Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La terre des Africains dédiée aux carburants.

Bonjour,

L’Afrique serait une réserve de terres agricoles lorgnée par des investisseurs, le plus souvent étrangers au continent , pour y développer une agriculture d’’exportation, ou, plus scandaleusement, des plantations destinées à produire des carburants. Ce n’est pas un scoop, mais une étude des Amis de la Terre , publiée en 2010, et intitulée : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. (1)   Avec un constat qui précise le rapport de force : « Les agrocarburants font concurrence aux cultures vivrières pour les terres arables, et les firmes qui veulent développer les agrocarburants font concurrence aux paysans pour l’accès à la terre. » (p4/36). La crise alimentaire de 2008, et les émeutes de la faim consécutives, éclairent encore cette rivalité entre nourriture et énergie. « L’utilisation d’une partie des récoltes pour la production d’agrocarburants a été un facteur majeur d’augmentation du prix de la nourriture » lit-on à la même page. Sur le continent africain, près du tiers des terres faisant l’objet d’une transaction, soit 5 millions d’hectares, sont destinés à la production de carburants d’origine végétale.

Riziculteurs de Tanzanie.

Une carte, esquissée à partir d’une dizaine d’exemples fouillés par l’organisation, quantifie une partie du  problème. (p6/36) En Sierra Leone, 26.000 hectares sont destinés à la canne à sucre. Au Ghana, plus de 700.000 hectares ont été confisqués aux Ghanéens. Au Benin, 300.000 à 400.000 hectares de zones humides, dans le Sud du pays, sont appelées à  se couvrir de palmiers à huile. Au Nigeria, 100.000 hectares saisis ; au  Cameroun, un bail de 60 ans pour près de 60.000 hectares de palmiers à huile ; en Angola, plus de 500.000 hectares de terres vouées aux agrocarburants. En Ethiopie, 700.000 hectares sont réservés à la canne à sucre, et 23 millions d’hectares bientôt couverts de plants de jatropha.  Au Kenya, 500.000 hectares sont destinés aux entrepreneurs. En Tanzanie, un millier de petits riziculteurs ont été obligés de céder leurs terres aux planteurs de canne à sucre. Au Mozambique, près de 5 millions d’hectares, soit 1/7° des terres arables du pays, sont dans la ligne de mire d’investisseurs. Attirés par des terres bon marché, ils sont Européens, Suisse, Italie, Royaume-Uni, Norvège, France, Espagne, Belgique, ou Portugal. D’autres investisseurs, venus d’Israël,  du Canada, du  Japon, ou du Brésil, laboratoire mondial des agrocarburants, ont encore flairé le bon plan. Addax Bioenergy, des Suisses au Mozambique ; Jatropha  Africa, des britanniques au Ghana ; Compagnie Franco-camerounaise, la carte détaille les intérêts fonciers. (p3/6) A la question « Qui ? », le rapport répond «…des PME – souvent des start-up  ayant identifié des perspectives commerciales dans les agrocarburants ». Avec l’intention claironnée de développer l’économie, locale et nationale, et de créer des emplois, notamment dans les zones rurales. Argument qui réjouit  le pays d’accueil, sans trop d’effets sur le terrain. Quelques économies continentales, Afrique du Sud, Cameroun, Angola, s’intéressent aussi à la filière des carburants, via des entreprises d’Etat et des sociétés d’investissements privés. En 2006, une quinzaine de pays africains, dont le Benin, le Ghana, le Sénégal, et le Mali ont crée une « OPEP verte », l’Association panafricaine des non producteurs de Pétrole (PANPP). La canne à sucre, le sorgho sucrier, le manioc, qui contribuent à l’alimentation des Africains, produisent de l’éthanol. Le palmier à huile, le soja, l’arachide, et le jatropha – plante non comestible qui s’adapte aux sols ingrats – sont utilisés pour le biodiesel.   Si l’intention générale est de produire des carburants alternatifs pour parer la hausse du prix du pétrole et anticiper une pénurie annoncée, il existe aussi des stratégies alimentaires. L’Arabie Saoudite projette d’investir des terres agricoles en Ethiopie, au Soudan, ou en Egypte,  pour y constituer des réserves de céréales.  La Corée du Sud partage cette ambition. En 2008, la société Daewoo Logistic convoite plus d’un million d’hectares de terres arables à Madagascar. Le projet s’ébruite, les Malgaches s’énervent, le gouvernement démissionne. La transaction est annulée.

Eau fraîche, canne à sucre, et jatropha.

« Les répercussions », Chapitre 5 du rapport. Une vision occidentale qui évacue les pratiques rurales des sociétés africaines, et tente de tirer profit de ressources, déjà rares. Si la disponibilité des terres africaines semble sans mesure, 800 millions d’hectares dont seul le quart serait mis en culture, leur vocation échappe parfois aux investisseurs.  La  tradition agricole, qui joue sur l’alternance, cultures-pâturages-jachères, vise à ne pas épuiser les sols. Cette mise en valeur, qui demande probablement plus d’espace disponible que supposé, serait contrariée par une extension des cultures énergétiques. Autre  malentendu souligné dans le rapport, celui des « terres marginales », utilisées pour faire paître les troupeaux, pour collecter du bois et des plantes médicinales, ou pour entretenir un petit jardin. Ces « terres marginales », à vocation communautaire et sans titre de propriété individuel, sont souvent avalées par de gros projets d’agrocarburants. C’est souvent le cas du jatropha, présenté comme une culture qui ne concurrence pas l’agriculture vivrière. Dans le Nord du Ghana,  Biofuel Africa,  intérêts norvégiens, projette  « la plus grande plantation de jatropha au monde » (p20/36), 38.000 hectares convertis. Or une partie de ces terres était mise en valeur par des villageois qui y cultivaient du maïs et du riz. Au Ghana, au Nigeria, en Tanzanie, la compétition pour les terres tourne au profit des agro-industriels.  Et grande est la tentation de planter du jatropha ou du sorgho sucrier, pourtant promis aux sols ingrats, sur des terres plus riches, dotées en eau fraîche. Si la canne à sucre a besoin d’être irriguée pour pousser, le jatropha a besoin d’eau pour démarrer. Il faut 4000 litres d’eau pour produire un litre d’éthanol à base de maïs et de canne à sucre. Et un peu plus de 9000 pour un litre de biodiesel à base de soja. Au Kenya , où les sécheresses consécutives diminuent les récoltes – un kenyan sur 10 se nourrit grâce à l’aide alimentaire -, le gouvernement autorise le Qatar à cultiver des plantes horticoles dans la région du delta du fleuve Tana, une zone agro-pastorale dédiée aux pâturages communautaires. Là, ou de précédents projets de canne à sucre avaient échoué.

