Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La terre des Africains dédiée aux carburants.

Bonjour,

L’Afrique serait une réserve de terres agricoles lorgnée par des investisseurs, le plus souvent étrangers au continent , pour y développer une agriculture d’’exportation, ou, plus scandaleusement, des plantations destinées à produire des carburants. Ce n’est pas un scoop, mais une étude des Amis de la Terre , publiée en 2010, et intitulée : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. (1)   Avec un constat qui précise le rapport de force : « Les agrocarburants font concurrence aux cultures vivrières pour les terres arables, et les firmes qui veulent développer les agrocarburants font concurrence aux paysans pour l’accès à la terre. » (p4/36). La crise alimentaire de 2008, et les émeutes de la faim consécutives, éclairent encore cette rivalité entre nourriture et énergie. « L’utilisation d’une partie des récoltes pour la production d’agrocarburants a été un facteur majeur d’augmentation du prix de la nourriture » lit-on à la même page. Sur le continent africain, près du tiers des terres faisant l’objet d’une transaction, soit 5 millions d’hectares, sont destinés à la production de carburants d’origine végétale.

Riziculteurs de Tanzanie.

Une carte, esquissée à partir d’une dizaine d’exemples fouillés par l’organisation, quantifie une partie du  problème. (p6/36) En Sierra Leone, 26.000 hectares sont destinés à la canne à sucre. Au Ghana, plus de 700.000 hectares ont été confisqués aux Ghanéens. Au Benin, 300.000 à 400.000 hectares de zones humides, dans le Sud du pays, sont appelées à  se couvrir de palmiers à huile. Au Nigeria, 100.000 hectares saisis ; au  Cameroun, un bail de 60 ans pour près de 60.000 hectares de palmiers à huile ; en Angola, plus de 500.000 hectares de terres vouées aux agrocarburants. En Ethiopie, 700.000 hectares sont réservés à la canne à sucre, et 23 millions d’hectares bientôt couverts de plants de jatropha.  Au Kenya, 500.000 hectares sont destinés aux entrepreneurs. En Tanzanie, un millier de petits riziculteurs ont été obligés de céder leurs terres aux planteurs de canne à sucre. Au Mozambique, près de 5 millions d’hectares, soit 1/7° des terres arables du pays, sont dans la ligne de mire d’investisseurs. Attirés par des terres bon marché, ils sont Européens, Suisse, Italie, Royaume-Uni, Norvège, France, Espagne, Belgique, ou Portugal. D’autres investisseurs, venus d’Israël,  du Canada, du  Japon, ou du Brésil, laboratoire mondial des agrocarburants, ont encore flairé le bon plan. Addax Bioenergy, des Suisses au Mozambique ; Jatropha  Africa, des britanniques au Ghana ; Compagnie Franco-camerounaise, la carte détaille les intérêts fonciers. (p3/6) A la question « Qui ? », le rapport répond «…des PME – souvent des start-up  ayant identifié des perspectives commerciales dans les agrocarburants ». Avec l’intention claironnée de développer l’économie, locale et nationale, et de créer des emplois, notamment dans les zones rurales. Argument qui réjouit  le pays d’accueil, sans trop d’effets sur le terrain. Quelques économies continentales, Afrique du Sud, Cameroun, Angola, s’intéressent aussi à la filière des carburants, via des entreprises d’Etat et des sociétés d’investissements privés. En 2006, une quinzaine de pays africains, dont le Benin, le Ghana, le Sénégal, et le Mali ont crée une « OPEP verte », l’Association panafricaine des non producteurs de Pétrole (PANPP). La canne à sucre, le sorgho sucrier, le manioc, qui contribuent à l’alimentation des Africains, produisent de l’éthanol. Le palmier à huile, le soja, l’arachide, et le jatropha – plante non comestible qui s’adapte aux sols ingrats – sont utilisés pour le biodiesel.   Si l’intention générale est de produire des carburants alternatifs pour parer la hausse du prix du pétrole et anticiper une pénurie annoncée, il existe aussi des stratégies alimentaires. L’Arabie Saoudite projette d’investir des terres agricoles en Ethiopie, au Soudan, ou en Egypte,  pour y constituer des réserves de céréales.  La Corée du Sud partage cette ambition. En 2008, la société Daewoo Logistic convoite plus d’un million d’hectares de terres arables à Madagascar. Le projet s’ébruite, les Malgaches s’énervent, le gouvernement démissionne. La transaction est annulée.

Eau fraîche, canne à sucre, et jatropha.

« Les répercussions », Chapitre 5 du rapport. Une vision occidentale qui évacue les pratiques rurales des sociétés africaines, et tente de tirer profit de ressources, déjà rares. Si la disponibilité des terres africaines semble sans mesure, 800 millions d’hectares dont seul le quart serait mis en culture, leur vocation échappe parfois aux investisseurs.  La  tradition agricole, qui joue sur l’alternance, cultures-pâturages-jachères, vise à ne pas épuiser les sols. Cette mise en valeur, qui demande probablement plus d’espace disponible que supposé, serait contrariée par une extension des cultures énergétiques. Autre  malentendu souligné dans le rapport, celui des « terres marginales », utilisées pour faire paître les troupeaux, pour collecter du bois et des plantes médicinales, ou pour entretenir un petit jardin. Ces « terres marginales », à vocation communautaire et sans titre de propriété individuel, sont souvent avalées par de gros projets d’agrocarburants. C’est souvent le cas du jatropha, présenté comme une culture qui ne concurrence pas l’agriculture vivrière. Dans le Nord du Ghana,  Biofuel Africa,  intérêts norvégiens, projette  « la plus grande plantation de jatropha au monde » (p20/36), 38.000 hectares convertis. Or une partie de ces terres était mise en valeur par des villageois qui y cultivaient du maïs et du riz. Au Ghana, au Nigeria, en Tanzanie, la compétition pour les terres tourne au profit des agro-industriels.  Et grande est la tentation de planter du jatropha ou du sorgho sucrier, pourtant promis aux sols ingrats, sur des terres plus riches, dotées en eau fraîche. Si la canne à sucre a besoin d’être irriguée pour pousser, le jatropha a besoin d’eau pour démarrer. Il faut 4000 litres d’eau pour produire un litre d’éthanol à base de maïs et de canne à sucre. Et un peu plus de 9000 pour un litre de biodiesel à base de soja. Au Kenya , où les sécheresses consécutives diminuent les récoltes – un kenyan sur 10 se nourrit grâce à l’aide alimentaire -, le gouvernement autorise le Qatar à cultiver des plantes horticoles dans la région du delta du fleuve Tana, une zone agro-pastorale dédiée aux pâturages communautaires. Là, ou de précédents projets de canne à sucre avaient échoué.

