Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Yeosu, plaidoyer pour l’Océan.

Bonjour,

Yeosu est une cité assise sur un littoral découpé qui plonge dans un paysage insulaire, dans le Sud de la péninsule coréenne. C’est dans ce décor, entre terre et mer, que s’est installée jusqu’au 12 aout prochain l’EXPO 2012. Intitulée  « Pour des côtes et des océans vivants », elle vise à sensibiliser le public et les décideurs  sur les pressions qui pèsent sur les océans, les systèmes côtiers, et leurs ressources. La « Déclaration de Yeosu », texte final adopté par les pays présents à l’exposition, doit imaginer un avenir plus doux à un complexe océanique qui occupe près de 70% de la surface du globe. L’UNEP, le programme des Nations Unies pour l’environnement, y tient pavillon aux côtés dune vingtaine d’agences, dont l’Organisation Maritime Internationale, (OMI), le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), ou le Programme alimentaire mondial (PAM). Les océans constituent une réserve de nourriture de première importance.

4 milliards de consommateurs de poissons.

En 2009, la population mondiale a absorbé 122 millions de tonnes de poissons, crustacés, et autres mollusques.(3) Une demande en hausse car les produits de la mer constituent une source de  protéines de qualité, encore largement abordable pour les ménagères du monde émergent. Plus de 4 milliards de personnes consomment du poisson, qui représente en moyenne 15% de l’apport en protéines du menu planétaire. (3) En Afrique, en Chine, en Asie, il constitue la principale source de protéines d’origine animale des foyers les plus pauvres. L’Océan est ensuite une immense industrie qui emploie plus de monde que l’agriculture traditionnelle. En 2009,  plus de 180 millions de personnes travailleraient dans l’exploitation des produits de la mer, de la pêche à l’aquaculture, à temps plein ou à temps partiel.(3) Elargie à l’échelle familiale, un qui travaille, quatre ou cinq qui en bénéficient, la pêche et les activités associées feraient vivre 540 millions de personnes dans le monde. Environ 8% de la population mondiale. (3) Si l’UNEP (2011) note un léger recul de la pêche depuis une dizaine d’années, à l’exception du thon, les pressions sur l’écosystème marin restent intenses.(4)

Des agressions connues.

L’aquaculture, qui produit plus de 50 millions de tonnes des poissons, près de la moitié de la consommation mondiale, est un secteur en pleine expansion. Avec quelques traces durables dans l’environnement côtier et marin, rejets chimiques, menace pour les colonies de poissons sauvages, altération des systèmes de mangrove et coralliens. En 2011, la FAO estime que l’élevage de crevettes, grosses et petites, a été multiplié par 400 entre 1992 et 2009, principalement sur les côtes d’Asie, en Indonésie, en Thaïlande, aux Philippines, au Sri Lanka, ou sur les côtes du Chili.(5) Autre agresseur des littoraux et de la vie aquatique, le touriste et son écosystème de béton, hôtels, résidences, parkings, ou marinas. (1) Les océans sont encore soumis au réchauffement climatique. L’eau qui se réchauffe de 0,2°C au début des années 90, affiche + 0,5°C en 2010. (3) Conséquence,  le niveau des mers s’élève. Plus 2,5 mm par an entre 1992 et 2011, résultat de la dilatation d’une eau plus chaude, et de la fonte des glaces de l’Arctique, de l’Antarctique, et du Groenland. (3) Parmi les multiples perspectives géographiques d’une mer qui monte, la question des petites Nations insulaires, sans doute vouées à la submersion. La pollution et le réchauffement climatique menacent mangroves et coraux. En 2010, l’UNEP estime que 1/5° des mangroves, installées surtout dans l’espace intertropical, ont disparu dans le monde, à un rythme 3 à 4 fois plus élevé que pour les autres forêts. Aujourd’hui, cette déforestation se calme, la restauration progresse. La mangrove, qui protège l’espace côtier et assure le renouvellement de nombreuses espèces de poissons, est aussi un enjeu économique. Toujours selon l’UNEP (2010), un hectare de mangrove peut générer entre 2000 et 9000 US dollars par hectare, bien plus que le tourisme. Les récifs coralliens, eux aussi indispensables à l’équilibre économique de nombre de régions, sont soumis à des pressions très localisées. En février 2011, l’UNEP estime que l’agression conjuguée,  pêche excessive, aménagement des littoraux, et  pollutions diverses, menacent plus de 60% des récifs coralliens de la planète. A plus grande échelle, le déclin du corail serait également lié à l’acidification des océans, L’absorption de CO² d’origine atmosphérique, qui diminue le ph des eaux, réduit partout la vie aquatique et fait muter les espèces.

RIO+20

L’Expo 2012, dont la déclaration finale devrait engager les pays émergents à se développer plus en douceur, en mer et dans l’espace côtier, regarde vers le RIO+20. Ce nouveau Sommet de la Terre, réuni du 20 au 22 juin 2012 au Brésil, vingt ans après la rencontre « Planète terre », s’intéressera aux possibilités d’une « économie verte dans le contexte du développement durable et l’éradication de la pauvreté. » Les Océans seront l’un des sept dossiers du RIO+20. D’où le message envoyé depuis Yeosu, celui d’une possible transition entre une surexploitation des milieux marins et des littoraux, et une gestion plus soft d’un patrimoine qui montre déjà ses limites.

M.J

 

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(1)“Protecting Oceans Equals Protecting Our Planet”, IPS U.N. Bureau Chief Thalif Deen Interviews AMINA MOHAMED, deputy executive director of the U.N. Environment Programme, 09-05-2012 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=107729

(2) “Expo 2012 to Focus on Protecting World’s Marine Resources”
U.N. Bureau Chief Thalif Deen interviews Commissioner General SAM KOO, IPS, 16-05-2012, http://ipsnews.net/news.asp?idnews=1070

(3) “Oceans and Coasts: Connecting Our Lives, Ensuring Our Future- The Choice is Yours”, UN, Expo 2012  http://www.un-expo2012.org/index.php/one-un/fact-sheets

(4) UNEP 2011

(5) FAO 2011


Publié le 23 mai 2012 par marlene dans Climat,Développement durable,Elevation des mers.,Océans,Pêche.,Pollution de l'eau
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Fraser et ses insulaires…

