Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le Brésil ouvre un sentier à la déforestation.

Bonjour,

La réforme du Code forestier est en route au Brésil. Après avoir longuement été débattu et approuvé par les députés, le texte est examiné par le Sénat. S’il est adopté, il permettra aux exploitants brésiliens, industriels et petits cultivateurs, de déboiser au profit de terres agricoles. Si le monde de l’agriculture approuve cette modification, les écologistes y lisent un encouragement à la déforestation. L’image d’un Brésil,  à la fois pionnier et leader sur le front de l’environnement, pourrait s’estomper.

Une déforestation encore active.

Pourtant, il y a quelques mois encore, le Brésil annonçait fièrement un ralentissement de la déforestation en Amazonie. Selon l’INPE, – l’Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais -, l’observatoire brésilien des forêts qui effectue des repérages satellite, le déboisement du couvert amazonien recule effectivement entre 2009 et 2010, moins 6 ,2%. (1)(2) Ce qui laisse quand même un bilan de 7464 km² détruits par la déforestation en 2010, dont la moitié dans l’Etat du Para. D’ailleurs ce répit pour l’Amazonie, observé depuis 2005, ne dure pas. 2011 repart à la hausse. Mai annonce un record, amorcé en mars et avril – la déforestation a progressé de 500% par rapport à mars et avril 2010. (3) L’INPE confirme un regain pour août, porté par l’Etat du Mato Grosso.  Si l’immense complexe amazonien reste le terrain de jeux des coupeurs d’arbres, l’avenir de la grande forêt atlantique, déployée sur l’arc oriental, inquiète aussi les environnementalistes. Son bassin, qui accueille 112 millions de personnes, représente une source d’eau importante pour des zones très peuplées. L’INPE et l’ONG SOS Mâta Atlantica , impliquée dans la préservation de cet écosystème précieux, notent une déforestation ralentie en 2008-2010, par rapport à 2005-2008, mais continue. Au cours des deux dernières années, 312 km² ont été sabotés, avec une mauvaise note pour le Minas Gerais, Bahia, Santa Catarina, et le Parana.(4) Selon SOS Mâta Atlantica, moins de 7% de cette forêt primaire serait intact. Le reste a été grignoté par le développement de l’agriculture et de l’élevage, l’extension des villes, ou les plantations d’eucalyptus.

Agriculture et exportations.

En 1965, c’est un Brésil moins soumis aux tensions humaines et environnementales qui adopte le Code forestier. Sur le papier, ce texte permet de protéger 80% des forêts du Brésil, le reste est réservé aux cultures. Vraisemblablement jamais respecté, mais toujours renforcé par de nouvelles lois, il a sans doute réussi à contenir la déforestation. Du moins ces dernières années. Mais dans ce Brésil qui se développe, le Code forestier gêne les cultivateurs, et contrarie le projet d’un grand pays exportateur de denrées agricoles. Depuis les années 2000, le Brésil, servi par une géographie étendue, est devenu un leader du marché agroalimentaire mondial. Le pays fait commerce de soja, de sucre, d’éthanol, de bœuf, de poulet, de jus d’orange, de tabac, ou de ce café qui a inauguré son offensive sur le marché mondial.  Si le nouveau texte est adopté, les propriétaires terriens pourront déboiser jusqu’à 50% de leurs terres. Le lobby agricole y voit l’opportunité de développer son business. Les petits exploitants ne seraient pas mécontents d’étendre leurs champs. Il est question de développer une agriculture vivrière. Il est aussi question de nourrir une démographie en croissance, qui comptera plus de 200 millions de personnes  en 2030. De leur côté, les  environnementalistes imaginent une porte ouverte à la déforestation. L’impunité pour les zones illégalement exploitées figure déjà dans la modification du code.

Inondations et CO².

S’ils redoutent une dégradation du patrimoine forestier national, les partisans d’un Brésil qui respire  s’inquiètent d’une probable articulation entre déforestation et accidents climatiques. Dans la forêt Atlantique, SOS Mâta Atlantica note un déboisement actif des rives des cours d’eau, des coupes dans la mangrove, et un dénuement des zones qui protègent les habitations. Les sols, privés d’arbres, deviennent vulnérables aux fortes pluies qui provoquent des glissements de terrain. Quand  la déforestation des berges des rivières accentue les risques de crues. En juin 2010, de fortes pluies avaient provoqué  inondations et coulées de boue dans l’Alagoas et le  Pernambuco, deux Etats du Nord-Est assis dans la forêt atlantique. Les populations les plus touchées habitaient à proximité d’espaces mis à nu. (5) Autre argument des écologistes, la déforestation libère du CO², quand l’Amazonie peine de plus en plus à défendre son image de puits de carbone.  Au niveau international, la déforestation annoncée par la re-écriture du Code forestier voile l’image  d’un Brésil écolo, engagé à diminuer ses rejets de CO². De 2005 à 2010, une meilleure gestion de l’Amazonie lui avait permis de réduire d’un tiers ses émissions de gaz à effet de serre.

« Rio+20 »

Un collège composé d’une dizaine d’anciens ministres de l’Environnement a écrit à Dilma Rousseff, la Présidente du Brésil, pour tenter de geler la modification du Code forestier. Cette lettre  souligne le rôle avant-gardiste d’un pays qui a rédigé une loi pour protéger ses forêts, quand les autres n’en avaient pas compris l’importance. Les rédacteurs ajoutent que, grâce à ce processus responsable, le Brésil a pu devenir un acteur majeur dans les conférences internationales sur l’environnement. C’est d’ailleurs au Brésil que doit se tenir le prochain grand rendez-vous des Nations-Unies sur le Développemernt durable. Cette conférence, baptisée « RIO+20 », en référence aux engagements environnementaux formulés 20 ans plus tôt dans la métropole brésilienne, abordera aussi le dossier des forêts.  Rendez-vous donc à Rio,  en juin 2012.

 

M.J.

 

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(1) INPE releases Amazon deforestation rate in 2010, 03-10-2011 http://www.inpe.br/ingles/news/news_20111003_01.php

(2) Comparaison faite pour les périodes aoùt 2008- juillet 2009 et août 2009 – juillet 2010.

(3) Brazil confirms big jump in Amazon deforestation
Rhett A. Butler, mongabay.com , 18-05-2011 / Source INPE
http://news.mongabay.com/2011/0518-inpe_amazon.html

(4) SOS Mata Atlântica and INPE disclose data from Forest Remnants Atlas, 26-05-2011, http://www.inpe.br/ingles/news/news_20110526_02.php

(5) “Forestry Law Reforms Augur More Disasters”,  Fabiana Frayssinet, IPS News; 27-06-2010 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=51967

 


Publié le 20 octobre 2011 par marlene dans Agriculture.,Brésil,déforestation
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« Journée mondiale de la l’alimentation », jour de faim.