« Les ressources les plus précieuses de l’Afrique – sa biodiversité, ses terres, ses habitants – sont exploitées pour exporter du carburant vers des pays énergivores comme l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde. », résume le Réseau africain de Biodiversité. » (p24/36) En Tanzanie, à Madagascar,  au Ghana, où au Sénégal, le ton monte contre les voleurs de terres.

M.J.

L’Indien Ram Karuturi rachète 300.000 hectares de terres agricoles dans l’Ouest de l’Ethiopie pour y produire du riz, beaucoup de riz, et développer des pépinières de palmiers à huile…Avant de partir conquérir d’autres terres au Soudan. … Planète à vendre ( Agoravox , un documentaire diffusé sur ARTE le 19 avril 2011.

 

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(1) : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. Ampleur et conséquences de l’accaparement des terres pour produire des agrocarburants. Rapport. Les Amis de la Terre Afrique et les Amis de la Terre Europe, juin 2010. http://www.foeeurope.org/agrofuels/FoEE_Africa_up_for_grabs_2010_FRENCH.pdf


Publié le 12 janvier 2012 par marlene dans Afrique,biocarburants,crise alimentaire
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Les peuples des forêts contestent le REDD.

 

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Bonjour,

 

“Les communautés indigènes demandent un moratoire pour le REDD », titre un article d’IPS du 12 décembre dernier. (1) Il fait écho à la Global Alliance of Indigenous Peoples and Local Communities against REDD and for Life. Cette représentation de communautés forestières a demandé la suspension du REDD à la Conférence des Nations Unies sur le Climat qui vient de se terminer à  Durban. Le REDD ( pour Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation) est un programme des Nations Unies qui vise à indemniser les pays, et les communautés, qui  protègent leurs forêts primaires. L’ONU, qui donne une valeur financière au carbone stocké dans les forêts, entreprend un vaste chantier, inclus dans une stratégie globale de lutte contre le réchauffement climatique. A l’échelle planétaire, la déforestation représente 15 à 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.  En septembre 2008, Ban Ki-Moon, le secrétaire Général de l’ONU, commente cette initiative qui débute: «La lutte contre le changement climatique ne peut être gagnée sans les forêts du monde, cela est maintenant clair. » (2) Aujourd’hui, le programme REDD est développé dans 9 pays pilotes, la République Démocratique du Congo, la Tanzanie, la Zambie, l’Indonésie, la Papouasie-Nouvelle Guinée, le Viet Nam; la Bolivie, le Panama et le Paraguay. Auxquels s’ajoutent une vingtaine de pays, qui découvrent la valeur de leurs forêts. A Durban, sept pays d’Afrique centrale, soutenus par leurs donateurs occidentaux,  ont demandé une accélération de mise en oeuvre du REDD dans le  bassin du Congo, seconde forêt primaire de la planète après l’Amazonie. Henri Djombo, Ministre du Développement durable et de l’économie forestière du Congo-Brazzaville approuve. Il espère que d’importantes ressources financières seront disponibles au début de l’année 2012. Moins impatiente, la Global Alliance of Indigenous Peoples and Local Communities. A Durban, elle a exprimé quelques doutes sur les bénéfices de la transaction REDD pour les communautés originaires des forêts. Un nombre croissant de rapports de terrain signaleraient que les droits des autochtones sont bafoués lors de la mise en œuvre de cette stratégie. Le dispositif REDD, d’abord pensé pour les propriétaires officiels de parcelles forestières, a fait l’impasse sur les territoires coutumiers. Beaucoup de gens vivant dans la forêt, et de la forêt, depuis des générations, ne disposent pas de titre de propriété. Pas plus que d’alternative pour vivre autrement. Selon l’ONU, plus d’un milliard et demi de personnes dépendent directement des systèmes forestiers pour leur survie. Une lecture assouplie d’un droit  à la propriété, concession du REDD, pourrait protéger les “sans-titres” qui exploitent la forêt, argumentent certains. Heriberta Hidalgo, représentante  de communautés du Nord du Chili, n’y croit pas: « C’est une fantaisie plaisante (de croire) que le REDD aidera les populations à sécuriser la propriété foncière. » ‘(1) Madame Hidalgo a une autre vision de l’avenir. Elle voit la forêt céder la place aux plantations, repoussant les populations qui en dépendent pour leur nourriture et leur médecine traditionnelle. Ils pourraient y perdre leur territoire de référence. Le programme REDD propose encore un dispositif de terrain, qui vise à informer les communautés, accompagner la protection des forêts, et éviter les abus. Des pays comme le Brésil ou l’Indonésie le trouvent difficile à mettre en place, trop cher. Au Mexique, lors de la mise en place de projets REDD, cet accompagnement n’a pas suivi. Les populations forestières devaient être informées du déroulement du projet, avant de  donner leur consentement. Mais, d’après Berenice Sánchez, du MesoAmerican Indigenous Women’s BioDiversity Network, une organisation basée à Mexico, le message est mal passé. Les communautés, qui ont bien compris qu’elles allaient recevoir de l’argent, se sont précipitées pour obtenir des crédits. Elles sont aujourd’hui endettées, avec  pour seule issue, vendre leurs terres. Madame Sanchhez  ajoute : « Le REDD est un masque pour les usurpations de terre à grande échelle. »(1) Un autre représentant des communautés de l’Equateur, la Confederation of Indigenous Nationalities of Ecuador (CONAIE) rappelle quarante ans de lutte face à de grands groupes, Texaco, Shell, Rio Tinto. Ces sociétés ont promis une vie meilleure, avant de dévaster les terres, et faire éclater les communautés.  Plus tranchante, Berenice Sanchez  demande l’arrêt immédiat de tous les programmes  REDD qui se mettent en place dans le monde. « C’est une nouvelle forme de colonialisme.» (1) L’IUCN, Union internationale pour la conservation de la nature, met en garde : « Pas de REDD sans les peuples autochtones et la société civile..  ». (3)

 

M.J.

