Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les « terres rares », une fausse invitation au voyage.

Bonjour,

Les « terres rares », dont le nom sonne comme une invitation à l’exploration de territoires d’exception, ne tiennent pas vraiment ce genre de promesses. En réalité, les « terres rares » désignent uns série de 17 éléments chimiques, une collection de métaux qui s’appellent lanthane, cérium, prometheum, samarium, ou lutécium. Ce dictionnaire géologique sert à fabriquer les technologies en vogue, Ipod, Iphones, Ipads, les écrans  plasma, ou des pièces destinées à l’industrie automobile et à l’armement. Les « terres rares », qui tirent leur nom de leur dispersion à la surface du globe, d’une découverte qui ne s’est pas faite en un jour, ne sont pas si « rares » que leur nom le prétend. Elles sont aussi répandues que le zinc, dix fois plus disponibles que le plomb, et cent fois plus fréquentes que l’argent. Avec des occurrences qui diffèrent  selon les éléments. Le Cérium est le composant le plus répandu, le thulium et le lutétium sont les plus rares. (1) Les « terres rares », plus sèchement regroupées sous le nom générique de « Lanthanides », ont en commun d’être difficiles à exploiter « proprement ». Ce qui ne les empêche pas de servir une « technologie verte » quand ils sont intégrés aux panneaux solaires ou aux éoliennes.

Découvertes au cours du XIX° siècle, elles entrent dans l’histoire au début des années 90. Deng Xiaoping, qui dirige la Chine, prétend que les « terres rares » sont à l’Empire du Milieu ce que le pétrole est au Moyen-Orient. La Chine, qui détient environ le tiers de ressources connues dans le monde, fournit plus de 95% des éléments consommés par l’industrie hi-tech des pays industrialisés. Les Etats-Unis, l’Australie, l’Inde, le Brésil, la Malaisie, ou l’Afrique du Sud contribuent à un gisement mondial éclaté, aux éléments, lanthane, cérium, ou lutétium, inégalement répartis. (1) (2) Selon l’US Geological Survey, les ressources estimées devraient être largement supérieures aux besoins du développement de la haute technologie. Reste à découvrir ces gisements. (2) Deng Xiaoping avait donc bien compris l’enjeu. Les pays industrialisés allaient devenir dépendants de ces minerais qui portent leur évolution technologique. Toujours selon le l’US Geological Survey, des substituts existent pour beaucoup d’applications, mais leurs propriétés sont moins efficaces. (2) Après avoir alimenté le marché mondial avec une production bon marché, servie par une main d’oeuvre corvéable, exposée à des conditions d’exploitation difficiles, la Chine décide de spéculer sur ses « terres rares ».

En 2009, la Chine revoit à la baisse le volume de ses exportations mondiales. Tendance qu’elle confirme pour 2011. Désormais elle –même engagée vers un développement high-tech, la Chine destine ses « terres rares » à un marché intérieur de plus en plus gourmand. Face à une diminution des exportations chinoises, les quotas devraient chuter de 72% d’ici à la fin de l’année,  l ’économie mondiale high-tech panique.(3) Parmi les pays les plus touchés, le Japon, principal importateur des ressources chinoises, indispensables à son industrie électronique, ses véhicules hybrides, et ses pièces de précision. Les Etats-Unis, dont l’armée et les industries associées sont de gros consommateurs, la Corée du Sud, la France, et l’Allemagne, toutes dépendantes de ces métaux rares, sont impliqués dans cette géopolitique des « terres rares », emmenée par la Chine. Le Japon cherche d’autres fournisseurs, le Vietnam, le Kazahstan, ou le Brésil. Les Etats-Unis et l’Australie souhaitent relancer une extraction locale, très polluante, abandonnée au profit d’une ressource « made in China ».(4) Les « terres rares », révélées au terme d’un processus long et complexe, voraces en ressources naturelles et en produits chimiques, chargent l’air de fluor et de soufre, rejettent des métaux lourds, plomb, mercure, cadmium, sans oublier quelques traces de radioactivité. (1) Des effluents qui ternissent aussi l’image de voitures hybrides, réputées  plus douces pour l’environnement.

M.J

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Pour en savoir un peu plus sur l’enjeu des  « terres rares » : « Terres rares, rareté relative et implications géoéconomiques », Augustin Roch, chercheur associé à l’IRIS ( Institut de relations internationales et stratégiques ) août (2010) http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article3750

(1) « Les lanthanides ou terres rares », Eric Drezet, Ecoinfo, CNRS, mai 2010, http://www.ecoinfo.cnrs.fr/spip.php?article157

(2)”Rare earths”, US Geological Survey Mineral Commodity Summaries, January 2010 http://minerals.usgs.gov/minerals/pubs/commodity/rare_earths/mcs-2010-raree.pdf

(3) « Rare resources key in power battle”,  Leo Lewis, The Times, 27-08-2010, in  http://www.theaustralian.com.au/business/news/rare-resources-key-in-power-battle/story-e6frg90o-1225910731635

(4) « Terres rares, rareté relative et implications géoéconomiques », Augustin Roch, Affaires Stratégiques, 02-08-(2010)http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article3750


Publié par marlene le 8 novembre 2010 dans géo-économie,Métaux,pollution.,stratégie
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Une réaction à “Les « terres rares », une fausse invitation au voyage.”

  1. cailleaux
    11 novembre 2010

    Article très intéressant. Merci beaucoup.

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