Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Maîtres des digues, apprentis des sables.

Bonjour,

Sur la côte hollandaise de Ter-Heidje, tout près de la ville de la Hague, une presqu’île artificielle en forme de croissant s’étire sur une centaine d’hectares à proximité de la plage. D’ici une vingtaine d’années, poussée par les vents et marées, cette île de plus de 21 millions de m3 de sables devrait s’agréger au littoral pour fortifier la plage de plus d’une trentaine d’hectares. Cette dynamique naturelle, qui doit emporter 60% des sédiments vers le Nord et 40% vers le Sud, doit renforcer cette partie de la côte sur une vingtaine de kilomètres. Ce nouveau système de protection côtière s’appelle le « moteur de sable », le Zandmotor. Le sable est dragué au fond de la mer du Nord par des engins spéciaux, à une dizaine de kilomètres des côtes, avant d’être rejeté à proximité de la plage par un système de pipeline. Des bulldozers rassemblent le sable pour fabriquer une île artificielle qui ira engraisser la plage, mètre par mètre. Cette technologie, dernière innovation d’un pays historiquement habitué à maîtriser l’eau, mise sur la nature pour transporter et répartir le sable. (1) (2)

 

Erosion et montée des eaux.

Assis sur un petit territoire ouvert sur 450 km à la Mer du Nord, dont le quart se situe au dessous du niveau de la mer, les Hollandais maîtrisent l’eau depuis des siècles. D’abord pour étendre leur territoire. Depuis le XI° siècle, la démographie, l’agriculture, et l’économie ont porté l’aménagement de polders, ces terres artificielles gagnées sur la mer. Le pays a conquis environ 7000 km². Dans les années 80, l’assèchement des marais et déclin de la biodiversité mettent un frein à l’extension de terres destinées à l’agriculture. Au cours de son histoire, le pays s’est aussi protégé des inondations en développant un système des digues et de canaux. Aujourd’hui, le rempart constitué par le système dunaire, des digues toujours renforcées , des barrières maritimes, et autres protections imaginées par l’homme, préserve les 2/3 du territoire d’inondations régulières. Mais l’érosion des côtes , résultat de l’action conjuguée des courants et des marées, est active.  Et la perspective du réchauffement climatique mobilise les Autorités. La Commission du Delta, qui travaille sur les risques d’inondation dans le pays, prédit une montée des eaux comprise entre 65 cm et 1,3 mètres d’ici 2100. (3) Outre l’élévation du niveau de la mer, le changement climatique pourrait multiplier les risques d’inondation, stimuler l’érosion côtière. (3) (4)

 

Un milliard d’euros.

La perspective du changement climatique, et ses conséquences sur la montée des eaux, rencontre un écho particulier dans ce pays de plus de 16 millions d’habitants. La Randstad, qui réunit les villes d’Utrecht, Amsterdam, La Haye, et Rotterdam,  cœur politique, économique et intellectuel du pays, est particulièrement sensible. Il rassemble près de la moitié des Hollandais, et produit la moitié des richesses du pays. Pour protéger son territoire et ses habitants, le pays développe depuis des années une stratégie d’adaptation à la crise climatique. Les Pays-Bas dont d’ailleurs un modèle de prévention. En janvier 2012, le gouvernement adopte le Delta Act ,  un texte qui garantit à la population qu’à tous les niveaux, le gouvernement collaborera avec les organismes publics et le secteur privé afin de protéger les communautés contre les inondations, et assurer leur approvisionnement en eau potable. Une stratégie nationale d’adaptation devrait renforcer cet acquis. L’institut de recherche Deltares, qui travaille avec  les données fournies par vaste un réseau d’utilisateurs, précise la prévision des crues. Deltares – en partenariat avec une autre entreprise – souhaite utiliser les images  de l’Agence spatiale européenne pour détecter la fragilité du système de digues. Chaque année, le gouvernement consacre environ un milliard d’Euros à l’adaptation climatique. Le gouvernement se donne le temps d’apprécier l’équation « coûts-bénéfices » pour chaque projet, afin  de choisir la solution la moins chère et la plus efficace pour protéger une population qui augmente, et accompagner la mutation économique du pays.(2) (3) (5)

 

Systèmes naturels. 

Le pays, qui entretient et réhausse son rempart contre la mer, remblaie régulièrement ses plages érodées avec du sable, procédé coûteux qui endommage les écosystèmes marins. Achevé en 2011 pour un coût total de 50 millions d’Euros, le moteur de sable pourrait nourrir les plages des Pays-Bas pour un coût réduit de moitié. (2) Ce procédé, qui fabrique des presqu’îles artificielles pour les livrer ensuite à la dynamique des sédiments, travaille avec la nature. Après avoir été les maîtres des digues, les Hollandais misent sur une ingénierie hydraulique qui exploite les systèmes naturels. Et si la quantité de sable nécessaire à protéger les côtes d’une mer plus haute n’est pas suffisante, on augmente la quantité de sable….

