Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’Afrique, du soleil et du vent.

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Bonjour,

Les énergies renouvelables, une voie de développement pour l’Afrique ? La question a été posée la semaine dernière à Dakar, lors du troisième salon international des énergies renouvelables et de l’environnement en Afrique. Elle a aussi été abordée à Syracuse, où se tenait à peu près en même temps le « G8 » des ministres de l’environnement. La France y a lancé l’idée d’un « programme d’autonomie énergétique »  pour l’Afrique, basé sur l’exploitation des sources d’énergie propres et accessibles. (1) Sur un continent gavé de soleil, balayé par les vents, où le bois reste le principal combustible abordable, et l’électricité le luxe d’une minorité, la question du renouvelable mérite d’être posée.

Déforestation.

Avant de viser un développement économique à l’échelle continentale et de freiner un réchauffement climatique alimenté par la combustion d’énergies fossiles, il s’agit d’améliorer les conditions d’existence de ces millions d’Africains, privés d’électricité. Sur le continent, seulement 20% de la population bénéficie d’un accès direct à l’électricité. Et sans doute moins de 5% dans les pays les plus défavorisés. En brousse, c’est pire, 2% seulement des habitants sont éclairés par le réseau électrique.(2) Ces estimations ne tiennent pas compte des nombreuses coupures d’électricité dues à des infrastructures vétustes. Et qui continuent de se dégrader, faute d’entretien. L’électricité africaine, principalement alimentée par l’exploitation de ses fleuves, quand ils ne sont pas à sec, est en panne. Dans les familles les plus pauvres, on utilise le bois, les bouses de vaches, et les résidus des récoltes pour s’éclairer, ou pour cuisiner. Conséquences, une déforestation encore très active, une perte de temps à trouver la matière première, et une atmosphère malsaine dans les foyers. D’où l’idée de développer les énergies renouvelables, principalement le solaire et l’éolien, pour éclairer les devoirs des écoliers, éviter les arrêts répétés des frigos, ou alimenter les hôpitaux.

Gaspillage de matière première.

En 2004, le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), promoteur d’une vision et d’une stratégie pour la Renaissance de l’Afrique, adopte une déclaration pour les énergies renouvelables. Il s’agit de développer les ressources énergétiques du continent, notamment par le biais d’une coopération régionale. Et de rendre cette énergie accessible au plus grand nombre. Perspective partagée par l’Union Africaine, de nombreux organismes Africains, les grands bailleurs de fonds, et soutenue par des gouvernements occidentaux. Le potentiel existe. L’Afrique est l’un des espaces les plus ensoleillés de la planète, privilège sans doute partagé avec l’Australie et la péninsule arabique. Côté vent, la ressource n’est pas négligeable. Une étude commandée par la Banque africaine de développement (BAD) estime qu’une quinzaine de pays, de l’Afrique du Nord au Cap Vert, en passant par la Mauritanie, en Afrique australe ou orientale, pourraient parier sur l’énergie éolienne. (3) Les quelques projets, qui s’éparpillent sur le continent, témoignent d’un gaspillage de la matière première.

Trop peu de projets.

Au Rwanda, en 2007, le Président Kadame inaugure le « plus grand projet d’énergie solaire en Afrique », résultat d’un partenariat avec l’Allemagne. En 2004, le pays s’est trouvé privé d’électricité, suite à l’assèchement de ses lacs et de ses rivières. Le projet, sans doute insuffisant, y apparaît comme une promesse de temps meilleurs. En Ethiopie, les 5500 habitants d’un petit village profitent de l’électricité d’origine solaire, autre bénéfice d’un partenariat avec l’Allemagne. Au sud-est du Nigeria, la Banque Mondiale étudie les possibilités du solaire pour alimenter des communautés rurales, écartées du réseau national. Dans une petite ville du Burkina Faso, au sud –est de Ouagadougou, des panneaux solaires installés sur le toit d’une clinique éclairent le bâtiment depuis deux décennies. A Madagascar, le photovoltaïque est une solution envisagée par le gouvernement et des ONG, pour alimenter des hôpitaux de campagnes soumis à de nombreuses coupures d’électricité. Un grand parc éolien devrait être érigé en Ethiopie pour éclairer plus de cinq millions de citoyens. La Namibie, en manque d’électricité et tributaire de ses voisins, l’Afrique du Sud, la Zambie, le Zimbabwe, mise sur la force des vents et sur un partenariat néerlandais. Le Maroc, mais surtout la Tunisie épaulée par l’Espagne, comptent de plus en plus sur l’éolien pour réduire leur facture d’électricité. (4)

Financement.