« Les ressources les plus précieuses de l’Afrique – sa biodiversité, ses terres, ses habitants – sont exploitées pour exporter du carburant vers des pays énergivores comme l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde. », résume le Réseau africain de Biodiversité. » (p24/36) En Tanzanie, à Madagascar,  au Ghana, où au Sénégal, le ton monte contre les voleurs de terres.

M.J.

L’Indien Ram Karuturi rachète 300.000 hectares de terres agricoles dans l’Ouest de l’Ethiopie pour y produire du riz, beaucoup de riz, et développer des pépinières de palmiers à huile…Avant de partir conquérir d’autres terres au Soudan. … Planète à vendre ( Agoravox , un documentaire diffusé sur ARTE le 19 avril 2011.

 

Image de prévisualisation YouTube

(1) : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. Ampleur et conséquences de l’accaparement des terres pour produire des agrocarburants. Rapport. Les Amis de la Terre Afrique et les Amis de la Terre Europe, juin 2010. http://www.foeeurope.org/agrofuels/FoEE_Africa_up_for_grabs_2010_FRENCH.pdf


Publié le 12 janvier 2012 par marlene dans Afrique,biocarburants,crise alimentaire
Tags :: , , , ,

FAO: une cuisine aux « petits cocons ».

Bonjour,

Khamlai Chathavong maîtrise désormais les techniques de reproduction et d’élevage d’insectes, destinés à l’alimentation. Il est l’un des sept agriculteurs sélectionnés pour un projet pilote, mené en collaboration par le Département d’Agriculture de l’Université nationale du Laos et la FAO, l’Organisation mondiale pour l’Alimentation et l’Agriculture. L’idée est simple. Développer la consommation d’insectes pour faire reculer la faim. Le terrain s’y prête. Au Laos, où crickets, scarabées, vers, et  fourmis s’affichent sur les menus des restaurants, 95% de la population consomme des insectes. Et dans un pays où la malnutrition des moins de cinq ans galope, les insectes offrent une source de protéines, de graisses, de fer, de calcium, et de vitamines à bas prix. Autre vocation du projet, créer une petite industrie, génératrice de revenus pour les plus pauvres. « Si les fermiers développent ces nouvelles techniques, ils peuvent vendre des crickets, des scarabées de palmiers, des vers de farine, ou des fourmis de tisserands, trois ou quatre fois par an, alors que les méthodes traditionnelles ne leur permettent qu’une à deux récoltes par an. », commente Khamlai Chathavong. (1) L’Université de Ventiane vient de former une vingtaine d’autres agriculteurs à la « culture » d’insectes. Pour l’année 2011, quatre séminaires sont prévus, dans la capitale et en province. Avec un mot d’ordre: diffuser ces techniques d’élevage et de marketing, tout en informant sur les valeurs nutritionnelles des insectes. Dans un pays où chaque province a ses habitudes de consommation et d’élevage, il s’agit de convertir le plus grand nombre à un entreprenariat efficace. (1)

Nourriture de base ou snack.

Les laotiens ne sont pas les seuls à consommer des insectes. Dernier recours contre la faim, nourriture de base, ou met délicat, le catalogue des insectes comestibles hésite entre 1400 et 1700 espèces. L’entomophagie, qui désigne la consommation d’insectes sans vraiment réussir à les rendre appétissants, se décline dans plus de 90 pays dans le monde, en Afrique, en Amérique du Sud, ou en Asie du Sud-Est. Le Malawi, la Zambie, et la République du Congo mangent des chenilles collectées dans les bois. La Nouvelle Guinée déguste des larves de Sago. Et depuis très longtemps, la Chine goûte le ver à soie. Dans beaucoup de cultures, désormais offertes à une consommation plus aseptisée, les insectes sont devenus dégoûtants. D’autres sont restées fidèles à cette pratique nutritionnelle. Et dans certaines périphéries des grandes villes du monde en développement, les insectes nourrissent le souvenir d’une vie simple et saine à la campagne. Historiquement, la plupart de ces insectes sont collectés dans les forêts environnantes. Une nourriture locale qui répond à l’envolée des prix alimentaires, à une agriculture émettrice de CO², de plus en plus contrariée par les effets du changement climatique. La FAO mise sur cette ressource locale pour nourrir les affamés, créer des revenus, et protéger la biodiversité. En Afrique centrale, les brûlis saisonniers préservent les colonies de chenilles, qui figurent au menu traditionnel. La FAO fait aussi l’éloge de la Thaïlande, où elle développe le commerce du cricket depuis 1999, en collaboration avec l’Université de Khon Kaen, dans le Sud-Est du pays. Les communautés ont été formées à une activité bon marché, facile à mettre en place, nécessitant peu d’espace, qui commence à tourner. Dans la région de Khon Kaen, 4500 familles élèvent des criquets. Activité qui occupe 15.000 familles à l’échelle nationale. Dans ces régions pauvres, deux villages, environ 400 familles, produisent l’équivalent de 10 tonnes de criquets pendant l’été, pour un revenu qui varie d’une centaine à plus de mille euros, par mois et par famille. La récolte est destinée aux étals de Bangok et aux marchés urbains du pays. A moins d’être exportée vers le Laos ou le Cambodge. Les familles thaïlandaises élèvent aussi des fourmis, autre nourriture populaire. L’Université de Khon Kaen a aussi planché sur la punaise d’eau géante, autre gourmandise thaïlandaise. A la question « Pourquoi les Thaïlandais mangent-t-il des punaises ? », les ¾ de consommateurs d’insectes répondent que c’est bon avec une bière. (2)

Criquets, suschis, et sashimis.

