Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Qapirangajuq », paroles d’Inuits sur le climat.

Bonjour,

En observant le ciel, les Inuits pouvaient prédire le temps. Les formations de nuages indiquaient la direction du vent. Maintenant, c’est différent. Les nuages, ils prennent un chemin, avant d’en changer rapidement, pour raconter une histoire très différente. D’ailleurs, les vents d’Est dominent, remplaçant les vents du Nord, qui ne soufflent plus aussi fréquemment. « Qapirangajuq – Inuit knowledge and Climate Change », un film sur les changements environnementaux en Arctique, rapporte la parole des Inuits, placés aux premières loges du réchauffement climatique. Les paysages arctiques évoluent plus vite que n’importe quel autre écosystème de la planète. Le permafrost qui fond, les glaciers qui disparaissent, les rivières qui se déchaînent, les ponts qui rompent, les maisons qui tremblent, les pluies acides provoquées par les industries du « Sud », la viande de caribou contaminée, la nourriture souillée par le mercure, et les ours condamnés à mourir de faim. Mais d’autres pensent que les ours survivront aux changements en cours. Comme les Inuits : « Notre monde continue de changer et nous devons apprendre à nous adapter. ».

Zacharias Kunuk, producteur Inuit, et Ian Mauro, géographe et documentariste, ont collecté ces voix d’Inuits, témoignage d’une culture semi-nomade maturée dans les paysages glacés du grand nord : « Les gens du Sud ne veulent pas comprendre la façon de vivre des Inuits. Ils ne connaissent pas notre culture, ne considèrent pas notre opinion, et nous traitent comme des ignorants. La culture inuite est orale, et nous conservons notre savoir dans nos esprits. Même sans texte, notre culture est pleine de sagesse. » Les Anciens y racontent une vie de jeux, de chasse, respectueuse de la vie sauvage, prendre seulement ce dont on a besoin, une organisation communautaire où l’argent n’existe pas. C’est un travail de recherche, qui parie sur le documentaire, outil plus médiatique qu’une publication scientifique – ce qui n’est pas l’avis de tout le monde – pour toucher un public plus large. Et quand Sheila Watt-Cloutier, activiste et voix des Inuits, prend la parole, elle exprime simplement ce qui est en train de se passer : « La pollution est comme une couverture au dessus de notre terre. Notre terre a du mal à respirer et souffre de trop de chaleur. »

M.J

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Le film est accessible dans sa version longue sur : http://www.isuma.tv/hi/en/inuit-knowledge-and-climate-change


Publié le 14 février 2011 par marlene dans Arctique,Biodiversité,Climat
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Copenhague : l’appel des Inuits

Bonjour,

A quelques jours de Copenhague, les Inuits se mobilisent pour faire entendre leur voix. Pour ces communautés qui essaiment autour du cercle arctique, le réchauffement climatique a déjà un passé.

Sheila-Watt-Cloutier, une voix pour les Inuits.

« De tous les peuples du monde, après avoir subi les effets néfastes de la mondialisation, nous devrions être en première ligne pour décider d’un environnement respectueux sur notre territoire arctique », confie Sheila-Watt-Cloutier , à CBC News, un grand média canadien, à quelques jours de la Conférence sur le climat des Nations-Unies. (1)  Depuis de nombreuses années, cette activiste, canadienne et Inuite, porte les revendications de sa communauté. Pressentie pour le Prix Nobel de la Paix 2007, avec Al Gore, elle associe réchauffement climatique et droits humains. En 2002, elle prend la tête de l’Inuit Circumpolaire Council (ICC), l’organe de représentation des Inuits. Préoccupée par des paysages arctiques qui commencent à changer, alertée par les scientifiques qui prédisent une fonte des glaces accélérée, elle lance une procédure contre les Etats-Unis. Elle récidive en 2005. Elle devient la voix des communautés Inuites du Canada et d’Alaska, aux habitations malmenées par un permafrost qui dégèle, et menacées de perdre un territoire de pêche dessiné par les glaces de mer. Elle demande réparation aux Etats-Unis, coupables d’émettre des gaz à effet de serre qui perturbent le climat et l’environnement. Elle dénonce une atteinte aux droits culturels et territoriaux des Inuits, pourtant garantis par la Déclaration Américaine des Droits et des Devoirs humains de 1948. De cette bataille juridique, qui engageait « David contre Goliath », selon son expression, elle espérait au moins un siège dans les négociations sur le climat.(2)

Des hivers qui changent.

