Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’homme qui rêvait de blanchir la montagne.

Bonjour,

L’homme qui rêvait de blanchir la montagne s’appelle Eduardo Gold. Ce Péruvien d’une cinquantaine d’années, qui voit son glacier andin reculer d’année en année, va tenter de le reconstituer en le badigeonnant de blanc. L’idée est simple. Recouvrir les hauteurs du Chalon Sombrero, un sommet perché à  4756 mètres, d’une mixture à base de citron, de blanc d’œufs, et d’eau, pour recréer une surface blanche, et augmenter l’albedo.  Quand le soleil est réfléchi sur une surface blanche, ou claire, son énergie est renvoyée dans l’atmosphère, puis dans l’espace, sans réchauffer la surface de la terre. Ainsi, le sommet de Chalon Sombrero, recouvert de blanc, bénéficierait d’un micro- climat, plus froid, qui lui permettrait de recouvrer une partie de ses glaces. Idée loufoque selon les uns, idée géniale selon les autres, mais pourquoi ne pas essayer ?  La Banque Mondiale qui mène l’opération «  Cent idées pour sauver la planète », a retenu, parmi d’autres, le projet de ce glaciologue autodidacte. Et lui a attribué une enveloppe de 200.000 dollars pour éclairer son sommet. (1)

Le Pérou, qui concentre 70% des glaciers de l’espace tropical, est l’un des pays les plus exposés au changement climatique. Un rapport sur ses effets, publié en 2007 par Les Amis de la Terre, documenté par le GIEC (2007), rapporte un recul des glaciers plus alarmant au Pérou que dans les autres pays andins.(2) Au cours des 35 dernières années, ils auraient perdu environ le quart de leur surface. Or ces glaces, qui sont des réservoirs d’eau potable pour les communautés andines et les importantes populations côtières, qui permettent de produire de l’hydro-électricité, et qui irriguent l’agriculture, sont vitales pour le pays.(2) Les habitants de Lipaca, le village que surplombe le Chalon Sombrero, qui dépendent des eaux de son glacier, remarquent son retrait progressif depuis une bonne quinzaine d’années. Et quand moins d’eau signifie moins de pâturages, ils s’inquiètent pour leurs troupeaux, principale activité de la bourgade andine. Pour contrer les effets d’un changement de climat, également observé par des variations de température, quelques villageois, armés de gobelets remplis de cette mixture naturelle utilisée par les Anciens, blanchissent les rochers qui entourent les sommets du Chalon Sombrero pour redonner vigueur à son glacier.

Le problème, c’est qu’il a fallu deux semaines pour couvrir deux hectares. Et qu’il en faudra encore beaucoup pour badigeonner les 70 hectares environnants, à moins d’y employer tout le village. C’est peut-être ici, confinée sur ce petit bout de territoire andin qui lui a donné naissance, que l’idée révèle ses limites. Thomas Condom, glaciologue français impliqué depuis une quinzaine d’année dans l’évolution de ces glaciers tropicaux, interrogé par BBC News, contextualise l’idée d’Eduardo Gold : « L’impact sera nécessairement local, il ne renversera pas ou ne stoppera pas un phénomène observé à l’échelle d’une région entière. Il serait très difficile de reproduire l’expérience à grande échelle dans les Andes. » (1)

L’histoire, en vidéo

M.J

(1) Can painting a mountain restore a glacier?, By Dan Collyns
BBC News, Ayacucho, 17-06-2010.

http://news.bbc.co.uk/2/hi/world/latin_america/10333304.stm

(2) « Climate Testimonies », Les Amis de la Terre International, Novembre 2007, Pérou, p 24 à 27. http://www.foei.org/fr/publications/pdfs/climate-testimonies/


Publié le 1 juillet 2010 par marlene dans Afrique,Climat,Comprendre,Développement durable,eau,Non classé,Préjudice écologique,Urbanisation
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Le REDD, une promesse pour le climat et les forêts?

Bonjour,

La Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) est réunie à Bonn jusqu’au 11 juin. Après l’échec de Copenhague, il s’agit de préparer une nouvelle conférence à Cancun, prévue en décembre prochain. Il est aussi question d’examiner les perspectives du mécanisme REDD, pour Réduction des émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts. Les forêts primitives seraient l’une des solutions pour alléger les émissions mondiales de CO², responsables de la crise climatique.

20% des émissions mondiales.

Le REDD doit permettre aux pays pauvres d’échanger la bonne tenue de leurs forêts, et le gain de CO² qui va avec, contre une aide financière. L’’échange a été proposé  par la Papouasie-Nouvelle Guinée en 2005, lors d’une conférence des Nations Unies sur le Climat. L’’idée a fait son chemin, la déforestation représente environ 20% des émissions mondiales de CO², bien plus que les transports. Ce mécanisme, qui devrait drainer des milliards de dollars des pays riches vers les pays pauvres, devrait être opérationnel en 2013. L’idée suppose que les pays bénéficiaires produisent la preuve – historique, statistiques, images satellites, mesures des arbres, retenues CO²… – que leurs forêts ne reculent plus. Des données, en principe,  vérifiées. Ce mécanisme, qui valorise une forêt préservée, cherche encore une récompense appropriée. Première idée, créer un fonds multilatéral bénévole alimenté par les pays riches, sur le modèle des aides au développement. Seconde idée, émettre des crédits REED, valorisés par les tonnes de CO² épargnées par le maintien de la forêt. Puis, les intégrer progressivement au marché international du carbone. Les pays  ayant dépassé leur quota d’émissions C0² pourraient acheter ces crédits pour compenser leurs excès. Déjà deux petits problèmes. L’émission de crédits REDD  pourrait dévaluer le prix du carbone sur le marché international, une bourse qui se cherche encore. Les pays industriels, qui polluent plus qu’autorisé, pourraient également se racheter en finançant un projet forestier dans un pays en voie de développement, commerce discutable. Dans le mécanisme de financement qui se met en place, qui mêle fonds bénévole et connexion au marché du carbone, on parle d’une clause interdisant d’échanger une pollution d’origine industrielle contre quelques hectares de forêt primaire préservée. En attendant un financement adapté, d’autres problèmes se profilent. (1) (2) (3)

Un terrain difficile à baliser.