La FAO, qui réfléchit à introduire plus d’insectes dans l’alimentation mondiale, travaille à mieux connaître leurs habitudes, leurs habitats, ou leur place dans les régimes traditionnels. Elle pense aussi à conquérir la nouvelle cuisine, au Japon, à Singapour, à Hong-Kong, ou en Occident. Des criquets « mode Thaï », cuisinés avec du piment et de la citronnelle, servis avec  du riz, quand la chair crue des sushi et des sashimi multiplie les amateurs. En attendant, lors d’un meeting des Nations Unies en Thaïlande en 2008, un scientifique japonais a proposé d’installer des élevages de cafards dans les navettes spatiales, gain de place et source de protéines pour les astronautes. (3)

M.J


(1) « More insects coming to a restaurant near you ». EC FAO food security programme

http://www.foodsecuritylink.net/laopdr/index.php?option=com_content&view=article&id=105:more-insects-coming-to-a-restaurant-near-you&catid=1:news&Itemid=2

(2)”Edible Forest Insects / Humans Bite Back”, B.Durst, V.Johnson, N.Leslie, Shono, 19/21-02-2008, Chiang Mai, Thaïland. -FAO/ RAP Publication 2010-02 http://www.fao.org/docrep/012/i1380e/i1380e00.pdf

(3) ”Eat insects to beat world hunger, UN scientists say”, Asia News, Thaïland, 26-02-2008, http://www.asianews.it/news-en/Eat-insects-to-beat-world-hunger,-UN-scientists-say-11624.html


Publié le 28 avril 2011 par marlene dans Asie du Sud-Est.,crise alimentaire,FAO
Tags :: , , ,

Agriculture: les promesses de la petite école « bio ».

Bonjour,

L’agriculture « bio » pourrait-elle adoucir le problème de la faim dans le monde ? Probablement, argumentent les Nations Unies au fil d’un double rapport.(1) Cette agriculture, plus vraiment traditionnelle, améliorée et débarrassée de produits chimiques, fertilisants et pesticides, permettrait à beaucoup de paysans du monde en développement de doubler leur production de nourriture en une petite dizaine d’années. Cette proposition colle au profil d’agriculteurs, qui travaillent sur des petites structures, faciles à réformer. Elle répond aussi au contexte toujours alarmant de la faim dans le monde. Au cours des 10 dernières années, les progrès pour réduire le nombre d’affamés ont été lents, et inégaux, à l’échelle de la planète. Avec un zoom sur l’Afrique sub-sahélienne, où la faim a progressé de 20% depuis 1990.Au début des années 2000, 33% de la population du Kenya manque encore de nourriture, 19% en Ouganda, jusqu’à 44% en Tanzanie. Cette agriculture «soft», qui décline les lois du Développement durable – « capital naturel », nourriture, bois, eau ; « capital social », le travailler ensemble ; « capital humain », valoriser le savoir de chacun ; « capital financier », se tirer hors de la pauvreté - entend bien montrer qu’elle peut aussi faire grimper la productivité. Expérimentée dans plus d’une cinquantaine de pays, elle a prouvé que les récoltes, issues de semences traditionnelles et protégées avec des méthodes naturelles, pouvaient augmenter leur rendement de 80%, en moyenne. Quelques petits ilôts d’agriculture « bio », développés sur le continent africain, présentent des récoltes augmentées de 116%, en moyenne. Jusqu’à 128% en Afrique de l’Est. Avec des disparités, +179% au Kenya, + 67% en Tanzanie, et +54% en Ouganda. Ces chiffres, issus de projets très encadrés, promettent plus de nourriture dans les pays où l’on en manque. C’est vrai en Afrique sub-sahélienne, en Amérique du Sud, et en Asie. (1) (2)

Rendements prometteurs et petites surfaces.

Retour au Kenya où un projet conduit par le SACDEP (Sustainable Agriculture Community Development Programme) a initié 30.000 petits fermiers à l’agriculture durable. Avant de concentrer son action sur 4500 exploitants installés à l’Est et au Centre du pays. Ces pionniers ont été formés à quelques règles : mauvaises herbes, maladies, et parasites combattus avec des défenses naturelles – Par exemple, des plantes qui attrapent ou repoussent les insectes -; respect des sols pour regagner en fertilité; gestion optimale de l’eau ; et reproduction des semences. Quatre années plus tard, la SACDEP rapporte une productivité augmentée de 50%. Suffisamment pour se nourrir, avec un petit supplément destiné à la vente. L’Ethiopie, en proie à de graves problèmes de malnutrition, a amélioré de 70% l’accès à la nourriture dans le cadre de projets agricoles « bio ». En Ouganda, qui exporte une partie de sa production, ananas, gingembre, ou vanille, le « bio » a permis de pratiquement doubler l’accès à la nourriture. Mais attention, si ce type d’agriculture progresse depuis 2003, il ne représente que 2% du paysage agricole de l’Ouganda. A l’échelle de l’Afrique, les terres qui bénéficient d’une gestion certifiée « bio » rampent entre 1 et 3%  des surfaces cultivées. Au Malawi, autre petit terrain d’expérimentation, les rendements ont été multipliés par 2. Le problème, c’est de diffuser ces méthodes agricoles « soft ». Quelques formations supérieures existent en Afrique du Sud, trop peu sur le reste du continent. Alors ONG dépêchent experts, techniciens, ou fermiers sur le terrain,  qui en formeront d’autres, à des techniques souvent simples. Dommage, l’engagement des gouvernements fait souvent défaut. L’apprentissage et à la mise en œuvre de cette mutation agricole, même à petite échelle, demandent du temps. Au Kenya, la SACDEP a mis une petite quinzaine d’années pour développer son programme.(1)

Lomadef et Monsanto.