Bonjour,

Le 16 octobre prochain s’annonce  « Journée  mondiale de l’alimentation » . Dans son rapport 2011, intitulé « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – interroge l’économie de la faim. La flambée des prix alimentaires, inscrite dans le sillage des crises de 2006-2008, touche surtout les pays les plus pauvres, addicts à l’importation de produits agricoles. Nombre d’Etats africains, très dépendants de riz et de céréales cultivés ailleurs, comptent parmi les plus touchés. Entre 2007 et 2008, le nombre de sous-alimentés sur le continent africain a grimpé de 8%. Mauvaise nouvelle à l’approche des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), car la nourriture pourrait rester chère, message de la FAO. Voire inabordable pour les plus démunis. Le changement de climat, ses excès, la concurrence entre l’agriculture dédiée aux agro -carburants et l’agriculture vivrière, sans oublier la spéculation sur les céréales, annoncent une crise durable. Le rapport montre comment l’envolée des prix alimentaires expose les petits producteurs et les populations pauvres des grandes cités du monde en développement. Les petits producteurs, car ils ne vendent pas suffisamment pour profiter d’une envolée des prix alimentaires. Et les pauvres,  car ils consacrent une part importante de leurs revenus à l’alimentation. Plus de 60% au Vietnam, au Malawi, au Bengladesh.  Plus de 70% au Ghana, au Pakistan, au Tadjikistan.

Protectionnisme, stocks, et politique sociale.

Scénario simplifié d’une dynamique économique  complexe de la faim – elle progresse en 2007-2008 en Afrique et stagne en Asie – , la FAO distingue trois types de pays. Ceux qui se sont tenus à l’écart du marché international. Ceux qui ont pu limiter les dégâts. Et ceux où la crise alimentaire a fait avancer la faim. Le premier groupe de pays, Chine, Inde, ou Brésil, a limité ses échanges agricoles, développé une politique sociale pour adoucir le choc, et puisé dans ses réserves alimentaires. Avec le risque que ce protectionnisme porte la spéculation mondiale, et prive de nourriture les pays importateurs. Ce premier groupe a cependant réussi à contenir les prix sur le marché intérieur, et à faire reculer le nombre de sous-alimentés. Mais, sur le modèle du Brésil,  tous les Etats n’ont pas les moyens d’accompagner les plus démunis avec une politique sociale. Autre problème, pour disposer de stocks alimentaires, il faut être assez riche pour aire des réserves. Ce qui exclut les plus pauvres. Le rapport cite l’exemple de la Chine, de l’Inde, et de l’Indonésie, qui, contrôlant leurs exportations pendant la crise alimentaire des années 2007-2008, ont maintenu le prix du riz et celui du blé. Second groupe, les Etats pauvres, mais producteurs et exportateurs de denrées alimentaires. Le Vietnam ou la Thaïlande. Malgré une valse des étiquettes sur le marché intérieur, la FAO y note un recul de la malnutrition. Mais attention, ce modèle suppose une bonne répartition des terres, condition d’une production alimentaire supérieure à la consommation. Enfin, un troisième groupe de pays a vu les prix s’envoler sur les étals des marchés locaux, privant les populations dépourvues. Au Malawi, en Afghanistan, en Ouganda, au Sénégal, au Mozambique, en Zambie, en Ethiopie ou au Kenya, il n’y a pas, ou peu, de stocks alimentaires. Il n’y a pas non plus d’argent pour assister les plus démunis. Le rapport cite l’exemple du Burkina Faso, qui, en 2008,  subventionne la vente de céréales sur le marché interne. Mais qui doit faire appel au PAM – le Programme Alimentaire Mondial – pour secourir 600.000 personnes. Toujours en 2008, le gouvernement éthiopien puise 190.000 tonnes de blé dans ses réserves pour approvisionner 800.000 urbains. Et qui, un peu plus tard, doit en importer 150.000 tonnes pour nourrir ses villes. Ici encore, le PAM est intervenu.

Un milliard de mal nourris.

La FAO, qui tire les conséquences de la crise alimentaire de 2007-2008, se demande comment mieux contrôler les prix sur les marchés intérieurs. Deux propositions. D’abord, améliorer l’information qui renseigne sur l’état des marchés, mondiaux et nationaux, afin de développer une analyse pertinente de l’évolution des échanges. Cette idée, qui suppose la transparence des données, permettrait de réagir avant que la panique des marchés joue sur les prix. Reste que l’information sur les réserves alimentaires est difficile à obtenir, problème d’accès aux sources, ou stratégie économique de certains pays. Seconde proposition, considérer l’envol des prix alimentaires comme « un état de fait », et s’y adapter. En développant des stratégies de protection sociale. Message fort de la FAO, investir dans l’agriculture pour impulser une dynamique interne qui fasse reculer la pauvreté et la faim : plus de compétitivité sur le  marché intérieur, plus de revenus pour les agriculteurs, et des produits agricoles, moins chers,  accessibles au plus pauvres. La FAO, qui révise sa méthodologie, ne chiffre pas la faim dans le monde en 2011. Elle touche probablement un milliard de personnes.

 

M.J

 

Pendant ce temps, Action contre la Faim convoque le G20

 

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Une classe virtuelle est mise en ligne par la FAO. Des documents et des leçons type permettent aux enseignants de fouiller la problématique de la faim – faim, malnutrition, insécurité alimentaire..-, afin de sensibiliser les élèves et les étudiants : http://www.feedingminds.org/fmfh/accueil/fr/

A petite échelle, la campagne TeleFood de la FAO accompagne des micro-projets dans plus d’une centaine de pays pour aider les familles et les communautés à produire de la nourriture. Ou générer des revenus pour en acheter. Petites histoires… http://www.fao.org/getinvolved/telefood/fr/

Lien Rapport : « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », Comment la volatilité des cours internationaux porte-t-elle atteinte à l’économie et à la sécurité alimentaire des pays. FIDA, WFP, FAO. http://www.fao.org/docrep/014/i2330f/i2330f.pdf


Publié le 13 octobre 2011 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,FAO,Objectifs du Millénaire.
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Le ciel et le São Francisco, sources du Nordeste.

Bonjour,

L’histoire se passe dans le Nordeste, un immense territoire d’un million et demi de km², peuplé de 54 millions d’habitants, situé dans la partie orientale du Brésil. Les belles plages qui ourlent l’Océan Atlantique y contrastent avec une misère rurale estimée à 67%. Le Nordeste passe pour être l’un des espaces les moins avancés du continent Sud-américain. (1) Cette pauvreté, nourrie par une répartition très inégale des terres et une population importante, s’explique aussi par un régime des pluies capricieux. Manque de précipitations, mauvaise distribution, ou les deux, le Nordeste est habitué aux sécheresses qui diminuent les cultures de subsistance,  haricot ou maïs. (2) 1912, 1915, 1919, 1932, 1958, 1983, marquent un calendrier qui s’étire jusqu’à aujourd’hui. (3) Un récent article d’IPS évoque la sécheresse de 1993, consécutive à deux années sans pluie. Le déclin des cultures et des troupeaux s’était articulé à une pauvreté plus ancienne, pour nourrir le mécontentement. Des flots de paysans, affamés et en colère, s’étaient mis en route vers les villes du Nordeste. (4) A Ouricuri, cité du Sertão Pernambucano, dans l’Etat du Permambuco, ils étaient 1500 à réclamer de la nourriture. Des négociations, un toit, et quelques repas avaient permis d’éviter des affrontements avec la police locale. (4) Dans le Nordeste, les sécheresses sont aussi prétexte à explosions sociales. Si l’eau n’est qu’un aspect d’un contexte socio – économique plus complexe, sa distribution conditionne cependant le recul de la faim. Et  ralentit aussi l’émigration vers les grandes villes du Sud-Est brésilien.