Cette liste, même incomplète, signale que tout reste à faire. Le problème, le financement. La hausse des prix des carburants fossiles et la déforestation n’y changent pas grand-chose. L’énergie solaire reste coûteuse, donc inaccessible à une majorité d’Africains. Investir dans un système solaire revient à payer une facture d’électricité longue de 20 ans. (5) Sans être sûr que le matériel durera aussi longtemps. Solution pour les grands travaux, un partenariat avec des acteurs occidentaux et des bailleurs de fonds, avec des remboursements souvent difficiles à honorer. A plus petite échelle, un coup de pouce aux particuliers. Le Ghana et le Burkina Faso ont adopté une fiscalité incitative et mis en place un dispositif de micro-crédits pour aider leurs citoyens à s’équiper en photovoltaïque. L’équipement est remboursable en 24 ou 36 mois.(6) Autre solution, baisser les taxes à l’importation, une pratique expérimentée au Kenya par African Energy, une société installée aux Etats-Unis qui vend des panneaux aux PME africaines.(6) Le PNUE (Programme des Nations Unies pur l’Environnement) parie sur le micro-crédit. En Inde, le PNUE a tenté de convaincre les banquiers locaux de financer de petites installations solaires, histoire d’alimenter quelques ampoules. Résultat, de meilleures notes pour les élèves, des ateliers de couture productifs, et des épiceries plus attractives. (7)

« Desertec » et le four solaire.

Dans un contexte de réchauffement climatique propice aux énergies propres, un grand projet germe dans la tête des Occidentaux, « Désertec ». Il s’agit d’exploiter les ressources énergétiques du Sahara, en débordant un peu sur le Moyen Orient. En clair, tapisser les déserts de panneaux solaires et canaliser la ressource éolienne pour approvisionner une Europe, engagée à réduire des émissions de gaz à effet de serre. Et doter du même coup ces régions d’une source d’énergie propre, et d’une technologie de pointe. “Désertec”, un objectif 2050. Moins ambitieux, le four solaire qui cuit les aliments avec les rayons du soleil. Une invention qui date d’une vingtaine d’années, et qui aurait bien besoin d’un petit coup de pouce.

MJ.

Un universitaire camerounais évoque les coupures d’électricité dans son pays. L’énergie solaire, un truc pour les touristes…..Petit problème, le son ne marche pas à tous les coups…Comme l’électricité sur le continent africain…

http://www.youtube.com/watch?v=v615h6QonIc

(1) “Le dialogue Nord-Sud progresse sur le climat”, Brigitte Perucca, Le Monde, 24-04-09.

(2) « L’énergie, clé de la prospérité en Afrique », Analyse et perspectives de la problématique de l’énergie sur le Continent , Itai Madamombe, Afrique Renouveau http://www.afrik.com/article8172.html

(3) « Tunisie : l’énergie éolienne a le vent en poupe. », Féthi Djebali, Youad Ben Rejeb, 23-12-2008. http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=5049

(4) Sources diverses.

(5) »L’énergie Solaire est-elle une solution alternative pour l’Afrique ? Le prix des panneaux continue de baisser », 26/09/2004, http://www.grioo.com/info3123.html

(6) « Solaire : l’Afrique en aura besoin pour se développer », Bati Depot, 14-11-08

http://www.bati-depot.fr/actualite/solaire-l-avenir-de-l-afrique-1602.html

(7) « Afrique: L’énergie solaire offre des solutions pour les zones rurales les plus pauvres », United Nations (New York), 30 Avril 2007, http://fr.allafrica.com/stories/200704301232.html



Publié le 29 avril 2009 par marlene dans Actualité, Afrique - Environnement., énergie
Tags :: Afrique, Energies renouvelables

Les maux de la ville.