 

 

 

M.J

 

 

 

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(1) Zandmotor / sand Engine Project, Seacity 210, Adopting Coastal Cities to Climate Change, http://www.seacityresearchnet.com/archives/tag/sand-engine

 

(2) “To Control Floods, The Dutch, Turn to Nature for Inspiration”, Cheryl Katz, Yale, Environment 360,21-03-2013

 

http://e360.yale.edu/feature/to_control_floods_the_dutch_turn_to_nature_for_inspiration/2621/

 

(3) Polders and dikes of the Netherlands, Matt Rosenberg, About.com Guide, http://geography.about.com/od/specificplacesofinterest/a/dykes.htm &Netherlands maps, http://geography.about.com/od/netherlandsmaps/Netherlands_Maps_.htm

 

(4)Working on the Delta, Delta Programme 2013.  http://www.deltacommissie.com/doc/deltareport_full.pdf

 

(5)“Land and Water Management in the OECD Natural Buffers Against Climate Change”, Antonia Sohns, SGI Sustainable Governance Indicators, 06-16-2013, http://news.sgi-network.org/news/details/1306/natural-buffers-against-climate-change/

 


Publié le 20 juin 2013 par marlene dans Climat,Developpement,Elevation des mers.,Europe,Océns
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Les fruits précieux de l’arganier…

 

 

 

Bonjour,

A la table des communautés berbères du Maroc, l’huile d’argan figure au menu depuis des siècles. L’arbre qui produit les noix dont cette huile est extraite, l’arganier, est un épineux endémique du Maroc et de l’Ouest algérien. Son histoire nous fait  voyager pendant plus de deux millions d’années, jusqu’à l’Ere Tertiaire. Aujourd’hui, les Berbères continuent de verser cette huile d’un jaune profond sur les couscous et les tranches de pain – elle est un aliment de base pour 90% de la population de la région d’Essaouira (1) -, pendant que les grands chefs de la cuisine mondiale en intègrent quelques gouttes à leur gastronomie. Les  médecins multiplient les compliments, réduction du cholestérol et des triglycérides contenus dans le sang,  protection contre certains cancers,  prévention des risques cardiovasculaires et du diabète. Depuis des siècles encore, les femmes berbères l’appliquent sur le visage, la peau, et les cheveux. L’huile d’argan, riche en acides gras, en vitamine E, et en antioxydant, empêche le dessèchement de la peau. Dotée de ces vertus gustatives, thérapeutiques, et cosmétiques, l’huile d’argan  part à la conquête d’un monde occidental à la fin de la décennie 1990. Elle devient à la mode. On l’importe en Europe et aux Etats-Unis, où elle fait  l’objet de brevets cosmétiques, elle s’infiltre au Japon. En quelques années, le marché de l’huile d’argan a explosé, les prix aussi. Au Maroc, un litre d’huile  alimentaire coûte environ 25 Euros, le double pour sa version cosmétique, et bien plus cher en produit importé. Tout dépend de la qualité, du packaging, et de la production  de cette région pauvre du Sud-Ouest marocain.(1) (2)

 

Des filles à l’école.

Au Maroc, l’Arganeraie  s’étire sur près de 800.000 hectares, entre les marges Sud du Haut Atlas et celles du Nord de l’Anti-Atlas. La production s’affirme dans les régions d’Agadir, d’Essaouira, de Taroudant, dans la vallée du Souss. A la fin des années 90, cette forêt compte une vingtaine de millions d’arbres, avec des densités plus fortes au Nord d’Agadir qu’aux portes du désert. L’arganier, adapté à cet espace semi-aride, supporte des températures supérieures à 50°C. Chaque arbre porte 10 à 30 kg de fruits pour une production annuelle proche des 4000 tonnes. Une manne pour cette région déshéritée, qui vit d’agriculture et d’agroforesterie. Ici, l’exploitation des arganiers est régulée par une loi sur l’usufruit qui date de 1925. La filière, d’abord éclatée en entreprises familiales, se structure en coopératives. Au début des années 2000, les coopératives marocaines emploient environ 2000 personnes. Chaque structure compte 20 à 60 femmes, dont la plupart travaillent un fruit qu’elles ont cueilli. (1) Puis l’huile est pressée à la main, décantée, filtrée, avant d’être embouteillée. Le processus est long, intense, et gourmand en matière première. Il faut plus d’une dizaine d’heures de travail et  100 kg de fèves pour produire un litre d’huile d’argan. Dans un secteur qui se mécanise, la filière manuelle reste gage de qualité. L’Union des Coopératives des Femmes de l’Arganeraie (UFCA),  qui regroupe une vingtaine de structures, porte une activité qui permet aux femmes de prétendre à un statut familial et social, grâce à un revenu régulier. Au début des années 2000, un travail à temps plein garantit environ 200 euros mensuels, presque une fortune. (1) Une étude publiée en 2011 par  l’Université américaine Cornell souligne les bénéfices de cette activité à forte valeur ajoutée. Avec l’argent de l’argan, la plupart des familles ont désormais accès à la consommation, achètent des chèvres pour augmenter leur troupeaux – ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la forêt d’arganiers -, et  envoient leurs filles au Collège d’Enseignement général. L’enquête révèle que dans les communes couvertes à plus de 65% d’arganiers, le nombre de filles à l’école a augmenté de 10% entre 2000 et 2005.(3)