« One Million Rural Water Tanks Programme » 

Dix ans après la sécheresse de 1993,  l’Articulação no Semi-Árido Brasileiro (ASA), un réseau de plus de 700 ONG, réagit. Il s’agit de trouver des solutions pour composer avec les conditions semi-arides du Nordeste. L’ASA se met au travail et lance le « One Million Rural Water Tanks Programme »  (P1MC), un plan d’un million de réservoirs destiné à collecter les eaux de pluies. Aujourd’hui, plus de 350.000 familles récoltent l’eau qui ruisselle de leur toit dans des cuves en ciment de 16 000 litres, presque l’eau courante à domicile. L’ASA en  profite pour développer une petite agriculture maraîchère. Ce programme adoucit les conditions de vie des petits fermiers et des ouvriers agricoles, moins vulnérables aux sécheresses. Et bien que les pluies aient terriblement manqué l’année passée, créant des conditions aussi difficiles qu’en 1993, il n’y a pas eu de famine. Le programme d’assistance sociale, développé par l’administration du Président Lula, repris par celle de Dilma Roussef, comme la « Bolsa familia »  a également contribué à faciliter la vie des paysans du Nordeste. A Ouricuri, l’ONG Caatinga est l’un des moteurs du développement rural. Selon le directeur de cette ONG, plus d’un demi million de tanks ont déjà été construits, avec la contribution du gouvernement brésilien, des Autorités locales, et de quelques autres partenaires. On reproche à Lula, pourtant enfant du Nordeste, lui même pauvre et émigré, de ne pas avoir mieux soutenu l’idée de faire de l’eau avec de la pluie. Mais Lula s’est aussi intéressé à une autre idée. (4)

Canaux, pompage, aqueducs, tunnels, et réservoirs.

Dans ce Nordeste, qui occupe 12% du territoire brésilien et où coule seulement 3% des eaux de surface, le bassin du  São Francisco rafraîchit le paysage. Ce fleuve de plus de 3000 km de long, alimenté par plus de 160 affluents en partie soumis aux irrégularités des pluies, est convoité pour développer la région. Le transfert d’une partie des eaux du Rio São Francisco, projet ancien mais jamais réalisé, est l’une des priorités de Lula, fraîchement élu à la Présidence (2002-2010). Ce projet, servi par un réseau de canaux artificiels, de stations de pompage, d’aqueducs, de tunnels et de réservoirs, doit alimenter en eau le Pernambouc, le Ceará, le Paraíba, et le Rio Grande do Norte, quatre Etats du Nordeste. Environ 12 millions de personnes doivent bénéficier d’une eau potable, disponible toute l’année. Deux canaux de plus de 700 kilomètres de long, l’axe Nord et l’axe Est, sont au cœur de l’ouvrage. Ils devront alimenter une trentaine de réservoirs qui apporteront de l’eau dans les rivières, en toute saison. Au cours de son second mandat, Lula tente d’accélérer un projet, sans doute largement accepté, plusieurs fois retardé, mais aussi dénoncé. On lui reproche une distribution différenciée des eaux, qui profiterait aux grandes exploitations tournées vers l’exportation, fruits et crevettes, au détriment des petits paysans. Sur le plan environnemental, ces aménagements pomperaient les eaux d’un fleuve déjà  diminué par les barrages hydro-électriques et les prélèvements clandestins. Depuis un demi-siècle, le Rio São Francisco aurait déjà perdu plus du tiers de son débit. Le pompage des eaux, conséquence d’une dénivelé qui place le captage des eaux  quelques centaines de mètres en dessous des canaux  de distribution, est l’une des difficultés du projet. Les pompages, liés à l’abondance des eaux, sont annoncés temporaires. (4) Et pour balayer les critiques, le gouvernement brésilien prétend qu’en détournant seulement 1,4 % du débit  du São Francisco, on offrira au Nordeste une meilleure gestion de ses eaux,  et un accès au développement. (3)

 

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Fier d’être un « Nordestino »

A Ouricuri,  l’eau de pluie coule  dans les réservoirs. La faim aurait reculé. Après les nombreux départs consécutifs aux sécheresses des années 90, la ville aurait regagné des habitants. Le gouvernement brésilien, par le biais du Ministère du Développement social, a financé les trois quarts des réservoirs conçus par l’ASA, destinés à cette région semi-aride. Il aurait fallu beaucoup plus d’argent pour atteindre le million en 2008. Dommage. Mais l’un des coordinateurs du réseau ASA, en charge de la collecte d’eaux de pluie pour arroser les jardins, déplace un peu la question de l’eau: « Vivre dans un environnement semi-aride suppose plus que de disposer d’eau, cela implique aussi de valoriser la terre, se sentir fier d’être un « Nordestino », se sentir capable de vivre sur  sa terre et de ne pas se sentir inférieur. » (3)

 

M.J

 

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(1) Rural Poverty in Brazil, IFAD (International Fund or Agricultural Development), http://www.ruralpovertyportal.org/web/guest/country/home/tags/brazil

(2) Les sécheresses de la region Nordeste du Brésil et leurs consequences, JC.Lebrun, M. Molinier, E.Cadier, G.Fotius, O.Galindo, F.Souza Ramos, H.Ramos de Souza., Synthèse, Sécheresse 1995, Documentation IRD http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_6/b_fdi_35-36/41792.pdf

(3)Les séchereresses du Nordeste brésilien, M.Molinier, E. Cadier, A.Gusmao, ORSTOM, SUDENE, http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_7/divers3/30589.pdf

(4) ”Beating Drought in Semiarid Northeast” , Mario Osava, IPS, OURICURÍ, Brazil, 14-09-2011http://ipsnews.net/news.asp?idnews=105106

(5) « Le Brésil, ferme du monde », Agriculture irriguée dans la moyenne vallée du São Francisco : l’Agriculture familiale cherche sa voie / Le bassin du São Francisco, épine dorsale de l’est brésilien / Le transfert des eaux du São Francisco, un projet régional ambitieux (en annexe : la politique brésilienne de l’eau et son évolution), Geoconfluences, édition  et synthèse deSylviane Tabarly,17 -02-2010 http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/etpays/Bresil/BresilDoc9.htm

 

 

 


Publié le 26 septembre 2011 par marlene dans Brésil,eau,faim
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FAO: une cuisine aux « petits cocons ».

Bonjour,

Khamlai Chathavong maîtrise désormais les techniques de reproduction et d’élevage d’insectes, destinés à l’alimentation. Il est l’un des sept agriculteurs sélectionnés pour un projet pilote, mené en collaboration par le Département d’Agriculture de l’Université nationale du Laos et la FAO, l’Organisation mondiale pour l’Alimentation et l’Agriculture. L’idée est simple. Développer la consommation d’insectes pour faire reculer la faim. Le terrain s’y prête. Au Laos, où crickets, scarabées, vers, et  fourmis s’affichent sur les menus des restaurants, 95% de la population consomme des insectes. Et dans un pays où la malnutrition des moins de cinq ans galope, les insectes offrent une source de protéines, de graisses, de fer, de calcium, et de vitamines à bas prix. Autre vocation du projet, créer une petite industrie, génératrice de revenus pour les plus pauvres. « Si les fermiers développent ces nouvelles techniques, ils peuvent vendre des crickets, des scarabées de palmiers, des vers de farine, ou des fourmis de tisserands, trois ou quatre fois par an, alors que les méthodes traditionnelles ne leur permettent qu’une à deux récoltes par an. », commente Khamlai Chathavong. (1) L’Université de Ventiane vient de former une vingtaine d’autres agriculteurs à la « culture » d’insectes. Pour l’année 2011, quatre séminaires sont prévus, dans la capitale et en province. Avec un mot d’ordre: diffuser ces techniques d’élevage et de marketing, tout en informant sur les valeurs nutritionnelles des insectes. Dans un pays où chaque province a ses habitudes de consommation et d’élevage, il s’agit de convertir le plus grand nombre à un entreprenariat efficace. (1)

Nourriture de base ou snack.