Comment mesurer le carbone dans une forêt ? Certains s’y emploient , mais la démarche est complexe. Il n’existe pas de catalogue « carbone » des forêts du monde. Pas plus qu’il existe de mesures appropriées à la diversité des forêts. D’ailleurs, la plupart des pays concernés n’ont pas les moyens d’évaluer le potentiel de leurs écosystèmes forestiers. Comment intégrer au REDD les millions de personnes qui dépendent, directement ou indirectement, des forêts, populations souvent marginalisées?  Il est probable que ces gens voient débarquer des officiels ou des directeurs de société, désireux de gérer des territoires forestiers, désormais monnayables. De là à penser que les arbres pourraient prendre plus de valeur que les gens qui les peuplent… Même en invitant les communautés à la préservation de leur environnement, il n’est pas sûr qu’elles en tirent bénéfice si elles ne sont pas propriétaires des arbres. La « récompense – carbone », difficile à mesurer, difficile à attribuer en raison de la complexité des situations sur la propriété des arbres, est une inconnue de taille. Autre problème, la corruption qui caractérise certains pays, quand la classe dirigeante tire profit des forêts . Une hypothèse qui priverait les communautés, et les pays, des avantages financiers du REDD. Sans parler des dirigeants qui présenteraient un tableau, plus désastreux que vrai, de leurs forêts. Mais imaginons un scénario plus optimiste, celui de communautés pauvres dédommagées pour préserver les forêts dont elles dépendent. Un nouveau « contrat » de développement qui permettrait aussi de mieux contrôler l’érosion due à la déforestation, la qualité de l’eau, et la biodiversité.

M.J

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(1) “Will the UN’s forest protection dream turn into a nightmare?” – John Vidal explains Redd – Fred Pearce, guardian, 27-05-2007

http://www.guardian.co.uk/environment/2010/may/27/un-forest-protection-redd

(2) UN-REDD Programme / Site UNEP / http://www.un-redd.org/Home/tabid/565/language/en-US/Default.aspx

(3) REDD : Position de FNE sur les aspects méthodologiques, Fédération des Associations de Protection de la Nature et de l’Environnement, octobre 2009. http://www.fne.asso.fr/fr/themes/question.html?View=entry&EntryID=228


Publié le 4 juin 2010 par marlene dans Actualité,Climat,Comprendre,déforestation,Non classé
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L’Australie malmène son environnement.

Bonjour,

Loin de son image  « écolo », l’Australie figure parmi les dix plus gros consommateurs d’environnement. C’est le résultat d’une étude internationale qui a estimé la désertification, les émissions de carbone, et la perte de la biodiversité dans plus de 150 pays. (1) Un premier classement, qui évalue les dégradations environnementales à grande échelle, place l’Australie en 9° position. Selon le Professeur Corey Bradshaw de l’Université d’Adelaide – qui a collaboré à cette enquête -, le continent australien est malmené depuis l’arrivée des colons. Il ne reste plus que la moitié des forêts originelles, et celles qui tiennent encore debout sont clairsemées. Mais l’Australie se place loin derrière le Brésil, placé en tête de ce palmarès du gâchis environnemental à grande échelle. En passant, en 1990, l’Australie consommait encore pas mal de terres vierges, l’équivalent de plus de la moitié de la superficie arrachée à la forêt en Amazonie brésilienne. (2) Dans cette étude, l’Australie se fait encore tirer l’oreille pour sa consommation d’eau, l’une des plus importante de la planète alors que les robinets sont à sec. Elle figure parmi les gros producteurs de carbone par habitant. Et elle obtient un classement record pour l’extinction des mammifères, résultat de l’introduction d’espèces étrangères au continent australien, ou  conséquence de la destruction de leur habitat. Dans un autre classement, qui met en parallèle le potentiel des ressources naturelles et le taux de dégradation de ces ressources, l’Australie regagne des points. L’île-continent est à la  120° position. C’est Singapour, la cité-Etat ultra-urbanisée, aux parcs et jardins entièrement reconstitués, pas un brin d’herbe d’origine, qui remporte la première place.

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Idée-force de l’étude, plus un état est riche, et plus il abuse de l’environnement. Or, c’est l’idée inverse – plus un pays est riche et plus il respecte son environnement – qui est généralement admise. Le Professeur Bradshaw fait référence à la courbe de Kuznets :”Cela part de l’hypothèse que lorsqu’un pays pauvre commence à se développer, il augmente son empreinte environnementale. »(1) Et parvenu à un certain niveau de richesse par habitant, il accède à des technologies propres. Sa population mieux éduquée, développe une conscience environnementale. Et c’est donc quand le niveau de vie commence à augmenter que l’impact environnemental commence à diminuer. « Tout faux », nous dit l’étude, les pays riches sont plus agressifs pour leur environnement que les pays pauvres. Même si le Professeur Bradshaw remarque que cette relation n’est pas si simple, question d’indicateurs, question d’échelle. Cette étude a encore permis de formuler un modèle pour alléger les habitudes de consommation. Les Australiens ont beaucoup à apprendre. « C’est certainement ce qui explique la mauvaise position de l’Australie car nous avons un niveau très élevé de consommation. Nous sommes un pays très riche, et nous avons tendance à l’excès. »,commente le professeur. En attendant, le gouvernement australien s’engage à changer toutes les ampoules électriques du pays, inefficaces et énergivores, au profit d’ampoules fluorescentes compactes.

M.J


Publié le 11 mai 2010 par marlene dans Actualité,Australie,Climat,Comprendre,Désertification.,Développement durable,Developpement,eau,Non classé
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« Tara » met les voiles pour comprendre les océans.