Gardiens de fruits sur les arbres.

Le bénéfice social de l’argan est nuancé par une dégradation des paysages, amorcée bien avant le succès commercial. Le développement d’une agriculture industrialisée dans la vallée du Souss ; le besoin de  parcelles pour aménager des routes, des infrastructures, construire des bâtiments ; la collecte de bois pour le chauffage et la construction, ont ouvert l’espace forestier. L’étude américaine précise que la partie Sud de la forêt aurait particulirement souffert du développement  de l’agriculture irriguée, au cours des années 80 et 90. (3) En 1998, l’UNESCO  classe l’Arganeraie Réserve de Biosphère. L’ambition est de protéger  ce vaste écosystème forestier qui se déploie entre Haut Atlas et Anti-Atlas. L’arganier, assis sur un système profond de racines, doit  en principe contenir la désertification des sols. Ce territoire est aussi un laboratoire de développement socio-économique de populations, majoritairement berbères. Mais ce dispositif de protection  n’aurait pas tenu ses promesses. L’étude américaine suggère que le boom de l’argan aurait fragilisé la forêt, devenue plus claire dans sa partie Nord. Située à proximité des principaux marchés et plus attractive pour les touristes, cette forêt Nord aurait aussi été plus exploitée. Il n’y a pas eu d’investissement à long terme pour la santé des arbres, et celle de la forêt. Faute d’une stratégie de conservation, le boom de l’argan, qui a rendu la fève précieuse, a surtout suscité des vocations de gardiens de fruits sur l’arbre.

M.J

 

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(1) Potatoes in the Andes, Ethiopian Coffee, Argan Oil from Morocco and Grasscutters in West Africa”  Dieter Nill, Elke Böhnert, August 2006, Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ), Division „Agriculture, Fisheries and Food“, Sector Project „Food, People & Biodiversity, Global Facilitation Unit for Underutilized Species (GFU)

http://www.worldartisanguild.com/GTZ_Biological_Diversity_060623.pdf

 

(2) Arganier, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Arganier, Huile d’Argane, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Huile_d%27argane

(3)“Booming markets for Moroccan argan oil appear to benefit some rural households while threatening the endemic argan forest”, Travis J. Lybberta,1, Abdellah Aboudrareb, Deborah Chaloudc, Nicholas Magnand, and Maliha Nashc, Edited by Christopher B. Barrett, Cornell University, Ithaca, NY, http://www.cornell.edu/   and accepted by the Editorial Board June 22, 2011    http://www.pnas.org/content/108/34/13963.full


Publié le 29 mars 2013 par marlene dans Biodiversité,déforestation,Developpement,Monde rural.
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Les promesses du quinoa…

 

Bonjour,

 

Le quinoa est une plante, une herbacée de la famille de la betterave ou de l’épinard, qui pousse dans l’espace andin depuis probablement 7000 ans. Un rapport de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, s’intéresse à son historique. (1) Vers la fin du XVIII° siècle, la culture est repérée et décrite pour la première fois dans les Andes péruviennes et boliviennes. C’est probablement entre Bolivie et Pérou, à proximité du lac Titicaca, que le Quinoaa commencé à se développer. Les civilisation Inca et Tihuanacu le domestiquent et favorisent sa culture. Les graines nourrissent les habitants des vallées, et des régions plus sèches, plus montagneuses, et plus froides, comme celles de l’Altiplano. Car propriété essentielle du Quinoa, il supporte les climats arides, s’adapte à l’humidité, et se développe sous des températures qui vont de moins 4°C à 38°C. La conquête espagnole, qui introduit l’orge et le blé en Amérique du Sud, marginalise la culture du quinoa. C’est que les Espagnols ne connaissent probablement pas les qualités nutritionnelles du quinoa. C’est une nourriture qui présente un taux élevé de protéines, entre 14 et 22% par graine, une valeur en protéines comparable à celle du lait. Le quinoa offre l’ensemble des acides aminés essentiels à la santé, c’est une fausse céréale bien plus généreuse que le blé, l’orge, ou le soja. Sous la domination espagnole, les populations rurales andines continuent de consommer du quinoa. Dans les années 80, la crise qui secoue les économies de l’espace andin impose un développement qui s’éloigne du modèle traditionnel et privilégie les exportations. Les marchés qui s’ouvrent aux Etats-Unis et en Europe favorisent la production de quinoa. De culture traditionnelle de subsistance des communautés andines, le quinoa devient une culture d’exportation, appréciée des consommateurs de « bio ».