Les laotiens ne sont pas les seuls à consommer des insectes. Dernier recours contre la faim, nourriture de base, ou met délicat, le catalogue des insectes comestibles hésite entre 1400 et 1700 espèces. L’entomophagie, qui désigne la consommation d’insectes sans vraiment réussir à les rendre appétissants, se décline dans plus de 90 pays dans le monde, en Afrique, en Amérique du Sud, ou en Asie du Sud-Est. Le Malawi, la Zambie, et la République du Congo mangent des chenilles collectées dans les bois. La Nouvelle Guinée déguste des larves de Sago. Et depuis très longtemps, la Chine goûte le ver à soie. Dans beaucoup de cultures, désormais offertes à une consommation plus aseptisée, les insectes sont devenus dégoûtants. D’autres sont restées fidèles à cette pratique nutritionnelle. Et dans certaines périphéries des grandes villes du monde en développement, les insectes nourrissent le souvenir d’une vie simple et saine à la campagne. Historiquement, la plupart de ces insectes sont collectés dans les forêts environnantes. Une nourriture locale qui répond à l’envolée des prix alimentaires, à une agriculture émettrice de CO², de plus en plus contrariée par les effets du changement climatique. La FAO mise sur cette ressource locale pour nourrir les affamés, créer des revenus, et protéger la biodiversité. En Afrique centrale, les brûlis saisonniers préservent les colonies de chenilles, qui figurent au menu traditionnel. La FAO fait aussi l’éloge de la Thaïlande, où elle développe le commerce du cricket depuis 1999, en collaboration avec l’Université de Khon Kaen, dans le Sud-Est du pays. Les communautés ont été formées à une activité bon marché, facile à mettre en place, nécessitant peu d’espace, qui commence à tourner. Dans la région de Khon Kaen, 4500 familles élèvent des criquets. Activité qui occupe 15.000 familles à l’échelle nationale. Dans ces régions pauvres, deux villages, environ 400 familles, produisent l’équivalent de 10 tonnes de criquets pendant l’été, pour un revenu qui varie d’une centaine à plus de mille euros, par mois et par famille. La récolte est destinée aux étals de Bangok et aux marchés urbains du pays. A moins d’être exportée vers le Laos ou le Cambodge. Les familles thaïlandaises élèvent aussi des fourmis, autre nourriture populaire. L’Université de Khon Kaen a aussi planché sur la punaise d’eau géante, autre gourmandise thaïlandaise. A la question « Pourquoi les Thaïlandais mangent-t-il des punaises ? », les ¾ de consommateurs d’insectes répondent que c’est bon avec une bière. (2)

Criquets, suschis, et sashimis.

La FAO, qui réfléchit à introduire plus d’insectes dans l’alimentation mondiale, travaille à mieux connaître leurs habitudes, leurs habitats, ou leur place dans les régimes traditionnels. Elle pense aussi à conquérir la nouvelle cuisine, au Japon, à Singapour, à Hong-Kong, ou en Occident. Des criquets « mode Thaï », cuisinés avec du piment et de la citronnelle, servis avec  du riz, quand la chair crue des sushi et des sashimi multiplie les amateurs. En attendant, lors d’un meeting des Nations Unies en Thaïlande en 2008, un scientifique japonais a proposé d’installer des élevages de cafards dans les navettes spatiales, gain de place et source de protéines pour les astronautes. (3)

M.J


(1) « More insects coming to a restaurant near you ». EC FAO food security programme

http://www.foodsecuritylink.net/laopdr/index.php?option=com_content&view=article&id=105:more-insects-coming-to-a-restaurant-near-you&catid=1:news&Itemid=2

(2)”Edible Forest Insects / Humans Bite Back”, B.Durst, V.Johnson, N.Leslie, Shono, 19/21-02-2008, Chiang Mai, Thaïland. -FAO/ RAP Publication 2010-02 http://www.fao.org/docrep/012/i1380e/i1380e00.pdf

(3) ”Eat insects to beat world hunger, UN scientists say”, Asia News, Thaïland, 26-02-2008, http://www.asianews.it/news-en/Eat-insects-to-beat-world-hunger,-UN-scientists-say-11624.html


Publié le 28 avril 2011 par marlene dans Asie du Sud-Est.,crise alimentaire,FAO
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2,6 milliards de bovins. Et moi et moi et moi…

Bonjour,

L’élevage consomme l’environnement. Avec l’agriculture, il occupe environ 70% des terres agricoles mondiales. En Amérique centrale, en Amazonie, la forêt recule sous la pression croissante des troupeaux, et des besoins en terres agricoles pour leur alimentation. L’élevage pompe de l’eau douce, 9% des besoins annuels mondiaux.(1) Il produit des gaz à effet de serre. Déforestation, extension de pâturages, conversion de terres en production fourragère, carburant, chauffage, sa contribution CO² s’élève à 9% du total mondial. Plus que les transports. Fermentation entérique des ruminants ou fermentation des déjections, l’élevage compte pour 37% des émissions mondiales de méthane. Sans oublier les 65% d’oxydes nitreux, ou protoxyde d’azote, ces résidus de fertilisants industriels azotés qui distillent leurs effluents dans les écosystèmes, terrestres et marins. Un poison tenace qui plombe dangereusement la facture environnementale de l’élevage. (2) La FAO, qui tient compte d’une population plus nombreuse, plus riche dans les pays émergents, et plus exigeante sur la qualité du menu, estime que la production de viande devrait doubler d’ici, à 2050. Concrètement, les troupeaux de bovins passeraient de 1,5 milliard de têtes à 2,6 milliards. Progression analogue pour les caprins et les ovins, dont le nombre gonflerait jusqu’à 2,7 milliards de têtes. (3) Une étude canadienne , qui envisage l’impact environnemental de l’élevage pour les quarante années à venir, contrarie ces perspectives. L’enquête, qui fouille trois pistes, les émissions de GES, la capacité du globe (biomasse), et le cycle mondial de l’azote, tire le signal d’alarme. Si nous continuons à engraisser plus de bétail pour la viande, l’élevage utilisera 70 à 80% de la capacité de la terre à absorber la pollution, vers le milieu du siècle. Ce qui laissera peu de place pour d’autres activités humaines, la production d’énergie, les transports, qui rivalisent déjà pour que la terre puisse absorber leurs effluents. Combiner notre appétit pour la viande avec nos activités polluantes pourrait dépasser le seuil de tolérance de la planète.(4) L’étude dénonce une grande déconnection entre l’ampleur de l’impact environnemental, plus de terre, plus d’eau, plus de GES, plus de fertilisants à base d’azote, et la production de bétail annoncée. Même avec une projection optimiste. Cette recherche, qui conseille moins de nitrates, plus d’engrais naturels, et une agriculture productive aux décideurs, prescrit surtout un régime alimentaire mondial allégé en viande. De 19 à 42% en moins par assiette en 2050, calcul qui tient compte de la croissance attendue de la population et des revenus. Un régime alimentaire nécessaire éviter à la planète de se transformer en un vaste pré d’embouche. (5)