Bonjour,

Située à quelques encablures de la côte Est de l’Australie, à proximité du Sud de l’Etat du Queensland, à environ 300 kilomètres au Nord de Brisbane, Fraser Island est une curiosité géologique. Une île de sable, la plus étendue au monde, qui raconte 700 000 ans de changements climatiques et de modifications du niveau de la mer. Elle est née d’une accumulation de sables sur un lit de roches volcaniques, qui a développé un système dunaire complexe. Et toujours en mouvement. Les dunes, dont les plus hautes voisinent avec les 260 mètres, sont aujourd’hui colonisées par une forêt tropicale dense. Certaines essences grimpent à une soixantaine de mètres. Des lacs perchés, une quarantaine, se sont installés dans des dépressions creusées par le vent, sur un tapis de matières organiques, feuilles, écorces, et plantes mortes. Le Lac Mac Kenzie, une centaine de mètres au dessus du niveau de la mer, est le plus célèbre de ces lacs perchés. Sans doute le plus beau, aussi. L’eau y est si pure qu’aucun organisme ni aucun animal ne peuvent  y vivre. Lacs perchés, lacs de barrage, et lacs de fenêtre, une centaine au total, Fraser est une île qui ne manque pas d’eau douce. A l’arrière des plages de sables blonds, on peut voir des étendues brunes qui ressemblent à des rochers, des « coffee rocks ». Ces sables cimentés par des matières organiques rappellent que les côtes se sont déplacées au cours d’une histoire finalement assez récente, comparée à celle du continent australien. C’est un  petit  fragment insulaire, un paradis aux paysages surprenants , convoité par les hommes et peuplé de dingos. (1)(2)(3)

Aborigènes.

« Ces gens sont entièrement nus, et ressemblent ( sinon ) aux habitants de Port Jackson dans leur apparence personnelle, mais ils sont bien plus charnus, peut-être parce qu’ils ont accès à une meilleure réserve de nourriture que l’on attrape dans les filets, fait connu dans le sud de l’île. » (4) écrit Matthew Flinders dans son journal de bord, en 1802. Si le capitaine Cook est passé au large de Fraser dans les années 1770, Matthew Flinders est le premier européen à y accéder. Après une première tentative, deux pêcheurs de baleines américains lui ont indiqué  un passage. Flinders découvre des communautés aborigènes, qui profitent d’une nourriture abondante. Ils ramassent des coquillages, pêchent des anguilles et toutes sortes de poissons,  chassent des dugongs, le frère du lamantin, des tortues de mer, des oiseaux aquatiques, et des opossums. Ils consomment du miel, des patates sauvages, des racines, des feuilles, et des fruits collectés en forêt. Des vestiges de campement ont montré que les Aborigènes vivent  sur l’Île Fraser depuis environ 5000 ans. Au début du XIX° siècle, cette communauté insulaire, principalement des Butchulla, compte entre 400 et 500 personnes. L’hiver, qui pousse d’autres groupes du continent à aller chercher de la nourriture sur Fraser, la population de l’île grimpe probablement autour des 2000 à 3000 habitants. Explorateurs, forçats évadés, ou survivants de naufrage, arrivent à leur tour sur l’île. Dans les années 1860, débarquent des marins, puis des bûcherons venus exploiter les belles forêts d’eucalyptus et de kauris. Une partie de ce bois est envoyé en Egypte, qui construit le canal de Suez. Sur l’île de Fraser, les maladies, l’alcool, et l’opium commencent à gangréner la société aborigène. Le mépris d’une communauté prétendue inférieure fait le reste. Sur ce chapitre, c’est Eliza Fraser, qui commence.(1)(4)

Européens.

En 1836, quelques rescapés du « Stirling Castle »,  un bateau qui a fait naufrage plus au Nord sur la grande barrière de corail, débarquent sur l’île de Fraser à bord d’un canot. Ces Européens sont recueillis et nourris par la communauté aborigène. Parmi eux, Eliza Fraser, la femme du capitaine du « Stirling Castle ». Quelques semaines plus tard, elle est évacuée sur le continent. A Brisbane, elle fait passer les Aborigènes pour des diables, esclavage, torture, et cannibalisme. Elle nourrit la paranoïa des Européens. Elle rentre à Londres, où elle publie son aventure. Le livre, qui diffuse l’image d’une communauté brutale et cruelle, a beaucoup de succès. «L’un des héritages d’Eliza Fraser aura été le massacre de ceux-là même qui lui ont porté secours », peut-on lire sur le site de Fraser Island Defenders Organization, une association qui travaille à la préservation des ressources insulaires. (4) Quelle que soit la responsabilité de cette femme, pendant plus d’un demi-siècle, ces Aborigènes insulaires sont chassés, massacrés, ou noyés. En 1890, ils ne sont plus qu’environ 300. La moitié, sept ans plus tard. Au tournant du XX° siècle, les survivants sont déportés dans des missions du Queensland, administrées par des Européens. Peu survivront à des conditions de détention, décrites épouvantables. (2) Plus de 300 personnes (2006), Australiens d’origine européenne, vivent sur l’Île Fraser. D’autres y laissent une caravane, pour pêcher le maquereau, privilège accordé à condition de la déplacer périodiquement. (1) (4)

Dingos

L’Ile Fraser est aussi le territoire des dingos , un animal de la famille des canidae australiens qui ressemble à un chien, mais qui peut se montrer loup. C’est un animal sauvage, aux réactions imprévisibles. Il est aussi un argument touristique. Fraser, accueille sans doute la population de dingos la plus importante de cette partie de l’Australie. La population la plus pure aussi. Pour respecter l’espèce, pas de chien sur l’île. Le dingo de Fraser mesure plus d’un mètre de long, 60 cm de haut, son pelage est doré. Il est facile de l’approcher, surtout à l’heure des sandwiches et des chips. Mais, attention, il est interdit de le nourrir. Argument des rangers, une nourriture facile pourrait faire décliner son aptitude à la chasse. Et le rendre agressif avec les touristes radins sur le sandwich. Le dingo est là pour être observé, à une certaine distance. En 2001, un enfant meurt après l’attaque d’un dingo. Après l’accident, les rangers en tuent plus d’une centaine, réduisant considérablement la population. En 2008, ils sont entre 120 et 150. Si un ex-ranger dénonce à ce moment là une situation de malnutrition, il reste interdit de les nourrir. L’accident de 2001 a inspiré une interprétation stricte de la relation entre l’homme et l’animal sauvage. Avec un respect du territoire du dingo, mis à mal par l’invasion touristique. (5)

Touristes.

