed.net/IMG/pdf/Version_rapport_gaz_butane_avec_resume_et_page_de_garde.pdf


Publié le 4 février 2009 par marlene dans Actualité,Afrique,énergie
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