M.J

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(1) La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2009 – 4. Elevage et environnement. FAO http://www.fao.org/docrep/012/i0680f/i0680f04.pdf

(2) « The Nitrogen Fix:Breaking a Costly Addiction”, Fred Pearce, Yale Environment 360, 05-11-2009, http://e360.yale.edu/content/feature.msp?id=2207

(3) « Vers un élevage plus durable »- « La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture » analyse l’évolution rapide de la production mondiale de l’élevage 18-02-2010, http://www.fao.org/news/story/fr/item/40117/icode/

(4) Stressing the planet, Melissa Hennigar, Dalnews.dal.ca, 05-10-2010 http://dalnews.dal.ca/2010/10/05/beef.html

(5) « Meat diets pose environmental danger: report », Gerard Wynn, Reuters, 04-10-2010 http://www.reuters.com/article/idUSTRE6935Q520101004


Publié le 15 octobre 2010 par marlene dans Ecosystèmes.,elevage,FAO
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Le Belo Monte en « 3D ».

Bonjour,

“Un désastre pour le fleuve Xingu, pour la forêt tropicale, et certainement pour les indigènes et leurs familles qui vivent le long du fleuve…» (1) Sigourney Weaver, l’actrice d’Avatar, prête sa voix à une vidéo qui met en images le scénario, écologique et humain, du futur barrage de Belo Monte, en Amazonie brésilienne. Ce giga -projet, le troisième plus grand barrage au monde, installé sur le Rio Xingu, un affluent du fleuve Amazone, devrait inonder 668 km² de terres, avaler la ville d’Altamina, et déplacer environ 20.000 personnes. Plus de 80% du cours du Xingu sera détourné, divisé en deux longs canaux artificiels terminés par deux immenses réservoirs, reliés à la centrale électrique du barrage. Le puissant débit du fleuve, considérablement diminué, ne sera plus qu’un filet d’eau pendant une partie de l’année, condamnant à la sécheresse des cours d’eau secondaires. Dans un courrier adressé au Président Lula, daté de mars 2010, Amazon Watch,  une organisation qui défend l’Amazonie et ses populations, rappelle l’impact des deux canaux sur la vie des communautés du Volta Grande, une région baignée par le Xingu. Plus d’eau, plus de ressources, et plus de moyen de déplacement sur une distance de 130 km. Une activité agricole ruinée, une pêche désorganisée faute de poissons, pourtant à la base de l’alimentation des Kayapos, l’une des communautés menacées par le Belo Monte. Amazon Wath dénonce encore la formation d’étendues d’eaux stagnantes, facteur de paludisme. (2) L’arrivée de migrants, légaux et illégaux, en concurrence avec ces communautés, présage d’autres bouleversements, économiques et culturels. Privés de leurs activités traditionnelles, les populations autochtones devront s’adapter, et sans doute exploiter la forêt, seule option économique. Les aménagements routiers et les infrastructures électriques augmenteront, de toute façon, la pression sur la forêt amazonienne. Dont 400 km², sur les 668 annoncés, seront déjà noyés par le projet.(1)

L’idée d’aménager le Rio Xingu remonte aux années 70, sous la dictature militaire. Avec le temps, et les différentes architectures proposées, elle a fabriqué une solide opposition. Des organisations environnementales, emmenées par un réseau d’activistes, la mobilisation des populations riveraines, ont retardé la concrétisation de l’ouvrage. En1989, ces communautés refusent l’aménagement de 6 barrages sur leur territoire, obligeant les Autorités brésiliennes à changer le nom des ouvrages, sans donner de suite. En 2008, le gouvernement ressort le projet Belo Monte, devenu un complexe de 3 ouvrages. Selon Amazon Watch, les variations du fleuve entre la saison des pluies et la saison sèche obligent à construire d’autres retenues, en amont, pour rentabiliser le Belo Monte.(3) Début 2010, les Autorités brésiliennes donnent le feu vert à la construction d’un barrage qui doit accompagner la croissance du pays, devenu très gourmand en énergie, et soucieux de son bilan CO². (4)Avec l’argument que l’hydro-électricité ne produit pas directement de CO². Le barrage doit encore apporter de l’électricité à de nouvelles concessions minières, autre plaie environnementale de l’Amazonie. Pour Amazon Watch , le Belo Monte, d’une capacité supérieure à 11GW, ne produira que 10% de cette énergie pendant les 3 à 5 mois de la saison sèche. Ce qui ramènera sa production annuelle moyenne à un peu moins de 40% de son potentiel. D’où la nécessité d’aménager d’autres ouvrages sur le cours du Xingu, et de ses affluents, pour alimenter le barrage en eau. Quant à l’argument CO² servi par la gouvernement brésilien, les opposants répondent que l’inondation de terres boisées produira du méthane, beaucoup de méthane, un gaz à effet de serre 25 plus violent que le CO².(3)

Le projet, qui devrait démarrer fin 2010, réactive une opposition  peopolisée , Sting, Sigourney Weaver, ou James Cameron, le réalisateur d’Avatar qui a écrit à l’ex président Lula. La vidéo, initiée par Amazon Watch et International Rivers, une autre ONG remontée contre le Belo Monte, porte le message du Xingu Vivo Para Sempre , un puissant réseau local. Les images de Google Earth y révèlent, en « 3D »,  l’impact potentiel d’un projet, qui en cache plus d’une centaine d’autres. Le bassin de l’Amazone, doté de la plus grande forêt tropicale de la planète, est convoité par le Brésil, la Bolivie, la Colombie, l’Equateur, et le Pérou, qui rêvent d’y planter des aménagements hydrauliques. Assortis d’innombrables réservoirs d’eau stagnante.

M.J

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(1)”Google Earth animation shows Brazilian plans to turn Amazon into ‘series of stagnant reservoirs’, Rhett A. Butler, mongabay.com, 30-08-2010
http://news.mongabay.com/2010/0830-belo_monte_google_earth.html

(2)Courrier au Président Lula Da Silva, Christian Poirier, Brazil Program Coordinator, amazon Watch, 10-03-2010. http://www.internationalrivers.org/files/Appeal_letter_English.pdf

(3) Belo Monte Dam, Amazon Watch http://www.amazonwatch.org/amazon/BR/bmd/index.php?page_number=2

(4)” Brazil to build controversial Belo Monte hydroelectric dam in Amazon rainforest”, Tom Phillips, Guardian.co.uk , 0é-02-2010 http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/02/brazil-amazon-rainforest-hydroelectric-dam


Publié le 12 octobre 2010 par marlene dans Barrages,Brésil,déforestation
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Des cités qui jardinent.

