Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Elevage: entre industrie et survie.

Bonjour,

Poussé par les pays en voie de développement, l’élevage planétaire est en plein boom. C’est le constat du rapport 2009 de la FAO, l’organisation des Nations –Unies pour l’alimentation et l’agriculture. L’amélioration du niveau de vie, l’urbanisation, et la croissance démographique ont fait décoller la demande en viande, en œufs, et en produits laitiers. Cette évolution, rapide et anarchique, pèse sur l’environnement. Mais, dans les pays les plus pauvres, posséder une vache évite la faim.

Multiplications.

Côté consommation, la multiplication s’impose. En 25 ans, dans les pays de l’Est et du Sud-Est asiatique, la part de la viande dans le régime alimentaire a pratiquement été multipliée par 4. Elle est passée de 12,8kg, par an et par habitant en 1980, à 48,2kg en 2005. En Chine, pour la même période, elle a plus que quadruplé, sautant de 13,7 kg à 59,5 kg. En 2005, les Chinois consomment aussi dix fois plus d’œufs et de lait qu’en 1980. Au Brésil, depuis les années 80, la part de la viande a doublé,  portant la consommation à plus de 80 kg, par an et par habitant, en 2005. Exception dans ce changement de régime, l’Afrique sub-saharienne,  où les chiffres stagnent et reculent. Globalement, si la consommation de produits dérivés de l’élevage a doublé dans les pays les moins riches en plus de deux décennies, elle n’a guère progressé dans les pays développés, où l’alimentation d’origine animale était déjà très importante. Avec plus de 120 kg de viande par an, et par habitant, les Etats-Unis restent le royaume du steack. L’offre a globalement suivi la géographie et l’envolée de la demande. Entre 1980 et 2007, la production issue de l’élevage a plus que triplé dans les pays émergents. L’Asie de l’Est et du Sud- Est a accompli une transition plus rapide, suivie par l’Amérique latine et les Caraîbes. La Chine a multiplié sa production de viande par 6, le Brésil par 4. En 2007, les pays en voie de développement produisent plus d’œufs et de viande que les pays développés.

Elevage industriel.

Elevage industriel, celui qui approvisionne des villes toujours plus peuplées, notamment dans les pays en voie de développement. L’urbanisation y est de 73%, contre une moyenne mondiale de 42%. Au Brésil, en Chine, en Inde, les revenus ont augmenté, les habitudes alimentaires ont changé. La viande s’est imposée dans les menus des citadins qui, désormais, prennent leurs repas à l’extérieur. Ce changement de régime, décliné à l’échelle des puissances émergentes, pèse sur l’environnement. L’élevage, gros producteur de gaz à effet de serre, 18% des rejets mondiaux, est aussi un gros consommateur. Chaque année, il puise 8% de la réserve mondiale en eau. Il s’étend sur de vastes superficies agricoles, 80% des terres disponibles, dont 1/4 de pâturages et 1/3 de zones destinées à produire des aliments pour le bétail. Dans certains pays, les exploitations intensives repoussent la forêt, et favorisent le surpâturage. L’élevage, qui s’est rapproché des villes pour réduire les coûts des transports, est aussi un vecteur de maladies. La FAO regrette que la filière, boostée par la technologie dans un souci de rentabilité, se soit emballée sans cadre institutionnel, sans contrainte, sur le dos des équilibres sociaux et naturels. D’où l’urgence à contrôler un développement qui intègre les petits producteurs, n’épuise pas les ressources naturelles, et respecte les règles sanitaires. Et s’il faut choisir une viande, la volaille ou le porc, en rapide expansion, à l’alimentation  plus douce pour l’environnement que celle du boeuf.

Elevage domestique.