Bonjour,

Tara change de bannière et entame une circumnavigation autour du globe. Après une dérive dans la banquise arctique, 2006-2008, la goélette laboratoire, devenue Tara Océans, part samedi de Lorient pour un voyage de trois ans. Habitée d’océanographes, de biologistes, ou de climatologues, Tara devrait parcourir 150.000 kilomètres pour interroger les profondeurs de l’Atlantique, de l’Océan indien, ou du Pacifique. La mission doit étudier les planctons et d’autres micro-organismes pour comprendre leur évolution dans un contexte de réchauffement climatique, et de pollution des océans. L’équipe doit constituer un catalogue de cette vie  silencieuse, et encore mystérieuse. Elle doit encore esquisser une cartographie générale des écosystèmes marins. Cette mission scientifique, qui s’intéressera aux virus, aux bactéries, aux larves de poissons, aux méduses, aux algues, ou aux coraux, a également mission pédagogique. Il s’agit d’informer sur le rôle crucial des océans, acteurs du climat, et victimes de son évolution. « Les océans produisent la moitié de l’oxygène que nous respirons…Si les forêts sont un poumon de notre planète, les océans constituent le second. », justifient ces nouveaux explorateurs. Bon voyage…

M.J


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Publié le 4 septembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Comprendre,Ecosystèmes.
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Développement durable: le faux- ami de la décroissance. (3)

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La décroissance, pour changer de credo…Source: Morguefile/z.m.carter@mail.com

Bonjour,

Troisième éclairage sur le développement durable, ou plutôt un contre -éclairage, avec le mouvement de la « décroissance ». Le développement durable , qui articule « social » et « écologie », ne remet pas en cause le diktat du développement, contenu dans sa formulation. Or, ce développement, porté par la dynamique « production- consommation – accumulation », impose un projet en contradiction avec le respect de la planète. La « décroissance », vise à briser l’idéologie de la croissance, pour forger une humanité plus sereine, en harmonie avec son environnement.

« Défaire le développement, refaire le monde ».

Le nom de Nicholas Georgescu -Roegen (1906 -1994), économiste roumain, professeur émerite à l’Université de Vanderbilt (Tenessee), reste associé au concept de « décroissance ». Il en est l’un des principaux théoriciens. Cet universitaire a démontré qu’une croissance nulle ne suffirait pas à juguler l’épuisement de la planète. Pour cela, il faudrait amorcer une « décroissance économique ». François Partant, Jacques Ellul, ou Ivan Illitch ont également travaillé sur cette idée. C’est lors du colloque organisé par l’association « Ligne d’horizon – Les amis de François Partant », organisé à l’UNESCO en 2002, que le concept de « décroissance » s’impose dans les débats. Ce colloque, « Défaire le développement, refaire le monde », mobilise 700 personnes pendant trois jours. Il s’agit de rompre avec le productivisme, et d’explorer d’autres possibles pour préserver la planète. La crise écologique relance l’idée de décroissance, inspirée par le rapport du Club de Rome (1972) et son « Zero croissance ». Mais la décroissance, qui prône une croissance négative, va plus loin.

« Développement durable: un oxymore »

Pendant ce temps, Serge Latouche - économiste français engagé contre l’idéologie de la croissance – interroge le concept de développement durable: »La définition du rapport Brundtland ne prend en compte que la durabilité, et non pas le développement. Mais en réalité, il s’agit essentiellement de préserver le développement; or si l’on prend en compte l’idée de durabilité, on suit un principe jonasien classique à présent. Mais la signification de cette notion de développement est fondamentalement contraire au principe de la durabilité! »(1)
Pour Serge Latouche, le développement durable est un oxymore – deux mots désignant des réalités contradictoires, associés par la syntaxe-. Le développement durable, défini à Rio, est un simple « bricolage conceptuel », qui change les mots sans renier le fond. « Il est suspect, car il satisfait tout le monde »(1) En plus, Rio ne livre pas le « mode d’emploi » du développement durable. Chacun y va de sa formule, préférant tantôt le « social » à « l’environnement », ou « l’économie » au « social », un bricolage qui rate son but.

Briser le dogme de la croissance.

Le développement durable reste donc accroché à l’idéologie du « développement ». Le volet social et la composante écologique, contenues dans sa définition, tendent vers un « mieux développer », sans remettre en cause la dynamique « production – consommation- accumulation », associée à la croissance. Il s’agit donc de briser le dogme de la croissance: « Pour concevoir la société de décroissance sereine et y accéder, il faut littéralement sortir de l’économie. Cela signifie remettre en cause sa domination sur le reste de la vie, en théorie et en pratique, mais surtout dans nos têtes… »(3) Il s’agit de « décoloniser » l’imaginaire collectif, pour inventer une humanité plus sereine, en accord avec son environnement.

PourLatouche, cette alternative au développement n’est pas un retour en arrière, mais une autre façon d’envisager la relation au monde, et les rapports humains. Il ne s’agit pas non plus de renoncer au bien être, mais d’adapter la consommation aux besoins. Il s’agit surtout de repenser la société humaine « conviviale, acceptable, une société satisfaisante et non pas une société du toujours plus ». (3) Dans une autre intervention, il ajoute : » Il faut redonner du sens à la vie locale. Si on veut que les gens ne partent pas aux Seychelles, il faut qu’ils pensent que la vie a un sens chez eux. Il est très important de redonner du sens à l’endroit où l’on vit, de relocaliser l’économie, la politique, la culture. »(4)

8 « r » pour composer une alternative au développement.

Serge Latouche résume cette alternative au développement par 8 « R ».
Réévaluer: changer les valeurs de nos sociétés, décoloniser notre imaginaire. Reconceptualiser: sortir du capitalisme, redonner la priorité du social, de l’humain sur l’économie. Restructurer: restructurer la société sur d’autres valeurs que le seul profit, sur une autre approche du temps de vie. Redistribuer: les droits de tirage sur la biosphère, retrouver l’empreinte écologique normale (…), retrouver le pot de yaourt de notre enfance avec les fraises du jardin… Relocaliser: remettre les produits à leur véritable coût incluant l’écologie, (…), redécouvrirles vertus des produits locaux, relocaliser l’emploi, lutter contre le chômage (…), sortir d’un monde géographique virtuel, Réduire notre empreinte écologique: changer sa manière de consommer, adapter les habitations, réduire le temps de travail, travailler moins pour travailler tous… Restaurer l’activité paysanne: sortir de la culture intensive, promouvoir la qualité des produits. Recycler: rendre effectif le recyclage sur toute la France, revaloriser les produits non jetables, favoriser la réparation qui crée des petits métiers de proximité…(3)

Concrètement…

Si la croissance est un dogme, une idéologie dont il faut s’émanciper, voire une religion dont il faut se détourner- Latouche parle aussi « d’a – croissance », par référence à l’athéisme qui nie l’existence de Dieu -, comment s’y prendre. Comment passer de l’utopie au projet politique? Lors d’un entretien entre Serge Latouche et Hubert Vedrine (4), le politique avance: « Pour adapter les sociétés à ces défis, soit on a recours à des procédures autoritaires ( notamment en matière d’énergie), soit on cherche l’adhésion des gens. » Latouche invite à une « conversion » à cette nouvelle religion, mélange d’idéal et de nécessité.