Listée au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992, récompense pour la vitalité de ses écosystèmes, l’Île Fraser est un aimant à touristes. Ils débarquent par ferry, avant de se déplacer en colonies biens rangées dans des véhicules tout terrain, de toutes les tailles, sur la plage et sur les pistes intérieures. Impossible de visiter Fraser sans véhicule 4×4. Chaque année, 350.000 à un demi-million de visiteurs débarquent sur cette  île de 1840 km², 123 km par 23,  presque un grain de sable par rapport à l’Australie. Cette déferlante touristique laisse  quelques traces dans les écosystèmes, déjà fragilisés par l’insularité. De l’urine et du jus de crème solaire dans les eaux pures des lacs, qui du coup le sont moins. Et qui transforme certaines parties du bush en toilettes publiques. Quant à la plage qui ceinture l’île, elle s’apparente à une autoroute où se succèdent et se croisent des dizaines de véhicules chargés de touristes, auxquels on assène quelques grands principes de conservation. A proximité d’un point d’intérêt, la plage devient parking où stationnent tous les modèles de 4×4, du particulier au bus équipé de roues motrices, voire un avion. Car il est très chic d’atterrir sur l’une des  plages de Fraser Island. (1) (2)

M.J

 

 

 

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(1) Fraser Island, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Fraser_Island

(2) Fraser Island, UNESCO, http://whc.unesco.org/fr/list/630

(3) Fraser Island, Great Sandy National Park http://www.derm.qld.gov.au/parks/fraser/index.html

(4) “These people go entirely naked, and otherwise much resemble the inhabitants of Port Jackson in personal appearance, but they were much more fleshy, perhaps from being able to obtain a better supply of food with scoop nets which are now known on the southern parts of the coast.”, From Fraser Island Defenders Organization, FIDO, “The Watchdog of Fraser Island”, aims to ensure the wisest use of Fraser Island’s natural resources.  http://www.fido.org.au/education/AboriginalHistory.html

(5)Save Fraser Island Dingoes Inc http://savefraserislanddingoes.com/


Publié le 14 mai 2012 par marlene dans Australie aborigène.,Ecosystèmes.
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« Brown revolution »

Bonjour,
La « brown revolution », ou « révolution marron », couleur peau de vache, est une expérience assez insolite, menée au Zimbabwe. Elle vise à restaurer des sols et des écosystèmes dégradés en intégrant des troupeaux dans des paysages enclos. Le concept, qui bouscule l’idée que le bétail est l’ennemi de l’environnement, est porté par Allan Savory, biologiste zimbabwéen. En 2009, il fonde le Savory Institute, un organisme à but lucratif chargé de relayer la « brown revolution », une pratique environnementale née d’une vision holistique. Ce courant,  né dans les années 20, considère la nature come un « tout », où chaque élément influence les autres. Acquis à cette conception, Allan Savory considère que le changement climatique, la perte de la biodiversité, et la désertification des terres ne sont pas trois problèmes distincts, mais connectés. La dégradation de la biodiversité résulte de la désertification et du changement climatique, exacerbé par l’usage d’énergies fossiles. Dans ce contexte, s’il y a respect de la biodiversité, la désertification n’a pas lieu. Mais revenons à nos troupeaux, dont les sabots sont les outils de cette biodiversité. Dans un article publié par la Green Universtity, Allan Savory évoque d’immenses hordes de bisons, un défilé qui dure des heures, labourant les pâturages de leurs sabots, bien groupés pour échapper aux prédateurs. Ils piétinent l’herbe, tassent la végétation morte sur le sol, tandis que les graines utiles pénètrent  la terre pour germer. Ces plantes sont recouvertes d’un tapis de végétaux secs, qui favorise la pénétration de l’eau, et la retiennent. Cette humidité, qui tempère la surface du sol, stimule le renouvellement des prairies après le départ des bisons. Cette conception de la lutte contre la désertification se pratique dans des espaces clos et mouvants. Les bisons piétinent groupés, avant de partir fouler d’autres prairies. L’African Center For Holistic Management (ACHM), partenaire  de terrain du Savoy Institute, a expérimenté ce pâturage, très encadré, au Zimbabwe. (1) (2)

Au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment.  

L’expérience est développée dans la région de Dimbangombe, à proximité des Chutes Victoria sur le fleuve Zambèze, frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Le Zimbabwe, situé en climat tropical, avec une saison des pluies d’octobre à mars, et une saison sèche équivalente,  est une terre de hauts plateaux, autrefois couvert de forêts. La pauvreté,  la croissance de la population, et des besoins en bois, pour brûler et pour construire, ont nourri la déforestation. Des sécheresses à répétition ont contribué à l’appauvrissement des sols. La situation est telle que l’UNEP (2008), le Programme des Nations Unies pour l’environnement, place l’érosion des terres agricoles et la déforestation au cœur de la problématique environnementale du Zimbabwe. (3) Près des Chutes Victoria, le projet, inscrit sur une exploitation de 2900 hectares, a redonné vie à l’écosystème du fleuve Dimbangombe. Les troupeaux, bétail et chèvres, ont d’abord été gonflés de 400%. Chaque jour, les bêtes ont été incitées à consommer des pâturages, en fonction du calendrier de renouvellement de cet écosystème. Pas de stress sur les troupeaux pour les maintenir sains et productifs. Il a fallu ensuite construire des infrastructures, légères et pratiques, pour accompagner la migration des animaux. Tout en les protégeant des lions, des léopards, des chiens sauvages, ou des hyènes, qui viennent rôder pendant la nuit. Chaque semaine, la ferme ambulante a été déplacée sur des sites différents, afin de multiplier les espaces de fertilisation, enrichis grâce aux sabots des animaux, et par leurs déjections. Malgré des sécheresses de 2004 à 2007, là où le sol était nu, l’herbe pousse à nouveau. La rivière s’est remise à couler dans un environnement reconstitué. ACHM Zimbabwe résume les lois d’un pâturage bénéfique « Un troupeau, au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment. »  (4)

Sans bétail, le désert.

