Environnement

Un blog sur la géo-environnement

Environnement header image 2

Biocarburant: quelques nuages Ă l’horizon.

26 septembre 2006 · 3 commentaires

 66.jpg

Bonjour,

L'horizon ouvert par les biocarburants était vert et prometteur. Si les biocarburants, également qualifiés "d'or vert", ouvrent de formidables perspectives écologiques, leur filière reste à améliorer. Quelques nuages se dessinent dans l'horizon offert par le carburant vert. Certains s'accrochent à la rubrique "écologie". 

Le biocarburant vu par des spécialistes. 

D'abord une précision sur les carburants verts. Le biodiesel est destiné aux moteurs diesel. Il est produit grâce à des oléagineux: colza, tournesol, soja, palme. Le bioethanol, le carburant des moteurs à essence, est obtenu grâce à la fermentation du sucre (betterave et canne à sucre ), ou provient de l'amidon des céréales (blé, maïs). L'IFP ( l'Institut  Français pour le pétrole) vous propose un petit développement accessible sur le sujet. L'IFP évoque notamment les perspectives liées au développement du biocarburant. Il fait encore le point sur l'état actuel des recherches. 

L'équation "côuts - bénéfices": l'exemple français. 

Côté rentabilité, la réponse hésite :"Oui, mais", "non", "peut - être.." Globalement, le bilan énergétique des biocarburants est positif. En effet, les biocarburants fournissent plus "d'équivalent pétrole" qu'il n'en utilisent tout au long de la chaine de fabrication, nous dit l'INRA. En allant sur le site, l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) vous le dira lui même. L'INRA qui ajoute, "produire des biocarburants côute cher". Et qu'ils ne sont rentables que si le pétrole est cher, c'est à dire entre 70 et 80 US $ le baril. Avec un baril à 60 ou 65 us$, ça ne marche pas car la production du biocarburant comprend le coût de la culture, le coût des collectes, et le coût de la transformation. Les recettes générées par les sous- produits, comme les tourteaux de colza, n'y changent pas grand chose. En conclusion, l'équation "côut - benefices" de la filière, équation complexe qui prend en compte les dépenses de l'Etat, ou les revenus des agriculteurs, révèle qu'avec un baril de pétrole à 65 us $, le résultat est proche de zéro. Si l'on tient compte des économies de CO², qui se monnaient 20 Euro la tonne sur le marché, l'équation redevient légèrement favorable aux biocarburants. Je vous invite à aller calculer tout ça avec l'INRA. Mais attention, eux parlent de la filière ( de la production agricole à la production de biocarburant), et raisonnent dans un contexte français.

Brésil: un bilan plutôt positif.  

Pour nuancer, l'exemple du Brésil montre que la canne à sucre est de loin la matière première la plus rentable. La transformation de canne à sucre en éthanol produit 8,3 fois plus d'énergie qu'elle n'en consomme. En comparaison, la conversion du maïs ne permet de produire  qu'1,3 fois l'équivalent de sa consommation d'énergie. Au Brésil, cette équation favorable à la canne à sucre s'explique par des rendements élevés, et par l'absence de combustible fossile pour la convertir en bioethanol. Ce qui n'est pas le cas du maïs. Au Brésil, la perspective de canne à sucre biologiquement modifiée, résistante aux pesticides, aux parasites, et à la sécheresse, pourrait encore améliorer les rendements.(Larry Rohter, The New York Times, pour Courrier International, 27 avril 2006)

Le biocarburant, concurrent de l'agriculture.  

Autre problème lié aux biocarburants, la concurence potentielle avec l'agriculture. Retour au Brésil, en 1989, alors que les prix du sucre se mettent à flamber. Les industriels de la filière bioethanol, attirés par les devises, préfèrent alors offfir leur production à la filière "sucre". Les automobilistes et les constructeurs orientés vers la voiture "bio", sont laissés sur le carreau, ou presque. Il  faut attendre 2003, et le moteur hybride, celui qui accepte les deux types de carburant, pour que la confiance revienne dans le pays. (TNYT, Courrier International, 27 avril 2006) Mais l'INRA, qui envisage le contexte français, dit qu'il serait plus rentable pour les agriculteurs français d'utiliser les jachères pour faire des cultures énergétiques, blé ou colza, plutôt que de convertir des terres agricoles. L'aide publique aux cultures énergétiques ne compenserait pas les pertes de revenus liées à cette conversion. Reste un problème mondial, les producteurs de produits voués au biocarburant ne manqueront pas de convoiter des espaces réservés à la production agricole.

Quand une solution écologique menace l'écologie.  