Je vous invite à lire les articles (ci dessous) pour aller plus loin avec la « décroissance », ou « l’ a – croissance », fondement d’une société épanouie, et respectueuse de l’environnement. L’entretien avec Hubert Vedrine pose notamment la question de la conversion de la société à ce nouvel ordre, moral. Et là, sur le papier, les réponses apportées esquissent un monde qui n’est pas complètement inaccessible. Si la décroissance reste une utopie, c’est qu’une élite, intéressée à son contraire, le veut bien.

M.J.

(1) « L’imposture du développement durable », Serge Latouche, Séminaire interdisciplinaire, 30 mai 2003.(Format PDF – Entrer les mots -clé.)

(2) Serge Latouche, « Pour une société de décroissance », Le Monde Diplomatique, novembre 2003

(3)« La décroissance, une Utopie? La croissance, un concept pervers? », Serge Latouche, Conférence -Débat, les Amis du Monde Diplomatique, 30 mai 2006.

(4) Entretien Hubert Vedrine – Serge Latouche,Propos recueillis par Hervé Kempf, Le Monde, 26 mai 2005, « Développement durable ».


Publié le 13 mars 2007 par marlene dans Comprendre,Développement durable

Developpement durable: itinéraire d’un concept. (2)

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Développement durable: le temps des illusions..Photo: Carf, janv. 2006

Bonjour,

Consacré à Rio, le développement durable, qui ne s’appelle pas encore comme ça, s’élabore dans les années 70. Cette maturation porte déjà les termes d’une contradiction, qui oppose « développement » et « écologie ». Et suggère déjà l’antinomie entre « développement » et « durable ».

Une idée qui se formule.

Dans les années 70, quelques économistes de renom commencent à associer le respect de la nature à la production de richesses. De fait à l’époque, deux courants s’opposent. Pour le premier courant, les préoccupations environnementales ne sont qu’un prétexte imaginé par les pays riches, pour freiner le développement des économies émergentes. L’autre courant invite à stopper la croissance, responsable de la pollution et de l’exploitation des ressources. Cette seconde vision, qui prévoit à terme la fin de l’humanité, est déjà catastrophique. En 1971, un colloque de chercheurs, réunis à Founex en Suisse, invente une voie médiane. « Oui » au développement, promoteur d’un ordre social, mais « attention » à l’environnement, et à ses ressources. Cette alternative, qui jette les bases du développement durable, porte le nom « d’écodéveloppement ».

En 1972, l’Organisation des Nations Unies sur l’Environnement, se réunit à Stockholm. Scientifiques, ONG, et décideurs, s’inquiètent de la relation entre le développement industriel, et la dégradation des milieux naturels. L’appel de Stockholm invite donc à la protection de la nature. Mais cette préservation des espaces naturels s’apparente plus à une sacralisation de la nature, qu’à un véritable engagement écologique. Mais déjà, le développement industriel est reconnu néfaste pour l’environnement. Une opposition, opposée à une expansion économique aveugle, commence à se former.

La même année, le Club de Rome – un groupe d’intellectuels soucieux de l’avenir de l’humanité – commande un rapport sur les limites de la croissance au Massachussets Institute of Technology. Le texte, intitulé « Les limites de la croissance », souligne les dangers écologiques de l’expansion économique et démographique. Si l’on ne jugule pas la croissance, si l’on ne stabilise pas l’activité économique et l’envolée démographique, le système mondial risque de s’effondrer. Ce message, également formulé par « Zéro croissance », fait beaucoup de bruit à l’époque.

Deux ans plus tard, des experts internationaux, invités par les Nations Unies (le PNUE pour l’environnement et le CNUCED pour le commerce et le développement) se réunissent à Cocoyoc, au Mexique. L’écart entre pays pauvres et pays riches est vivement dénoncé. Louis Echeverria, le Président mexicain, livre un rapport très engagé, qui fait écho à ce constat. Henri Kissinger, le chef de la diplomatie américaine n’apprécie pas ce texte, aux accents très « tiers-mondiste. » L’écodéveloppement est rangé dans les cartons.

Pendant ce temps, les grands groupes industriels sont vivement invités à respecter l’environnement. Des lois les obligent à diminuer leur pollution de l’air et de l’eau. Ils adoptent des normes environnementales plus contraignantes. Mais il n’y a pas encore de véritable vision environnementale, les problèmes sont résolus au cas par cas. Et c’est le consommateur qui paie sur les produits, le surcoût induit par ces exigences environnementales. (1)
Le rapport Brundtland.

Et c’est finalement le rapport Brundtland qui pose les fondements du développement durable. Commandé en 1984 par le Secrétaire Général des Nations Unies de l’époque, Javier Perez de Cuellar, il est achevé en 1987. Gro Harlem Brundtland, Ministre de l’Environnement norvégien, qui dirige les travaux de cette commission, donne son nom au document. Le rapport Brundtland introduit une croissance qui aura pour perspective, le respect des générations à venir.

« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion: le concept de « besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. »(2)

Le rapport Brundtland identifie deux risques majeurs: le changement climatique provoqué par l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, et la détérioration de la couche d’ozone, due à l’émission des gaz de synthèse. Ces deux risques, liés à un développement anarchique, éloigné des questions environnementales, compromettent l’avenir de l’humanité. Le message est entendu. Quelques mois plus tôt, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl a révélé les dangers liés aux activités humaines.

Johannesburg.