La cupidité par les arbres. Le Cas Chiapas : la Forêt Lacandona au meilleur offrant…

 

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Pour fouiller le sujet / document PDF/ Forest People Programme :Enseignements à tirer de l’expérience sur le terain ; REDD+ et les droits des peuples autochtones et des communautés tributaires de la forêt. http://www.forestpeoples.org/sites/fpp/files/publication/2011/11/lessons-field-briefing-french_0.pdf

(1)” Indigenous Peoples Call for REDD  Moratorium”, Stephen Leahy , DURBAN, South Africa, 12-12 2011 (Tierramérica) http://www.ipsnews.net/news.asp?idnews=106187

(2) « REDD au secours des forêts », Les Nations Unies et la Norvège s’unissent pour lutter contre les changements climatiques causés par la déforestation, PNUE, New York, 24-10  2008 http://www.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=545&ArticleID=5930&l=fr

(3) « Pas de REDD sans les peuples autochtones et la société civile : le Cameroun lance le processus d’élaboration de la Readness Preparation Proposal (R-PP) », IUCN, 29-03-2011 http://www.iucn.org/fr/nouvelles_homepage/nouvelles_par_date/2011_news/mars_news_2011/?7184/Pas-de-REDD-sans-les-peuples-autochtones-et-la-societe-civile–le-Cameroun-lance-le-processus-delaboration-de-la-Readness-Preparation-Proposal–R-PP


Publié le 16 décembre 2011 par marlene dans Actualité,Climat,déforestation
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Durban, épilogue.

Bonjour,

Durban, épilogue. Le Protocole de Kyoto, qui s’achève en 2013, sera prolongé. De 5 à 8 années, la décision reste à prendre. Dommage, les pays qui défendent ce premier traité international sur le climat ne contribuent que pour 15% aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le Canada, la Russie, et le Japon, ne suivent pas. Ils refusent l’engagement contraignant de Kyoto. Un nouvel accord, instrument légal encore à préciser, devrait être signé en 2015. Pour devenir effectif en 2020. Cette fois, tous les pays devraient être impliqués dans la lutte contre le réchauffement. Le Fonds Vert, aide des pays riches pour adoucir les aléas climatiques chez les plus pauvres, n’a toujours pas trouvé de financement. Il doit pourtant démarrer en 2013, pour fonctionner pleinement en 2020. Avec, à la clé, une enveloppe annuelle de 100 millions de dollars. Durban, commentaires et réactions en images…

 

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Publié le 12 décembre 2011 par marlene dans Actualité,Climat
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Durban, un climat différent de Kyoto.

Bonjour,

La conférence des Nations Unies sur le changement climatique, réunie à Durban en Afrique du sud, se termine vendredi. Ministres de l’environnement et négociateurs  devaient imaginer la seconde phase du protocole de Kyoto , seul outil international contraignant.  Il obligeait une quarantaine de pays industrialisés à réduire leurs rémissions  de gaz à effet de serre d’environ 5%, par rapport à 1992. Cet engagement commun pour limiter la hausse des températures valait pour 5 ans, 2008-2012. Durban, comme les conférences de Copenhague et de Cancun, qui se sont tenues au cours des deux  années précédentes, n’a pas permis de poser les bases d’un nouveau Kyoto.

 

La cartographie des gros pollueurs dopés aux énergies fossiles, pétrole, gaz, charbon, fait apparaître les Etats-Unis et la Chine en rouge. Les deux pays émettent  40% des rejets mondiaux. Les Etats-Unis  y révèlent le niveau de vie élevé de leurs  habitants, addicts aux transports gourmands en carburant, et leurs activités industrielles. La Chine y montre l’importance du charbon, qui produit les 2/3 de son électricité, le boom du bâtiment, et l’expansion de son parc automobile. En matière d’émissions globales, la Chine dépasse déjà  les Etats-Unis. Puis viennent la Russie, l’Inde, le Japon, qui devancent  l’Allemagne et le Canada. Les rejets de CO² par habitant modifient un peu la carte.  Ils placent les Etats-Unis et le Canada en tête, devant la Russie et le Japon. Mais le record mondial revient sans doute à l’Australie. Un Australien émet deux fois plus de gaz à effet de serre qu’un japonais. Quand, le continent africain, dix fois plus peuplé que le Japon, rejette pratiquement l’équivalent de l’archipel nippon.  Le continent africain, déjà affecté par les conséquences du réchauffement qui se conjuguent à un climat instable, est l’un des points sombres de cette cartographie mondiale. Vagues de chaleur, inondations, orages violents, élévation du niveau des mers, baisse de la production agricole , et métropoles devenues invivables, signalent ce changement. Acteurs et  sinistrés du réchauffement climatique, réunis à Durban, n’ont pas tous le même intérêt à finaliser un nouveau Kyoto.

