Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La Tasmanie, ses diables et ses fantômes.

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Bonjour,

Le cousin de Taz, ce personnage de Looney Tunes qui se déplace à la façon d’une tornade  emportée par un bruit de moteurs, doté d’une dentition menaçante et à l’appétit insatiable, est malade. Depuis quelques années, le diable de Tasmanie, le vrai, ce marsupial carnivore solidement charpenté, armé d’une puissante mâchoire, souffre d’un cancer facial qui le couvre de plaies, l’empêche de s’alimenter, et le condamne à mourir de faim. Le Devil Facial Tumour Disease (DFTD), repéré en 1996, transmissible par morsure, a fait décliner les populations de diables de 60% sur l’ensemble du territoire, avec des régions plus touchées. Au nord-est et au centre de la Tasmanie, où la maladie a été identifiée plus tôt, il ne reste plus beaucoup de ces marsupiaux qui poussent des hurlements effrayants, mais qui n’ont pas si mauvais caractère. Plutôt timides, pas forcément bagarreurs, ils défendent simplement le bout de carcasse qu’ils sont en train de dévorer. (1)

Le diable de Tasmanie est la mascotte de cette grande île soudée au continent australien, et dont elle s’est séparée il y a environ 10 000 ans, à la fin de l’âge glaciaire. Confin isolé au sud-est de l’Australie, de l’autre côté du détroit de Bass, cette île baignée, par l’Océan Indien et le Pacifique, a développé des écosystèmes uniques dont témoigne encore une faune endémique, une douzaine d’espèces d’oiseaux et quatre espèces de mammifères, le diable, le wallaby et le wombat, tous les deux au menu du premier, et le thycacine. Ce dernier, connu sous le nom  de « tigre de Tasmanie »,  aurait disparu dans les années 1930. L’histoire de cette île tempérée, aux paysages montagneux plantés de belles forêts primitives, restés intacts jusqu’à l’arrivée des colons, compte d’autres disparitions. La plus tragique, celle des Aborigènes enracinées en Tasmanie depuis sa séparation avec l’Australie. Quand les premiers colons débarquent au début du XX° siècle sur la terre de Van Dienem, du nom du gouverneur hollandais qui administre ces colonies orientales, l’île est alors un bagne. La population  aborigène est estimée entre 5000 et 10 000 personnes. Trente années de persécutions plus tard,  elle est réduite à 300. Les maladies importées par les Européens, principalement des détenus et leurs gardiens, ont contribué à ce désastre. Les Aborigènes sont ensuite déportés à Flinders Island, avant de disparaître complètement. Le dernier Aborigène de Tasmanie meurt en 1876. (2)Entre temps l’île a changé de nom, sans doute pour échapper à son histoire. Bien plus tard, ce sont les forêts primaires, dans lesquelles s’élèvent les arbres les plus gros et les plus anciens du patrimoine mondial, qui sont menacées de disparition par une déforestation sauvage. Quand ces essences, destinées à la production de bois et de papier, sont abattues, des hélicoptères lâchent des bombes de napalm pour raser ce qui reste de forêt. Un nettoyage efficace, avant de planter des espèces exotiques, à croissance rapide. Selon le WWF, au milieu des années 2000, il disparaissait chaque jour l’équivalent de 44  terrains de football de forêts sur le territoire de Tasmanie.

Mais revenons à notre diable de Tasmanie, espèce en danger inscrite sur la liste rouge de l’Union pour la Nature (IUCN)  que l’on tente de sauver du désastre. En mars dernier, un article du New Scientist rapporte qu’une équipe de scientifiques australiens a peut-être trouvé le moyen de sauver une partie de ces marsupiaux. L’équipe, qui s’est intéressée à des populations épargnées par la maladie, aurait mis en évidence la spécificité de leur système immunitaire. Les diables qui résistent au DFTD seraient équipés de gênes qui attaqueraient la maladie. (3)Plus récemment, un article du Sydney Morning Herald évoque la possibilité d’isoler les populations saines, en les évacuant vers d’autres îles. Une façon de sauver l’espèce. Déjà, des marsupiaux sains, incités à la reproduction dans des zoos, permettent de disposer d’une « population de secours » de 220 individus. Si les diables, carnivores, situés en haut de la chaîne alimentaire, sont de précieux alliés pour le fonctionnement des écosystèmes de Tasmanie – ils pourraient notamment aider au contrôle d’une surpopulation de renards -, leur transfert vers d’autres îles, et d’autres équilibres écologiques, est plein d’incertitudes : « Il y a beaucoup d’exemples dans le monde d’introduction d’espèces sur des îles qui ont mal tourné. » met en garde Andrew Sharman, qui dirige le plan de protection du diable de Tasmanie. (4)