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Bonjour,

Quand plus de la moitié de l’humanité réside en ville, comment financer des logements abordables dans un contexte de crise financière et climatique ? La question était posée aux représentants d’une soixantaine de pays, réunis du 30 mars au 3 avril dernier à Nairobi, par le conseil d’administration d’ONU-Habitat. Cet organe des Nations Unies pour les établissements humains accompagne les pays, notamment les plus démunis, pour fabriquer des conditions urbaines plus décentes. Chaque mois, les villes des pays en voie de développement accueillent cinq millions de nouveaux habitants.

Inégalités et droit au logement.

La question posée à Nairobi fait écho au dernier rapport ONU-Habitat sur « l’état de villes dans le monde ». (1) Publié en octobre dernier, ce document, intitulé « Villes harmonieuses », mesure la « température urbaine » à l’aide de quelques paramètres, répartition spatiale, évolution de la taille des villes, harmonie et égalité sociale, et relation entre développement urbain et protection de l’environnement. Cette cartographie mondiale révèle une urbanisation à deux vitesses. Urbanisation galopante dans les pays du sud, où la pauvreté des campagnes rend la ville attractive. Croissance modérée et villes en déclin dans les pays développés, notamment en Europe. Les pays en voie développement participent à 95% de l’urbanisation mondiale. C’est en Afrique que les villes gonflent et se bricolent le plus vite. Niamey (Niger), Dar Es Salam (Tanzanie), ou Lomé (Togo) enflent de 4% par an. D’ici à 2050, la moitié de la population africaine sera citadine. Près des deux-tiers en Asie. Cette urbanisation anarchique fabrique des conditions de vie difficiles. A l’échelle mondiale, un citadin sur trois habite un bidonville. En Afrique subsaharienne, plus de la moitié. Le rapport note que la situation sociale est explosive dans de nombreuses villes d’Amérique du Sud, Bogota (Colombie) et Sao Paulo (Brésil) en tête. Et d’Afrique, Johannesburg et le Cap ( Afrique du Sud). Mais les tensions urbaines ne sont pas réservées aux pays pauvres. Les grandes cités des Etats-Unis présentent des niveaux d’inégalité aussi alarmants qu’Abidjan (Côte d’Ivoire), Nairobi (Kenya), ou Maputo( Mozambique). « L’accès au logement est un défi pour tous les pays, qu’ils soient développés ou en développement. » déclare Anne Tibaïjuka, directrice générale d’ONU-habitat. (2)

Villes et crise climatique.

Selon l’ONU-Habitat, la crise climatique pourrait accentuer les pressions urbaines. Les cités construites dans les zones côtières, plus de 3351 selon le rapport, sont particulièrement exposées aux inondations. Les 13 millions d’habitants de Dhaka, au Bengladesh, connaissent bien ce problème. Calcutta en Inde, est également en première ligne. A Alexandrie, en Egypte, une élévation du niveau marin ferait fuir environ deux millions d’habitants. Lagos (Nigeria) , 10 millions d’habitants, apparaît également très exposée. Si l’Asie reste le continent le plus menacé par les conséquences du réchauffement climatique, l’Afrique apparaît la plus démunie pour affronter les intempéries. Pour ONU-Habitat, les effets des changements climatiques devraient jeter plus de 380 millions de personnes à la rue, la plupart issus des pays en voie de développement.

Sao Paulo et San Diego.