 

Le Japon, la Russie, le Canada, et l’Australie, ne souhaitent pas  forcément reconduire un accord juridiquement contraignant. Ils préfèrent l’option souple, à l’américaine, basée sur le « volontariat ». C’est le pays qui décide de ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre, du calendrier, et des moyens pour y parvenir. Barack Obama, qui mise sur les agro – carburants et les énergies alternatives, ou se déclare favorable à un marché du CO², semble bien disposé à engager les Etats-Unis  dans la lutte contre le réchauffement, sans subir les contraintes d’un texte international.  Les Etats-Unis n’ont jamais ratifié Kyoto. De l’autre côté, la plupart des pays en développement craignent que cette option « volontariste » conduise  les pays riches à polluer un peu plus. Fidèles à l’esprit de Kyoto, qui impose des restrictions chiffrées, ils souhaitent un nouvel accord international. L’Union européenne défend, elle aussi, l’idée d’un nouveau Kyoto. Plus contraignant que le premier.  Si les pays riches souhaitent contenir la hausse des températures autour des 2°C, option basse,  beaucoup de pays en développement considèrent  ce seuil comme déjà insupportable.

 

En 2010, les pays riches ont promis aux plus pauvres d’accompagner leur adaptation au changement de climat. Après 2020, ils recevront une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars. Mais ce « Fonds Vert » peine à trouver un financement en période de crise économique.  On parle d’une taxe sur les transactions financières, sans pouvoir vraiment préciser le mécanisme de cette nouvelle  aide Nord-Sud.  Le REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation), un programme ambitieux des Nations Unies,  propose encore  de donner de l’argent aux pays qui protègent leurs forêts tropicales. Cette stratégie, qui mise à la fois sur la réduction des émissions de carbone et sur l’aide aux pays  pauvres, se met doucement en place, ralentie par quelques réalités de terrain. Certains pays forestiers, qui pourraient profiter de cette opportunité économique, comptent parmi les plus corrompus.  D’autre part, beaucoup de gens, sans autre ressource, comptent sur les coupes d’arbres pour s’assurer une source de revenus.  Sans compter les  « coupeurs », qui inspirés par la tradition, respectent les rythmes d’une forêt qu’ils habitent depuis toujours. Comment dédommager cette petite humanité ?

 

En 2013, aucun texte n’obligera les pays à  faire chuter leurs émissions de gaz à effet de serre. Un nouveau Kyoto, précisé vers 2015, pourrait démarrer en 2020. Avec l’espoir que la Chine, l’Inde, le Brésil, mais aussi les Etats-Unis, contribuent à l’effort commun. Contrariée par les difficultés économiques du moment, des intérêts divergents, et des réponses multiples sur la façon de réagir au changement climatique,  Durban n’aura été qu’une étape vers un nouvel accord. (1) Pourtant, fin novembre, l’Organisation météorologique mondiale prévient : « « Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint de nouveaux pics qui s’approchent très rapidement des niveaux correspondant à une élévation de 2 à 2,4 degrés Celsius de la température moyenne à la surface du globe, laquelle pourrait entraîner, selon les scientifiques, des changements radicaux et irréversibles de notre planète, de la biosphère et des océans ».

 

M.J

Réchauffement climatique en Russie…………

 

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(1) «  A Durban, Ban Ki-moon exhorte les pays à faire de réels progrès sur le climat. », Centre d’Actualités de l’ONU, 06-12-2011. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=27077&Cr=climatique&Cr1=

 


Publié le 8 décembre 2011 par marlene dans Actualité,Climat
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Durban, la Conférence sur le climat vue de Côte d’Ivoire.

Bonjour,

Durban, Afrique du Sud. Aujourd’hui s’ouvre la 17° Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques. (CP 17) Pendant une dizaine de jours, jusqu’au 9 décembre, des représentants de 190 pays, des ONG, et des délégués de la société civile, vont tenter de trouver des solutions concrètes pour freiner les effets de la crise climatique.  Et peut-être  proposer un « après » au Protocole de Kyoto.  Quand la Chine et les Etats-Unis refusent de contrôler leurs émissions de gaz à effet de serre. En attendant l’issue de cette nouvelle réunion internationale sur le climat, qu’en pensent les Africains ?  Un point de vue proposé par la RTI, la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne.

 

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Publié le 28 novembre 2011 par marlene dans Actualité,Afrique - Environnement.,Climat
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« Journée mondiale de la l’alimentation », jour de faim.

Bonjour,

Le 16 octobre prochain s’annonce  « Journée  mondiale de l’alimentation » . Dans son rapport 2011, intitulé « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – interroge l’économie de la faim. La flambée des prix alimentaires, inscrite dans le sillage des crises de 2006-2008, touche surtout les pays les plus pauvres, addicts à l’importation de produits agricoles. Nombre d’Etats africains, très dépendants de riz et de céréales cultivés ailleurs, comptent parmi les plus touchés. Entre 2007 et 2008, le nombre de sous-alimentés sur le continent africain a grimpé de 8%. Mauvaise nouvelle à l’approche des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), car la nourriture pourrait rester chère, message de la FAO. Voire inabordable pour les plus démunis. Le changement de climat, ses excès, la concurrence entre l’agriculture dédiée aux agro -carburants et l’agriculture vivrière, sans oublier la spéculation sur les céréales, annoncent une crise durable. Le rapport montre comment l’envolée des prix alimentaires expose les petits producteurs et les populations pauvres des grandes cités du monde en développement. Les petits producteurs, car ils ne vendent pas suffisamment pour profiter d’une envolée des prix alimentaires. Et les pauvres,  car ils consacrent une part importante de leurs revenus à l’alimentation. Plus de 60% au Vietnam, au Malawi, au Bengladesh.  Plus de 70% au Ghana, au Pakistan, au Tadjikistan.

Protectionnisme, stocks, et politique sociale.