Bonjour,

Hugo Chavez, le Président du Venezuela, cultive ses jardins urbains. Depuis 2003, il a autorisé l’aménagement de 4000 micro-parcelles dans les périphéries pauvres de Caracas, lancé une vingtaine de coopératives horticoles, et réservé quelques lots à l’agriculture biologique. Organopoco Bolvar I,  premier potager organique d’un demi-hectare, planté au cœur de la capitale, où poussent betteraves, carottes, courgettes, poivrons, et laitues, est sans doute le symbole de ce jardinage urbain, inspiré par une quête à l’autosuffisance alimentaire,  initié par l’expérience de Cuba, et soutenu par la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture -. Dans un pays où plus de 90% de la population vit et travaille en ville, avec une pauvreté voisine des 80%, Hugo Chavez parie sur l’agriculture urbaine pour varier le menu des Vénézuéliens. (1) (2)

Copenhague et Manille.

Apparus dans les paysages urbains européens au XIX° siècle,  les jardins servaient à faire pousser des légumes pour améliorer l’ordinaire des ouvriers,  soulager la misère. Au XXI° siècle, l’expansion rapide des villes dans le monde en développement, gonflées par la pauvreté des campagnes, l’exode rural consécutif, et la natalité, avec une croissance encore plus soutenue dans les bidonvilles, réactualise la fonction nourricière du jardin urbain. Plus de 2,5 milliards de personnes habitent une ville du tiers monde, dont plus d’un milliard s’entasse dans les bidonvilles, la plupart complètement démunis. Ces pauvres, qui continuent d’affluer dans des cités attrayantes mais sans espoirs, consacrent une grosse partie de leurs revenus à se nourrir, souvent mal. La FAO estime d’ailleurs que la malnutrition infantile est souvent pire en ville que dans les campagnes. (3) Dans ce contexte, la perspective d’exploiter une parcelle pour y cultiver quelques légumes, avec une poule ou deux, apparaît comme une solution, de proximité, pour adoucir l’inhospitalité des grandes villes du monde émergent.  Si à  New-York, à Montréal, à Copenhague,  ou à Paris, les potagers signalent un regain pour l’écologie urbaine, espace de production et d’éducation, à Accra, à Caracas, à Hanoi, ou à Manille, ils s’inscrivent dans une stratégie alimentaire.

Dakar, Accra, ou Libreville.

Dans le monde en développement, l’agriculture urbaine, qui produit fruits, légumes, racines, tubercules, ou plantes d’ornement, ne date pas d’hier. A Dakar, au Sénégal, dès 1903, le jardin de Hann, doté de nappes d’eaux, fournit fruits et légumes aux citadins. Quelques années plus tard, le petit élevage, importé par les premières migrations d’éleveurs, arrive en ville. Ces pratiques agricoles ont accompagné l’expansion de la métropole qui produit fruits et légumes, viande, lait, et œufs, destinées aux familles ou au commerce. Dakar compte environ 3000 entreprises horticoles familiales, la plupart situées en périphérie, avec en commun une petite surface, moins d’un hectare, sans grande garantie foncière, qui mobilise les moins qualifiés et les petites classes moyennes, ou qui fonctionne avec l’immigration en provenance des pays voisins. (4) Au Bénin, dans l’agglomération de Cotonou, l’agriculture s’est développée dans les années 70, impulsée par une ONG néerlandaise. L’urbanisation chaotique, qui a aussi avalé des terres agricoles environnantes, contraint les plus démunis à improviser des jardins sur des parcelles, oubliées par les bâtisseurs. A Accra, au Ghana, et dans sa banlieue, les « sans terre » s’emparent de bouts de terrain abandonnés, sans souci de propriété, sans le cloisonner, le lot des plus pauvres, pour y cultiver quelques légumes, consommés à la maison. La moitié des résidents d’Accra pratiqueraient une agriculture urbaine, aujourd’hui encouragée par le gouvernement qui a compris son importance. Ailleurs, en Afrique subsaharienne, 80% des familles de Libreville, au Gabon, pratiquent une agriculture urbaine. Dans les villes de Tanzanie, 60% des familles disposent d’un potager. A Lusaka, en Zambie, à Maputo, au Mozambique, à Ouagadougou, au Burina- Faso, à Yaounde, au Cameroun,  et à Kampala, en Ouganda, 35 à 45% des familles entretiennent un potager. (5) Dans beaucoup de villes, peuplées d’anciens ruraux, l’agriculture, seul savoir-faire, répond plus facilement à une économie de survie.

Urban garden in Zambia.

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Dans les villes d’Inde, du Bengladesh, du Vietnam, de Corée, de Malaisie, de Thaïlande, ou des Philippines, et dans leurs périphéries, les jardins contribuent à la sécurité alimentaire. La FAO estime que 700 millions de citadins pauvres, le quart de la population urbaine mondiale, pratiquent une petite agriculture de quartier. (6) Depuis une dizaine d’années, l’organisation accompagne nombre de projets, cultures maraîchères irriguées ou mico-potagers bricolés, dans les métropoles d’Afrique ou dans les bidonvilles d’Amérique centrale. Pendant ce temps, Hugo Chavez, qui a engagé le Vénézuela dans le « Special Program for Food Sécurity » veut encore concéder quelques hectares à ses jardins urbains. Avec un objectif , 20% de la production de légumes du pays récoltée en ville.(1)

M.J

(1) Feeding Ourselves: Organic Urban Gardens in Caracas, Venezuela, April M. Howard – Toward Freedom, Venezuelanalysis.com,10-08-2006, V http://venezuelanalysis.com/analysis/1881

(2) Caracas, Venezuela Embraces City Gardening for Improved Nutrition, Jobs Linked, Michael Levenston, City Farmer News, 2008. http://www.cityfarmer.info/2008/01/23/caracas-venezuela-embraces-city-gardening-for-improved-nutrition-jobs/

(3) Horticulture urbaine et péri-urbaine, « Le siècle des villes » FAO, 2010. http://www.fao.org/ag/agp/greenercities/fr/hup/index.html

(4) « Situation et contraintes des systèmes urbains et périurbains de production horticole et animale dans la région de Dakar »,  Ba Diao / Maty – Institut Sénégalais de Recherches Agricoles, 13-09-2005 http://www.agricultures-urbaines.com/rubriqueSiefa.php3?id_rubrique=19

(5) Obosu-Mensah, Kwaku. « Changes in official Attitudes Towards Urban Agriculture in Accra. » African Studies Quarterly 6, no. 3: [online] URL: http://web.africa.ufl.edu/asq/v6/v6i3a2.htm

(6) « Nourrir les villes », FAO http://www.fao.org/kids/fr/cities.html


Publié le 18 juin 2010 par marlene dans Alimentation,faim,FAO,Ville

FAO: un point sur les forêts.

Bonjour,

La déforestation mondiale serait en baisse, sans pour autant s’arrêter. C’est le constat de la FAO qui livre son rapport 2010 sur l’état des forêts dans le monde. (1) Pendant la décennie 2000-2010, le rythme de la déforestation est estimé à 13 millions d’hectares par an, contre 16 millions pendant la décennie précédente. Avec des différences continentales. Les pertes les plus importantes sont enregistrées en Amérique du Sud et en Afrique, quand la superficie forestière stagne en Amérique du Nord et du Centre, et gagne du terrain en Europe et en Asie. Et des différences nationales. Moins de forêts sacrifiées au Brésil et en Indonésie, mais beaucoup plus en Australie, sous la double pression des sécheresses et des incendies. La perte contenue de la superficie mondiale des forêts s’expliquerait aussi par le reboisement et l’expansion naturelle des écosystèmes forestiers. La politique de plantation à grande échelle, orchestrée en Chine depuis la fin des années 70, compenserait les pertes forestières enregistrées en Asie et en Asie du Sud-Est.

