Hello,
On est lundi, départ pour l'Australie. L'Australie, qui n'a toujours pas ratifié le protocole de Kyoto, imagine des moyens pour réduire sa production de méthane. Pour lutter contre ce puissant gaz à effet de serre, les moutons se révèlent de précieux collaborateurs..
Cent soixante cinq millions de pollueurs.
Cette histoire commence donc en Australie, où pour lutter contre l’effet de serre, on interroge les moutons. Ou plutôt leur estomac. En effet les moutons australiens, soit une population de 120 millions d’individus , sont accusés de produire du méthane quand ils émettent des rots ou des pets. Egalement sur le banc des accusés, les voisins néo –zélandais, une population de 45 millions de moutons. Les vaches et les chèvres s’ajoutent à ces 165 millions de pollueurs. Au total, l’ensemble des ruminants de la planète, les moutons, les vaches, et les chèvres, produiraient environ 18% des émissions annuelles anthropiques de méthane. Le méthane représente 18% des gaz à effets de serre. (LEAD, FAO, 1999)
Un méthane d’origine animale en hausse.
Le méthane , qui s’écrit CH4 en formule scientifique, est un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que son concurrent, le dioxyde de carbone, ou CO2. Plus des deux tiers du méthane, d'origine biologique, est principalement produit par les ruminants, les rizières, ou les marais. Depuis le début de l’ère industrielle, sa concentration atmosphérique aurait triplé. Après une baisse des émissions de méthane liées aux activités humaines dans les années 1990, on note une nouvelle hausse depuis 1999. La croissance industrielle asiatique aurait notamment contribué à faire remonter la courbe. (in Le Monde, 29 septembre 2006) La production de méthane d'origne animale serait également en hausse. La multiplication des troupeaux et l’augmentation de la taille des animaux expliqueraient encore cette évolution. (LEAD, FAO, 1999) Cette évolution du méthane dans l'atmosphère est nuancée aileurs.
Des bactéries responsables.
La production animale de méthane, liée à la décomposition des fumiers et des déchets de l’industrie animale, résulte surtout du processus digestif des ruminants. Le méthane n’est pas directement produit par l’animal, mais par les bactéries qui habitent dans son estomac. Au cours du travail de fermentation, certaines d’entre elles transforment l’hydrogène en méthane. Si l’homme, ou d’autres animaux, émettent du méthane, les ruminants sont particulièrement productifs. La vache laitière, qui produit 114 kg de méthane par an, pour 7 kilos annuels par mouton, est largement en tête de ce palmarès. Justement, revenons à nos moutons australiens.
Des moutons en boite.
A Perth, en Australie, une équipe de chercheurs planche depuis une dizaine d’années sur le pet et le rot du mouton. Et pour mieux cerner le sujet, elle a mis des moutons dans des boites hermétiques pour récolter leurs pets et leurs rots, et interroger les bactéries responsables. Ces chercheurs, qui ont réussi à étudier certaines bactéries, viennent de mettre au point un vaccin permettant de réduire de 8% la production de méthane chez les ovins. Ce vaccin , qui détruit une partie des bactéries responsables, a encore l’avantage de faire prendre du poids au mouton, et d’épaissir leur manteau de laine. Les éleveurs ne devraient pas s’en plaindre. (Florence Décamp, Libération, 23, 24 septembre 2006) L’équipe australienne souhaite étudier les vaches, beaucoup plus généreuses en production de méthane. Mais leurs cornes demandent à revoir l’architecture des boites. (The Economist, Courrier International, 1er juillet 2004)
Changer l’alimentation des ovins.
Autre solution pour réduire la production de méthane, changer l’alimentation du bétail. La quantité de méthane produite dépendrait largement du pourcentage de cellulose de l’alimentation. Plus ce pourcentage est élevé, plus la part de méthane produite est importante, note la FAO. La FAO a encore remarqué que plus le fourrage était de mauvaise qualité, et moins le bétail produisait du méthane. (FAO, 1999) C’est d’ailleurs sur l’alimentation que les chercheurs Néo Zélandais travaillent. Ils ont trouvé que les fourrages à haute teneur en tanin réduisent de 16% les émissions de méthane. (Libération, 23, 24 septembre 2006) Autre solution avancée par la FAO, réduire le cheptel en pariant sur un élevage plus productif. Cette solution permettrait encore d’améliorer une pratique des pâturages, souvent anarchique et destructrice. La FAO imagine encore des exemples d’agriculture intégrant cultures et élevage, où les résidus des récoltes serviraient à l’alimentation du bétail.
Une petit énigme subsiste en Australie. Le kangourou, qui est aussi un ruminant, ne produit pas de méthane quand il rote. Un mystère scientifique qui profite à l’écologie.
M.J.
Cellulose: substance macrocellulaire du groupe des glucides, caractéristique de la membrane des cellules végétales.
Tanin: substance amorphe contenue dans de nombreux végétaux (chêne, chataignier..), qui rend les peaux imputrescibles, employée dans la fabrication des cuirs.
Le Méandre du Fou vous emmène dans l'univers des éleveurs et des trimardeurs australiens. C'est l'histoire d'une remontée des eaux dans le lit d'un fleuve, le Darling. C'est aussi une invitation à voyager au coeur d'une nature fantasque et redoutable.


0 réponse à ce jour ↓
Il n'y a pas encore de commentaire. Soyez le premier !
Faire un commentaire