Scénario simplifié d’une dynamique économique  complexe de la faim – elle progresse en 2007-2008 en Afrique et stagne en Asie – , la FAO distingue trois types de pays. Ceux qui se sont tenus à l’écart du marché international. Ceux qui ont pu limiter les dégâts. Et ceux où la crise alimentaire a fait avancer la faim. Le premier groupe de pays, Chine, Inde, ou Brésil, a limité ses échanges agricoles, développé une politique sociale pour adoucir le choc, et puisé dans ses réserves alimentaires. Avec le risque que ce protectionnisme porte la spéculation mondiale, et prive de nourriture les pays importateurs. Ce premier groupe a cependant réussi à contenir les prix sur le marché intérieur, et à faire reculer le nombre de sous-alimentés. Mais, sur le modèle du Brésil,  tous les Etats n’ont pas les moyens d’accompagner les plus démunis avec une politique sociale. Autre problème, pour disposer de stocks alimentaires, il faut être assez riche pour aire des réserves. Ce qui exclut les plus pauvres. Le rapport cite l’exemple de la Chine, de l’Inde, et de l’Indonésie, qui, contrôlant leurs exportations pendant la crise alimentaire des années 2007-2008, ont maintenu le prix du riz et celui du blé. Second groupe, les Etats pauvres, mais producteurs et exportateurs de denrées alimentaires. Le Vietnam ou la Thaïlande. Malgré une valse des étiquettes sur le marché intérieur, la FAO y note un recul de la malnutrition. Mais attention, ce modèle suppose une bonne répartition des terres, condition d’une production alimentaire supérieure à la consommation. Enfin, un troisième groupe de pays a vu les prix s’envoler sur les étals des marchés locaux, privant les populations dépourvues. Au Malawi, en Afghanistan, en Ouganda, au Sénégal, au Mozambique, en Zambie, en Ethiopie ou au Kenya, il n’y a pas, ou peu, de stocks alimentaires. Il n’y a pas non plus d’argent pour assister les plus démunis. Le rapport cite l’exemple du Burkina Faso, qui, en 2008,  subventionne la vente de céréales sur le marché interne. Mais qui doit faire appel au PAM – le Programme Alimentaire Mondial – pour secourir 600.000 personnes. Toujours en 2008, le gouvernement éthiopien puise 190.000 tonnes de blé dans ses réserves pour approvisionner 800.000 urbains. Et qui, un peu plus tard, doit en importer 150.000 tonnes pour nourrir ses villes. Ici encore, le PAM est intervenu.

Un milliard de mal nourris.

La FAO, qui tire les conséquences de la crise alimentaire de 2007-2008, se demande comment mieux contrôler les prix sur les marchés intérieurs. Deux propositions. D’abord, améliorer l’information qui renseigne sur l’état des marchés, mondiaux et nationaux, afin de développer une analyse pertinente de l’évolution des échanges. Cette idée, qui suppose la transparence des données, permettrait de réagir avant que la panique des marchés joue sur les prix. Reste que l’information sur les réserves alimentaires est difficile à obtenir, problème d’accès aux sources, ou stratégie économique de certains pays. Seconde proposition, considérer l’envol des prix alimentaires comme « un état de fait », et s’y adapter. En développant des stratégies de protection sociale. Message fort de la FAO, investir dans l’agriculture pour impulser une dynamique interne qui fasse reculer la pauvreté et la faim : plus de compétitivité sur le  marché intérieur, plus de revenus pour les agriculteurs, et des produits agricoles, moins chers,  accessibles au plus pauvres. La FAO, qui révise sa méthodologie, ne chiffre pas la faim dans le monde en 2011. Elle touche probablement un milliard de personnes.

 

M.J

 

Pendant ce temps, Action contre la Faim convoque le G20

 

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Une classe virtuelle est mise en ligne par la FAO. Des documents et des leçons type permettent aux enseignants de fouiller la problématique de la faim – faim, malnutrition, insécurité alimentaire..-, afin de sensibiliser les élèves et les étudiants : http://www.feedingminds.org/fmfh/accueil/fr/

A petite échelle, la campagne TeleFood de la FAO accompagne des micro-projets dans plus d’une centaine de pays pour aider les familles et les communautés à produire de la nourriture. Ou générer des revenus pour en acheter. Petites histoires… http://www.fao.org/getinvolved/telefood/fr/

Lien Rapport : « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », Comment la volatilité des cours internationaux porte-t-elle atteinte à l’économie et à la sécurité alimentaire des pays. FIDA, WFP, FAO. http://www.fao.org/docrep/014/i2330f/i2330f.pdf


Publié le 13 octobre 2011 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,FAO,Objectifs du Millénaire.
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Wangari Maathai, « Dame Forêt ».

Bonjour,

Wangari  Maathai vient de s’éteindre. Wangari  Maathai, citoyenne du Kenya, a consacré sa vie au « Green Belt Movement ». Cette initiative, lancée en 1977, vise à émanciper les femmes du Kenya en leur donnant pour mission de planter des arbres. Wangari  Maathai, rare femme africaine à obtenir un doctorat – en biologie – au début des années 70, place l’arbre au cœur du développement des campagnes de son pays. Il s’agit de reboiser les paysages afin de freiner la désertification,  et de permettre aux sols de produire à nouveau. Cette vision, qui sous-tend celle de la sécurité alimentaire, place les femmes au premier plan. Elles sont formées à développer des pépinières, à gérer, à protéger les forêts, ou à produire du miel. L’idée est aussi de les tirer hors de la pauvreté. L’initiative de Wangari  Maathai répond à un déboisement, ancien et toujours actif. Entre 1990 et 2010, le Kenya aurait perdu 6,5% de son couvert forestier. (1)De l’autre côté de ce front de déforestation, après plus de trois décennies de sensibilisation et de travail de terrain, le « Green Belt Movement » a permis de planter plus de 30 millions d’arbres sur le territoire kényan. Près de 900000 femmes, estimation du  PNUE – le Programme des Nations Unies pour l’Environnement – auraient travaillé dans les pépinières et sur les plantations. (2)  Et dans un pays où la déforestation conditionne aussi l’accès à l’eau, le « Green Belt Movement » a déjà reverdi le Mont Kenya, la région des Aberdares, et le  Mau Complex, la forêt de montagne la plus étendue d’Afrique de l’Est, avant d’attaquer le Mont Elgon et les Cherengani Hills. Le Mont Kenya  est sans doute le premier de ces  cinq “châteaux d’eau” qui approvisionnent plus de 90% de la population kényane en eau. (3)

 