Canada, Mexique, Etats-Unis, Amérique du Sud, Australie, ou Nouvelle Zélande, la pratique holistique concerne aujourd’hui un peu plus de 16 millions d’hectares dans le monde. Le Savory Institute forme des « missionnaires», éducateurs et consultants, qui travaillent en Namibie, au Kenya, aux Etats-Unis, au Mexique et en Australie. Le Savory Institute cherche à conquérir de nouveaux territoires pour y développer sa pratique de restauration des écosystèmes, et conquérir l’approbation du monde scientifique. Reste une vision holistique qui bouscule quelques idées reçues. « Au cours du dernier million d’années, nous n’avons développé que trois outils majeurs pour gérer notre environnement en général. Ces outils sont la technologie, le feu, et le repos biologique ». résume Allan Savory dans une publication de  l’UNEP,(5). Or, la technologie, qui ne peut remplacer le cycle végétatif des prairies, n’est pas la bonne option. Le feu, utilisé depuis toujours pour la santé des pâturages, les oxyde, les expose, et libère de grandes quantités de gaz à effet de serre. Quant au repos des terres dans des espaces soumis aux pluies saisonnières, il favorise l’oxydation, la mort des végétaux, la nudité des sols, la désertification, et le changement climatique. La vision holistique veut que ces terres là soient dérangées par des troupeaux pour se reconstituer. Sans l’intervention du bétail, elles tournent rapidement au désert.

M.J

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(1) “Holistic Management, A New Framework for Decision Making »
by Allan Savory with Jody Butterfield” http://www.greenuniversity.net/Ideas_to_Change_the_World/AllanSavory.htm

(2) Africa Center for Holistic Mangement, Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Africa_Center_for_Holistic_Management

(3) « Africa: Atlas of Our Changing Environment »  , The United Nations Environment Programme (UNEP), 2008. http://na.unep.net/atlas/africa/downloads/chapters/Africa_Atlas_French_Intro.pdf

(4) Grazing Planning – Africa Center for Holistic Management (ACHM), Zimbabwe. Moving cattle « in one herd, to the right place, for the right reasons, at the right time ». From a Video by Seth J. Itzkan

(5) « We need a brown revolution”, Allan Savory, Healthy soil, healthy earth,, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf


Publié le 18 janvier 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Agriculture.,Biodiversité,Climat,déforestation,Désertification.,eau,elevage
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Yasuni, marchandage inédit.

Bonjour,

Marchandage inédit. Le gouvernement de la République d’Equateur  demande de l’argent à la communauté internationale pour ne pas exploiter une importante réserve de pétrole, endormie sous l’un des joyaux de la biodiversité mondiale.  L’histoire se passe dans Le Parc National Yasuní, classé Réserve Naturelle Mondiale par  l’UNESCO, en Amazonie équatorienne, une région difficile d’accès, arrosée par de nombreux affluents de l’Amazone et par le fleuve Napo, gorgée de pétrole. C’est sur ce territoire que vivent, depuis de longs siècles,  les Tagaeri et les Taromenane, deux peuples de culture Waoranie. Entre les fleuves et un prodigieux catalogue d’espèces, ils ont choisi l’isolement de la forêt, sans probablement se douter qu’ils étaient assis sur un gisement d’or noir.  La Ishpingo-Tambococha-Tiputini (ITT), c’est le nom  de ce gisement, renfermerait 900 millions de barils. (2) Le site LiveYasuni.org, qui défend  ces paysages et leurs habitants, prétend l’extraction difficile. Chaque baril de pétrole produirait l’équivalent de quatre barils d’eau, qu’il faudrait ensuite réinjecter dans le sous-sol. Avec des conséquences dévastatrices pour cet écosystème forestier, et les bassins versants de la région, déjà malmenés par d’autres exploitations pétrolières.  En 2007, le Président Rafael Correa, nouvellement élu, suspend le projet. Et décide de  monnayer  ce renoncement. Le gouvernement équatorien demande 3,6 milliards de dollars de dédommagement. Soit la moitié de la valeur nette des réserves évaluées, et la valeur économique des 407 millions métriques d’émissions de CO² épargnées par l’extraction et la combustion de ce pétrole. (3) L’Equateur, où l’agriculture pèse encore dans la balance commerciale, profite aussi de la rente pétrolière pour doper son économie.  Si la pauvreté n’est pas complètement éliminée, elle a cependant reculé de 40% en deux décennies. (4) Au 31 décembre dernier, 116 millions de dollars ont été collectés, sans doute de quoi geler temporairement le projet,  en attendant les 3 milliards et quelques qui manquent.  Dans un article daté du 31 décembre dernier, The Guardian évoque une mobilisation aussi internationale que variée. (5) Des pays donateurs, Chili, Colombie, Géorgie, Turquie, Pérou, Australie, Espagne ; des régions, en France, en Belgique – la seule Wallonie aurait versé deux millions de dollars - ; un banquier New-Yorkais qui aurait sacrifié un an de salaire ; ou quelques vedettes de cinéma, Bo Derek,  Leonardo Di Caprio, ou Edward Norton. Autre contributeur, récompensé par le Nobel de la Paix 2007 pour son engagement contre le réchauffement climatique, Al Gore, l’auteur de « Une vérité qui dérange ». Marchands de sodas et boutiques japonaises auraient également contribué à la collecte. Si le PNUD, le programme des Nations Unies pour le développement, impliqué dans la gestion des fonds collectés, ou la FAO, l’organisation pour l’alimentation et l’agriculture, s’intéressent à cette initiative, c’est qu’elle ne parle pas que d’argent frais. Le contrat, qui lie le gouvernement équatorien et les donateurs, s’il fonctionne un jour, vise à préserver cette partie de la forêt amazonienne, tout en stimulant une transition énergétique. Le déboisement sera interdit dans une quarantaine de zones protégées, une surface voisine de 5 millions de km². Soit près de 20% du territoire équatorien. (3) Les sols, menacés de dégradation, seront plantés d’arbres. La régénération de la forêt aura libre cours.  Le contrat comprend  encore un volet « développement humain »,  éducation, santé, formation, et emplois, écotourisme ou agro- foresterie. Sans oublier que les Tagaeri, les Taromenane, et leurs voisins, les Kichwa et les Naporuna, vivront bien plus tranquilles sans le scénario et les acteurs de l’exploitation pétrolière.  Cette transition énergétique annoncée, qui suppose de laisser dormir le pétrole et les émissions CO² associées, parie sur les technologies renouvelables, autre priorité de l’engagement. Mais le projet Yasuni, qui pourrait concrétiser un front contre la déforestation en Amazonie,  ouvrir la voie à une économie sans pétrole, fabrique aussi des sceptiques. Propos rapportés par The Guardian, Dirk Niebel, le Ministre allemand du développement commente le principe de payer pour ne pas exploiter du pétrole: « Cela introduirait une jurisprudence à l’orientation imprévisible. » (5) Le Nigeria, le Cameroun, et le Gabon, pays de forêts et de pétrole, intéressés par ce marchandage inédit, ne partagent pas cet avis. (5)

