
L’or vert du Brésil. Photo: Asterico, 20 nov. 2004
Bonjour,
Après deux décennies d’effort industriel, les biocarburants deviennent une alternative crédible au pétrole. Dans un marché mondial dominé par le Brésil, les Etats Unis, et l’Europe, le cas du Brésil ouvre des perspectives à d’autres pays émergents…A conditions de disposer d’atouts similaires…
Le biocarburant a la cote.
Le 9 mars 2007, le Brésil et les Etats - Unis, les deux principaux producteurs d’éthanol dans le monde, signent un accord. Cette entente, qui prévoit une coopération technologique entre les deux Etats, vise à encourager la production de biocarburant sur le continent américain, notamment en Amérique centrale. Il s’agit de créer des emplois. Il s’agit, surtout, d’approvisionner un marché mondial, de plus en plus ouvert aux biocarburants. Exemple. Depuis 2002, on produit 15% de biocarburant en plus chaque année, avec un bond de 60% entre 2004 et 2005. Les stratégies d’adaptation de certains pays au “carburant vert” suggèrent que la production ( 22 Mtep) pourrait doubler d’ici à 2015. Car le biocarburant, facile à diffuser sur le marché et à mélanger aux carburants traditionnels, a la cote. Il permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre, principale cause du réchauffement climatique. Et de diminuer la dépendance au pétrole du secteur des transports, en pariant sur le développement de ressources vertes, disponibles dans la plupart des économies. S’il paraît illusoire de tout miser sur les biocarburants, les Etats - Unis se sont cependant engagés à réduire de 20% les carburants fossiles, d’ici 10 ans. Promesse similaire pour l’Union européenne, qui devrait employer 20% de biocarburants, d’ici à 2020.(1) (2)
Brésil, Etats - Uni, et Europe.
Marché en plein essor, la géographie du biocarburant s’esquisse entre le Brésil, les Etats - Unis, et l’Europe. L’éthanol, principalement produit et consommé par les Etats Unis et le Brésil, est le leader des carburants verts. Destiné aux moteurs essence, il est produit à base de plantes sucrières ( canne à sucre et betteraves ), et de plantes amylacées (blé, maïs). Le Brésil, produit plus de la moitié de l’éthanol mondial (52% en 2005), à base de canne à sucre. Les Etats - Unis, 43% de la production mondiale, exploitent plutôt les propriétés du maïs. Pendant ce temps, les moteurs diesel roulent à l’EMHV (Esthers méthyliques d’huiles végétales.), carburant produit à partir d’huiles végétales, colza, tournesol, palme, ou soja. L’EMVH est principalement élaboré en Europe, en Allemagne - 45% de la production mondiale en 2005 -, en France et en l’Italie (25%), en Espagne, et en Suède. L’EMVH, utilisé pur ou en mélange comme l’éthanol, reste un biocarburant plutôt européen. Malgré leur essor, les biocarburants restent marginaux. Moins de 2% des moteurs américains et européens roulent au carburant vert, contre 15% au Brésil. Quand même. (2)
Brésil, une consommation d’éthanol portée par les véhicules “flex fuel”.
Retour au Brésil, où le succès des biocarburants est porté par une dynamique politique. Trois périodes marquent l’évolution de la consommation d’éthanol. Entre 1975 et 1990, le programme gouvernemental “Proalcool” fait la promotion du carburant vert, qui connaît une période de croissance. De 1990 à 2000, période qui oublie le choc pétrolier et réhabilite “l’or noir”, la consommation stagne. Nouveau regain au début des années 2000, à la fois conséquence de l’augmentation du prix du pétrole, et de l’introduction de véhicules “Flex Fuel” sur le marché brésilien. La vente de ces véhicules, qui fonctionnent à l’essence et à 20 - 25% d’éthanol, taux fixé par le gouvernement brésilien, ou à l’éthanol pur, a dopé la consommation intérieure. Le consommateur brésilien, attiré par un carburant moins cher que celui issu du pétrole, a suivi. Résultat, le marché des véhicule “Flex Fuel” représente 70% du parc automobile brésilien en 2005, et plus de 80% des immatriculations en janvier 2007. Au total, plus de 3 millions de voitures fonctionnent à l’éthanol, et environ 16 millions roulent avec un carburant mélangé. D’ici à une dizaine d’années, les besoins en éthanol devraient doubler.(1) (2)
Un secteur en plein boom.
Au Brésil, le secteur de l’éthanol est en plein boom. Une dynamique économique qui dope l’économie locale et attire les investisseurs étrangers. Plus de 73 nouvelles unités de production sont en cours de construction, pour un investissement de de plus de 14 milliards de dollars. Par exemple, le groupe français Tereos ( Beghin- Say) s’est associé au groupe Guarani, qui possède trois usines de sucre et de carburant, des distilleries, et qui attend sa cotation en bourse. Le Brésil, leader mondial, entend bien exporter sa technologie - machinerie agricole, véhicules hybrides, usines clés en main -, et son expérience. Si la production d’éthanol est encore destinée au marché local, le Brésil vise les Etats -Unis et l’Europe, pays encore protégés par des droits de douane. Mais le principal marché convoité est le Japon, où le gouvernement étudie la possibilité d’imposer jusqu’à 10% d’éthanol dans les carburants. Et pourquoi pas, à terme, une cotation du marché de l’éthanol, considéré comme une matière première?(3)
La perspective d’une concurence “biocarburant - agriculture”.