Depuis 1986, le « Green Belt Movement » a inspiré d’autres pays d’Afrique. En Tanzanie, en  Ouganda, au Malawi, au Lesotho, en Ethiopia, ou au Zimbabwe, on a misé sur les arbres, avec plus ou moins de succès, pour restaurer les terres. Cette vision du développement, qui articule « environnement », « démocratie », et « paix » mise sur les paysages et leurs ressources pour adoucir la vie des Africains. (4) Car Wangari  Maathai se préoccupe aussi de l’Afrique. Elle est d’ailleurs l’une des voix du Jubilee 2000  Africa Campaign. Ce mouvement, porté par une quarantaine de pays, demandait aux Nations riches d’annuler, pour l’an 2000,  la dette qui pèse sur les plus pauvres. Activiste dans son pays, Wangari  Maathai fait campagne contre l’appropriation abusive des terres. Elle dénonce l’attribution illégale des parcelles forestières.(2)  En 1997, celle qui défend la place des femmes dans la société kényane, échoue à la présidentielle face à Daniel erap Moi. Ses nombreuses interventions contre le régime répressif de Moi lui valent harcèlements, brimades, et quelques séjours en prison. En 2002, le Kenya change de Président. Wangari  Maathai, élue au Parlement, devient  Ministre adjoint pour l’environnement et les ressources naturelles. En 2004, le Prix Nobel de la Paix récompense son combat écologiste, féministe, et humaniste: « Lorsque nous plantons des arbres, nous plantons les graines de la paix et de l’espérance. » (2)

M.J

 

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(1) Kenya Forest Information and Data, réactualisé en 2011, http://rainforests.mongabay.com/deforestation/2000/Kenya.htm

 

(2) « Lauréate du Prix Nobel de la Paix 2004, le Professeur Wangari Maathai », PNUE http://www.unep.org/billiontreecampaign/french/Statements/wangari.asp

 

(3) Green Belt Movement  Tree planting Programme http://greenbeltmovement.org/w.php?id=13

 

(4) Green Belt Movement , GBM International http://greenbeltmovement.org/w.php?id=21


Publié le 30 septembre 2011 par marlene dans Actualité,Afrique,déforestation
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Mers et océans en état de stress.

Bonjour,

Pêche excessive et déclin des populations de poissons, acidification des océans et reproduction ralentie des coraux, manque d’oxygène et expansion des zones mortes, pollution et invasion des plastiques, les signes se multiplient pour confirmer la mauvaise santé des océans. Ces changements, plus rapides que prévus, inquiètent la communauté de chercheurs de l’International Program of the State of the Ocean (IPSO), réunie à Londres début avril, en partenariat avec l’IUCN, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Leurs conclusions, formulées dans un rapport, évoquent un changement d’époque dans l’histoire des océans. Le réchauffement des mers, l’acidification des eaux, et le manque d’oxygène, se combineraient pour créer un dérèglement du cycle carbone. Ce contexte rappellerait ceux qui ont précédé les cinq grandes périodes d’extinction qui ont accompagné l’aventure de la terre, au cours des 600 millions d’années passées. Selon le rapport, la rapidité de ces mutations ressemble souvent aux pires scénarios prédits par le GIEC, le groupe d’experts internationaux sur le climat. Et les dépasse parfois. La réduction des glaces de l’Arctique, la fonte accélérée du Groënland et du système Antarctique, l’élévation du niveau des mers, et l’échappée du méthane piégé dans les fonds marins, bousculent déjà les projections les plus pessimistes. Avec pour conséquences, migrations et déclins d’espèces marines, déplacement des colonies d’algues toxiques, multiplication des risques sanitaires, ou disparition de certains poissons habitués à vivre dans un système marin, plus riche et plus complexe. Plus que l’addition des facteurs de stress, c’est la multiplication qu’il faut craindre. C’est-à-dire une dynamique qui mêle pêche excessive, modification du milieu, changement climatique, manque de nutriments, et introduction d’espèces invasives. La porte ouverte à un accroissement de ces espèces indésirables et à une prolifération d’algues toxiques, qui vont asphyxier le milieu. Ou encore, une température plus élevée combinée à une acidification croissante, contexte qui va accélérer le blanchiment et contrarier le développement des coraux, et réduire la vie associée à cet habitat . Autre exemple de réaction en chaîne, la prolifération des plastiques dans les mers et les océans, et leurs incidences sur la chaîne alimentaire. A une autre échelle, il est question de l’équilibre entre le « système océan » et le « système terre », dont les évolutions climatiques sont liées. Beaucoup de perspectives alarmistes qui débouchent sur les recommandations classiques, réduction immédiate des rejets de CO², restauration des écosystèmes marins, règlements pour limiter les charges imposées au océans, et intervention des Nation Unies – notamment via la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer pour formuler un mode d’emploi des océans, plus responsable. Car l’agent perturbateur est bien identifié : «La résistance des océans aux conséquences du réchauffement climatique est sévèrement compromise par les autres facteurs de stress d’origine humaine, dont la pêche, la pollution, et la destruction de l’habitat. » (1)

M.J

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Lien résumé du rapport / English

http://www.stateoftheocean.org/pdfs/1906_IPSO-LONG.pdf


Publié le 30 juin 2011 par marlene dans Actualité,Climat,Ecosystèmes.,Pollution de l'eau
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Jaitapur, après le nuage de Fukushima.

