Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les pays émergents en guerre contre les petites poches plastique…

 

Bonjour,

A Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, l’Harmattan fait voler les sacs plastique le long des grandes artères poussiéreuses de la ville, les promène en nombre dans les quartiers résidentiels, les plaque soudain sur un tas d’immondices, et les accroche aux branches des rares arbres de la sebkha, donnant l’illusion d’une floraison aérienne et multicolore. D’après Mohamed Yahya, le Ministre de l’Environnement interrogé par la BBC, ces poches plastiques qui tracent partout dans la ville seraient responsable de la mort de 70% des animaux qui habitent la capitale, bovins et ovins. D’après les statistiques officielles, le plastique représente plus du quart des détritus qui s’amoncellent chaque année dans Nouakchott. (1) Ces plastiques ne sont pas collectés, la plupart finissent dans le désert, dans l’océan Atlantique, dans le ventre d’un poisson ou d’un mammifère marin. Le 1er janvier dernier, après un moratoire de 6 mois, la Mauritanie a finalement interdit l’usage de sacs plastiques. Quiconque les utilise, les fabrique, ou les importe encourt jusqu’à un an de prison. Pour faire oublier la mauvaise habitude du sac plastique généreusement distribué par tous les commerçants, le gouvernement, les ONG, et l’UNDP – le Programme des Nations Unies pour le Développement – sortent le sac biodégradable, celui qui disparaît dans la nature. Le Mali, où les sacs plastiques obstruent les systèmes d’évacuation des eaux, créant des inondations, a suivi la Mauritanie. Pollution visuelle, pollution urbaine, problème sanitaire, depuis une dizaine d’année déjà, l’Afrique est engagée dans cette guerre contre le plastique. (1)(2)

 

Le paradis du moustique.

Dès 2003, l’Afrique du Sud interdit le sac plastique polyéthylène haute densité (PEHD), les plus fins du marché. Ces sacs, de mauvaise qualité, volatiles, rarement utilisés deux fois, sont aussi les premiers à être frappés d’interdiction. L’Afrique du Sud instaure encore un impôt sur les sacs plus épais, le polyéthylène basse densité (PEHD). C’est un produit plus souvent épargné par les interdictions, qui coûte cher aux boutiques,  qui peut servir plusieurs fois. Cette nouvelle loi impose aux détaillants de vendre les sacs plastique, pas de les donner. En 2005, l’Erythrée, le Rwanda, la Somalie – et le Somaliland –  bannissent à leur tour l’utilisation de la petite poche plastique. En 2006, la Tanzanie – et Zanzibar – légifèrent contre le sac PEHD. En 2007, l’Ouganda interdit l’importation et la circulation du sac d’emballage, et ajoute 120% de taxes sur la version plus épaisse. Le Kenya, fatigué des plastiques qui jonchent les aires résidentielles de Nairobi, qui s’accumulent  dans les bouches d’évacuations de la ville, impose des restrictions similaires. Fin 2011, le Burkina Faso lance une vaste campagne pour débarrasser les rues de Ouagadougou de ces poches plastique, qui gorgées d’eau pendant la saison des pluies, se transforment en paradis du moustique, porteur potentiel du paludisme. (3)(4)(5)

 

Lois répressives.

Le début de cette guerre à fronts multiples commence sans doute au Bengladesh, après l’inondation très meurtrière de 1998. Les sacs plastiques, accumulés  dans les réseaux d’évacuation, ont empêché les eaux de s’écouler, amplifiant le désastre. Les Autorités interdisent alors l’usage des poches plastiques, peu à peu remplacées par des sacs en toile de jute, plante abondante au Bengladesh. (3) Le site « Plastic Bag Ban Report »  , établit une géographie mondiale de ce front contre le sac plastique, et actualise la situation d’une trentaine de pays. La législation est répressive, pas toujours simple à mettre en place, exemples. En 2012, la ville de New Delhi interdit de fabriquer,  d’importer, de stocker, de vendre, ou de transporter toute sorte de sac plastique dans la ville. En 2002, l’Inde a déjà imposé une épaisseur minimale à ces sacs. Exception tolérées à New Dehli, les poches destinées à recevoir des déchets biomédicaux, celles enveloppant des produits alimentaires, lait, huile, farine, et les tasses en plastique utilisées par les vendeurs de thé. Dans cette ville de 17 millions d’habitants, la législation étouffe aussi l’industrie du plastique, mettant en péril des centaines de milliers d’emplois. Une précédente loi de 2009 n’avait guère eu d’effets. Cette fois, les contrevenants s’exposent à une peine maximale de cinq années de prison, assortie d’une amende équivalente à 1800 dollars. (6) En aout 2010, la grande métropole du continent américain, Mexico, interdit aux détaillants d’envelopper les marchandises d’un sac plastique, attention à ceux qui le distribuent gratuitement. C’est le grand retour annoncé du cabas à provisions et du chariot de courses. Et pour les sacs encore en circulation, invitation à la réutilisation et au recyclage. (7) En 2008, quand la Chine proscrit la poche plastique, version fine, 3 milliards de sacs circulent chaque jour dans le pays. Une production équivalente à 36 millions de barils de pétrole annuels.  Les sacs, devenus payants, ne le sont guère que dans les supermarchés et les grands magasins. Mais, après quatre années d’interdiction et le déclin progressif de l’addiction au sac plastique, la Chine n’a toujours pas gagné la bataille. La quasi-totalité des fermiers, qui vendent leur production sur les marchés, la proposent dans des sacs plastique.(8) Début 2013, le Pakistan interdit de fabriquer, de vendre, et d’utiliser des sachets non dégradables. De fait, il ne s’agit pas de se passer de plastique, mais de le produire « oxo-biodégradable », une technologie qui accélère la décomposition. (9)