« La progression de systèmes d’agriculture biologique produira des gagnants et des perdants. Car ce modèle d’exploitation fermière laisse peu de place aux produits chimiques. Pas sûr que les producteurs acceptent de perdre ces parts de marché. » présage encore le rapport.(3) Justement. Un article paru dans Libération en février dernier raconte comment le Malawi – pourtant terrain  d’expérimentation « bio » – est convoité par Monsanto, grosse enseigne de l’agro-alimentaire américain.(4) Selon Libération, l’entreprise a déjà introduit des semences hybrides, « sélectionnées artificiellement », programmées pour être inutilisables l’année suivante. D’ailleurs au Malawi, les 2/3 des agriculteurs fonctionnent déjà aux semences hybrides. Monsanto et Seedco – une production de la fondation Gates, liée à Monsanto – se partagent déjà les champs. Ces semences, introduites après une sécheresse , offertes avant de devenir payantes – une rente pour les fournisseurs -, ont déjà fait une démonstration rapide et efficace: « Ma vie a été transformée grâce au hybrides,  (…) Je n’ai pas beaucoup d’argent, mais plus personne n’a faim dans mon foyer. ».(4) Au Malawi, où la situation alimentaire reste très tendue, notamment dans le sud du pays, la ferme LOMADEF (Lipangwe Organic Manure Demonstration Farm), initie 500 familles à améliorer leurs récoltes. Pendant ce temps, Monsanto  pense déjà OGM dans un pays, affamé et gros consommateur de maïs.

M.J

LOMADEF en vidéo….

Image de prévisualisation YouTube

(1) Accès rapports :http://www.unep-unctad.org/cbtf/

-Organic Agriculture and Food Security in Africa, Sept 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/15

-Best Practices for Organic Policy. What developing country Governments can do to promote the organic agriculture sector, February 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/3

(2) “Is eco-farming the solution?”, Alister Doyle, IOL Scitech, AFP, 09-03-2011http://www.iol.co.za/scitech/science/environment/is-eco-farming-the-solution-1.1038558

(3) Organic Agriculture and Food Security in Africa, Sept 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/15, p 36

(4)« Malawi, les champs captifs de Monsanto », Sophie Bouillon, Terre, Libération, 25-02-2011 http://www.liberation.fr/terre/01012322088-reperes


Publié le 16 mars 2011 par marlene dans Afrique,Agriculture.,crise alimentaire,OGM
Tags :: , , ,

WorldWatch Institute: une agriculture formule « locale ».

Bonjour,

Pour adoucir la faim dans le monde et freiner les effets du réchauffement climatique, problème global, il faut penser local. C’est la proposition du WorldWatch Institute, un centre de recherche basé à Washington qui articule environnement et économie. Dans son rapport annuel, « State of the World 2011 – Innovations that Nourish the Planet », l’organisation propose quelques pistes pour une nouvelle agriculture mondiale. (1) Elle invite à bousculer la relation « production-consommation », à miser sur l’école pour nourrir les enfants et éduquer de futurs agriculteurs, et incite à éviter le gaspillage. Quelques formules simples testées dans plus d’une vingtaine de pays africains, où l’agriculture est la clé du développement.

Repenser la production. Au lieu de vouloir produire plus de nourriture pour répondre à une démographie en hausse – plus de 2 milliards de personnes supplémentaires dans moins de 40 ans -, le rapport propose l’autosuffisance alimentaire. Il s’agit de revoir la relation « consommation-production », formulée à grande échelle, pour privilégier une petite agriculture locale. Sans négliger l’élevage domestique. Cette proposition, qui remet en cause les grands programmes de lutte contre la faim, mise sur une agriculture de qualité, condition d’une meilleure santé pour les consommateurs, et réputée plus douce pour l’environnement. Près d’un demi-siècle après la Révolution Verte, et 900 millions de personnes dans une situation de malnutrition, le texte invite les gouvernements, les décideurs internationaux, et les fondations à revoir leur façon d’accompagner le développement agricole. Il les incite à miser sur la qualité, plutôt que la quantité. L’école est au cœur de cette stratégie écrite pour le terrain. L’école, qui  fournit des repas aux enfants, permet de remplir les ventres au moins une fois par jour. L’école, qui éduque, enseigne la nutrition et initie à l’agriculture locale, en attendant de s’exercer dans les champs. Cette école, où l’on apprend à mieux manger en valorisant les produits locaux, a fait ses preuves dans nombre de pays africains. L’initiative « de la ferme à la cantine » marche aussi aux Etats-Unis, et en Europe. Dans un monde développé où 40% de la nourriture produite n’arrive jamais dans l’assiette, le rapport lance une chasse au gaspillage. L’avantage est clair, économiser des efforts, de l’argent, et des aliments. Et si l’on décline la leçon, il s’agit aussi d’économiser l’argent de l’aide au développement pour lui donner une chance d’atteindre sa cible, l’agriculteur africain. (1) (2)