Bonjour,

A Jaitapur, l’accident de Fukushima stimule l’opposition indienne à l’atome. L’Inde, qui en matière de nucléaire civil a de grands projets, s’apprête à construire le plus gros complexe au monde sur la côte Ouest, à environ 400 km au Sud de Bombay. Plus exactement, sur la côte du  Konkan , à l’Ouest de l’Etat du Maharashtra, une réserve mondiale de biodiversité, ponctuellement secouée par des tremblements de terre. Ce projet, signé en décembre 2010, scelle un partenariat entre AREVA, l’entreprise nucléaire française, et la Nuclear Power Corporation of India Ltd (NPCIL). A l’horizon 2020, 6 réacteurs de type EPR, spécialité française, devraient produire 1 650 Mégawatt chacun, pour une capacité totale de 9 900 Mégawatt. Et un coût estimé supérieur à 10 milliards de dollars. Le projet, soutenu par le gouvernement du Maharashtra, doit avaler environ un millier d’hectares de terres agricoles, où poussent anacardiers, manguiers – qui produisent la fameuse mangue d’Alphonso -, légumes, millet, et riz. Il doit déraciner quelques dizaines de milliers de personnes, dont la plupart refusent de céder leurs terres. Les pêcheurs, employés sur 600 bateaux, qui ne connaissent pas d’autre métier, craignent pour leur activité : un périmètre de pêche restreint, dénaturé par les rejets de la centrale. Fin avril 2011, de violentes manifestations ont opposé la population locale et la police, faisant un mort et quelques dizaines de blessés. L’opposition au nucléaire se fait entendre ailleurs en Inde, à Kudankulam, dans le Tamil Nadu, à Mithi Virdi dans l’ouest du Gujarat, à Kovvada dans l’Andhra Pradesh, et à Haripur dans le Bengale occidental, partout où le gouvernement  projette des parcs nucléaires. La contestation est particulièrement vive à Kudankulam, où une centrale équipée de réacteurs russes de type VVR, technologie autrefois exportée dans les pays de l’ex bloc soviétique, devrait à terme rivaliser avec le site de Jaitapur, pour produire 9 200 Mégawatt. (2)

Une énergie « écologiquement bénigne ».

L’Inde, dépendante à 70% du charbon pour son électricité,  pourtant pionnière dans le renouvelable, mise aussi sur le nucléaire pour gommer les inégalités d’accès, et assouvir ses besoins croissants. Selon la Banque mondiale, la moitié des foyers indiens n’ont pas l’électricité. Entre les années 70 et 2006, la consommation aurait grimpé de plus 900%.  (3) Le nucléaire, matérialisé à l’échelle du sous-continent par une vingtaine de réacteurs peu rentables, produit moins de 3% de l’électricité. L’Inde, exclue du Traité de non prolifération en1974, puis empêchée par le Groupe des Fournisseurs Nucléaires (GFN),  doit attendre 2008 pour connaître la fin de l’embargo sur les matériels sensibles, décidée par les Occidentaux. Le marché indien s’ouvre aux technologies nucléaires civiles. Avec un objectif pour les dix années à venir, 6% d’électricité d’origine nucléaire. Le parc indien, qui produit moins de 5 000 Mégawatt, cible les 20 000 Mégawatt pour 2020.(2) Le nucléaire indien, émaillé de quelques incidents, Kalpakkam dans le Tamil Nadu en 1987 et 2002, Tarapur dans la Maharashtra en 1989 et 1992, Bulandshahr dans l’Uttar Pradesh en 1993, ou Kota dans le Rajasthan en 1995, conséquence probable d’un long isolement, communique désormais sur la sécurité. (5) A Jaitapur, chaque réacteur sera doté d’un système de sécurité indépendant, chaque réacteur sera opéré et maintenu séparément des autres. Argument qui vise à estomper un scenario « façon Fukushima »,  où les réacteurs ont lâché les uns après les autres. Promesse de transparence, le « Nuclear Regulatory Authority », organe indépendant, devrait remplacer le « Atomic Energy Regulatory Board » (AERB), soupçonné de relation étroite avec le « Département of Atmomic Energy», organe gouvernemental. Et sur le portail de l’énergie Indienne, à la rubrique « Nuclear Power Generation », l’atome est considéré comme une source d’énergie « écologiquement bénigne. »

Tremblements de terre et EPR.

Ce qui n’est pas tout à fait l’avis de tout le monde. Dont Greenpeace, qui regrette que l’un des joyaux du catalogue mondial de la biodiversité devienne le décor d’un complexe nucléaire, pas si « benin » que cela. Plus grave, l’activité sismique d’une région bien connue des géologues indiens, classée « zone à haut risque », ou « zone IV », par le « National Disaster Management Authority » (NDMA). L’organisation écologique rapporte que de 1995 à 2005, la région de Jaitapur a connu 92 tremblements de terre. Le plus dévastateur, enregistré en 1993, 6,2 sur l’échelle de Richter, a tué 9000 personnes. La proximité côtière éclaire encore la vulnérabilité du site.  Contre-attaque du NPCIL, ni le tremblement de terre de 2001 dans le Gujarat, 7,6 sur l’échelle de Richter, ni le tsunami de 2004, n’ont perturbé la sécurité des centrales voisines. (2) Mais à côté des risques naturels, matérialisés par  Fukushima, les opposants au projet dénoncent une formule « EPR » très coûteuse,  qui n’a toujours pas fait ses preuves. A Olkiluoto, en Finlande, des questions de sécurité contrarient la mise en service de la technologie « made in France. » Idem pour Flamanville, qui,  fâché avec le calendrier, s’annonce toujours plus cher. Interrogé par IPS, Laxminarayan Ramdas, l’une des voix de la « Coalition for Nuclear Disarmament and Peace » dénonce: « Le gouvernement fait la promotion d’un réacteur au prix exorbitant – de type EPR – qui n’a été avalisé par l’autorité nucléaire régulière d’aucun pays, dont la France. (…) Nous ne savons pas à qui ils essaient de faire plaisir” “( 2)

M.J.

Les acteurs d’une protestation, antérieure à Fukushima…

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(1)”Fukushima Won’t Stop World’s Largest Nuclear Facility”, Ranjit Devraj, New Delhi, IPS, 29-04-2010 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=55432
(2) ”Japan Quake Focuses Anti-Nuclear Message”, Ranjit Devraj, New Delhi, IPS, 14-04-2010,  http://ipsnews.net/news.asp?idnews=54835

(3) Université de Sherbrooke / Perspective Monde. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/IND/fr/EG.ELC.COAL.ZS.htmlhttp://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=IND&codeStat=EG.USE.ELEC.KH&codeStat2=x

(4) Nuclear Power in India, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Nuclear_power_in_India


Publié le 5 mai 2011 par marlene dans Actualité,Inde,Nucléaire
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FAO: une cuisine aux « petits cocons ».