 

Haïti.

En octobre 2012, Haïti interdit l’importation, la production, et la commercialisation de sacs en polyéthylène et  bannit les conteneurs alimentaires en polystyrène.  Même s’il semble difficile de se débarrasser des tasses, des assiettes, et des plateaux polystyrène importés de la République dominicaine voisine, place aux plastiques biodégradables. Le pays déjà malmené par les conséquences interminables du tremblement de terre de janvier 2010, veut protéger ses côtes, ses plages, et sa mangrove de l’invasion plastique. Celle qui obstrue les systèmes d’évacuation, créant des inondations dans les quartiers les plus pauvres, est déjà de trop. Exception à la règle, les sacs plastiques destinés à l’eau potable, finalement autorisés après une mobilisation  populaire. Mais dans ce vaste chantier de reconstruction, le plastique révèle d’autres utilités. Initié dans le cadre du Haïti Communitere, le projet « Ubuntu Blox » , utilise le plastique comme matériau de construction.  L’équipe engagée court les rues de Port au Prince, ramasse les conteneurs alimentaires, retire les films plastique des canaux et des bouches d’évacuation, les rassemble dans un point de collecte. Les résidus plastiques, emballés dans des sacs de riz, sont compressés de façon à former des briques standard. L’an dernier, le travail d’une vingtaine de femmes a permis d’édifier une maison à partir de ces plastiques recyclés. (10) Fierté du concepteur, Harvey Lacey, un Texan, la construction offre aussi une résistance aux tremblements de terre. Mais le concept « Ubuntu Blox », qui l’avantage de réduire la pollution plastique, de pallier le manque de matériaux de construction, de produire local, et sans doute de créer des emplois, colle-t-il vraiment à une conception haïtienne de l’habitat ? De toute façon, le matériau devrait bientôt manquer…

 

M.J

 

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(1)« Mauritania bans plastic bag use », BBC World Africa http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-20891539

(2) « Les sacs plastiques interdits pour sauver l’environnement »
Mohamed Abderrahmane, Nouakchott, 21-01-2013, IPS, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=7405

(3) “Plastic bags reduction around the world”, Marrickville Council / Bagbusters, 2010 http://www.marrickville.nsw.gov.au/marrickville/internet/resources/documents/pdfs/bagbusters/around-the-world.pdf

(4) « Une guerre est déclarée aux sachets plastiques », Brahima Ouédraogo, Ouagadougou, IPS, 09-12-2011 http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=6813

(5) « Plastic bag bans around the world », BBC News, 22-02-2008, http://news.bbc.co.uk/2/hi/7268960.stm

Sur site « Plastic Bag Ban Report » : http://plasticbagbanreport.com/

(6) “Delhi High Court Refuses to Block Plastic Bag Ban” , posted by Ted Duboise, DELHI, India, November 24, 2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/delhi-high-court-refuses-to-block-plastic-bag-ban/

(7) “Mexico City Bans Free Plastic Bags, posted by Ted Duboise,  2010, http://plasticbagbanreport.com/mexico-city-bans-free-plastic-bags-2/

(8)Farm Markets Still Use Plastic Bags | Plastic Bag Ban Report
BEIJING, China, 04-06-2012 (ENS)
 http://plasticbagbanreport.com/chinas-farmers-markets-ignore-plastic-bag-ban/

(9) “Pakistan Latest Country To Ban Plastic Bags” Posted by Ted Duboise ,Press Release from Pakistan EPA, Pakistan Environmental Protection Agency (Pak-EPA), 2013, http://plasticbagbanreport.com/pakistan-latest-country-to-ban-plastic-bags/

(10)”Haiti Bans Plastic Bags and Foam Containers”, Posted by Ted DuboiseHaiti, 28-09-2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/haiti-bans-plastic-bags-and-foam-containers/

 

 


Publié par marlene le 19 avril 2013 dans Afrique - Environnement.,déchets,Pollution de l'eau,pollution.,Recyclage,Urbanisation
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