Ce rapport s’appuie sur un travail de terrain , qui décline les solutions en fonction des contextes. Exemples. En Gambie, environ 6000 femmes sont impliquées dans la récolte d’huîtres, source de protéines bon marché. Cette activité associative, incitée par le gouvernement,  ménage la ressource et l’environnement après trente années d’une  sur- exploitation qui a laissé des traces. Source de revenus pour les femmes, l’activité cherche des financements pour se développer. A Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi, capitale du Kenya, plus d’un millier de femmes entretient des « jardins verticaux », improvisés dans des sacs gonflés de terre. Cette solution,  source de nourriture pour la famille et pour la communauté, facile à mettre en place, à entretenir, est une réponse locale au défi alimentaire urbain. Un tiers des Africains vivent actuellement en ville, proportion qui devrait doubler en 2050. En Afrique du Sud et au Kenya, les éleveurs préservent un bétail local qui supporte chaleur et sécheresse, deux atouts pour supporter un climat plus extrême. En Ouganda, un programme scolaire développe la culture de légumes locaux, informe sur leurs qualités nutritionnelles, et enseigne aux enfants la façon de les cuisiner. Conserver les traditions culinaires tout en formant de futurs agriculteurs à l’autosuffisance. Sur le continent africain, où l’agriculture se compte en millions de bras, plus de 700 millions d’agriculteurs dont 15 à 25 millions d’éleveurs qui travaillent dans des contextes géo- climatiques différents, difficile de proposer une formule unique. Le rapport propose une méthodologie souple, entre agriculture traditionnelle et agriculture bio, avec des innovations techniques, des plants plus résistants au climat qui évolue, ou une irrigation plus économe en eau. Le rapport du Worldwatch Institute est une boîte à outils, destinée aux décideurs. (1) (2)

Ce rapport tomberait dans un contexte favorable, signalé par des initiatives pour combattre la pauvreté et la faim dans le monde,  le « Obama administration’s Feed the Future program” ,  le “Global Agriculture and Food Security Program” (GAFSP), le “United Nations World Food Programme” (WFP), la FAO, ou le “Comprehensive Africa Agriculture Development Programme » (CAADP). Mais cette vision de l’agriculture tombe aussi dans un contexte de crise financière. D’ailleurs, depuis les années 80 où l’agriculture absorbe plus de 16% de l’aide au développement, cette part n’a cessé de diminuer. Elle se traîne aujourd’hui autour des 4-5%.

M.J

Nourishing the planet in South Africa:

Image de prévisualisation YouTube

(1) Worldwatch Institute’s State of the World 2011 Shows Agricultural Innovation Is Key to Reducing Poverty, Stabilizing Climate, by admin 12-01- 2011 –Résumé – http://www.worldwatch.org/sow11/press-release

“Nourishing the Planet” – Evaluating Environmentally Sustainable Solutions to Reduce Global Hunger and Rural Poverty, http://www.worldwatch.org/nourishingtheplanet

(2) “World hunger best cured by small-scale agriculture: report”, Nidhi Prakash, Guardian Co Uk, 13-01-2010, http://www.guardian.co.uk/environment/2011/jan/13/world-hunger-small-scale-agriculture

Et plus sur: Nourishing the Planet Blog: http://blogs.worldwatch.org/nourishingtheplanet/


Publié le 18 janvier 2011 par marlene dans Actualité,Afrique,crise alimentaire
Tags :: , ,

Agriculture tendance verticale.

Bonjour,

Chris Jacobs a dessiné une tour ultramoderne de trente étages qui produirait des plantes, des fruits, des légumes, et l’imagine plantée dans le quartier de Harlem, à  New-York, pour approvisionner ses habitants en produits frais. (1) C’est l’un des projets de technologie verte développé pour la « Vertical Farm », un concept qui envisage des espaces de production agricole au cœur des paysages urbains. Préoccupation démographique, il faudra bien nourrir une population citadine qui devrait représenter 70% d’une population mondiale augmentée de plus de deux milliards de personnes en 2050 . Et préoccupation « durable », concevoir une agriculture de proximité, détachée des caprices du temps et des ressources naturelles.  Sur le papier, les fermes verticales multiplient les avantages. Elles permettent de produire une agriculture en boucle, 24h/24, 365 jours par an, sans se soucier des sécheresses, des inondations, de toutes les intempéries qui perturbent le cycle des végétaux exposés aux saisons. La productivité y est bien meilleure qu’en plein champ, sans pesticide, sans fertilisant, et sans herbicide. Avec la possibilité de récupérer les déchets pour fabriquer du compost. Une utilisation efficace des pluies réduit la consommation d’eau, gros défaut de l’agriculture traditionnelle. Argument majeur de cette serre urbaine, la proximité. Pas de transport, moins d’énergies fossiles. Pas de stockage, moins de pertes. Sans compter l’opportunité de créer une petite économie locale, avec des emplois. Le concept de « Vertical Farm » » occupe architectes et scientifiques qui planchent sur les possibilités de cette agriculture, à haute technologie. L’un des promoteurs de l’idée s’appelle Dickson Despommier, professeur de microbiologie à l’Université de Colombia. Dans son dernier ouvrage, « The Vertical Farm – Feeding the World in the 21th Century », il décrit l’entreprise idéale, complexe de buildings construits à proximité les uns des autres, décomposée en espaces spécifiques. Dans une première tour, la production de nourriture, des bureaux pour la gestion, un centre de contrôle séparé pour diriger les installations, une pépinière pour sélectionner et faire germer les graines, un laboratoire sanitaire pour la nourriture et les plantes. Un autre building pour loger les employés, un centre éco- touristique pour sensibiliser et informer le public, un marché bio, et peut-être un restaurant. L’aquaculture et l’élevage de volailles seraient  pratiqués dans des bâtiments différents,  éloignés de la « ferme principale » pour ne pas contaminer les plantes. En attendant ce « complexe agricole », il s’agit d’exploiter les espaces urbains abandonnés, immeubles et parcelles désertés au cœur des villes.(2) C’est aussi l’idée de Chris Jacobs, qui en attendant de construire son « gratte-vert », envisage deux étages sur le toit d’un immeuble habité. (1) Pour alimenter le concept de « Vertical Farm », Dickson Despommier propose de lancer plusieurs expériences simultanées, créant une compétition pour les meilleures idées et les perspectives les plus « durables ». Incheon, Abu Dhabi, Dongtan, Shangaï, Beijing, New-York, Los Angeles, Chicago, Toronto, Paris, ou Bengalore,  s’intéressent à cette agriculture qui propose aussi de laisser respirer les écosystèmes.(3)