M.J

(1)»Save the Tasmanian devil » http://www.tassiedevil.com.au/aboutdevils.html

(2) Tasmania Facts http://www.tasmaniatrip.com/tasmania-facts.html / Wikipediahttp://fr.wikipedia.org/wiki/Tasmanie

(3) “The luck of the Tasmanian devils is in their genes”, The New Scientist, 10-03-2010 http://www.newscientist.com/article/mg20527515.300-the-luck-of-the-tasmanian-devils-is-in-their-genes.html

(4) “Australia moving cancer-hit Tasmanian Devils to new islands “, Talek Harris, Sydney Morning Herald, 21-01-2010,http://news.smh.com.au/breaking-news-world/australia-moving-cancerhit-tasmanian-devils-to-new-islands-20100121-mny0.html


Publié le 25 juin 2010 par marlene dans Australie,Biodiversité,déforestation
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Des cités qui jardinent.

Bonjour,

Hugo Chavez, le Président du Venezuela, cultive ses jardins urbains. Depuis 2003, il a autorisé l’aménagement de 4000 micro-parcelles dans les périphéries pauvres de Caracas, lancé une vingtaine de coopératives horticoles, et réservé quelques lots à l’agriculture biologique. Organopoco Bolvar I,  premier potager organique d’un demi-hectare, planté au cœur de la capitale, où poussent betteraves, carottes, courgettes, poivrons, et laitues, est sans doute le symbole de ce jardinage urbain, inspiré par une quête à l’autosuffisance alimentaire,  initié par l’expérience de Cuba, et soutenu par la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture -. Dans un pays où plus de 90% de la population vit et travaille en ville, avec une pauvreté voisine des 80%, Hugo Chavez parie sur l’agriculture urbaine pour varier le menu des Vénézuéliens. (1) (2)

Copenhague et Manille.

Apparus dans les paysages urbains européens au XIX° siècle,  les jardins servaient à faire pousser des légumes pour améliorer l’ordinaire des ouvriers,  soulager la misère. Au XXI° siècle, l’expansion rapide des villes dans le monde en développement, gonflées par la pauvreté des campagnes, l’exode rural consécutif, et la natalité, avec une croissance encore plus soutenue dans les bidonvilles, réactualise la fonction nourricière du jardin urbain. Plus de 2,5 milliards de personnes habitent une ville du tiers monde, dont plus d’un milliard s’entasse dans les bidonvilles, la plupart complètement démunis. Ces pauvres, qui continuent d’affluer dans des cités attrayantes mais sans espoirs, consacrent une grosse partie de leurs revenus à se nourrir, souvent mal. La FAO estime d’ailleurs que la malnutrition infantile est souvent pire en ville que dans les campagnes. (3) Dans ce contexte, la perspective d’exploiter une parcelle pour y cultiver quelques légumes, avec une poule ou deux, apparaît comme une solution, de proximité, pour adoucir l’inhospitalité des grandes villes du monde émergent.  Si à  New-York, à Montréal, à Copenhague,  ou à Paris, les potagers signalent un regain pour l’écologie urbaine, espace de production et d’éducation, à Accra, à Caracas, à Hanoi, ou à Manille, ils s’inscrivent dans une stratégie alimentaire.

Dakar, Accra, ou Libreville.