Vingt ans après Stockholm, dix ans après Rio, les Etats tiennent conférence en Afrique du Sud, à Johannesburg. Johannesburg est l’occasion d’examiner les progrès du développement durable. Les grandes idées s’effondrent devant les constats. Nous sommes en 2002.

Malgré les mises en garde répétées, les modes de production et de consommation continuent de se développer sur le dos de l’environnement. Plus grave, ils se déplacent vers les grands pays émergents. L’Inde et la Chine se développent à toute vitesse en détruisant leur territoire. Le Protocole de Kyoto, destiné à impliquer la communauté internationale dans la réduction des gaz à effet de serre depuis 1997, n’est toujours pas en vigueur, faute de signatures suffisantes. Cinq ans après Johannesburg , le protocole est en vigueur (depuis 2004), mais sans l’adhésion des Etats – Unis, principal pollueur de la planète. La Chine et l’Inde, pays émergents, n’y sont pas soumises. La pollution atmosphérique en dissimule bien d’autres, pollution de l’eau, des mers et des océans, augmentation des déchets…Le patrimoine environnemental destiné aux générations futures – grand leitmotiv du développement durable – est déjà bien altéré.
Le fossé entre pays riches et pays pauvres s’est creusé. Les Etats nantis continuent de s’enrichir sur le dos des pays démunis, pillant leurs ressources minières, agricoles, et forestières. La pauvreté, l’exclusion, et la violence se généralisent dans les pays du Sud. Et cette humanité paupérisée, qui se développe dans toutes les grandes métropoles de la planète, montre que les inégalités ne sont plus réservées aux seuls pays démunis.

Vu de Johannesburg, le développement durable a raté son départ. Manque de vision concernant l’avenir de la planète? Intérêts liés à un système de production et de consommation difficile à réformer ? Besoin de maintenir le bon vieil ordre mondial en maintenant les pays du Sud dans une position de dépendance ? Les grandes institutions mondiales n’ont pas réagi aux défis formulés à Rio. Les dirigeants politiques et économiques s’arrangent finalement de cette inertie qui ne remet pas en cause le modèle occidental. On attendait peut – être les ONG. Mais face aux défis, elle ne font pas le poids. Pour mesurer l’ampleur de l’échec, il suffit d’ailleurs de lire la presse, et de regarder les journaux télévisés. L’humanité continue de se paupériser. L’environnement, pourtant devenu priorité, est en train de révéler certaines limites. Et le réchauffement climatique plante un décor inquiétant.

Du doute écologique à la décroissance.

En 1972, la Conférence de Stockholm introduit le doute écologique dans une économie qui triomphe. « Les limites de la croissance », le fameux rapport publié par le Club de Rome la même année, étoffe ce doute. La planète ne pourra pas supporter les conséquences d’une croissance économique et démographique incontrôlée. On parle de « Zero croissance ». En 1992, la Conférence de Rio, qui confirme une sur – exploitation des ressources épuisables, tente une solution par la voie du « développement durable ». Pendant ce temps, la croissance, stimulée par la mondialisation, travaille à séparer un peu plus les riches et les pauvres, et à multiplier les atteintes à l’environnement. Et le développement durable, qui conjugue pourtant « social » et « environnement », n’y peut pas grand chose, faute d’un mode d’emploi efficace. La formule magique du développement durable ne tient pas ses promesses. La Conférence de Johannesburg esquisse un avenir sombre pour la planète. Pendant ce temps, une autre idée s’est formulée. Elle s’appelle la « décroissance ». L ‘inertie du développement durable semble redonner de la vigueur à cette théorie.

On en reparle dans le prochain blog…

M.J.

(1) Le développement durable – « Produire pour tous, protéger la planète », Loïc Chauveau, Petite Encycloédie Larousse, Juin 2006.
(2) Rapport Brundtland – Wikipedia.


Publié le 13 mars 2007 par marlene dans Comprendre,Développement durable

Développement durable: entre environnement et social. (1)

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La tentation d’un développement durablePhoto: Lollie – Pop, nov. 2005.

Bonjour,

En juin1992, le Sommet de la Terre organisé à Rio de Janeiro par les Nations Unies, formule les grands principes du développement durable. L’homme est au coeur d’un projet planétaire, qui articule « environnement » et « social ». Je vous propose trois examens. Le premier esquisse les grandes lignes du développement durable. Le second en retrace l’histoire. Le troisième envisage l’envers du décor. Mais retour sur un principe, conçu pour freiner un développement fondé sur l’exploitation des ressources non renouvelables, et adoucir les inégalités sociales.

Un contexte d’urgence.
L’humanité, soit environ 6 milliards d’individus, sur – exploite les ressources et les milieux. Elle épuise son habitat, la planète. Dans le même temps, à l’échelle mondiale comme à celle des sociétés, l’écart se creuse entre riches et pauvres. C’est dans ce contexte que le développement durable, concept – remède, se formule. Le Développement durable vise à remettre de l’ordre dans ces dérégulations planétaires, afin de laisser un monde viable aux générations futures. Le développement durable, equissé dans les années 70, est formulé au Sommet de la Terre de Rio dans un contexte d’urgence. Les inégalités sont criantes. La logique d’exploitation épuise les écosystèmes, nécessaires à la survie d’une humanité qui représentera neuf milliards d’individus, en 2050.

L’Agenda 21.

L’agenda 21, texte avalisé par l’ensemble des Etats présents à Rio en 1992, édicte les fondements du développement durable. Agenda 21, ou Action 21, le chiffre 21 fait référence au XXI° siècle qui commence.

Le document recommande un nouveau type de développement. Il s’empare de la lutte contre les inégalités, qu’elles soient Nord – Sud, internes à un pays, à une région. Il s’appuie sur la préservation de l’environnement, et sur une exploitation raisonnable des ressources naturelles, afin de léguer cet héritage aux générations futures. Cette vision à long terme est l’une des caractéristiques de la formule « durable ».
Le texte prône une relation entre les équilibres sociaux, le maintien des écosystèmes, et l’efficacité économique. Il définit un développement économique généralisé, respectueux des hommes, et de l’environnement. Il y a articulation entre environnement et social, autre grande caractéristique de la vision « durable ».