Elevage domestique, celui qui soulage le quotidien des ménages les plus pauvres. Dans de nombreux pays en voie de développement, de petits exploitants associent l’élevage à une agriculture familiale. La FAO, qui a échantillonné une quinzaine de pays, révèle que 60% des ménages entretiennent des animaux. A Madagascar, la part des familles possédant du bétail grimpe à 77%, 63% au Malawi, 82% au Viet-Nam, et 84% en Equateur. Sans compter les oubliés de la richesse européenne, 84% en Albanie, et 72% en Bugarie. Ce bétail, qui donne des veaux et du lait, est d’abord une source de revenus pour ces petits exploitants. Il est aussi l’assurance d’une alimentation régulière, et de bonne qualité. Il représente encore une force de travail pour cultiver les champs. Et dans ce monde où rien ne se perd, les bouses de vaches constituent un engrais, ou un combustible. L’élevage est aussi une source d’emploi pour les femmes qui élèvent des poules et des chèvres, et tirent revenus des œufs et du lait. En Afrique, la volaille, produit de la maison ou produit du village, est d’ailleurs souvent une affaire de femmes. Mais, à moins d’un sérieux coup de pouce de la part des décideurs, assorti d’un encadrement institutionnel, « La production animale risque de rester  un moyen d’existence et un filet de sécurité essentiels pour les ménages pauvres pendant de nombreuses années encore. »

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Et pastoralisme.

A distance de l’élevage industriel et  à proximité de l’élevage domestique, le pastoralisme. Dans certains pays de la Corne de l’Afrique ou du Sahel, les éleveurs négocient leurs chèvres, leurs moutons, leurs bœufs, ou leurs chameaux à des marchands qui les destinent au Proche Orient, ou aux agglomérations côtières d’Afrique de l’Ouest. Ce commerce est aujourd’hui menacé par des normes sanitaires plus rigoureuses. La multiplication des contrôles frontaliers, l’expansion des terres cultivées et des aires protégées, limitent aussi l’espace pastoral traditionnel. Partout dans le monde, les éleveurs nomades sont une espèce en voie de disparition. Autre ennemi de cet élevage itinérant, le changement climatique qui assèche des terres déjà arides, et prolonge les sécheresses.

M.J

Rapport FAO 2009: « Le point sur l’élevage »


Publié le 31 mars 2010 par marlene dans Agriculture.,FAO,Urbanisation
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Singapour, l’île qui manque d’eau.

Bonjour,

La République de Singapour est une petite île, une Cité-Etat située à l’extrême Sud de la péninsule malaise. C’est un tout petit bout de territoire, environ 680 km2, le plus petit Etat d’Asie du Sud-Est. C’est un espace très urbanisé, où 4, 5 millions de citoyens poussent les densités urbaines à 6826 habitants au kilomètre carré. C’est un Etat prospère, où l’espace en partie gagné sur la mer est compté, un espace sans ressources naturelles. L’île, pourtant généreusement arrosée par un climat tropical humide, deux moussons et un calendrier des pluies bien chargé, manque d’eau pour satisfaire ses besoins. La Cité-Etat, encore très dépendante de la Malaisie pour son approvisionnement, mise sur la recherche et la technologie pour produire une eau, « made in Singapore ».

La valeur d’une goutte d’eau.

Au début des années 80, Singapour amorce sa conversion environnementale. La cité contrôle sa pollution, surveille la qualité de l’eau de ses rivières,  planifie son industrialisation, et se dote d’un complexe sanitaire de haut niveau. Un réseau de distribution des eaux, des systèmes d’égouts, et des unités de traitement sont intégrés dans l’espace urbain. Cette conversion, très encadrée, fait de Singapour une « cité-jardin ». A la fin de la décennie 90, le gouvernement place un « approvisionnement en eau durable » au cœur de sa stratégie. La moitié de la ville est dédiée à la collecte des pluies. Les structures de traitement des eaux usées se multiplient, les techniques se perfectionnent. Aujourd’hui, près de 3000 km de canalisations évacuent les eaux usées. Le Deep Tunnel Sewerage System,   un nouveau complexe d’assainissement, prépare l’avenir d’une cité, sans doute plus peuplée. Depuis 2006, l’eau et l’environnement accompagnent le développement économique du pays. Le PUB, l’agence nationale de l’eau, qui contrôle l’ensemble du cycle, communique aussi beaucoup. Chaque citoyen doit connaître la valeur d’une goutte d’eau. (1) (2)

Quatre sources.