Dans le monde en développement, l’agriculture urbaine, qui produit fruits, légumes, racines, tubercules, ou plantes d’ornement, ne date pas d’hier. A Dakar, au Sénégal, dès 1903, le jardin de Hann, doté de nappes d’eaux, fournit fruits et légumes aux citadins. Quelques années plus tard, le petit élevage, importé par les premières migrations d’éleveurs, arrive en ville. Ces pratiques agricoles ont accompagné l’expansion de la métropole qui produit fruits et légumes, viande, lait, et œufs, destinées aux familles ou au commerce. Dakar compte environ 3000 entreprises horticoles familiales, la plupart situées en périphérie, avec en commun une petite surface, moins d’un hectare, sans grande garantie foncière, qui mobilise les moins qualifiés et les petites classes moyennes, ou qui fonctionne avec l’immigration en provenance des pays voisins. (4) Au Bénin, dans l’agglomération de Cotonou, l’agriculture s’est développée dans les années 70, impulsée par une ONG néerlandaise. L’urbanisation chaotique, qui a aussi avalé des terres agricoles environnantes, contraint les plus démunis à improviser des jardins sur des parcelles, oubliées par les bâtisseurs. A Accra, au Ghana, et dans sa banlieue, les « sans terre » s’emparent de bouts de terrain abandonnés, sans souci de propriété, sans le cloisonner, le lot des plus pauvres, pour y cultiver quelques légumes, consommés à la maison. La moitié des résidents d’Accra pratiqueraient une agriculture urbaine, aujourd’hui encouragée par le gouvernement qui a compris son importance. Ailleurs, en Afrique subsaharienne, 80% des familles de Libreville, au Gabon, pratiquent une agriculture urbaine. Dans les villes de Tanzanie, 60% des familles disposent d’un potager. A Lusaka, en Zambie, à Maputo, au Mozambique, à Ouagadougou, au Burina- Faso, à Yaounde, au Cameroun,  et à Kampala, en Ouganda, 35 à 45% des familles entretiennent un potager. (5) Dans beaucoup de villes, peuplées d’anciens ruraux, l’agriculture, seul savoir-faire, répond plus facilement à une économie de survie.

Urban garden in Zambia.

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Dans les villes d’Inde, du Bengladesh, du Vietnam, de Corée, de Malaisie, de Thaïlande, ou des Philippines, et dans leurs périphéries, les jardins contribuent à la sécurité alimentaire. La FAO estime que 700 millions de citadins pauvres, le quart de la population urbaine mondiale, pratiquent une petite agriculture de quartier. (6) Depuis une dizaine d’années, l’organisation accompagne nombre de projets, cultures maraîchères irriguées ou mico-potagers bricolés, dans les métropoles d’Afrique ou dans les bidonvilles d’Amérique centrale. Pendant ce temps, Hugo Chavez, qui a engagé le Vénézuela dans le « Special Program for Food Sécurity » veut encore concéder quelques hectares à ses jardins urbains. Avec un objectif , 20% de la production de légumes du pays récoltée en ville.(1)

M.J

(1) Feeding Ourselves: Organic Urban Gardens in Caracas, Venezuela, April M. Howard – Toward Freedom, Venezuelanalysis.com,10-08-2006, V http://venezuelanalysis.com/analysis/1881

(2) Caracas, Venezuela Embraces City Gardening for Improved Nutrition, Jobs Linked, Michael Levenston, City Farmer News, 2008. http://www.cityfarmer.info/2008/01/23/caracas-venezuela-embraces-city-gardening-for-improved-nutrition-jobs/

(3) Horticulture urbaine et péri-urbaine, « Le siècle des villes » FAO, 2010. http://www.fao.org/ag/agp/greenercities/fr/hup/index.html

(4) « Situation et contraintes des systèmes urbains et périurbains de production horticole et animale dans la région de Dakar »,  Ba Diao / Maty – Institut Sénégalais de Recherches Agricoles, 13-09-2005 http://www.agricultures-urbaines.com/rubriqueSiefa.php3?id_rubrique=19

(5) Obosu-Mensah, Kwaku. « Changes in official Attitudes Towards Urban Agriculture in Accra. » African Studies Quarterly 6, no. 3: [online] URL: http://web.africa.ufl.edu/asq/v6/v6i3a2.htm

(6) « Nourrir les villes », FAO http://www.fao.org/kids/fr/cities.html


Publié le 18 juin 2010 par marlene dans Alimentation,faim,FAO,Ville

L’Europe séduit par son énergie.

Bonjour,

Alors que la nappe de pétrole continue de souiller les eaux et les côtes du Golfe du Mexique, un éditorial du New-York Times fait l’éloge d’un modèle énergétique européen, moins accroc au pétrole.(1) Ce billet, qui invite l’administration Obama à regarder de l’autre côté de l’Atlantique, est signé Stephen Hill, un analyste politique spécialiste de l’Europe, membre de la New American Foundation, un think tank centriste.