M.J

Dickson Despommier sur Youtube…

Image de prévisualisation YouTube

(1) « GREEN – Architecture Now – L’architecture VERTE d’aujourd’hui.”. Philip Jodidio – Editions TASCHEN – 2009 – “Vertical Farm” – Harlem- New-York – USA- pp 198-199

(2) Book Review: »The Vertical Farm » by Dickson Despommier – Begin The Revolution », The examiner / Chicago, 24-10-2010 http://www.examiner.com/culture-events-in-chicago/book-review-the-vertical-farm-by-dickson-despommier-begin-the-revolution-review-1

(3) Vertical Farming Wikipedia – http://en.wikipedia.org/wiki/Vertical_farming


Publié le 23 novembre 2010 par marlene dans Agriculture.,Architecure.,crise alimentaire,Développement durable
Tags :: , , ,

« La laiterie du Berger », la petite entreprise de « Baba ».

Bonjour,

“ La laiterie du Berger” est une petite entreprise familiale qui a réussi le pari d’exister au Sénégal, un pays où le négoce du lait est compliqué, un pays qui importe plus de la moitié de sa consommation. Ce petit projet de développement, économique et humain, porte peut-être l’espoir, même lointain, d’une vraie production nationale.

Production locale, packaging européen.

« La particularité de la Laiterie du Berger est qu’elle achète son lait sur place, auprès des éleveurs locaux alors que les autres travaillent à partir de lait en poudre importé. », explique Bagoré Bathily, le directeur, sur le site de l’Agence française de Développement (AFD), partenaire financier du projet. (1) Le lait frais est collecté, matin et soir, dans le village de Ronkh, près de Richard Toll, dans le Nord du Sénégal, à la frontière de la Mauritanie. Une politique d’insémination a dopé la production. Mais, l’une des prouesses du projet a sans doute été d’impliquer des éleveurs peuhls, semi-nomades, habitués à un petit élevage transhumant, dans une collecte de lait efficace. La transformation, lait frais pasteurisé, lait caillé, ou yaourt, est réalisée dans une usine située à proximité. Suivi vétérinaire des bêtes, collecte sous contrôle, ou conditionnement des produits, la chaîne de l’hygiène est respectée. La production, packaging européanisé, est ensuite acheminée vers Dakar, une métropole habituée au lait en poudre importé de France et de l’Union européenne, consommé en boisson diluée et en yaourt. Faute de pouvoir bousculer les habitudes alimentaires de tous les Dakarois, question d’échelle et question de prix, la Laiterie du Berger satisfait une clientèle plutôt aisée, soucieuse de consommer local. L’entreprise, qui peut transformer jusqu’à 10.000 litres de lait frais par jour, emploie une cinquantaine de personnes, et implique 600 éleveurs, chiffres de l’AFD. L’élevage, envisagé comme une épargne, un vache c’est de l’argent, ou signe de prestige social, est aussi devenu source de revenus : « Avant, j’étais obligé de vendre mes vaches pour subvenir à mes besoins. Aujourd’hui, c’est la vente du lait qui me le permet. » (1) L’histoire de cette petite laiterie industrielle raconte qu’il est possible de tirer parti de l’élevage local pour réduire la dépendance alimentaire.

Elevage dispersé.

Avec plus de trois millions de têtes de bétail, chiffres de 2005, l’élevage sénégalais affiche un potentiel. (2) La production locale, estimée autour des 120 millions de litres de lait par an, un peu moins du tiers de la consommation actuelle, empêchée par contraintes géographiques, climatiques, ou culturelles, pourrait sans doute faire mieux. .(3) Dans une communication sur le sujet, Awa Diallo – à la tête d’une structure qui regroupe 20.000 femmes engagées dans l’élevage, le DINFEL – liste les difficultés d’une filière locale, essentiellement nourrie par un élevage extensif basé sur la transhumance. Au Sénégal, la production est faible, irrégulière car tributaire des saisons et des pâturages. Les troupeaux sont éclatés dans la zone sylvo-pastorale du Nord-Est, le Ferlo, dans le Bassin arachidier, et au Sud. Ils sont éparpillés au gré des villages, des campements d’éleveurs, ou séparés par la transhumance. Le lait est difficilement collecté au bout de routes pas toujours praticables. Autre contrainte, le climat, qui altère vite une production qui manque de camions frigorifiques. Et handicap de taille, un bétail génétiquement peu performant pour le lait. Même si le secteur se modernise, la Zone des Niayes où de petites entreprises visent le marché dakarois, quelques villages du bassin arachidier orientés vers un élevage plus intensif et la sélection des bêtes, une filière de lait reste à mettre en place à l’échelle nationale. Quelques précurseurs ont essayé, l’Union des Coopératives de Saint Louis dans les années 70, le GIE Coplait des Niayes dans les années 80, ou plus récemment, Nestlé, implanté dans la zone sylvo-pastorale, avec une dizaine de centres de collecte équipés de réservoirs et de frigos. Mais, faute d’une production suffisante et régulière, ou vaincus par la concurrence de la poudre de lait importé, tous ont jeté l’éponge.(4)

Politique fiscale, ou insémination.