On apprend encore que si la ville est un producteur actif de gaz à effet de serre (GES), elle peut aussi corriger ses défauts. La ville et ses activités génèrent aujourd’hui 80% du dioxyde de carbone émis sur la terre, sans parler des autres rejets. Mais toutes les cités de la planète ne contribuent pas au réchauffement de la même façon. Si les villes riches sont, en principe, plus polluantes – industries, transports, et niveau de vie de ses habitants -, une meilleure gestion urbaine peut changer la donne. Le rapport cite l’exemple de la mégalopole brésilienne Sao Paulo, plus de 20 millions d’habitants pour environ 249 000 km², qui produit le dixième des émissions de San Diego en Californie, 1,3 millions d’habitants pour environ 164 km². Ce qui indique que le mode de vie urbain, une ville plus compacte et mieux desservie par les transports en communs, peut vraiment jouer sur les émissions de GES. D’où l’importance de développer une stratégie urbaine.

Bangkok

Le message d’ONU-Habitat est d’ailleurs “l’intervention”. Aider les pays à élaborer une politique du logement et de la ville. A Bangkok (Thaïlande), La Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) et ONU-Habitat ont mis en ligne des guides pour aider les dirigeants à gérer la croissance sauvage des bidonvilles. Une sorte de mode d’emploi pour soulager la misère des ghettos urbains, condition d’une stabilité sociale. Le Népal, le Cambodge, et l’Indonésie sont également ciblés. Selon le rapport de l’ONU-habitat, Bangkok, probablement 12 millions d’habitants, serait en passe de devenir une « ville harmonieuse ». Une invitation à repenser la ville et ses inégalités, à Abidjan, à Lagos, ou à Chicago.

M.J

Le bidonville de Mumbai (Inde)

http://www.youtube.com/watch?v=lIaq_5GNI1I

(1) http://www.unhabitat.org/pmss/getPage.asp?page=bookView&book=2562

(2) « Conférence de presse sur le « Rapport sur la situation des villes dans le monde 2008-2009 : Villes harmonieuses » <!– /* Style Definitions */ p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal {mso-style-parent:”"; margin:0cm; margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:”Times New Roman”; mso-fareast-font-family:”Times New Roman”;} a:link, span.MsoHyperlink {color:blue; text-decoration:underline; text-underline:single;} a:visited, span.MsoHyperlinkFollowed {color:purple; text-decoration:underline; text-underline:single;} @page Section1 {size:612.0pt 792.0pt; margin:70.85pt 70.85pt 70.85pt 70.85pt; mso-header-margin:36.0pt; mso-footer-margin:36.0pt; mso-paper-source:0;} div.Section1 {page:Section1;} –> http://www.un.org/News/fr-press/docs/2008/Conf081027-HABITAT.doc.htm


Publié le 10 avril 2009 par marlene dans Actualité, Climat, Developpement, Ville
Tags :: bidonvilles., ONU-Habitat, Ville

Richard Long, le pèlerin du Land Art.

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Bonjour,

Richard Long court le monde pour arpenter des paysages sauvages, qu’il retouche souvent. Le randonneur est artiste: « …mon intention était de faire un art nouveau qui était aussi une nouvelle façon de marcher: la marche comme art. »(1)  Lors de ses périples, il prend des photos, rapporte quelques mots, ou ramène des matériaux qu’il organise pour les musées. Il aime travailler loin de l’agitation, sur des espaces vierges. Richard Long appartient à la famille du Land Art.

Sur les traces des pèlerins.

Sur son site, sa biographie tient en trois temps. En 1945, naissance en Angleterre. De 1962 à 1965, England College of Art, à Bristol. Puis, de 1966 à 1968, St Martin School of Art. La nature devient son modèle, il commence à marcher en 1967. Il suit les traces de cette humanité qui aime cheminer, les pèlerins, les poètes japonais, ou les romantiques anglais. Ses pas le mènent en Europe, en Amérique, au nord et au sud, en Afrique, au Japon, ou en Inde. Si chaque périple, guidé par une idée particulière, est unique, l’intention se répète : « Ainsi marcher – entendu comme art – me fournit un moyen idéal pour explorer les relations entre le temps, la distance, la géographie, et la mesure. » (1) Et pour marquer ce territoire parcouru, il cartographie son itinéraire, produit des textes qui témoignent de ses rencontres matérielles ou sensorielles, ou photographie les modifications qu’il apporte au paysage. Les pierres, qui accompagnent la progression de son parcours, l’aident à élargir les frontières de la sculpture.