Il attaque : «Aujourd’hui l’Européen moyen émet moitié moins de carbone qu’un Américain moyen, et consomme beaucoup moins d’électricité. » (1) Pour parcourir un mile, une voiture américaine consomme 40% de carburant en plus qu’un véhicule européen. Au total, nous dit notre analyste, à niveau de vie équivalent, l’Europe a réduit de moitié son empreinte écologique par rapport à celle des Etats-Unis. Et tout cela, grâce à une gouvernance plus éclairée. Ou plus visionnaire. Car pendant que les Etats-Unis poursuivaient leur course au pétrole jusqu’au fond des mers, ce que nous rappelle BP et la marée noire, les paysages européens se couvraient d’éoliennes et de panneaux solaires. L’Union européenne, présentée comme leader mondial de production éolienne, augmenterait encore son potentiel solaire de 70% par an. De quoi décoiffer les Américains qui n’atteignent pas la moitié de la capacité européenne pour l’énergie produite par le vent. D’ailleurs, vent, soleil, marées,  géothermie, biomasse, tout est bon à exploiter en Europe. Mais si cela marche aussi bien pour le solaire et l’éolien européens, c’est que le Kilowatt est payé trois fois plus cher à son producteur que le Kilowatt classique. Par comparaison, les USA totalisent un petit 6% d’électricité d’origine renouvelable. Et selon une autre source, les investissements américains dans les énergies propres auraient chuté de 40% en 2010 par rapport à 2009, conséquence de la crise économique et manque de volonté politique. (2) Encore malins ces Européens qui travaillent depuis les années 1990 à construire des habitations de plus en plus sobres, quand l’habitat compte pour 50 à 70% des dépenses énergétiques d’une ville, avec des toilettes plus économes en eau. Ou qui recyclent l’énorme quantité de chaleur perdue par les centrales électriques, la transportent, et l’utilisent pour chauffer maisons et bâtiments. La «Cogénération », c’est le nom de cette production, représente 40 à 50% de l’énergie utilisée au Danemark, aux Pays-Bas, en Finlande, 20% en Allemagne et en Pologne. Contre seulement 8% aux Etats-Unis. Côté transports, l’Europe a su développer les déplacements en commun, les trains à grande vitesse, et choisit des voitures moins gourmandes. Bravo pour les centaines de kilomètres de pistes cyclables et de voies piétonnes. Encore chapeau pour les « green jobs », ces emplois liés à l’émergence d’un nouvel ordre environnemental. Sans parler  du « 20-20-20 », 20% de réduction d’émissions de CO² promis par l’Europe par rapport à 1990, 20% de renouvelable dans le bouquet énergétique,  le tout d’ici à 2020. Les USA qui promettent 17% d’ici à 2020, choisissent 2005 comme année de comparaison. Soit une petite réduction de 4% par rapport à 1990. Mais revenons à Stephen Hill qui finit par évoquer une Europe énergétique où tout n’est pas si rose. Avec une dépendance à des régions instables, 45% du pétrole importé vient du Moyen Orient, et 40% du gaz arrive de Russie.(3) Et en prime, une crise financière. Ce qui n’empêche pas notre éditorialiste de conclure: « Mais les Européens ont découvert ce que savait la précédente génération de décideurs américains : cet investissement dans les infrastructures rapporte d’avantageux dividendes pour affronter l’avenir. » (1)

Stephen Hill vient d’écrire un livre qui défend le modèle européen : « La promesse de l’Europe : pourquoi la voie européenne est le meilleur espoir en ces temps incertains. » Il y défend la thèse que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe a opéré une révolution tranquille. Une transformation qui a posé les bases d’une société moderne qui offre à ses citoyens une sécurité  économique, une protection environnementale, et une stabilité globale. Il a voyagé pendant dix ans pour pénétrer la « European way of life » et comprendre le fonctionnement d’un système géopolitique qui fait quelques envieux.

M.J


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(1) « Europe energized », Stephen Hill, New-York Times, 08-06-2010 http://www.nytimes.com/2010/06/09/opinion/09iht-edhill.html?hp&ex=&ei=&partner=

(2) “ Renewable Energy Investment May Reach $200 Billion in 2010”,  Jeremy van Loon, Bloomberg, 17-03-2010http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601130&sid=aqM_.nmSwKvg

(3) Géopolitique des approvisionnements énergétiques de l’UE [FR], Euractiv.com Publié: 10 -01-2007 / Updated: 20 July 2005 http://www.euractiv.com/fr/energie/gopolitique-approvisionnements-nergtiques-ue/article-142797


Publié le 14 juin 2010 par marlene dans Actualité,énergie,Europe,USA
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Dezhou, cité solaire.