En 2008, c’est la crise alimentaire. L’envolée du prix du lait importé fait naître quelques espoirs chez les professionnels sénégalais. La production locale, débarrassée de sa concurrente étrangère pourrait, enfin, devenir compétitive Avec un petit coup de pouce de l’Etat. Manque de chance, le gouvernement sénégalais détaxe les importations, cadeau fait au lobby laitier, mais condition d’un lait accessible au plus grand nombre dans les boutiques de quartiers. Entre 2008 et 2010, la facture de produits laitiers achetés en Europe hésite entre 40 et 50 milliards de CFA, soit 60 à 80 millions d’Euros.(3)(5). Pendant ce temps, les taxes continuent de plomber les laiteries locales. Un article publié par Le soir de Bamako, daté de novembre 2008, détaille les amertumes de la filière sénégalaise. (3) S’il est question des charges infligées aux petits industriels locaux, handicap pour développer la filière, il est aussi question d’espoir et d’indépendance alimentaire. « Nous sommes en mesure de couvrir, en moins de dix ans, les besoins du pays en lait, si la volonté politique se manifeste. », optimise Bagoré Bathily. « Moins de dix ans », espoir repris par Awa Diallo, la Présidente du DINFEL, qui attend que le gouvernement « mette en place un véritable programme de développement laitier ». Côté gouvernement, Malick Faye, alors Directeur au Ministère de l’élevage, partage aussi cet espoir, « une dizaine d’années »…« si le rythme actuel de l’insémination artificielle suit son cours, la facture des importations de lait devrait progressivement connaître une forte baisse, sans même l’intervention de l’Etat. »  Heureusement, Bagoré Bathily, entrepreneur, endetté, est aussi vétérinaire.

M.J

« Baba » évoque son projet….

http://www.dailymotion.com/videox9j1p3

(1) « La laiterie du Berger : Appuyer une PME et développer la production locale de lait. » Agence française de Développement, http://www.afd.fr/jahia/Jahia/lang/fr/home/Portail-Projets/pid/11101

(2) «Aperçu de l’agriculture sénégalaise », http://www.au-senegal.com/L-agriculture-senegalaise.html

(3) « Importations de lait au Sénégal : Les producteurs nationaux “boivent la tasse », Oumar Diawara, Le Soir de Bamako, 21-11-2008. http://www.malijet.com/actualite_economique_du_mali/importation_de_lait_au_senegal_les_producteurs_nationaux_boivent.html

(4) « La filière lait au Sénégal : enjeux et perspectives »- Communication présentée par Madame Awa Diallo, Présidente du Directoire National des femmes en élevage du Sénégal à l’occasion de la Table Ronde de New Delhi sur le lait., 4-08-2009- Document WORD.

(5) Sénégal-business. Production laitière: une politique nationale pour réduire les importations. http://senegal-business.com/2010/04/production-laitiere-une-politique-nationale-pour-reduire-les-importations/


Publié le 7 avril 2010 par marlene dans Afrique,Agriculture.,crise alimentaire
Tags :: , ,

Chicken A La Carte…

Bonjour,

Globalisation, faim et pauvreté, le regard d’un Philippin. Chicken A La Carte (2005) est un petit film signé Ferdinand Dimadura….

Image de prévisualisation YouTube

Publié le 8 juin 2009 par marlene dans Alimentation,crise alimentaire
Tags :: , , ,

Jacques Diouf, la finance, et la faim.

Bonjour,

Aujourd’hui dans Libération, qui demande à quelques intellectuels et artistes de s’exprimer à propos de la crise financière, un petit billet de Jacques Diouf, le patron de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. « L’ouragan financier menace la lutte contre la faim dans le monde » (1), c’est le titre. Faute de lien avec le papier, désormais c’est sur abonnement, rien à dire, je vous résume le problème. Jacques Diouf rapporte la surprise de nombreux chefs d’Etats, récemment réunis à New-York pour l’Assemblée générale des Nations Unies sur les Objectifs du Millénaire et du Développement. Il s’étonne aussi. Comment peut-on trouver aussi facilement 1000 milliards de dollars, trois fois rien, 730 milliards d’euros, pour renflouer des établissements financiers américains et européens quand on peine à rassembler 30 milliards de dollars annuels pour doubler la production alimentaire, et rassasier une planète qui comptera plus de 9 milliards d’invidus en 2050 ? 30 milliards de dollars, c’est « 2,5% des dépenses militaires dans le monde », précise Jacques Diouf. Pendant ce temps, la crise financière galope toujours, on ne connait ni la fin du parcours, ni les pertes réelles. La faim dans le monde continue, elle aussi, sa course. Depuis la hausse des prix alimentaires, le nombre d’affamés s’est enrichi de 75 millions de personnes. Pour un actif global, sans doute sous-estimé, de 927 millions de personnes sous-alimentées, chiffre de 2007.

Pendant un peu plus d’une minute, Jacques Diouf pointe les obstacles à la réduction de la faim dans le monde avec un vocabulaire qui rappelle un peu celui des marchés: « investissements », « incitation à la production.. », « taxes », « droits de douane », « droits à l’exportations »…Juste retenir que c’est vraiment très compliqué d’obtenir des fonds…

M.J

Image de prévisualisation YouTube

(1) »L’ouragan financier menace la lutte contre la faim dans le monde », Jacques Diouf, Libération, 8 octobre 2008.


Publié le 8 octobre 2008 par marlene dans Actualité,crise alimentaire
Tags :: , , ,

La faim justifie peu les moyens.