 

M.J

 

 

 

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(1) Equateur, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quateur_%28pays%29 http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quateur_%28pays%29

(2)Live Yasuni, http://www.liveyasuni.org/

(3)Initiative Yasuni ITT, Ambassade de l’équateur en France.http://ambassade-equateur.org/fra/?page_id=768 ( et id=776)

(4)« Pauvreté, pourcentage de la population vivant avec moins de deux dollars par jour (PPP) », Équateur, Perspective Monde, Université de Sherbrooke. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=ECU&codeTheme=2&codeStat=SI.POV.2DAY

(5)“World pays Ecuador not to extract oil from rainforest”, John Vidal, environment editor,  guardian.co.uk, 30-12-2011, http://www.guardian.co.uk/environment/2011/dec/30/ecuador-paid-rainforest-oil-alliance?intcmp=239


Publié le 5 janvier 2012 par marlene dans énergie,Climat,déforestation
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Les peuples des forêts contestent le REDD.

 

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Bonjour,

 

“Les communautés indigènes demandent un moratoire pour le REDD », titre un article d’IPS du 12 décembre dernier. (1) Il fait écho à la Global Alliance of Indigenous Peoples and Local Communities against REDD and for Life. Cette représentation de communautés forestières a demandé la suspension du REDD à la Conférence des Nations Unies sur le Climat qui vient de se terminer à  Durban. Le REDD ( pour Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation) est un programme des Nations Unies qui vise à indemniser les pays, et les communautés, qui  protègent leurs forêts primaires. L’ONU, qui donne une valeur financière au carbone stocké dans les forêts, entreprend un vaste chantier, inclus dans une stratégie globale de lutte contre le réchauffement climatique. A l’échelle planétaire, la déforestation représente 15 à 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.  En septembre 2008, Ban Ki-Moon, le secrétaire Général de l’ONU, commente cette initiative qui débute: «La lutte contre le changement climatique ne peut être gagnée sans les forêts du monde, cela est maintenant clair. » (2) Aujourd’hui, le programme REDD est développé dans 9 pays pilotes, la République Démocratique du Congo, la Tanzanie, la Zambie, l’Indonésie, la Papouasie-Nouvelle Guinée, le Viet Nam; la Bolivie, le Panama et le Paraguay. Auxquels s’ajoutent une vingtaine de pays, qui découvrent la valeur de leurs forêts. A Durban, sept pays d’Afrique centrale, soutenus par leurs donateurs occidentaux,  ont demandé une accélération de mise en oeuvre du REDD dans le  bassin du Congo, seconde forêt primaire de la planète après l’Amazonie. Henri Djombo, Ministre du Développement durable et de l’économie forestière du Congo-Brazzaville approuve. Il espère que d’importantes ressources financières seront disponibles au début de l’année 2012. Moins impatiente, la Global Alliance of Indigenous Peoples and Local Communities. A Durban, elle a exprimé quelques doutes sur les bénéfices de la transaction REDD pour les communautés originaires des forêts. Un nombre croissant de rapports de terrain signaleraient que les droits des autochtones sont bafoués lors de la mise en œuvre de cette stratégie. Le dispositif REDD, d’abord pensé pour les propriétaires officiels de parcelles forestières, a fait l’impasse sur les territoires coutumiers. Beaucoup de gens vivant dans la forêt, et de la forêt, depuis des générations, ne disposent pas de titre de propriété. Pas plus que d’alternative pour vivre autrement. Selon l’ONU, plus d’un milliard et demi de personnes dépendent directement des systèmes forestiers pour leur survie. Une lecture assouplie d’un droit  à la propriété, concession du REDD, pourrait protéger les “sans-titres” qui exploitent la forêt, argumentent certains. Heriberta Hidalgo, représentante  de communautés du Nord du Chili, n’y croit pas: « C’est une fantaisie plaisante (de croire) que le REDD aidera les populations à sécuriser la propriété foncière. » ‘(1) Madame Hidalgo a une autre vision de l’avenir. Elle voit la forêt céder la place aux plantations, repoussant les populations qui en dépendent pour leur nourriture et leur médecine traditionnelle. Ils pourraient y perdre leur territoire de référence. Le programme REDD propose encore un dispositif de terrain, qui vise à informer les communautés, accompagner la protection des forêts, et éviter les abus. Des pays comme le Brésil ou l’Indonésie le trouvent difficile à mettre en place, trop cher. Au Mexique, lors de la mise en place de projets REDD, cet accompagnement n’a pas suivi. Les populations forestières devaient être informées du déroulement du projet, avant de  donner leur consentement. Mais, d’après Berenice Sánchez, du MesoAmerican Indigenous Women’s BioDiversity Network, une organisation basée à Mexico, le message est mal passé. Les communautés, qui ont bien compris qu’elles allaient recevoir de l’argent, se sont précipitées pour obtenir des crédits. Elles sont aujourd’hui endettées, avec  pour seule issue, vendre leurs terres. Madame Sanchhez  ajoute : « Le REDD est un masque pour les usurpations de terre à grande échelle. »(1) Un autre représentant des communautés de l’Equateur, la Confederation of Indigenous Nationalities of Ecuador (CONAIE) rappelle quarante ans de lutte face à de grands groupes, Texaco, Shell, Rio Tinto. Ces sociétés ont promis une vie meilleure, avant de dévaster les terres, et faire éclater les communautés.  Plus tranchante, Berenice Sanchez  demande l’arrêt immédiat de tous les programmes  REDD qui se mettent en place dans le monde. « C’est une nouvelle forme de colonialisme.» (1) L’IUCN, Union internationale pour la conservation de la nature, met en garde : « Pas de REDD sans les peuples autochtones et la société civile..  ». (3)

 

M.J.