Bonjour,

La Chine, qui brûle du charbon pour produire 70% de son énergie, expérimente le renouvelable. Dezhou est en train de devenir la vitrine d’une nouvelle démonstration technologique. Un échantillon vert à l’échelle d’une Chine dopée aux énergies fossiles.

Les toits de Dezhou, une ville de la province de Shandong jusque-là connue pour ses poulets braisés et ses melons d’eau, sont tapissés de panneaux solaires. Dans cette cité de 600.000 habitants, 90% des logements bénéficient de ce chauffage naturel. (1) Les vastes avenues y sont éclairées la nuit par une énergie emmagasinée le jour.  Les habitants peuvent désormais prétendre à une douche chaude, une petite révolution dans une ville habituée aux bains publics. Mais, c’est  Solar Valley qui promet un gigantesque laboratoire de technologies vertes, un projet économique et social en réalisation. Une centaine d’entreprises, dont certaines développent des technologies pour le solaire de demain, leurs sous-traitants, et un centre de recherche, ont déjà colonisé l’endroit. Des dizaines de milliers de paysans, déplacés et relogés dans des blocs de béton divisés en appartement, font également partie d’un programme qui avale leurs terres en bordure de ville.(2) Le Huang Himin Solar Energy Group, le géant mondial du chauffe – eau solaire, établi à Dezhou, en profite pour faire des affaires. Il produit et vend une technologie classique, devenue obligatoire sur les toits des nouvelles constructions, et parie sur l’effet vitrine du projet. Le groupe vient d’ouvrir un hôtel cinq étoiles, à faible émission carbone. Il projette la construction d’un complexe d’appartements de luxe, eco – friendly of course. Deux réalisations dotées chacune d’une piscine chauffée au solaire. Derrière la vitrine, c’est toute la ville de Dezhou qui travaille. En 2008, elle a produit 3 millions de m² de panneaux solaires, une activité qui emploie environ le tiers de la population active.(1) Les Autorités Gouvernementales, citées par Greenpeace, estiment que cette production a permis d’éviter de brûler 540 000 tonnes de charbon, sans oublier le gain CO² qui va avec. (1)Au total, la région de Dezhou produit environ 16% de l’énergie solaire chinoise.(3) Le pays, qui s’engage sur 15% de renouvelables d’ici 2020, a investi l’an dernier l’équivalent de 34  milliards de dollars dans les énergies alternatives. Presque deux fois plus que les Etats-Unis. (2)

En attendant, Dezhou se prépare à accueillir le congrès mondial des « villes – solaires », une initiative de l’International Solar Cities Iniative (SCI) prévue pour septembre prochain. Pour l’occasion, Dezhou devrait encore doter la vitrine d’un centre de conférence équipé d’un système photovoltaïque de 5000 m2 pour une autonomie de 95%, d’une usine de désalinisation dopée par le solaire, et d’un parc d’attractions dédié à l’exploitation du soleil.

M.J

En route pour la cité radieuse….

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(1) “On the sunny side o the street”, Zheng Mingqing, Greenpeace China,

http://www.greenpeace.org/china/en/campaigns/countdown-to-copenhagen/dezhou-solar-story

(2)“China’s experimental Solar Valley a bold step on energy, environment », Andrew Higgins

Washington Post , 06-0- 2010

http://www.boston.com/news/world/asia/articles/2010/06/06/china_takes_bold_step_on_energy_with_solar_valley/

(3) « Solar Energy Changes People’s Lives In Dezhou, China », To Be The Change, 30-03-2010

http://tobethechange.blogspot.com/2010/03/solar-energy-changes-peoples-lives-in.html

(4) ISCI International Solar Cities Iniative

http://www.isci-cities.org/index.php?option=com_content&view=article&id=48&Itemid=2

Et: « L’énergie solaire, une chance pour la Chine », Esther Leburgue, Aujourd’hui La Chine, 05-10-2007 http://www.aujourdhuilachine.com/article.asp?IdArticle=4460


Publié le 9 juin 2010 par marlene dans Chine,energies alternatives

Le REDD, une promesse pour le climat et les forêts?

Bonjour,

La Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) est réunie à Bonn jusqu’au 11 juin. Après l’échec de Copenhague, il s’agit de préparer une nouvelle conférence à Cancun, prévue en décembre prochain. Il est aussi question d’examiner les perspectives du mécanisme REDD, pour Réduction des émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts. Les forêts primitives seraient l’une des solutions pour alléger les émissions mondiales de CO², responsables de la crise climatique.