Les forêts primaires , systèmes tropicaux denses et variés, épargnés par les activités humaines, représentent plus du tiers du couvert forestier mondial. Pénétrées et exploitées pour certaines essences, elles auraient perdu 40 millions d’hectares depuis 2000. Les forêts plantées, 7% du couvert forestier mondial, gagnent elles 5 millions d’hectares par an. En Asie, en Europe, en Amérique du Nord et du Centre, surtout. Un quart d’entre elles prospèrent grâce à des essences introduites. Environ 12% des forêts mondiales sont protégées, parcs nationaux, réserves d’animaux, ou espaces naturels. Une superficie sous surveillance qui gagne du terrain depuis les années 90.

Fonction économique et de survie. Environ le tiers des forêts de la planète sont destinées à la production  de bois et de produits forestiers non ligneux. L’extraction officielle de bois, stable depuis les années 90, serait gonflée par l’exploitation illégale. La FAO estime qu’environ la moitié du bois extrait est destiné à se chauffer. Environ 10 millions de personnes travaillent à la gestion et à la protection des forêts, quand probablement des millions d’autres, estimation difficile, dépendent de la forêt pour survivre. Fonction écologique. 8% des forêts mondiales sont affectées à la conservation des sols et des eaux. Les arbres permettent aussi de maîtriser les avalanches en montagne. Ils protègent les cordons dunaires, les côtes, et constituent un rempart contre la désertification. Les plantations chinoises, destinées à contenir la désertification, la dégradation des sols, la déperdition d’eaux dans toute la partie Nord du pays, ou à prévenir les crues du Yangtsé, ont fait progresser la surface mondiale des forêts utiles. Fonction socio-économique. 4% des forêts mondiales seraient destinées au tourisme, à l’éducation, et assumeraient une fonction socio-culturelle et spirituelle pour certaines communautés. Le Brésil consacrerait  1/5° de la superficie forestière aux populations qui en dépendent.

En lien la synthèse du rapport de la FAO, version PDF. http://www.fao.org/forestry/static/data/fra2010/KeyFindings-fr.pdf Au fait, à qui appartiennent les forêts ?  A tout le monde, 80% du couvert mondial. Les communautés, les particuliers, et les sociétés privées se partagent le reste.

M.J

Reboisement en Chine et arnaque. Des citoyens, encouragés à investir dans un programme de plantation d’arbres dans le nord de la Mongolie, région aride, ont été floués. Manifestation.

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(1) Evaluation des ressources forestières 2010.


Publié le 17 avril 2010 par marlene dans déforestation,FAO
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Elevage: entre industrie et survie.

Bonjour,

Poussé par les pays en voie de développement, l’élevage planétaire est en plein boom. C’est le constat du rapport 2009 de la FAO, l’organisation des Nations –Unies pour l’alimentation et l’agriculture. L’amélioration du niveau de vie, l’urbanisation, et la croissance démographique ont fait décoller la demande en viande, en œufs, et en produits laitiers. Cette évolution, rapide et anarchique, pèse sur l’environnement. Mais, dans les pays les plus pauvres, posséder une vache évite la faim.

Multiplications.

Côté consommation, la multiplication s’impose. En 25 ans, dans les pays de l’Est et du Sud-Est asiatique, la part de la viande dans le régime alimentaire a pratiquement été multipliée par 4. Elle est passée de 12,8kg, par an et par habitant en 1980, à 48,2kg en 2005. En Chine, pour la même période, elle a plus que quadruplé, sautant de 13,7 kg à 59,5 kg. En 2005, les Chinois consomment aussi dix fois plus d’œufs et de lait qu’en 1980. Au Brésil, depuis les années 80, la part de la viande a doublé,  portant la consommation à plus de 80 kg, par an et par habitant, en 2005. Exception dans ce changement de régime, l’Afrique sub-saharienne,  où les chiffres stagnent et reculent. Globalement, si la consommation de produits dérivés de l’élevage a doublé dans les pays les moins riches en plus de deux décennies, elle n’a guère progressé dans les pays développés, où l’alimentation d’origine animale était déjà très importante. Avec plus de 120 kg de viande par an, et par habitant, les Etats-Unis restent le royaume du steack. L’offre a globalement suivi la géographie et l’envolée de la demande. Entre 1980 et 2007, la production issue de l’élevage a plus que triplé dans les pays émergents. L’Asie de l’Est et du Sud- Est a accompli une transition plus rapide, suivie par l’Amérique latine et les Caraîbes. La Chine a multiplié sa production de viande par 6, le Brésil par 4. En 2007, les pays en voie de développement produisent plus d’œufs et de viande que les pays développés.

Elevage industriel.

Elevage industriel, celui qui approvisionne des villes toujours plus peuplées, notamment dans les pays en voie de développement. L’urbanisation y est de 73%, contre une moyenne mondiale de 42%. Au Brésil, en Chine, en Inde, les revenus ont augmenté, les habitudes alimentaires ont changé. La viande s’est imposée dans les menus des citadins qui, désormais, prennent leurs repas à l’extérieur. Ce changement de régime, décliné à l’échelle des puissances émergentes, pèse sur l’environnement. L’élevage, gros producteur de gaz à effet de serre, 18% des rejets mondiaux, est aussi un gros consommateur. Chaque année, il puise 8% de la réserve mondiale en eau. Il s’étend sur de vastes superficies agricoles, 80% des terres disponibles, dont 1/4 de pâturages et 1/3 de zones destinées à produire des aliments pour le bétail. Dans certains pays, les exploitations intensives repoussent la forêt, et favorisent le surpâturage. L’élevage, qui s’est rapproché des villes pour réduire les coûts des transports, est aussi un vecteur de maladies. La FAO regrette que la filière, boostée par la technologie dans un souci de rentabilité, se soit emballée sans cadre institutionnel, sans contrainte, sur le dos des équilibres sociaux et naturels. D’où l’urgence à contrôler un développement qui intègre les petits producteurs, n’épuise pas les ressources naturelles, et respecte les règles sanitaires. Et s’il faut choisir une viande, la volaille ou le porc, en rapide expansion, à l’alimentation  plus douce pour l’environnement que celle du boeuf.

Elevage domestique.

Elevage domestique, celui qui soulage le quotidien des ménages les plus pauvres. Dans de nombreux pays en voie de développement, de petits exploitants associent l’élevage à une agriculture familiale. La FAO, qui a échantillonné une quinzaine de pays, révèle que 60% des ménages entretiennent des animaux. A Madagascar, la part des familles possédant du bétail grimpe à 77%, 63% au Malawi, 82% au Viet-Nam, et 84% en Equateur. Sans compter les oubliés de la richesse européenne, 84% en Albanie, et 72% en Bugarie. Ce bétail, qui donne des veaux et du lait, est d’abord une source de revenus pour ces petits exploitants. Il est aussi l’assurance d’une alimentation régulière, et de bonne qualité. Il représente encore une force de travail pour cultiver les champs. Et dans ce monde où rien ne se perd, les bouses de vaches constituent un engrais, ou un combustible. L’élevage est aussi une source d’emploi pour les femmes qui élèvent des poules et des chèvres, et tirent revenus des œufs et du lait. En Afrique, la volaille, produit de la maison ou produit du village, est d’ailleurs souvent une affaire de femmes. Mais, à moins d’un sérieux coup de pouce de la part des décideurs, assorti d’un encadrement institutionnel, « La production animale risque de rester  un moyen d’existence et un filet de sécurité essentiels pour les ménages pauvres pendant de nombreuses années encore. »

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Et pastoralisme.