La cupidité par les arbres. Le Cas Chiapas : la Forêt Lacandona au meilleur offrant…

 

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Pour fouiller le sujet / document PDF/ Forest People Programme :Enseignements à tirer de l’expérience sur le terain ; REDD+ et les droits des peuples autochtones et des communautés tributaires de la forêt. http://www.forestpeoples.org/sites/fpp/files/publication/2011/11/lessons-field-briefing-french_0.pdf

(1)” Indigenous Peoples Call for REDD  Moratorium”, Stephen Leahy , DURBAN, South Africa, 12-12 2011 (Tierramérica) http://www.ipsnews.net/news.asp?idnews=106187

(2) « REDD au secours des forêts », Les Nations Unies et la Norvège s’unissent pour lutter contre les changements climatiques causés par la déforestation, PNUE, New York, 24-10  2008 http://www.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=545&ArticleID=5930&l=fr

(3) « Pas de REDD sans les peuples autochtones et la société civile : le Cameroun lance le processus d’élaboration de la Readness Preparation Proposal (R-PP) », IUCN, 29-03-2011 http://www.iucn.org/fr/nouvelles_homepage/nouvelles_par_date/2011_news/mars_news_2011/?7184/Pas-de-REDD-sans-les-peuples-autochtones-et-la-societe-civile–le-Cameroun-lance-le-processus-delaboration-de-la-Readness-Preparation-Proposal–R-PP


Publié le 16 décembre 2011 par marlene dans Actualité,Climat,déforestation
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Durban, épilogue.

Bonjour,

Durban, épilogue. Le Protocole de Kyoto, qui s’achève en 2013, sera prolongé. De 5 à 8 années, la décision reste à prendre. Dommage, les pays qui défendent ce premier traité international sur le climat ne contribuent que pour 15% aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le Canada, la Russie, et le Japon, ne suivent pas. Ils refusent l’engagement contraignant de Kyoto. Un nouvel accord, instrument légal encore à préciser, devrait être signé en 2015. Pour devenir effectif en 2020. Cette fois, tous les pays devraient être impliqués dans la lutte contre le réchauffement. Le Fonds Vert, aide des pays riches pour adoucir les aléas climatiques chez les plus pauvres, n’a toujours pas trouvé de financement. Il doit pourtant démarrer en 2013, pour fonctionner pleinement en 2020. Avec, à la clé, une enveloppe annuelle de 100 millions de dollars. Durban, commentaires et réactions en images…

 

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Publié le 12 décembre 2011 par marlene dans Actualité,Climat
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Durban, un climat différent de Kyoto.

Bonjour,

La conférence des Nations Unies sur le changement climatique, réunie à Durban en Afrique du sud, se termine vendredi. Ministres de l’environnement et négociateurs  devaient imaginer la seconde phase du protocole de Kyoto , seul outil international contraignant.  Il obligeait une quarantaine de pays industrialisés à réduire leurs rémissions  de gaz à effet de serre d’environ 5%, par rapport à 1992. Cet engagement commun pour limiter la hausse des températures valait pour 5 ans, 2008-2012. Durban, comme les conférences de Copenhague et de Cancun, qui se sont tenues au cours des deux  années précédentes, n’a pas permis de poser les bases d’un nouveau Kyoto.

 

La cartographie des gros pollueurs dopés aux énergies fossiles, pétrole, gaz, charbon, fait apparaître les Etats-Unis et la Chine en rouge. Les deux pays émettent  40% des rejets mondiaux. Les Etats-Unis  y révèlent le niveau de vie élevé de leurs  habitants, addicts aux transports gourmands en carburant, et leurs activités industrielles. La Chine y montre l’importance du charbon, qui produit les 2/3 de son électricité, le boom du bâtiment, et l’expansion de son parc automobile. En matière d’émissions globales, la Chine dépasse déjà  les Etats-Unis. Puis viennent la Russie, l’Inde, le Japon, qui devancent  l’Allemagne et le Canada. Les rejets de CO² par habitant modifient un peu la carte.  Ils placent les Etats-Unis et le Canada en tête, devant la Russie et le Japon. Mais le record mondial revient sans doute à l’Australie. Un Australien émet deux fois plus de gaz à effet de serre qu’un japonais. Quand, le continent africain, dix fois plus peuplé que le Japon, rejette pratiquement l’équivalent de l’archipel nippon.  Le continent africain, déjà affecté par les conséquences du réchauffement qui se conjuguent à un climat instable, est l’un des points sombres de cette cartographie mondiale. Vagues de chaleur, inondations, orages violents, élévation du niveau des mers, baisse de la production agricole , et métropoles devenues invivables, signalent ce changement. Acteurs et  sinistrés du réchauffement climatique, réunis à Durban, n’ont pas tous le même intérêt à finaliser un nouveau Kyoto.

 

Le Japon, la Russie, le Canada, et l’Australie, ne souhaitent pas  forcément reconduire un accord juridiquement contraignant. Ils préfèrent l’option souple, à l’américaine, basée sur le « volontariat ». C’est le pays qui décide de ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre, du calendrier, et des moyens pour y parvenir. Barack Obama, qui mise sur les agro – carburants et les énergies alternatives, ou se déclare favorable à un marché du CO², semble bien disposé à engager les Etats-Unis  dans la lutte contre le réchauffement, sans subir les contraintes d’un texte international.  Les Etats-Unis n’ont jamais ratifié Kyoto. De l’autre côté, la plupart des pays en développement craignent que cette option « volontariste » conduise  les pays riches à polluer un peu plus. Fidèles à l’esprit de Kyoto, qui impose des restrictions chiffrées, ils souhaitent un nouvel accord international. L’Union européenne défend, elle aussi, l’idée d’un nouveau Kyoto. Plus contraignant que le premier.  Si les pays riches souhaitent contenir la hausse des températures autour des 2°C, option basse,  beaucoup de pays en développement considèrent  ce seuil comme déjà insupportable.

 

En 2010, les pays riches ont promis aux plus pauvres d’accompagner leur adaptation au changement de climat. Après 2020, ils recevront une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars. Mais ce « Fonds Vert » peine à trouver un financement en période de crise économique.  On parle d’une taxe sur les transactions financières, sans pouvoir vraiment préciser le mécanisme de cette nouvelle  aide Nord-Sud.  Le REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation), un programme ambitieux des Nations Unies,  propose encore  de donner de l’argent aux pays qui protègent leurs forêts tropicales. Cette stratégie, qui mise à la fois sur la réduction des émissions de carbone et sur l’aide aux pays  pauvres, se met doucement en place, ralentie par quelques réalités de terrain. Certains pays forestiers, qui pourraient profiter de cette opportunité économique, comptent parmi les plus corrompus.  D’autre part, beaucoup de gens, sans autre ressource, comptent sur les coupes d’arbres pour s’assurer une source de revenus.  Sans compter les  « coupeurs », qui inspirés par la tradition, respectent les rythmes d’une forêt qu’ils habitent depuis toujours. Comment dédommager cette petite humanité ?