20% des émissions mondiales.

Le REDD doit permettre aux pays pauvres d’échanger la bonne tenue de leurs forêts, et le gain de CO² qui va avec, contre une aide financière. L’’échange a été proposé  par la Papouasie-Nouvelle Guinée en 2005, lors d’une conférence des Nations Unies sur le Climat. L’’idée a fait son chemin, la déforestation représente environ 20% des émissions mondiales de CO², bien plus que les transports. Ce mécanisme, qui devrait drainer des milliards de dollars des pays riches vers les pays pauvres, devrait être opérationnel en 2013. L’idée suppose que les pays bénéficiaires produisent la preuve – historique, statistiques, images satellites, mesures des arbres, retenues CO²… – que leurs forêts ne reculent plus. Des données, en principe,  vérifiées. Ce mécanisme, qui valorise une forêt préservée, cherche encore une récompense appropriée. Première idée, créer un fonds multilatéral bénévole alimenté par les pays riches, sur le modèle des aides au développement. Seconde idée, émettre des crédits REED, valorisés par les tonnes de CO² épargnées par le maintien de la forêt. Puis, les intégrer progressivement au marché international du carbone. Les pays  ayant dépassé leur quota d’émissions C0² pourraient acheter ces crédits pour compenser leurs excès. Déjà deux petits problèmes. L’émission de crédits REDD  pourrait dévaluer le prix du carbone sur le marché international, une bourse qui se cherche encore. Les pays industriels, qui polluent plus qu’autorisé, pourraient également se racheter en finançant un projet forestier dans un pays en voie de développement, commerce discutable. Dans le mécanisme de financement qui se met en place, qui mêle fonds bénévole et connexion au marché du carbone, on parle d’une clause interdisant d’échanger une pollution d’origine industrielle contre quelques hectares de forêt primaire préservée. En attendant un financement adapté, d’autres problèmes se profilent. (1) (2) (3)

Un terrain difficile à baliser.

Comment mesurer le carbone dans une forêt ? Certains s’y emploient , mais la démarche est complexe. Il n’existe pas de catalogue « carbone » des forêts du monde. Pas plus qu’il existe de mesures appropriées à la diversité des forêts. D’ailleurs, la plupart des pays concernés n’ont pas les moyens d’évaluer le potentiel de leurs écosystèmes forestiers. Comment intégrer au REDD les millions de personnes qui dépendent, directement ou indirectement, des forêts, populations souvent marginalisées?  Il est probable que ces gens voient débarquer des officiels ou des directeurs de société, désireux de gérer des territoires forestiers, désormais monnayables. De là à penser que les arbres pourraient prendre plus de valeur que les gens qui les peuplent… Même en invitant les communautés à la préservation de leur environnement, il n’est pas sûr qu’elles en tirent bénéfice si elles ne sont pas propriétaires des arbres. La « récompense – carbone », difficile à mesurer, difficile à attribuer en raison de la complexité des situations sur la propriété des arbres, est une inconnue de taille. Autre problème, la corruption qui caractérise certains pays, quand la classe dirigeante tire profit des forêts . Une hypothèse qui priverait les communautés, et les pays, des avantages financiers du REDD. Sans parler des dirigeants qui présenteraient un tableau, plus désastreux que vrai, de leurs forêts. Mais imaginons un scénario plus optimiste, celui de communautés pauvres dédommagées pour préserver les forêts dont elles dépendent. Un nouveau « contrat » de développement qui permettrait aussi de mieux contrôler l’érosion due à la déforestation, la qualité de l’eau, et la biodiversité.

M.J

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(1) “Will the UN’s forest protection dream turn into a nightmare?” – John Vidal explains Redd – Fred Pearce, guardian, 27-05-2007

http://www.guardian.co.uk/environment/2010/may/27/un-forest-protection-redd

(2) UN-REDD Programme / Site UNEP / http://www.un-redd.org/Home/tabid/565/language/en-US/Default.aspx

(3) REDD : Position de FNE sur les aspects méthodologiques, Fédération des Associations de Protection de la Nature et de l’Environnement, octobre 2009. http://www.fne.asso.fr/fr/themes/question.html?View=entry&EntryID=228


Publié le 4 juin 2010 par marlene dans Actualité,Climat,Comprendre,déforestation,Non classé
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