A distance de l’élevage industriel et  à proximité de l’élevage domestique, le pastoralisme. Dans certains pays de la Corne de l’Afrique ou du Sahel, les éleveurs négocient leurs chèvres, leurs moutons, leurs bœufs, ou leurs chameaux à des marchands qui les destinent au Proche Orient, ou aux agglomérations côtières d’Afrique de l’Ouest. Ce commerce est aujourd’hui menacé par des normes sanitaires plus rigoureuses. La multiplication des contrôles frontaliers, l’expansion des terres cultivées et des aires protégées, limitent aussi l’espace pastoral traditionnel. Partout dans le monde, les éleveurs nomades sont une espèce en voie de disparition. Autre ennemi de cet élevage itinérant, le changement climatique qui assèche des terres déjà arides, et prolonge les sécheresses.

M.J

Rapport FAO 2009: « Le point sur l’élevage »


Publié le 31 mars 2010 par marlene dans Agriculture.,FAO,Urbanisation
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Lula place l’Amazonie au coeur de son plan « climat ».

Bonjour,

Luiz Inacio Lula da Silva, engage son pays à diminuer « volontairement » ses émissions de gaz à effet de serre de 39 à 42% d’ici 2020, par rapport à leur niveau de 1990. Objectif chiffré et initiative remarquée, à quelques jours de Copenhague, la Conférence des Nations Unies sur le Climat. Le Brésil, économie émergente, n’est pas soumis aux contraintes du protocole de Kyoto. Le pays de Lula, qui n’a nullement l’intention de ralentir sa machine économique, place la forêt au cœur de son ambition climatique. En 10 ans, le Brésil veut réduire la déforestation de 80% en Amazonie. Il veut la ramener à 40% dans le Cerrado, la savane brésilienne, en contrôlant l’élevage et l’agriculture qui s’installent à sa place. Septième pollueur mondial, entre l’Allemagne et le Japon, le Brésil produit moins de 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. (1) Selon le World Ressources Institute, un think tank environnemental, la déforestation de l’Amazonie participerait  aux 2/3 des rejets du pays. (2)

Un récent recul de la déforestation.

L’Amazonie couvre environ 3,7 millions de m² du territoire brésilien, à peu près la  superficie de l’Europe de l’Ouest. Depuis les années 70, 20% de ce manteau forestier aurait disparu, avalé par l’exploitation illégale, principale cause de déboisement. (3) En 2009, le World Ressource Institute rapporte un recul de la déforestation, une première depuis 20 ans, début des premières observations par satellite. Entre août 2008 et juillet 2009, l’abattage illégal d’arbres aurait chuté de 46%. (2) Le World Watch Institute, autre think tank environnemental, confirme cette tendance.(3) Le site  « Déforestation-amazonie », pourtant intéressé par la question, est plus vague.  Le recul de la déforestation en Amazonie brésilienne, qui crédibilise l’annonce du Président Lula, semble difficile à caractériser. La réponse hésite entre volonté politique et contexte international.

Réguler l’exploitation forestière.

Dès 2008, le gouvernement brésilien s’engage à décourager une pratique illégale de la forêt. Les exploitants sont inquiétés. Ils doivent justifier leur activité en présentant un titre valide, condition pour obtenir des crédits de l’Etat, ou un prêt bancaire. Les forestiers indélicats risquent des amendes. Ils peuvent être exclus du négoce du bois, au Brésil et à l’étranger. (3) Le gouvernement multiplie les actions contre les déboiseurs illégaux. En  juin dernier, le gouvernement entreprend de régulariser des titres de propriété en Amazonie. « Une porte ouverte à la déforestation », répondent les écologistes brésiliens qui pointent une faveur accordée aux grands propriétaires. Greenpeace soutient.  Quelles que soient les positions, cette politique de « régularisation » de l’Amazonie brésilienne, immense territoire difficile à contrôler, est un énorme chantier. Environ 4% des terres d’Amazonie seraient exploitées légalement.(4) Faisant écho aux Autorités, des industriels brésiliens s’engagent pour épargner la forêt. Par exemple, la Brazilian Association of Vegetable Oil Industries refuse d’acheter les haricots de soja, produits sur les terres volées aux arbres après 2006 (3) Cette restriction, qui devait s’arrêter cette année, a été reconduite. Le gouvernement négocierait des accords similaires pour limiter l’empreinte des moulins, des abattoirs, et des aciéries implantés en Amazonie. (3) Pour le World Ressource Institute, la crise financière, qui a réduit la demande en viande et en soja  – le bétail et les cultures industrielles sont deux ennemis de la forêt – pourrait contribuer à expliquer cette pause dans l’exploitation anarchique de l’Amazonie. (1) Autre facteur externe, l’exigence occidentale en bois d’origine certifiée, qui laisse la production illégale sur place. (4)

Soja et déforestation…

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L’histoire des changements climatiques.

Reste que Lula a déjà promis 21 milliards de dollars à ses forêts primitives, d’ici à 2021. Ces crédits, qui restent à trouver, doivent s’ajouter aux 100 millions de dollars déjà alloués par la Norvège au fonds de conservation de l’Amazonie. En attendant, la déforestation continue. D’après les données satellites, elle était estimée autour des 7000 km² pour l’année 2008-2009. Un « léger mieux » par rapport à août 2007- juillet 2008, où près de 8150 km² ont disparu. Mais beaucoup moins bien que 2006-2007, avec un déboisement limité à 4.800 km². (3) En attendant une déforestation contenue autour des 20%, contribution du Brésil pour freiner la crise climatique – même si la transaction encore fait débat -, le Président Lula révise l’histoire des changements climatiques : « Il y a forcément une différence considérable entre les pays riches, qui ont une politique industrielle depuis plus de cent cinquante ans, les pays pauvres, qui commencent tout juste à se développer, et les pays émergents. ».(5) En évoquant la question de la « responsabilité », et donc celle de la « répartition des efforts » pour contenir les excès du climat, le Président Lula offre encore un beau sujet de discussion pour Copenhague.

M.J

(1) World Ressources Institute, 2005.

(2)« Brazil Pledges Ambitious Emissions Reductions”, Taryn Fransen, World Ressources Insitute, 11-18-2009 http://www.wri.org/stories/2009/11/brazil-pledges-ambitious-emissions-reductions

(3) “Deforestation Escalates in Brazilian Amazon”, Ben Block, World Watch Institute, 5-09- 2008 http://www.worldwatch.org/node/5877

(4)”En Amazonie, la forêt reprend ses droits », Chantal Rayes, Libération, 30-11-2009 6 D’après l’ONG Imazon

(5) Brésil « Les pays riches devront payer », CAFE RADIOBRAS.GOV.R, in Courrier International, N°994,19-25 novembre 2009, p42


Publié le 25 novembre 2009 par marlene dans Actualité,Brésil,Climat,Copenhague,déforestation
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