 

En 2013, aucun texte n’obligera les pays à  faire chuter leurs émissions de gaz à effet de serre. Un nouveau Kyoto, précisé vers 2015, pourrait démarrer en 2020. Avec l’espoir que la Chine, l’Inde, le Brésil, mais aussi les Etats-Unis, contribuent à l’effort commun. Contrariée par les difficultés économiques du moment, des intérêts divergents, et des réponses multiples sur la façon de réagir au changement climatique,  Durban n’aura été qu’une étape vers un nouvel accord. (1) Pourtant, fin novembre, l’Organisation météorologique mondiale prévient : « « Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint de nouveaux pics qui s’approchent très rapidement des niveaux correspondant à une élévation de 2 à 2,4 degrés Celsius de la température moyenne à la surface du globe, laquelle pourrait entraîner, selon les scientifiques, des changements radicaux et irréversibles de notre planète, de la biosphère et des océans ».

 

M.J

Réchauffement climatique en Russie…………

 

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(1) «  A Durban, Ban Ki-moon exhorte les pays à faire de réels progrès sur le climat. », Centre d’Actualités de l’ONU, 06-12-2011. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=27077&Cr=climatique&Cr1=

 


Publié le 8 décembre 2011 par marlene dans Actualité,Climat
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Durban, la Conférence sur le climat vue de Côte d’Ivoire.

Bonjour,

Durban, Afrique du Sud. Aujourd’hui s’ouvre la 17° Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques. (CP 17) Pendant une dizaine de jours, jusqu’au 9 décembre, des représentants de 190 pays, des ONG, et des délégués de la société civile, vont tenter de trouver des solutions concrètes pour freiner les effets de la crise climatique.  Et peut-être  proposer un « après » au Protocole de Kyoto.  Quand la Chine et les Etats-Unis refusent de contrôler leurs émissions de gaz à effet de serre. En attendant l’issue de cette nouvelle réunion internationale sur le climat, qu’en pensent les Africains ?  Un point de vue proposé par la RTI, la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne.

 

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Publié le 28 novembre 2011 par marlene dans Actualité,Afrique - Environnement.,Climat
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Kangbashi, « ghost-city ».

Bonjour,

Si les villes- fantômes racontent souvent des histoires anciennes, Kangbashi, cité radieuse et endormie sur un bout de désert,  attend l’avenir qui convient à sa modernité clinquante. C’est la chaine d’info Al Jazeera qui, en novembre 2009, diffuse la première un reportage sur ce paysage urbain  « made in China », posé dans les steppes désertiques de Mongolie intérieure . Cette région, nouveau front d’une Chine dopée aux énergies fossiles, dispose d’immenses réserves de gaz naturel et de charbon, découvertes en 2004.  C’est à peu près à cette époque que les Autorités d’Ordos , Préfecture de cette région,  décident de construire une  ville nouvelle. Conçue pour un million d’habitants, elle doit désengorger Dongsheng, petite capitale surpeuplée et assoiffée du district. Les deux villes seront séparées d’une vingtaine de kilomètres.  Dans cette zone aride, Kangbashi  sera érigée à proximité d’une source d’eau. Pendant cinq années, une armée de Mingongs, ces travailleurs migrants venus d’autres régions, concrétisent d’immenses boulevards, façonnent des milliers de logements  regroupés dans des résidences somptueuses, et empilent des milliers de bureaux.  En 2010, Kangbashi,  toujours en chantier, étale ses excès sur 35 km². La ville peut accueillir 300.000 habitants. L’investissement est estimé à  plus d’un milliard de dollars. On évoque un nouveau Dubaï, quelques km² de désert  convertis en métropole prospère.  En attendant la prospérité, 30.000 habitants, estimation optimiste,  se croisent dans une métropole un peu trop spacieuse. D’où son surnom de « ville- fantôme », toponymie largement reprise par la presse.  Côté positif, l’air est encore pur dans cette cité sans embouteillage, dotée d’attributs écolos, espaces verts, panneaux solaires, et bus circulant au gaz. Robert Preston, journaliste à la BBC, qui passe quelques heures dans cette ville  plantée au milieu « nulle part », prétend qu’il n’a jamais rien vu de semblable. Il s’interroge : « un exemple étonnant d’investissement à long terme, ou la manifestation d’une bulle immobilière malsaine ? » (1) Patrick Chovanec, professeur associé à l’Université  Tsinghua de Beijing,  spécialiste de cette « bulle immobilière » remarque que les Chinois collectionnent les appartements vides, faute d’alternatives pour investir leur argent.  Au risque de saper les efforts du gouvernement chinois pour contenir le prix des logements. (2) Ce qui n’a pas empêché une augmentation  d’environ 10%, au cours de l’année passée.(3) En attendant le boom immobilier, et les habitants, des jardiniers entretiennent une barrière végétale, composée des milliers d’arbres et d’arbustes,  destiné à tenir le désert hors de la ville.

M.J

Un nouveau reportage d’Al Jazeera, septembre 2011:

 

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Un reportage photos pour  Time Magazine, signé Michael Christopher Brown

 

(1) China: boom or bust(1), Robert Preston, BBC News, 05-11-2010 http://www.bbc.co.uk/blogs/thereporters/robertpeston/2010/11/china_boom_or_bust_1.html

(2) “Chinese City Has Many Buildings, but Few People”, David Barboza, The New-Tork Times, 19-10-2010, http://www.nytimes.com/2010/10/20/business/global/20ghost.html?pagewanted=all

(3) China’s Desert Ghost City Shows Property `Madness’ Persists, Kevin Hamlin, Bloomberg News, 23-06-2010,  http://www.bloomberg.com/news/2010-06-23/china-s-desert-ghost-city-shows-property-madness-as-buyers-pay-in-cash.html

Et: Inner Mongolia, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia, Kangbashi, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia

 

 


Publié le 24 novembre 2011 par marlene dans Chine,Developpement,Urbanisation
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Géothermie, un courant alternatif.