Ces productions qui convoitent l'espace agricole, empiètent déjà sur les forêts. En Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est, l'extension de surfaces dédiées à la production de biocarburants pourrait contribuer à la déforestation. Le WWF ( le Fonds Mondial pour la Nature) révèle qu'à Bornéo, en Indonésie, une plantation de palmiers à huile risquait de s'étendre dans la forêt tropicale. Au Brésil, la canne à sucre grignote déjà la forêt amazonienne. Conséquence, ces forêts qui participent à la réduction de l'effet de serre sont menacées. D'ailleurs d'autres écosystèmes sont menacés par ces cultures, pas toujours très respectueuses de la biodiversité. (Gaëlle Dupont, Le Monde, 10 décembre 2005) Au Brésil, la culture de la canne à sucre s'est déjà installée sur des superficies réservées aux pâturages, ce qui pourrait inciter les éleveurs à faire paître leur bétail dans la forêt amazonienne. La perspective d'une déforestation se précise. (THYT, Courrier International, 27 avril 2006)

Et en plus,au Brésil, on nous dit que l'essor de la canne à sucre a aggravé les conditions de travail des coupeurs de canne…

 
318.jpg

Bornéo: quelques hectares de forêt tropicale pour le biocarburant… 

Tableau nuancé, la fillière du carburant bio, qui colle au contexte de chaque pays, est encore en formulation. La rentabilité du carburant écologique reste liée au cours du pétrole, et à ses intérêts. Par exemple, les Etats Unis taxent le bioethanol importé du Brésil. La question de l'environnement, qui met en relation le gain écologique du biocarburant avec son coût  environnemental, donne un autre sens à l'équation "coût - bénéfices". 

M.J. 

Tags: Non classé

3 réponses à ce jour ↓

  • 1 NM // 3 jan 2007 le 11:59

    Pourquoi l’éthanol Brésilien est-il compétitif ? Quel est le bilan énergétique de l’éthanol?
    Le secret de l’efficacité du modéle brésilien réside dans le choix de la matiére premiére qui est utilisée, en l’occurence la canne à sucre.
    La canne à sucre est de loin l’input le plus adapté : il permet un double usage compétitif.
    1 tonne de cannes = 750 Kg de melasse, soit 100 litres d’éthanol 250 Kg de bagasse, soit 220 kwh d’électricité (alimentation de la station de raffinage revente du surplus de production kWh, référence actuelle du site de Bois Rouge à la Réunion).
    Le bilan énergétique de l’éthanol produit à partir de canne à sucre est ainsi très positif puisqu’il n’y a pas besoin de pétrole. La combustion de la bagasse (qui alimente des turboalternateurs à haute pression) permet de produire plus d’électricité que ne nécessite le fonctionnement de la distillerie. Le surplus d’électricité produit peut ainsi être vendu à un opérateur.
    Les conditions géographiques et sociales au Brésil sont très favorables :
    - Coût de la main d’œuvre

  • 2 Guillaume B // 21 mar 2007 le 8:55

    Il est Ă  considĂ©rer qu’afin de produire un bio-ethanol, les levures utilisĂ©es dans les procĂ©dĂ©s de fermentation tirent un rendement maximal de la fermentation de sucre simples commes ceux prĂ©sent dans la canne Ă  sucre et les mĂ©lasses qui en sont extraites. Celles-ci, les levures, sont tout Ă  fait adaptĂ©es Ă  la fermentation des sucres et c’est sans parler de l’utilisation de super levures modifiĂ©es gĂ©nĂ©tiquement qui elles augmentent directement la productivitĂ© des activitiĂ©es de transformations. La transformation de sucre simple versus la transformation de l’hemi-cellulose, celluloses et lignine qui eux requièrent des transformations chimiques particulières contribuant Ă  une explosion des frais de transformation tout en gĂ©nĂ©rant plus de dĂ©chĂŞts de post-production. Les formes de transformations chimiques nĂ©cessaires Ă  l’hydrolyse de la cellulose et des composĂ©s cellulosiques requièrent souvent l’usage de produits chimiques nocifs tels commes diffĂ©rents acides Ă  vocation industrielles. Ce qui rend aussi le BrĂ©sil plus compĂ©titifs au niveau de la production de bio-ethanol, c’est sa localisation gĂ©ographiques, les conditions climatiques au BrĂ©sil offrent des tempĂ©ratures moyennes variant entre 21 Ă  28 degrĂ©s celcius. Cet Ă©cart de tempĂ©rature est idĂ©al pour les rĂ©actions de fermentation, les reactions de fermentation tendent gĂ©nĂ©ralement Ă  avoir des maximums de production lorsce que la fermentation se dĂ©roule dans un medium ayant une tempĂ©rature supĂ©rieurs Ă  30degrĂ©s celcius. ConsĂ©quement, il n’est pas nĂ©cessaire de chauffer les levures et leurs substrats afin d’obtenir une rĂ©action de fermentation puisque celle-ci peuvent se dĂ©rouller Ă  tempĂ©rature ambiante.

    La plume aux spĂ©cialistes du bio - ethanol. Merci pour l’explication. Rien Ă  ajouter!

  • 3 Stephane M // 6 dĂ©c 2007 le 8:43

    Si on arrĂŞter de faire faire des Ă©tudes sur les biocarburants par l’IFP et autres pĂ©troliers, on s’apercevrait que comme dans d’autres pays c’est bien et rentable, on Ă©viterait aussi de creuser notre retard dans se domaine.

Faire un commentaire

maastricht