Aujourd’hui, quatre sources principales approvisionnent Singapour en eau. La pluie, récoltée dans une quinzaine de réservoirs. La dernière création, le Marina Barrage, fait beaucoup parler de lui. C’est le plus grand, 1/6° du territoire, un bijou d’ingéniosité. Ce réservoir d’eau, situé à l’embouchure de la rivière Kallang, communique avec la mer. Son eau saumâtre devrait se transformer en eau douce d’ici deux ans, grâce à l’apport de la rivière. A marée basse, lors de pluies violentes, l’ouvrage est conçu pour libérer l’excès d’eau vers la mer. A marée haute, un système de pompes devrait soulager la retenue des eaux superflues. Le Marina Barrage, qui devrait fournir 10% des besoins en eau de Singapour, est aussi conçu pour éviter les inondations qui se reproduisent dans les quartiers les plus bas de la ville, Chinatown, Boat Quay, Jalan Besar ou Geylang. Autre innovation du pays, la NEWater , une eau potable recyclée à partir de rejets domestiques, mise à l’épreuve par quantité de tests scientifiques. Elle est obtenue grâce à un double  processus de micro – filtration et d’osmose inverse, d’irradiation d’UV, un raffinement technologique qui en dit long sur les efforts déployés pour fabriquer de l’eau pure avec de l’eau souillée. La NEWater, qui couvre environ 15% des besoins en eau de la ville, pourrait rapidement doubler ses services.  Troisième source, l’eau de mer. L’unité de désalinisation, inaugurée en 2005, a la capacité de produire environ 10% des besoins quotidiens de Singapour. (2) (3) Quatrième réserve d’eau, la plus importante, l’Etat de Johor, situé en Malaisie voisine, 40% de l’eau de Singapour. Ce commerce fait l’objet de deux accords internationaux, l’un expire en 2011, et l’autre en 2061. (4)

Singapour travaille bien évidemment à une autosuffisance en eau, question de stratégie et d’intérêt national. Les moussons, la technologie, et la rationalisation des besoins, sont les meilleures alliées d’une politique déjà bien canalisée.

M.J

(1) « Dealing with Water Scarcity in Singapore », Institutions, Strategies, and Enforcement. July 2006. Environment and Social Department – East Asia and Pacific Region – The world Bank.

(2) “Gestion et Traitement de l’eau à Singapour : que retenir ?”  Daniel R. Thevenot, 20-12-2006 -Ambassade de France à Singapour – Service de Coopération et d’action culturelle –

(3) PUB http://www.pub.gov.sg/water/Pages/default.aspx

(4) “Key step to water adequacy”, Clarissa Oon, Straits Times, 24-06-2009.

Straihttp://www.straitstimes.com/Breaking%2BNews/Singapore/Story/STIStory_394640.html


Publié le 26 mars 2010 par marlene dans Asie du Sud-Est.,eau

« De l’eau propre pour monde sain »…

Bonjour,

« De l’eau propre pour un monde sain ». Cette année, la Journée mondiale de l’eau, une co – production des Nations Unies et de l’OMS (organisation mondiale de la santé ), souligne l’importance de la qualité de l’eau. Or, la ressource est de plus en plus menacée par une pollution d’origine humaine-  urbanisation, démographie, industrie, agriculture – qui s’est emballée au cours des 50 dernières années. Les Nations Unies estiment que deux millions de tonnes d’eaux usées et de rejets polluants s’infiltrent chaque jour dans les nappes phréatiques de la planète. Pour le dire autrement, ce sont 2,5 milliards de personnes dans le monde qui se passent de moyens d’assainissement. La pollution des eaux est aussi plus visible et plus grave dans les pays en développement. Faute de réseau sanitaire  et de système d’évacuation des effluents industriels, tout finit dans les lacs et les rivières environnants. Les maladies liées à l’eau, comme les diarrhées chroniques, font lamentablement grimper la courbe de la mortalité infantile, quand l’installation de simples toilettes pourrait infléchir la tendance. Mais la pollution de l’eau est aussi un problème de pays riches, orientés vers une agriculture intensive, dopée aux engrais et aux pesticides.

M.J

La pollution de l’eau en quelques minutes, une diffusion « Gulli, ma planète »…

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Publié le 22 mars 2010 par marlene dans Actualité,eau

Le « Bouclier rural »: un plan de campagne.