Finalement la saga du biocarburant, version brésilienne, ressemble plutôt à une belle histoire. Le Brésil produit l’éthanol le moins cher du monde, grâce à une canne à sucre très productive. Conséquence, son coût est déjà compétitif avec les celui des carburants pétroliers. - Parenthèse, le coût de production des biocarburants, plus cher que celui des carburants fossiles, est ailleurs un handicap -. Au Brésil, la production de bioethanol permet encore de revaloriser la culture de la canne à sucre, qui commençait à s’essoufler. Bon point environnemental, l’éthanol est produit grâce à la combustion des déchets de canne, ce qui évite d’employer une énergie fossile, productrice de CO². Le Brésil aurait encore suffisamment de superficie cultivable libre, pour autoriser l’extension de la culture de la canne à sucre, sans toucher à ses forêts - attaquées par ailleurs, parenthèse -. La superficie dédiée à la canne à sucre, soit trois millions d’hectares en 2006, pourrait atteindre les 15 millions dans une dizaine d’années. Mais l’histoire du biocarburant n’est pas toujours aussi rose. Si le carburant vert permet de valoriser les ressources domestiques, et de contourner la réponse “pétrole”, dans beaucoup de pays, il entame une compétition avec l’agriculture, et les terres agricoles. (3)
Un marché émergent.
Dans un contexte énergétique caractérisé par un baril cher, de nombreux pays ambitionnent de développer les biocarburants. Les deux grands noms de ce marché émergent sont la Chine, et l’Inde. La Chine, plutôt tournée vers la production d’éthanol, compte tirer bénéfice de ses cultures de maïs, seconde production mondiale. L’Inde, l’autre grand producteur de canne à sucre après le Brésil, cherche encore ses marques. Un accord technique, signé avec le pionnier sud américain, pourrait impulser la production, et l’usage d’éthanol. Certains Etats d’Amérique du Sud, Paraguay, Argentine, Colombie, Costa Rica, sont en train de suivre l’exemple de leur voisin brésilien. Réunis à Caracas, au Vénézuela, le 18 avril dernier, les pays d’Amérique du Sud - malgré un désaccord entre un Vénézuela “très pétrole”, et un Brésil “très biocarburant” - ont fini par accepter les perspectives offertes par le carburant vert . Même le Vénézuela, qui vit de la manne pétrolière, se dit prêt à importer de l’éthanol brésilien…(2) (4)
La compétition entre l’agriculture et les biocarburants, question qui commence à inquiéter, fera l’objet d’un prochain blog.
M.J
(1) IFP, Les biocarburants dans le Monde, Panoramas 2005 et 2007.(2)’Lulla veut noyer le pétrole..”, Chantal Rayes, Libération, 17 avril 2007 (3)” Les Sud -Américains rencontrent de difficultés..”, Paulo A Paranagua, Le Monde, 18 avril 2007.(4)”Le Brésil tenté par le marché mondial.”, Annie Gasnier, Le Monde, 3 avril 2007.
4 réponses à ce jour ↓
1 Le développement durable: une histoire - Le jardin des retours - LeWebPédagogique // 18 mai 2007 le 9:38
[...] Marlène Jaulin vient de mettre sur son blog Environnement plusieurs billets très révélateurs sur les pollutions en Chine et a déjà proposé de nombreux exemples concrets liés au développement durable (comme les biocarburants au Brésil, la fin des ampoules classiques et la déforestation en vidéo), et est revenue sur les réunions d’expert sur le réchauffement climatique à Bangkok il y a quelques semaines. [...]
2 Cam & Cam // 16 oct 2007 le 2:33
On ne trouve pas ce qu’on cherche.
On cherche une description quantitative de la production d’éthanol au Brésil (Proalcool) entre 1975 et 2007.
Merci d’avance
Cam & Cam
O.K. Je regarde, et si je trouve, je vous passe un mail….
3 Pierre Gagnon // 30 nov 2007 le 5:47
J’aurais besoin de savoir, dans le cadre d’un cours de maitrise en environnement le bilan de flux ou d’énergie pour la fabrication et l’utilisation de l’éthanol.
Merci
Pierre Gagnon
4 marlene // 30 nov 2007 le 7:07
Bonjour, Pierre.
Ecoutez, je ne sais pas, je suis géographe. Essayez cette adresse:
E-mail : ogenevieve@sucre-ethique.org
URL : http://www.sucre-ethique.org
Ils travaillent sur le sucre, et l’éthanol, allez voir le site.
Et peut - être pourront - ils vous renseigner.
Voilà …
Marlène Jaulin.
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