Bonjour,

La crise alimentaire, un sujet qui me préoccupe, j’en ai déjà beaucoup parlé. Le sommet de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation), réuni à Rome la semaine dernière pour tenter de définir une stratégie alimentaire mondiale, est un fiasco. Jean Ziegler, ancien rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation est en colère : « l’intérêt privé s’est imposé, au lieu de l’intérêt collectif. Les décisions prises à Rome risquent d’aggraver la faim dans le monde, au lieu de la combattre »… Selon Jean Ziegler, la Conférence n’a pas répondu à trois questions majeures: les biocarburants, la spéculation, et le soutien à une petite agriculture de subsistance dans les pays pauvres.

Le bilan se résume à deux promesses, un concentré de bonnes intentions. Le nombre de personnes souffrant de la faim devrait être réduit de moitié, d’ici  2015. Ce qui revient à régler, demain, le sort d’une bonne partie des 860 millions de personnes qui souffrent, aujourd’hui, de malnutrition. Autre promesse, 6,5 milliards de dollars de dons pour lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde. Dans le document final, Cuba a obtenu à l’arraché que « les aliments ne soient pas utilisés comme des armes de pression politique unilatérale ». Plus une mention pour un « droit à l’alimentation ». 

 

 

Il y a quelques semaines, Libération se rappelait de 1968, et titrait : « Sahel, le début de la faim ». 1968, c’est l’année qui annonce trois décennies de sécheresse, et un processus de désertification associé, dans cette bande aride qui évolue entre le Sahara, au nord, et l’espace tropical, au sud. Cette zone du continent africain, qui va de l’Atlantique à la Mer Rouge, s’appelle aussi Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, nord du Bénin, et du Nigeria, et plus à l’est, Tchad, et Soudan. En 1972, la sécheresse décime les troupeaux, et affame les populations. Jeune Afrique rapporte alors : « Le spectacle est devenu familier à Cotonou. On se bouscule, on se piétine, on se bagarre même pour pouvoir acheter quelques kilos de maïs. La nourriture de base dans le pays est devenue rare. La mesure locale (5 kilos environ) qui coûtait en temps normal 75 à 100 francs CFA s’achète aujourd’hui 750 à 825 francs ! »…Plus loin, « L’année suivante, les « guetteurs de famine de la FAO », comme ils sont surnommés, lancent un appel alarmant, relayé par les médias occidentaux : « Six millions d’hommes sont menacés de mort en Afrique ». Un tiers de la population sahélienne. Jeune Afrique écrit : « Un fléau d’un autre âge, la famine, menace hommes et bêtes. » ». 

Sécheresses, désertification, biocarburants, spéculations, déséquilibre du commerce alimentaire, le problème de la faim a toujours beaucoup d’explications, suscite beaucoup d’indignation, prétexte à bonnes intentions, mais n’inspire pas beaucoup de vraies solutions. Il a raison d’être en colère, Jean Ziegler.

M.J


Publié le 9 juin 2008 par marlene dans Actualité,crise alimentaire
Tags :: , , , ,

Enfants de Birmanie.

Bonjour,

Retour en Birmanie, 15 jours après le passage du cyclone Nargis qui a dévasté la zone du delta de l’Irrawaddy. L’ONG Save The Children estime que 30.000 enfants de moins de cinq ans sont sous-alimentés. Pendant que plusieurs centaines de milliers de personnes attendent toujours une aide alimentaire, plusieurs milliers de petits birmans pourraient ne pas avoir la force de survivre longtemps, conséquence d’une malnutrition antérieure. Le gouvernement militaire, qui contrôle toujours sévèrement l’aide internationale, laisse probablement 2,5 millions de survivants, sans nourriture, sans eau potable, et sans toit. (1)

La situation serait particulièrement préoccupante dans la région de Bogale. Action contre la Faim, l’une des rares ONG présente dans cette zone de 400 000 habitants, rapporte que l’objectif quotidien de chaque survivant est de trouver de la nourriture, et de composer avec les moyens du bord pour la cuisiner. Les gens consomment des fruits et légumes sauvages collectés dans les campagnes, ou du riz mouillé qu’ils tentent de faire sécher sur les routes. Près des ¾ des personnes interrogées ne font plus que deux repas par jour, avec du mauvais riz, quantités divisées par deux, et prix du riz multiplié par 4. La tempête a dévasté les rizières, et détruit les stocks de riz. (1) Pendant que les réserves de nourriture s’épuisent, des familles s’endettent et vendent leurs biens pour acheter des provisions.
Le cyclone, qui a balayé les rizières et les zones agricoles, a privé les Birmans de leur outil de production. Les pêcheurs ont perdu leur bateau et leurs filets. Les agriculteurs, qui n’ont plus de semences, d’outils, et de buffles, délaissent leurs champs. Le Département britannique pour le Développement international s’inquiète des conséquences alimentaires de ces dommages à grande échelle. Les agriculteurs n’ont plus que cinq à sept semaines pour planter, faute de quoi il n’y aura pas de récoltes en novembre.(1).

Save The children rapporte qu’un tiers des enfants de Birmanie souffraient déjà de malnutrition, avant le cyclone. La Birmanie est d’ailleurs l’un des rares pays au monde, où en matière d’éducation et de santé, le sort des enfants est pire que celui de leurs parents. D’ailleurs, la moitié des enfants du pays ne fréquentent pas l’école plus de cinq ans.

M.J

(1) ”Save the Children warns that hunger could kill thousands of children in Myanmar”, International Herald Tribune, The associated Press, 18-05-2008- “UN Boss Ban Ki-Moon to visit Burma, Sky News, 18-05-2008.


Publié le 19 mai 2008 par marlene dans Actualité,Climat,crise alimentaire
Tags :: , , , ,