Bonjour,

Fabien Bazin est un peu devenu la voix des campagnes françaises privées de liaisons TER, victimes de la restructuration de La Poste, sans médecin à vingt kilomètres à la ronde, mais à proximité d’un hôpital qui ferme. Avec son « bouclier rural », il imagine de revitaliser des territoires bientôt amenés à recevoir des citadins, lassés de la ville. Un plan contre la galère au quotidien, et une vision pour l’espace rural, oublié des décideurs.

L’école, la poste, et le café.

En France, les campagnes occupent environ 60% du territoire et accueillent 18% de la population. En chiffres absolus, ce sont un peu plus de 14 millions de personnes qui vivent en zone rurale. (1) Fabien Bazin, maire de Lormes dans la Nièvre, et Conseiller Général, rêve d’estomper un clivage « villes – campagnes », où les citadins bénéficient de tous les services, quand les ruraux doivent dépenser beaucoup d’énergie, et d’essence, pour parvenir au même résultat. Son « bouclier rural », déclinaison ironique du « bouclier fiscal », vise à instaurer des zones franches dans les déserts ruraux, sur le modèle des banlieues. Il veut mettre l’école et la Poste à moins d’un quart d’heure de route, voiture indispensable, et 45 minutes maximum pour la maternité. Parenthèses. Une étude du CNRS met en doute l’efficacité et les bénéfices de la politique de regroupement scolaire, menée dans les campagnes depuis trente ans. Une loi de 2005 oblige déjà la  Poste à une certaine proximité en milieu rural. Mais revenons à Fabien Bazin, et à son « bouclier rural ». Il souhaite stopper la fuite des fonctionnaires dans les campagnes françaises, en supprimant la fameuse règle « d’un sur deux non remplacé ». Il demande aussi une fiscalité allégée pour les commerçants et une aide aux médecins pour les inciter à préférer un village. Le « bouclier rural » veut rendre aux bourgs de campagne une partie des services qu’ils offraient avant l’exode rural,  et la voiture. Il y a un demi-siècle, parfois moins, chaque commune  avait son école, son épicerie, sa boulangerie, sa forge, son médecin, et son curé. Sans oublier son café, théâtre indispensable de la vie sociale locale.

En attendant les citadins.

Il y a l’idée de faciliter la vie des ruraux, il y a aussi l’idée d’accueillir ces citadins qui ne sentent plus à leur place en ville. Et il y a du monde. Selon un sondage réalisé par IFOP en 2009, 11 millions de Français résidant dans une agglomération de plus de 200.000 habitants auraient pour projet de se mettre au vert. (2) Un jour, et plus ou moins définitivement. Projet résidentiel et projet professionnel, formulé par une population plutôt jeune, sans attache familiale à la ville, qui privilégie la qualité de vie et l’environnement. Commerces de proximité, transports, et services de santé, influenceraient le choix du territoire d’accueil. D’ailleurs, ceux qui se cramponnent à la ville justifient leur choix par l’absence de services commerciaux et culturels à la campagne. Les citadins désireux d’ouvrir leurs volets sur un paysage champêtre attendent aussi un petit coup de pouce de la part des ruraux, un accueil sympa, des logements, et des opportunités professionnelles. Dans sa vision des campagnes du XXI° siècle, Fabien Bazin mise sur les nouvelles technologies, les TIC – technologies de l’information et de la communication -, le Web2.0, sources d’emploi potentielles en milieu rural. D’ailleurs à la campagne, tout le monde, ou presque, se retrouve sur Facebook. Ringards les ruraux ? En lien vidéo, Fabien Bazin, interrogé par Centre France, défend l’avenir des zones rurales.

Un dossier politique.

Le « bouclier rural » a fait école. A la Réunion, Patrick Lebreton, député- maire de Saint-Joseph, travaille sur un projet du même nom, destiné à favoriser les territoires ruraux des Hauts du département.  Dans le Jura, Esio Perati, à la tête du canton de Saint-Laurent-en-Grandvaux, regrette le temps des services publics et reprend le concept.  « Vite un bouclier rural pour les Français péri-urbains », titrait un blog d’un militant MODEM, associé à l’hebdomadaire Marianne.(3) Jean Philippe Huelin, socialiste, défend lui aussi les territoires ruraux, délaissés par l’Etat. En Bourgogne, en Aquitaine, ou en Midi-Pyrénées, le « bouclier rural » s’est invité dans les programmes des dernières élections régionales. L’aménagement du territoire, un sujet politique, un peu comme les banlieues, en plus aéré…

M.J.