Le texte invite encore à un partenariat mondial. Sous entendu, la mise en oeuvre du développement durable ne peut être que collective. S’il vise sur le long terme, « les générations futures », il entend répondre rapidement aux situations urgentes. Le texte invite encore à un gros effort financier, afin de servir les objectifs du développement durable. Et il adopte le principe d’une discrimination positive, à l’égard des pays émergents.

L’agenda 21 est plan global – une sorte de « mode d’emploi » – destiné aux gouvernements, aux institutions, aux acteurs économiques et sociaux. La Conférence de Rio inaugure le principe du développement durable. Il sera mis en oeuvre au cours du XXI° siècle. Ce texte est adopté en même temps que la Déclaration de Rio, les conventions sur le climat et la biodiversité, et les intentions concernant la préservation des forêts, ou la lutte contre la désertification.

La Déclaration de Rio énonce les grands principes du développement durable.

Quelques grands principes du développement durable.

Le premier grand principe énoncé place l’homme au coeur de ce nouveau type de projet: « Les être humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive, en harmonie avec la nature. »

Le second principe formule la gestion raisonnable des ressources: « Conformément à la Charte des Nations Unies et aux principes du droit international, les Etats ont le droit souverain d’exploiter leurs propres ressources selon leur politique d’environnement et de développement, et ils ont le droit de faire en sorte que les activités exercées dans les limites de leur juridiction ou sous leur contrôle ne causent pas de dommages à l’environnement dans d’autres Etats ou dans des zones ne relevant d’aucune juriction nationale. »

Le troisième principe rapelle l’importance d’une gestion raisonnée des ressources, dans la perspective d’un héritage à léguer aux générations futures: « Le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présentes et futures. »

Le développement durable articule « développement et « environnement », quatrième principe: « Pour parvenir à un développement durable, la protection de l’environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolément. »

Cinquième principe, la lutte contre la pauvreté et la réduction des écarts de niveaux de vie, à l’échelle planétaire: « Tous les Etats et tous les peuples doivent coopérer à la tâche essentielle de l’élimination de la pauvreté, qui consitue une condition indispensable au développement durable, afin de réduire les différences de niveaux de vie et de mieux répondre aux besoins de la majorité des peuples du monde. »

Parmi les autres principes, la participation des femmes. Force de travail, en quête d’émancipation, et surtout éducatrices, les femmes sont l’une des clés du développement dans les pays émergents. Les Etats doivent encore réduire, et éliminer les modes de production et consommation « non viables », et promouvoir des politiques démographiques adaptées. On arrête sur ce dernier principe, qui sera examiné dans l’autre blog. Au total, la déclaration de Rio comprend 27 principes….

Les autres grands textes.

La Convention sur les changements climatiques.

Ce texte avalise les conclusions du GIEC (Goupe intergouvernemental d’experts sur le climat) qui travaille sur le réchauffement climatique depuis 1990. La combustion d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz ) est reconnue « responsable » du réchauffement de la planète. Ce constat a été, depuis, réaffirmé au fil des preuves scientifiques. Nous sommes en 1992, et les Etats qui ratifient la Convention s’engagent à revenir aux « niveaux d’émission antérieurs » avant l’année 2000. Il s’engagent à publier des rapports périodiques. Ce texte annonce le Protocole de Kyoto, adopté en 1997, et mis en application en 2004.

La Convention sur la diversité biologique.

Cette convention invite la communauté internationale à stopper la destruction des espèces biologiques, de leurs habitats, et celle des écosystèmes. Les pays signataires s’engagent à préserver la diversité biologique, et à contôler les entreprises biotechnologiques. L’exploitation génétique des ressources d’un pays en voie de développement devra être indemnisé. Cette Convention sert à formuler le Protocole de Cartagena, qui concerne les droits de propriété du vivant.

La préservation des forêts.

Concernant la gestion raisonnable des forêts, Rio a suscité beaucoup d’espoirs. Une convention, juridiquement contraignante, pour exploiter sans mutiler les forêts aurait dû être signée. Des désaccords entre les pays du Sud et ceux du Nord ont contrarié l’écriture de ce texte. Rio a cependant abouti à une série de principes, invitant à une gestion écologique de tous les types de forêts. Les pays riches s’engagent notamment à reboiser, et à conserver leurs forêts. En clair, les Etats peuvent exploiter leurs ressources forestières, raisonnablement. (La préservation des forêts de la planète).

L’idée du développement durable se formule bien avant la Conférence de Rio. Nous sommes dans les années 70. La question d’une compatibilité entre « développement » et « environnement » bouscule un ordre économique triomphant, peu soucieux d’écologie. Second écairage, itinéraire d’une notion. Rendez – vous dans le prochain blog.

M.J.

D’après:

- Atlas mondial du développement durable, Anne Marie Saquet, Editions Autrement, Février 2006

- Le développement durable, « Produire pour tous, protéger la planète », Loïc Chauveau, Petite encyclopédie Larousse, Juin 2006.


Publié le 13 mars 2007 par marlene dans Comprendre,Développement durable

Des pôles qui racontent la terre.

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Hello,

Année polaire internationale (API), c’est parti. Pendant une année, qui va durer deux ans, une armée de scientifiques va interroger l’Arctique et l’Antarctique. Ces régions polaires, qui jouent un rôle – clé dans le système planétaire, devraient notamment éclairer l’évolution du climat.

API, 4° édition.