Des serpents et une nuit sans lune.

En 1990, quand il relie la côte nord de l’Espagne à la côte sud, il dépose une pierre à mi-chemin de ce long périple. En 1995, une marche le conduit à travers l’Angleterre, depuis la côte atlantique jusqu’à celle de la Mer du Nord. Chaque jour, il prend une pierre qu’il pose, le lendemain, à l’endroit où il choisit une autre pierre. Et ainsi de suite, la sculpture évolue, de jour en jour, de pierre en pierre. En 1998, une ligne de 33 pierres marque le temps d’un périple de 33 jours qui le conduit du point le plus sud de l’Angleterre, au point le plus nord. En 1997, il passe huit jours dans une forêt de la région d’Aomori, au Japon. Son carnet de voyage témoigne de quelques rencontres, deux serpents, des grenouilles, une famille de singes, et une nuit sans lune.

Une ronde d’enfants.

Dans la chaîne de l’Himalaya (1975), dans la campagne écossaise (1981), dans le désert du Sahara (1988), des lignes de pierres témoignent de son passage. Lors de son premier voyage (1967), au Pérou (1972), ou encore au Sahara, une empreinte linéaire retient la trace de ses pas dans le paysage. Il sculpte aussi des cercles, dans les Andes (1972), en Irlande (1975), en Ecosse (1986), au Sahara ( 1988), dans le désert de Gobi (1996), ou dans l’Oregon (2001). En 2003, il exporte ses compositions circulaires en Inde, complique les formes, travaille les contrastes, ou les abandonne à une ronde d’enfants.

Et un bout de ciel.

Privé de pierres et de bois, il pourrait explorer les possibilités du ciel : « Lors d’une promenade en montagne, on pourrait sculpter au dessus des nuages, peut-être dans une région éloignée, en apportant une liberté d’imagination sur la façon, et le lieu, ou l’art peut-être produit dans le monde. » (1) En 1995, il marche pendant trois jours et demi, depuis l’embouchure de la Loire jusqu’au premier nuage rencontré. Il en rapporte un échantillon de ciel azur.

M.J

(1) Richard Long, website http://www.richardlong.org/index.html


Publié le 7 avril 2009 par marlene dans land art
Tags :: land art, marche., Richard Long

Les girafes du Niger.

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Bonjour,

Tout est parti d’un reportage lu dans Libération « Une croissance au long cou » (1). Le papier détaille un projet de développement en Afrique, articulé autour de la conservation de la girafe blanche. Un autre article, paru dans la revue « anthropozoologica » livre une vision plus critique de ce programme, d’inspiration occidentale.

Conserver les girafes.

L’histoire se passe au Niger, dans la région de Kouré, à une heure et demie de voiture de la capitale, Niamey. L’héroïne de l’histoire, une girafe blanche qui regarde le monde du haut de ses cinq mètres, et quelques. Autrefois chassée pour sa viande, victime de l’agriculture, de la déforestation, des sécheresses à répétition, ou des conflits armés, cette pauvre girafe commence à compter les siens. En 1996, la Président du Niger ordonne une capture meurtrière. Le troupeau ne compte plus qu’une cinquantaine de têtes, et peu de jeunes bêtes. Ce qui suppose la disparition probable d’une sous- espèce endémique d’Afrique de l’Ouest, qui autrefois essaimait du Sénégal au Lac Tchad.

En 1996, une éthologue familière du Niger, soucieuse du sort des girafes, intervient. L’Union européenne soutient. L’association de sauvegarde de la girafe du Niger (ASGN) est creée. Cette association porte un plan de sauvegarde de l’espèce, accompagné d’un projet de développement rural, et touristique. Dans un pays aux ressources naturelles très dégradées par les sécheresses, caractérisé par une forte croissance démographique, et des crises alimentaires à répétition, tout projet de développement compte. Le gouvernement du Niger suit, le braconnage mènera désormais en prison. En 2000, quand l’Union européenne cesse d’appuyer l’initiative, le directeur du zoo de Douai La Fontaine prend le relais. Ce défenseur de l’environnement et des espèces, est un amoureux de la girafe du Niger, en pension dans son parc animalier. (1)