(1)INSEE.

(2)« Vivre et travailler au Vert -Les Français et l’installation des citadins à la campagne », Guillaume Chocteau (Ressources Solidaires) http://ressources-solidaires.org/Sondage-Projets-en-campagne-Vivre / d’après  IPSOS / Avril 2009

(3) « Vite, un bouclier rural pour les Français péri-urbains », l’Hérétique, http://www.marianne2.fr/Vite,-un-bouclier-rural-pour-les-Francais-peri-urbains_a184352.html


Publié le 19 mars 2010 par marlene dans Actualité,Developpement,Monde rural.

Galapagos: un mauvais génie embarrasse les « Enchantées »…

Bonjour,

En route pour les « Enchantées », quelques îles perdues à l’Est du Pacifique, un archipel longtemps resté en marge du monde car difficile d’accès, un univers tropical et volcanique, un zoo unique, et un nom qui fascine. Les îles Galapagos. Situé à un millier de kilomètres du continent américain, et de la « mère – patrie », l’Equateur, l’archipel est perturbé par la civilisation qui lui rappelle la fragilité d’un système insulaire, pourtant archi-protégé.

«Iles sous surveillance »

Les Galapagos, une vingtaine d’îles et des dizaines d’îlôts, se situent à la confluence de trois courants océaniques, auxquels se mêlent des « upwellings », des remontées d’eaux profondes en surface. (1) Cette rencontre a déterminé une vie marine unique, beaucoup d’espèces n’existent qu’ici. Sur les îles, les côtes basses, dominées par les rochers et la mangrove, annoncent une zone aride où poussent les figuiers de Barbarie et les cactus. Plus haut, c’est la montagne, humide et couverte de végétation. Aux Galapagos,  la société animale est un « melting pot » assez rare, où cohabitent tortues géantes, lézards, iguanes, faucons, et quelques personnages atypiques comme le Blue-footed Booby , un oiseau aux pieds étonnamment bleus. Près des côtes, des dauphins, et peut-être encore quelques baleines. Longtemps oubliées des cartes de navigation, les Galapagos n’ont guère accueilli que des voyageurs de passage, des pirates, des chasseurs de baleines, ou des boucaniers. Quelques navigateurs y ont laissé des chèvres qu’ils ne manqueraient pas de retrouver, et de manger, lors d’une prochaine escale. Elles y sont encore. En 1832, l’Equateur plante son drapeau sur ce chapelet d’îles, et commence à coloniser. Quelques mois plus tard, le Beagle, le navire de Charles Darwin, y fait  escale. C’est à partir de ces observations que Darwin commence à structurer sa réflexion sur l’origine des espèces. En 1959, le gouvernement équatorien déclare la quasi-totalité du territoire « Parc National ». En 1962, une station scientifique y est installée. Et depuis 1979, l’UNESCO veille sur l’archipel et ses trésors, qu’il liste « patrimoine mondial en péril »en 2007 . Eaux et territoires très protégés, pêche règlementée, espèces endémiques bichonnées, les Galapagos sont sous haute – surveillance.

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« Tourisme »

A la fin des années 60, les « Enchantées » commencent à attirer les curieux. Dans les années 90, ils sont de plus en plus nombreux. En 2009, l’archipel accueille environ 160.000 visiteurs, soit 5 à 6 fois la population locale. En vingt ans, le nombre de touristes a été multiplié par quatre. Trois, quatre, cinq, parfois six vols journaliers relient le continent à l’archipel. Ce trafic aérien aurait doublé au cours des huit dernières années.(2) Il y a aussi les croisières, dont la fréquentation aurait augmenté de 150% depuis deux décennies.(3) Le problème, c’est que ce va-et-vient provoque l’arrivée de bestioles, plus ou moins grosses, et toutes indésirables dans ce monde insulaire. Que les cabines des avions sont pulvérisées pour éliminer les insectes clandestins ne change pas grand-chose à l’affaire. Les cargos chargés de nourriture et de fuel, qui arrivent du continent, transportent aussi quelques nuisibles  En 1900, 112 espèces étrangères étaient recensées dans ces écosystèmes insulaires. Un siècle plus tard, il y en aurait plus d’un millier. (2) Déjà bien installées, les fourmis de feu, des guerrières redoutables qui attaquent les oisillons  et les jeunes tortues, continuent leur marche vers d’autres terres de l’archipel. Les mouches parasites, ennemies des jeunes pinsons, autres personnages du parc animalier des Galapagos, n’étaient pas non plus invitées. Pas plus que les moustiques, et leur lot de maladies.  Depuis un certain temps, le gouvernement organise la chasse aux rats, arrivés dans les soutes des cargos, et friands des oeufs de tortue. Souvenir des « premiers touristes » qui faisaient escale aux Galapagos, les chèvres et leur manie de tout brouter, bien incrustées dans le décor.  Autre espèce étrangère introduite par le tourisme, un super choix d’hôtels.