Lancée le 1er mars dernier à l’initiative de l’ONU, la quatrième Année polaire internationale (API) devrait s’achever deux ans plus tard. Une très longue année pendant laquelle des milliers de scientifiques vont étudier le Pôle Nord et le pôle Sud, afin de mieux connaître notre planète. En effet, les régions polaires jouent un rôle capital dans le système planétaire. Les évolutions y sont plus marquées qu’ailleurs, plus rapides aussi. Les pôles permettent de retracer l’historique de la terre, et renseignent sur l’évolution actuelle. Les changements enregistrés au niveau des glaciers, de la calotte glaciaire, ou du manteau neigeux, devraient notamment éclairer sur les changements climatiques. Le climat est d’ailleurs l’une des priorités de ce vaste programme, coordonné par l’International Council for Science (ICSU) et le World Meteorogical Organization (WMO). Au total, une soixantaine de pays sont impliqués dans plus de deux cents projets, menés depuis des bases scientifiques, ou planifiés lors d’expéditions. Cette recherche, centrée sur le climat, doit encore faire avancer les connaissances sur la géophysique, l’océanographie, l’écologie, ou la médecine. D’autres projets concernant les populations arctiques, ou sur la vie en communauté dans les bases polaires, invitent les sciences humaines au programme. Au terme de ces deux années de recherche, les résultats, mis en commun, dresseront un « état des lieux » des zones polaires au XXI° siècle qui commence. (D’après S. Huet, Libération, 1er mars 2007)
Une coopération internationale.

En 1882 – 1883, Charles Weyprecht, officier de la marine austro- hongroise, lance la première année polaire internationale. Douze pays s’allient pour lancer 13 expéditions en Arctique, plus facile à explorer, et deux en Antarctique. Il s’agit de mieux conaître les phénomènes géophysiques qui caractérisent les pôles. Les Etats ont compris que la connaissance de ces terres hostiles ne peut être qu’une entreprise internationale. Charles Weyprecht meurt avant la fin de l’expédition.

En 1932 – 1933 , l’Organisation mondiale de la météorologie renouvelle l’expérience. Il s’agit cette fois d’étudier l’impact planétaire du « Jet Sream » ( flux d’air rapide et confiné, circulant à 6-15 kilomètres de la surface de la terre) qui vient d’être découvert. La météorologie, le magnétisme, les sciences atmosphériques et ionosphériques (relatives à la couche supérieure ionisée de l’atmosphère) font un grand pas en avant.

En 1957 – 1958, l’Année géophysique internationale sert de prétexte à la troisième API. Le guerre a accéléré les découvertes technologiques (fusées, radars), qui vont servir les besoins de l’expédition scientifique. La haute atmosphère commence à réveler ses secrets. Mais cette API impulse un effort international sans précédent pour étudier l’évolution de la planète. La théorie de la dérive des continents est confirmée. On commence à mesurer le gaz catbonique (CO²). C’est encore le début de la conquête spatiale, avec Spoutnik. A cette époque, une douzaine de nations installent des observatoires scientifiques en Antarctique, Amundsen – Scott pour les Etats – Unis, Vostock pour l’ (ex ) URSS, et Dumont D’Urville pour la France. Le Traité Antarctique est signé en 1961.

Total se met au « vert ».

Depuis, les satellites, les forages glaciaires, et le suivi scientifique assuré dans les bases internationales, ont donné de nouveaux moyens à la recherche. Par exemple, les glaces de l’Antarctique et du Groenland, interrogées sur les 800 000 dernières années, ont permis de mettre en relation les climats antérieurs et l’effet de serre. Cette quatrième API devrait encore permettre d’approfondir ces recherches. Par exemple, un forage dans la glace doit être effectué au Nord – Ouest du Groenland afin d’obtenir des informations sur plusieurs dizaines d’années climatiques. Ces informations complèteront celles collectées au sommet du Groenland, dans les années 90. Les masses des glaciers du Groenland et de l’Antarctique, qui devraient livrer un bilan « apport en neige – fonte – écoulement vers les océans » devraient encore renseigner sur l’évolution du niveau des mers. (S. Huet, Libération, 1er mars 2007) Une équipe de chercheurs américains doit également interroger la calotte glaciaire, à la fois mémoire du climat, et régulateur. Parmi les projets français, celui de Jean Louis Etienne, baptisé « Pôle Airship ». L’explorateur doit, à l’aide d’un dirigeable, mesurer l’épaisseur de la banquise que recouvre l’Océan arctique. Départ, le mois prochain pour une expédition dont le principal partenaire s’appelle « Total »…

En France , Metéo France, l’IFREMER, l’Institut polaire français – Paul Emile Victor -, le CEA, et le CNRS sont associés à cette entreprise. La communauté scientifique française entend faire un gros effort de communication en direction des jeunes. La Cité des Sciences et le Palais de la Découverte proposent des conférences, des expositions, ou des évènements liés à cette double année polaire internationale. A vous de choisir.

Pendant ce temps, Tara , le bateau mythique parti explorer la banquise arctique, vient de sortir de la nuit polaire. Après une dérive de cinq mois dans les glaces et l’obscurité, l’équipage vient de retrouver la lumière. Quelques rayons de soleil pour regonfler le moral d’une équipe, très éprouvée après cette longue nuit.
M.J.


Publié le 7 mars 2007 par marlene dans Comprendre

Climat et bénéfices.

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Katrina, 28 août 2005. Un ouragan de catégorie 5 qui modifie les contrats des assureurs.

Photo: GlSusen.com, 5 sept. 2005
Bonjour,

A l’automne dernier, le rapport Stern chiffre le coût de la crise climatique, si l’on ne fait rien avant dix ans, à 5500 milliards d’Euros. Le rapport prédit encore un séisme économique sans précédent. Une relation entre « climat » et « argent », qui vise aussi à sensibiliser politiques et financiers au réchauffement de la planète, est introduite. Des économistes démontrent encore que ce dérèglement climatique porte le développement de nouvelles technologies, qui pourraient stimuler l’économie et l’emploi. Certains industriels interprètent autrement les bénéfices du réchauffement climatique. Il est question de stratégie, marketting et financière.

La vitrine écologique de certains supermarchés.

Pour séduire des consommateurs plus sensibles aux maux de la planète, la chaîne britannique d’hypermarchés, Tesco , se fabrique une image écolo. Une dizaine de nouveaux magasins, estampillés « ecostores », construits avec des matériaux de récupération, seront éclairés par la lumière naturelle, via de grandes fenêtres placées sur les toits. Des éoliennes alimenteront les caisses enregistreuses, les toilettes seront nettoyées grâce à l’eau de pluie. Dans ces magasins – comme dans beaucoup d’hypermarchés français – les sacs plastiques seront distribués avec parcimonie. Tesco mise encore sur une réduction de gaz à effet de serre, moins 50% d’ici la fin de la décennie. Les camions de la firme tourneront au biodiésel. Tesco s’engage à réduire les distances d’acheminement de ses marchandises, et à limiter le transport par avion. La chaîne se dit prête à réduire son fret routier, au profit du rail. Tesco, qui compose sa vitrine écologique, est imité par Walmart, autre géant de la grande distribution.