Au Niger, douze ans après le massacre, le troupeau compte désormais près de 200 girafes. Une réussite. Les habitants, sensibilisés et invités à la sauvegarde de l’espèce, condition d’un peu moins de pauvreté, ont marché. Ce qui n’empêche pas les conflits quand les girafes, en quête de feuillages, se permettent l’entrée des champs et des vergers pour voler de la nourriture. Aujourd’hui, une trentaine de villages bénéficie des retombées économiques de cette mobilisation autour de la girafe. Une dynamique de micro-crédits transforme les femmes en agricultrices actives, sur une terre désormais dotée de puits. Des paysans, formés par le zoo, sont devenus guides à temps partiel. Ils emmènent les touristes, qui comme moi ont regardé Daktari à la télé quand ils étaient petits, voir d’un peu plus près à quoi ressemble une grande girafe plantée dans sa brousse.  L’équilibre est fragile, le manque de pâturages pourrait pousser l’espèce à migrer dans un environnement plus généreux en nourriture. Reste une vision optimiste d’un projet encadré, qui a impliqué les populations locales. (1)

http://www.youtube.com/watch?v=19GALTH1CQ4

Animal exotique et viande de brousse…

Dans un article intitulé «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les «  girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, anthropologue, développe un point de vue plus fouillé.(2) C’est aussi son métier. « Cet article pourrait avoir comme sous-titre « la construction des girafes nigériennes en patrimoine » attaque-t-elle. Elle y oppose deux visions du monde. La première, occidentale, ne s’embarrasse pas des différences culturelles. Pour les « Blancs », la girafe est « emblématique de la faune africaine ». C’est un animal exotique, inoffensif, fort sympathique, importé dans notre imagerie nationale au début du XIX° siècle. S’y ajoute une « responsabilité » de conservation, héritée d’une culture animalière, portée par la vision d’un patrimoine écologique à transmettre, et sans grand rapport avec la représentation des Africains. « La girafe n’occupe pas une place de choix dans le bestiaire local et n’a pas de nom spécifique. » La girafe des Africains est un animal de brousse, qui avait une utilité économique. Avant l’interdiction de la chasse, elle fournissait de la viande et alimentait la pharmacopée traditionnelle. Protégée par le « plan girafe », elle devient la « girafe des Blancs », « un animal ni sauvage ni domestique et sans utilité ». Et surtout, dès qu’une girafe est malade, témoignage de villageois: “des tas de voitures viennent de Niamey; il vaut mieux être une girafe malade qu’une femme en couches.”

Cet article détaille les inconvénients d’un projet « importé » par les Occidentaux. Il met les girafes et les hommes en concurrence pour la nourriture. Il bouscule les organisations territoriales traditionnelles ou administratives. Il ne profite pas à tout le monde. Mais ce projet, qui contribue à faire connaître la région de Kouré dans le monde entier, peut attirer d’autres initiatives de développement. Enfin, ce troupeau de girafes peut être aussi l’occasion d’une nouvelle solidarité communautaire… A inventer: « On n’est peut-être pas très loin de l’émergence du troupeau en bien géré, selon des modes qui restent à inventer, par une collectivité qui en tire des bénéfices, redistribués selon des modes là aussi à inventer… »

M.J

(1) « Une croissance au long cou », Eliane Patriarca, « Futurs », Libération, 31 mars 2009.

http://www.liberation.fr/sciences/0101559167-une-croissance-au-long-cou

(2) «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les « girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, Anthropozoologica, 39, Juillet 2004, pp 289- 300

http://www.mnhn.fr/museum/front/medias/publication/10597_Luxereau.pdf

Pour en savoir plus sur l’environnement au Niger : http://ec.europa.eu/development/icenter/repository/Niger_CEP_2006.pdf


Publié le 3 avril 2009 par marlene dans Afrique - Environnement., Biodiversité
Tags :: conservation., girafe, Niger

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