« Immigration ».

En Equateur, économie pauvre et sans perspective d’emplois, terre d’émigration, le « boom touristique » a fait rêver du monde. Beaucoup de citoyens ont fait la traversée pour trouver un travail dans les îles. La population de l’archipel, estimée à 10.000 habitants en 1990, est passée à 30.000 en 2007. (4)(5) Ces dernières années, la population des Galapagos aurait augmenté de 6,5 % par an, quand cette courbe progressait d’un peu plus de 2% en Equateur continental. (5) Cette pression démographique – sans doute pas totalement d’origine migratoire, il y a bien eu quelques naissances – rappelle à l’archipel qu’il manque d’eau, de terres cultivables, et de moyens sanitaires. Santa Cruz, la terre la plus peuplée, ne dispose pas de système d’évacuation des eaux usées. Quant aux déchets, ils repartent par bateau. En 1998, pour limiter l’immigration en provenance du continent, le gouvernement tente de durcir les conditions de séjour. Mariages arrangés et « faux » touristes, les mesures n’ont que peu d’effets. En 2007, quand l’UNESCO accroît la pression pour préserver l’archipel, les Autorités locales déclenchent une campagne d’expulsions. Cinq mille personnes, soupçonnées de séjour illégal dans leur propre pays, sont sommées de repartir. Un millier de personnes, sont expulsées, souvent de force. (5) Ceux qui ne peuvent se payer un billet d’avion sont embarqués sur un cargo. Il est loin d’être certain que les tous les autres soient repartis. En attendant, un modèle de développement qui combine « préservation », « tourisme », et « pauvreté » reste à inventer sur un archipel, où il semble plus facile d’être une tortue qu’une femme de chambre.

M.J

(1)Panaméen, péruvien et sud – équatorien.

(2)“Galapagos damage “must be curbed””; David Shukman , Science and environment correspondent, BBC News, 11 février 2009. http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/7884581.stm

(3)« Galapagos put on UN danger list », BBC News, 26-06-2007.

http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/6241416.stm

(4) « Chapitre 8: Les îles Galapagos : La gestion des conflits dans le secteur de la conservation et de la gestion durable des ressources. », Paola Oviedo, Centre de Recherches pour le Développement international, 09-11-2004.

http://www.idrc.ca/fr/ev-27980-201-1-DO_TOPIC.html

(5)  “Galapagos seek sustainable growth path”, Irene Caselli , Puerto Ayora, BBC News, 10-03-2010.  http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/8549901.stm


Publié le 16 mars 2010 par marlene dans Biodiversité,Migrations.,Tourisme durable.

Les « e-déchets », une « e-opportunité » pour le Sud ?