Des entreprises contre les émissions de gaz à effet de serre.

Depuis une douzaine d’années, DuPont, pointure mondiale de la chimie, a réduit de 72% ses émissions de Co². Le groupe entend poursuivre son effort, 15% en moins à l’horizon 2015. Dans un registre similaire, le millardaire Richard Branson, à la tête de l’empire Virgin, affiche ouvertement ses préoccupations environnementales. Prévoyant une hausse du coût de l’énergie en 1997, il développe un réseau de transports par train, très performant, en Grande Bretagne. Concernant sa flotte aérienne, Virgin entend optimiser les phases de « décollage » et « d’atterrissage », très gourmandes en kérosène. Des recherches pourraient d’ailleurs lui permettre de remplacer le kérosène de ses avions, par un biocarburant. Il veut encore produire de l’éthanol pour les voitures. Branson, et le groupe Virgin, ont récemment annoncé de gros investissements dans le secteur des énergies renouvelables.

De bonnes intentions démasquées.

Georges Monbiot, un journaliste anglais qui a enquêté sur ces différents engagement écologiques, nuance cette kyrielle de bonnes intentions. Ainsi, Tesco qui promet d’optimiser les distances entre ses fournisseurs et ses rayons, ne dit rien sur la réduction des trajets de ses consommateurs. La fermeture de ses magasins, grands consommateurs d’énergie et situés en périphérie, au profit de hangars de stockage et d’un service de livraison à domicile, ne font pas partie de ce programme écolo. Chez Tesco, la vitrine écologique manque d’assise durable. Reste un profit, au moins en terme d’image. Chez DuPont, la conversion à l’écologie correspond à un pétrole cher. Donc, en réduisant de pratiquement trois quarts ses émissions de gaz à effet de serre pendant 13 ans, la firme a économisé environ 1,5 miliards d’Euros. Quant à Richard Branson, quoi de plus écologique que de laisser tomber le transport aérien. Georges Monbiot évalue les émissions de la compagnie Virgin à l’équivalent de celles d’une population de 16 millions de personnes.

« Le dérivé climatique », un profit clairement annoncé.

A côté de ce concert de bonnes intentions écologiques, converties ou non en profits, la position des assureurs. Depuis les inondations en Europe en 2002, et après les ouragans qui ont ravagé la Louisiane en 2005, les assureurs intègrent les aléas climatiques dans l’évaluation des risques. Ils examinent attentivement comment leurs clients entendent y répondre, avant de rédiger le contrat. D’ailleurs, de plus en plus d’acteurs économiques souscrivent une assurance contre les dérèglements climatiques. Ces contrats, désignés par « dérivés climatiques », chiffrent des primes immédiatement reversées aux clients, dès que le thermomètre s’emballe. Aux Etats Unis et au Japon, les dérivés climatiques pèsent déjà 35 milliards de dollars, un marché multiplié par 4,6 en un an. Aux Etats Unis, réassureurs, banques, et fonds d’investissement, pratiquent des opérations fructueuses. Chaque année, plus d’un million de dérivés climatique – notamment ceux des fournisseurs d’électricité américains – s’échangent à la bourse de Chicago.

Ce type de business traverse l’Atlantique. En France, EDF, certains parcs d’attraction, et ceux qui détiennent des intérêts dans les stations de ski, commencent à signer ces contrats de dérivés climatiques. Météo France développe d’ailleurs un service de conseils aux courtiers, assorti d’indices régionaux.

Les énergies renouvelables: un marché à conquérir.

Autre secteur porteur, le marché des énergies renouvelables. Impulsé par le Protocole de Kyoto, qui engage ses signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et donc à remettre en cause l’utilisation d’énergies fossiles, le marché du « renouvelable » suscite quelques espoirs en Europe. Les énergies alternatives couvrent actuellement 6% des besoins énergétiques du continent. Parmi les leaders, l’Allemagne, l’Espagne et le Danemark. Sans entrer dans les détails, ce marché, qui valait 9 milliards d’Euros en 2005, pourrait dépasser les 14 milliards à l’horizon 2010. Un marché prometteur, peut – être. La bataille économique entre les énergies renouvelables, et des énergies fossiles soumises aux traditions et aux intérêts des Etats, n’est pas gagnée.

M.J.

Sources: Courrier International, 2cologie, 15 février 2007 – www.capitalismedurable.com


Publié le 20 février 2007 par marlene dans Climat,Comprendre

Tout ce qui est dégueulasse porte un joli nom…

Bonjour,

Et pour faire écho au Procès de l’Erika, une vidéo. Ou plutôt un diaporama, en souvenir de l’Erika, et d’autres marées noires. Images rythmées par une petite mélodie: « Tout ce qui est dégueulasse porte un joli nom ».

Plus grave que les marées noires, les dégazages en plein océan. Les navires qui nettoient leurs cuves en pleine mer, pratique illégale et courante, déversent chaque année six millions de tonnes d’hydrocarbures. Une pollution des océans dix fois supérieure à celle des marées noires. La Méditerranée, à elle seule, connaît un millier de dégazages par an.

Souvenirs personnels. Dans l’Atlantique, à proximité des côtes mauritaniennes, au large de Nouakchott, les dégazages sont fréquents. Sur la plage, une petite pâte, mélange de sable et de goudron, se colle sous la plante des pieds. Pas de doute, un navire vient de vidanger ses cuves, au large. D’ailleurs, pourquoi il s’en priverait? Il n’a pas de surveillance, pas de sanction. Et même s’il y avait des amendes, elles seraient moins élevées que le coût de l’immobilisation du bateau dans un port, ajouté à celui du traitement de l’eau souillée sortie les cuves. Il est donc plus facile, et moins cher, de nettoyer ses cuves au large. Vive la mer!

M.J.


Publié le 16 février 2007 par marlene dans Comprendre,Préjudice écologique