Les Inuites, qui n’apprécient pas toujours d’être appelés «Esquimaux », essaiment au Canada, aux Etats-Unis, au Danemark, et en Russie.  Cette communauté d’environ 150.000 personnes change parfois de nom, au gré des territoires qui les accueillent. Elle reste « Inuit » dans les provinces canadiennes, le Grand Nord, l’extrémité du Québec, et le Labrador. Elle devient « Inupiat» en Alaska, confins partagés avec les « Yupik », qui vivent aussi en Sibérie. Au Danemark, les « Kalaallit » habitent le Groenland. (3) L’environnement arctique a façonné des communautés de pêcheurs et de chasseurs. Si la mondialisation et l’arrivée des industries d’extraction, gaz et pétrole, ont érodé ce mode de vie traditionnel, la chasse reste une activité indispensable. L’hiver, quand la mer est prise en banquise, les hommes guettent les phoques et les morses qui viennent respirer en surface, dans les trous formés dans la glace. La chasse, qui a une fonction économique, commerce de viande et marché réglementé de fourrures, constitue surtout la base du système alimentaire. Pour les plus pauvres, elle est une question de survie. La chasse, qui associe les différentes générations d’un groupe, est aussi un facteur de cohésion sociale.(2) La réduction des glaces de mer menace l’ensemble de ce système humain. Dès 2003, Sheila Watt-Cloutier rapporte: « L’océan est trop chaud. Nos Anciens, qui enseignent aux jeunes comment exploiter la période hivernale, sont désorientés. Noël dernier, après que la glace se soit formée, les températures ont atteint 4°C, et il a plu. Nous n’avions jamais vu cela auparavant. » (2)

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Des glaces de mer qui se réduisent.

Les scientifiques confirment. En 2003, un chercheur de la NASA estime que la température des océans et des terres de l’espace arctique a augmenté de 1°C en une décennie. Déjà, l’étendue de la couche permanente de glace s’est réduite. (4) La NASA, qui surveille les mouvements de l’Arctique grâce au satellite ICEsat, s’intéresse aussi aux glaces de mer. Terrain de chasse, elles protègent aussi les littoraux de l’érosion des vagues, et influent sur les températures de l’air et de l’eau. Ces dernières années, la couche glacée qui s’installe sur l’Océan Arctique chaque hiver, d’une épaisseur habituelle de deux mètres, a perdu 17cm par an. Soit  68 cm au cours des hivers 2004-2008. Mais toute la couverture océanique ne fond pas en été. La NASA rapporte que la superficie totale d’un manteau plus épais, trois mètres environ, résultat de plusieurs années d’accumulation, aurait diminué de 42% (5)  Sheila Watt-Cloutier le dit autrement : « Au printemps, la glace ne fond plus en juin, mais quelques semaines plus tôt. Parfois, cette glace est si fine que les chasseurs passent au travers. » (3) NASA/ Moovie.

Scénario probable.

Dans la perspective de Copenhague, l’ICC  adresse six recommandations aux  décideurs de la planète. Pour aider les Inuits à préserver leur territoire, elle les invite  à réduire de manière significative leurs émissions gaz à effet de serre. L’ICC souhaite que les effets de la crise climatique sur les sociétés de l’Arctique soit enfin reconnus. L’organisation propose qu’un Inuit intègre le GIEC, le Groupe d’experts internationaux qui étudie l’évolution du climat.  L’ICC insiste sur la nécessité de développer des énergies alternatives sur ces terres isolées. Enfin, et surtout, les représentants Inuits demandent que la communauté internationale les accompagne pour affronter les lendemains qui se dessinent.  L’ICC envisage la création d’un fonds dédié à l’adaptation aux changements climatiques. Elle a déjà chiffré les besoins, 20 milliards de dollars tout de suite, 100 milliards d’ici 2020, et trouvé les financeurs, les pays du G20. Edward Itta, le représentant de l’ICC pour l’Alaska, a quand même une petite idée de la suite, probable, des évènements : « Nous, les Inuits, nous vivons dans des pays prétendus développés. Nous sommes déjà prêts à déplacer des communautés entières et à reconstruire nos infrastructures pendant que notre permafrost fond, et nos littoraux s’érodent. » (6) « David contre Goliath ».

M.J

Lien Youtube Sheila http://www.youtube.com/watch?v=GlSh4XeoLBA

(1) “Inuit leaders demand action at climate-change conference”, CBC News, 16-11-2009.  http://www.cbc.ca/canada/north/story/2009/11/16/inuit-climate-change.html

(2)”Global warming is killing us too, say Inuit”, Paul Brown, Environment, The Guardian, 11-12-2003.http://www.guardian.co.uk/environment/2003/dec/11/weather.climatechange.

(3) Wikipedia/ Inuits http://fr.wikipedia.org/wiki/Inuits#L.27.C3.A9conomie

(4)”La NASA s’inquiète de la fonte des glaces en Arctique”, Notre Planète Info, 24-10-2003. http://www.notre-planete.info/actualites/actu_254_fonte_glace_arctique.php

(5) New NASA Satellite Survey Reveals Dramatic Arctic Sea Ice Thinning, 2004-2008. http://www.jpl.nasa.gov/news/news.cfm?release=2009-107

(6) Circumpolar Inuit Call on Global Leaders to Act on Arctic Climate Change at COP15 in Copenhagen, 13 November, 2009 – Copenhagen, Denmark, http://www.inuit.org/index.php?id=292&contUid=0#c652


Publié le 20 novembre 2009 par marlene dans Actualité,Arctique,Climat
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