Bonjour,

Lester R. Brown, encore lui, annonce la fin du pétrole. Dans son livre « Plan B », le chef du Earth Policy Institute  nous invite à une sobriété énergétique. Il recommande de nous préparer à changer nos modes de vie. Et dans un monde où charbon et réchauffement climatique sont inconciliables, il fait l’éloge des énergies renouvelables. Le nucléaire, trop cher sans subventions, et trop risqué -  l’ouvrage est écrit avant Fukuoka -  est mis sur la touche. «  Notre futur sera donc inévitablement modelé par les énergies renouvelables.. », écrit-il avant de convoquer les acteurs de cette transition énergétique souhaitée, « énergie éolienne, panneaux solaires photovoltaïques et thermiques, centrales solaires thermiques, énergie géothermique, énergie hydraulique, énergie des marées, et biocarburants. » (1) En juin 2011, le site de l’Earth Institute, qui réactualise les propositions du « Plan B »,  fait l’éloge de la géothermie (2). Une énergie renouvelable aussi inépuisable que la terre qui la produit,  encore largement sous-exploitée.

Tour du monde.

La géothermie, manifestation d’une radioactivité naturelle enfouie dans les couches profondes de la terre, parfois signalée en surface par des sources d’eaux chaudes ou par des geysers, , cumule les avantages. Pratiquement sans émissions, elle peut être exploitée pour produire une électricité quasi-constante, chauffer les bâtiments et les serres agricoles, ou donner un petit coup de pouce à l’aquaculture. C’est l’Italie, qui en 1904, expérimente la première les possibilités énergétiques de son sous-sol pour produire de l’électricité. Aujourd’hui, plus d’une vingtaine de pays tirent profit de cette chaleur terrestre, au fil d’une géographie qui  s’étire sur la « ceinture de feu », passe par le grand rift africain, Kenya, Rwanda, Ouganda et remonte vers l’axe oriental de la Méditerranée, Italie, Hongrie, Roumanie, Turquie, Israël.  Chili,  Pérou, Equateur, Colombie, Amérique centrale, Mexique, Ouest des Etats-Unis, Hawaï,  Canada, Russie, Chine, Corée du Sud,  Japon, Philippines, Indonésie, Australie, Nouvelle Zélande signalent une cartographie Pacifique étendue, et plutôt bien dotée en ressources.  A ajouter sur la carte, l’Islande,  où les sources d’eaux chaudes, associées à la culture insulaire, chauffent plus de 90% des résidences. Mais la carte postale pourrait venir du Japon, qui compte plus de 5 500 Onsens publics, lieu de rencontre et de détente.

De la lumière pour 800 millions de personnes.

Avec 3100 Mégawatts en 2010, les Etats-Unis, emmenés par la Californie, sont les principaux producteurs d’électricité géothermique. Soit un peu plus du tiers d’une capacité mondiale estimée autour des 11000 mégawatts. La présidence Obama a réveillé une ressource énergétique, un peu oubliée pendant une vingtaine d’années. Aujourd’hui, la géothermie est en plein boom. Plus d’une centaine de  projets devraient doper la production américaine de  1 400 Mégawatts. A l’Ouest du pays, en Californie, au Nevada, en  Utah, terres traditionnelles de la géothermie, mais aussi à l’Est, en Louisiane, au Mississipi, ou au Texas, Etat souvent associé à l’Industrie pétrolière. Dans le Pacifique Sud, les Philippines ont développé une capacité de 1 900 Mégawatts, soit 17% de leurs besoins en électricité. L’archipel compte bien fouiller un peu plus les possibilités de son-sol pour dépasser les 2 500 Mégawatts en 2015. Beaucoup plus ambitieuse, l’Indonésie, qui veut multiplier par 10 sa capacité de production en 2025, pour atteindre les 12 000 Mégawatts. Et couvrir 70% de sa consommation en électricité. Le gouvernement veut se détourner des sources d’énergie fossiles, charbon et pétrole, en pariant sur l’énorme potentiel de son sous-sol. Le scénario 2025 n’exploiterait que les 2/5° de la ressource géothermique. Le Japon de l’après-Fukushima, qui dispose lui aussi d’un sous–sol très généreux – avec une capacité estimée à 69 000 Mégawatts par Lester Brown (1) – pourrait recourir à la terre pour produire de la lumière. Si le Mexique, et les autres pays situés plus au Sud du continent américain, convertissaient cette énergie, ils pourraient probablement couvrir leurs besoins en électricité. Un rapport de la Geothermal Energy Association / (GEA), publié en 1999,  identifie une quarantaine de pays en capacité de produire leur électricité avec la géothermie. Une reconversion énergétique qui permettrait d’éclairer 800 millions de personnes.

Kenya.

Le gros problème de la géothermie, c’est son coût. L’exploration, le forage, et la construction d’unités de production demandent d’énormes  investissements. A envisager sur le long terme. Au fil des années d’exploitation, ces centrales, qui fonctionnent à bas coût, sans énergie fossiles, sont appelées à devenir aussi compétitives que leurs cousines, nourries au fuel ou au nucléaire. Autre avantage, une électricité continue, sans apport fossile. La technologie EGS , pour Enhanced Geothermal Source,  mise au point aux Etats-Unis dans les années 70, qui consiste à creuser à grande profondeur dans des réservoirs naturels pour en stimuler le potentiel, et démultiplier la ressource, pourrait bien ouvrir des horizons à l’exploitation géothermique. En 2008, un rapport de l’US Geological Survey estime que l’EGS pourrait exploser le potentiel américain, et produire jusqu’à 13 fois le volume de ses ressources actuelles. Cette technologie, testée en Australie, en France, aux Etats-Unis, et au Royaume Uni, suscite de gros espoirs pour les années à venir. L’EGS pourrait faire de la géothermie un investissement rapidement rentable, et accélérer la production d’électricité d’origine terrestre. Mais, nous sommes encore loin du compte car la géothermie pourrait, toutes technologies confondues, produire l’équivalent de 4,6 millions de Megawatts, de quoi faire tourner deux fois l’industrie mondiale. Plus modeste, le Kenya, qui découvre la géothermie dans les années 60, couvre actuellement 20% de ses besoins en électricité. Le pays, qui a bien compris l’intérêt de la ressource, compte satisfaire sa demande en 2030, et exporter le surplus.

 

M.J

 

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(1)« Le plan b » - Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008,  Editions Pluriel, Hachette Littérature,  p 72, p 296.

(2) Plan B Updates, “Geothermal Power Heating Up Worldwide”,  J. Matthew Roney, 16-06-2011  http://www.earth-policy.org/plan_b_updates/2011/update98


Publié le 18 novembre 2011 par marlene dans Climat,energies alternatives
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