Bonjour,

Khamlai Chathavong maîtrise désormais les techniques de reproduction et d’élevage d’insectes, destinés à l’alimentation. Il est l’un des sept agriculteurs sélectionnés pour un projet pilote, mené en collaboration par le Département d’Agriculture de l’Université nationale du Laos et la FAO, l’Organisation mondiale pour l’Alimentation et l’Agriculture. L’idée est simple. Développer la consommation d’insectes pour faire reculer la faim. Le terrain s’y prête. Au Laos, où crickets, scarabées, vers, et  fourmis s’affichent sur les menus des restaurants, 95% de la population consomme des insectes. Et dans un pays où la malnutrition des moins de cinq ans galope, les insectes offrent une source de protéines, de graisses, de fer, de calcium, et de vitamines à bas prix. Autre vocation du projet, créer une petite industrie, génératrice de revenus pour les plus pauvres. « Si les fermiers développent ces nouvelles techniques, ils peuvent vendre des crickets, des scarabées de palmiers, des vers de farine, ou des fourmis de tisserands, trois ou quatre fois par an, alors que les méthodes traditionnelles ne leur permettent qu’une à deux récoltes par an. », commente Khamlai Chathavong. (1) L’Université de Ventiane vient de former une vingtaine d’autres agriculteurs à la « culture » d’insectes. Pour l’année 2011, quatre séminaires sont prévus, dans la capitale et en province. Avec un mot d’ordre: diffuser ces techniques d’élevage et de marketing, tout en informant sur les valeurs nutritionnelles des insectes. Dans un pays où chaque province a ses habitudes de consommation et d’élevage, il s’agit de convertir le plus grand nombre à un entreprenariat efficace. (1)

Nourriture de base ou snack.

Les laotiens ne sont pas les seuls à consommer des insectes. Dernier recours contre la faim, nourriture de base, ou met délicat, le catalogue des insectes comestibles hésite entre 1400 et 1700 espèces. L’entomophagie, qui désigne la consommation d’insectes sans vraiment réussir à les rendre appétissants, se décline dans plus de 90 pays dans le monde, en Afrique, en Amérique du Sud, ou en Asie du Sud-Est. Le Malawi, la Zambie, et la République du Congo mangent des chenilles collectées dans les bois. La Nouvelle Guinée déguste des larves de Sago. Et depuis très longtemps, la Chine goûte le ver à soie. Dans beaucoup de cultures, désormais offertes à une consommation plus aseptisée, les insectes sont devenus dégoûtants. D’autres sont restées fidèles à cette pratique nutritionnelle. Et dans certaines périphéries des grandes villes du monde en développement, les insectes nourrissent le souvenir d’une vie simple et saine à la campagne. Historiquement, la plupart de ces insectes sont collectés dans les forêts environnantes. Une nourriture locale qui répond à l’envolée des prix alimentaires, à une agriculture émettrice de CO², de plus en plus contrariée par les effets du changement climatique. La FAO mise sur cette ressource locale pour nourrir les affamés, créer des revenus, et protéger la biodiversité. En Afrique centrale, les brûlis saisonniers préservent les colonies de chenilles, qui figurent au menu traditionnel. La FAO fait aussi l’éloge de la Thaïlande, où elle développe le commerce du cricket depuis 1999, en collaboration avec l’Université de Khon Kaen, dans le Sud-Est du pays. Les communautés ont été formées à une activité bon marché, facile à mettre en place, nécessitant peu d’espace, qui commence à tourner. Dans la région de Khon Kaen, 4500 familles élèvent des criquets. Activité qui occupe 15.000 familles à l’échelle nationale. Dans ces régions pauvres, deux villages, environ 400 familles, produisent l’équivalent de 10 tonnes de criquets pendant l’été, pour un revenu qui varie d’une centaine à plus de mille euros, par mois et par famille. La récolte est destinée aux étals de Bangok et aux marchés urbains du pays. A moins d’être exportée vers le Laos ou le Cambodge. Les familles thaïlandaises élèvent aussi des fourmis, autre nourriture populaire. L’Université de Khon Kaen a aussi planché sur la punaise d’eau géante, autre gourmandise thaïlandaise. A la question « Pourquoi les Thaïlandais mangent-t-il des punaises ? », les ¾ de consommateurs d’insectes répondent que c’est bon avec une bière. (2)

Criquets, suschis, et sashimis.

La FAO, qui réfléchit à introduire plus d’insectes dans l’alimentation mondiale, travaille à mieux connaître leurs habitudes, leurs habitats, ou leur place dans les régimes traditionnels. Elle pense aussi à conquérir la nouvelle cuisine, au Japon, à Singapour, à Hong-Kong, ou en Occident. Des criquets « mode Thaï », cuisinés avec du piment et de la citronnelle, servis avec  du riz, quand la chair crue des sushi et des sashimi multiplie les amateurs. En attendant, lors d’un meeting des Nations Unies en Thaïlande en 2008, un scientifique japonais a proposé d’installer des élevages de cafards dans les navettes spatiales, gain de place et source de protéines pour les astronautes. (3)

M.J


(1) « More insects coming to a restaurant near you ». EC FAO food security programme

http://www.foodsecuritylink.net/laopdr/index.php?option=com_content&view=article&id=105:more-insects-coming-to-a-restaurant-near-you&catid=1:news&Itemid=2

(2)”Edible Forest Insects / Humans Bite Back”, B.Durst, V.Johnson, N.Leslie, Shono, 19/21-02-2008, Chiang Mai, Thaïland. -FAO/ RAP Publication 2010-02 http://www.fao.org/docrep/012/i1380e/i1380e00.pdf

(3) ”Eat insects to beat world hunger, UN scientists say”, Asia News, Thaïland, 26-02-2008, http://www.asianews.it/news-en/Eat-insects-to-beat-world-hunger,-UN-scientists-say-11624.html


Publié le 28 avril 2011 par marlene dans Asie du Sud-Est.,crise alimentaire,FAO
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