Bonjour,

La géographie de la production de déchets électroniques est en train de glisser vers le « Sud », et les pays émergents. Si les Etats-Unis, qui accumulent chaque année 3 millions de tonnes de « e-déchets », cellulaires, ordinateurs, imprimantes, ou frigidaires, restent les leaders de la pollution électronique planétaire, ils sont aujourd’hui talonnés par la Chine. Les Chinois, qui récupèrent toujours l’électronique obsolète des pays riches pour la recycler, se débarrassent chaque année de  2,3 millions de tonnes de « e-déchets », production maison. Hausse du niveau de vie, et accès à la consommation expliquent. Et ce n’est pas fini. Un rapport de l’ONU,  publié fin février, multiplie par 7 le nombre de téléphones mobiles qui seront jetés en 2020 en Chine, estimation rapport à  2007. En Inde, pour la même période, le nombre de portables abandonnés sera multiplié par 18. D’ici à une dizaine d’années, en Inde, en Chine, et en Afrique du Sud, l’ONU prévoit que le nombre d’ordinateurs hors d’usage augmentera de 400 à 500%. En Colombie, au  Kenya, on consomme de plus en plus d’électronique, frigos, télés, PC, imprimantes, cellulaires, appelée à finir à la benne, aujourd’hui ou plus tard. Le Brésil, le Mexique, et le Sénégal, produisent déjà plus d’ordinateurs usagés par habitant que les onze pays émergents, visés par cette étude. (1)

Un recyclage anarchique.

Contribution des pays émergents et  augmentation attendue du volume de « e-déchets », une accumulation qui pèse sur la question du recyclage. Les « e-dechets » voyagent traditionnellement des pays du Nord vers ceux du Sud, la Chine, l’Inde, le continent africain, ou l’Indonésie. A l’issue d’un périple, souvent illégal, les machines sont désossées par une armée de travailleurs pauvres. Ils travaillent sans protection, en plein air, pour récupérer dans le ventre d’un ordinateur aux performances dépassées, ou dans celui d’une télévision déchue par la génération des « écrans plats » tout ce qui peut se vendre, plastique, cuivre, ou débris d’or. Les recycleurs, exposés à des gaz, des solutions acides, ou des fumées toxiques, libèrent  aussi du mercure ou du plomb, qui finit dans le paysage environnant. En Chine, la rivière Lianjiang, située à proximité d’un centre de recyclage, présentait en 2005 des taux de plomb 2400 fois plus élevés que ceux admis par l’OMS (Organisation mondiale de la Santé). (2) Dans ce rapport intitulé « Recycler – Du déchet électronique à la ressource », l’ONU propose d’organiser une filière du tri, moins agressive, et source d’emplois pour les pays émergents.

Une « e -opportunité » ?

« Il faut que les déchets de l’un deviennent les matières premières de l’autre », simplifie Konrad Osterwalder, sous – secrétaire général de l’ONU. Plus compliqué, il s’agit de structurer et de formaliser l’activité du tri pour adoucir les conditions de travail des recycleurs, et épargner leur lieu de vie. Il s’agit aussi de récupérer un certain nombre de matières premières pour les réutiliser. Une façon de limiter l’extraction minière, et son impact environnemental. Ce recyclage « encadré » serait une étape intermédiaire vers une « économie verte », créatrice d’emplois réguliers et plus décents. Plus facile à dire qu’à faire car le bricolage d’ordinateurs et de portables hors d’usage est une activité souvent informelle, éclatée, et anarchique. La Chine, principale destination du « e-waste » en provenance des pays développés malgré l’interdiction d’importation, leader du dépeçage informel, est le mauvais élève du groupe. Les « e-déchets » y sont souvent brûlés pour un gain mineur, comparé à la pollution produite. A l’inverse, le Brésil, la Colombie, le Mexique, le Maroc, et l’Afrique du Sud, où le secteur informel est limité, présenteraient un terrain intéressant pour développer un recyclage propre. Mais pas si simple d’exporter des capitaux, des technologies, et des savoirs, pour organiser un tri dans des pays habitués à une « récup » de survie. D’ailleurs, le rapport propose que certaines opérations délicates, traitements de circuits électroniques ou de batteries, soient effectuées dans les pays riches, qui maîtrisent ce savoir-faire. C’est aussi une bonne idée de déplacer la géographie du traitement de certains « e-déchets » vers le « Nord », et les pays riches.

M.J

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(1) Chine, Inde, Afrique du Sud, Ouganda, Sénégal, Kenya, Maroc, Brésil, Colombie, Mexique, Pérou.

(2) « Les déchets électroniques, la face cachée de l’ascension des technologies de l’information et des communications. » PNUE, GRID Europe, Janvier 2005 http://www.grid.unep.ch/product/publication/download/ew_ewaste.fr.pdf


Publié le 9 mars 2010 par marlene dans déchets,Préjudice écologique,Santé.
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