 

Bolivie en tête.

La Bolivie, le Pérou, et l’Equateur dominent un bassin de production qui s’étire du Sud de la Colombie à l’île de Chiloe au Sud du Chili, en passant par le Nord de l’Argentine. En Bolivie, berceau de la production, elle  reste une culture traditionnelle jusque dans les années 70. Le rapport de la FAO esquisse son aire de production. Dans l’Altiplano Sud,  elle se limite aux pentes montagneuses. Dans l’Altiplano Nord-Central, elle est intégrée au système de rotation, avec les pommes de terre et le fourrage. Dans les vallées, elle se présente comme une culture frontière, ou est associée aux légumineuses et au maïs. C’est une agriculture manuelle, principalement destinée à l’autoconsommation. L’ouverture du marché biologique international déplace les cultures des contreforts de l’Altiplano aux plaines, et mécanise la production. Dans la Bolivie des années 80, la culture du quinoa couvre 15.000 hectares. Dans les années 90, elle s’étend sur 40.000 hectares, et se stabilise autour des 35.000 hectares en 2001. (1) En 2012, la surface dédiée au quinoa pourrait avoir doublé pour atteindre les 70.000 hectares. (2) En2009, la FAO estime la production annuelle de la Bolivie à 28.000 tonnes, et 40.000 tonnes pour le Pérou. (1) En 2012, la récolte bolivienne aurait atteint 44.000 tonnes. (2) La Bolivie et le Pérou produisent aujourd’hui environ 90% du quinoa mondial. Mais, faute de données pour le Pérou, la Bolivie reste le principal exportateur mondial de Quinoa. (2) Les Etats-Unis et le Canada absorbent plus de la moitié du marché, et un tiers pour l’Europe. Cette mondialisation aurait tiré les prix du quinoa vers le haut, ils ont doublé entre 2006 et 2011. Avec pour conséquence, une chute de la consommation nationale d’environ 35% au cours de la même période, estimation du Ministère de l’agriculture de Bolivie. (1)

 

Hausse des prix, évolution des goûts.

« Le succès mondial du quinoa crée des difficultés dans le pays », titre le New York Times en mars 2011. (3) L’article rapporte une hausse des prix du quinoa, liée à la demande sur les marchés américains et européens. Avec deux conséquences. Les producteurs de quinoa, qui ont bénéficié de cette envolée, ont vu leur situation sociale s’améliorer. Ils se sont organisés.  Mais cet appétit mondial pour le quinoa, qui tire les prix vers le haut, crée aussi une rupture sociale: « Moins de Boliviens peuvent se l’offrir, obligés de se rabattre vers des produits alimentaires traités moins chers et augmentant les craintes de malnutrition dans un pays qui a longtemps lutté contre. »(3) Un sac d’un kg de quinoa coûte environ 5 fois le prix d’un kg de riz. L’article précise encore que si la mauvaise alimentation baisse au niveau national au cours des dernières années – grâce à une intervention volontariste de l’Etat dans les affaires sociales -,  la malnutrition chronique augmente chez les enfants originaires des régions de production du quinoa. Dont Salinas Garci Mendoza, région de référence. Si le prix du quinoa exclut de fait les plus pauvres, le New York Times signale aussi un changement de goût  chez les jeunes consommateurs boliviens Ils préfèrent désormais le pain blanc, un plat de pâtes ou de riz, plutôt qu’une préparation à base de quinoa, et un coca cola à la place d’une boisson traditionnelle au  quinoa. Cette évolution de la consommation, qui répond aux avances d’une nourriture industrielle, est évoquée dans d’autres articles. Les producteurs de quinoa, moins pauvres, occidentalisent leur régime alimentaire.

 

Tensions et érosion des sols.

Un autre article pointe la relation complexe  entre le développement économique de la Bolivie, et la sécurité alimentaire. Et dans cette relation, qui puise dans le contexte socio-économique et politique du pays, l’amélioration des conditions de vie des producteurs de quinoa ne peut-être ignorée. Pour l’avenir, l’auteur de l’article envisage une solution équilibrée : «  De la même façon qu’ils ont développé  l’industrie du quinoa, les producteurs et les consommateurs boliviens doivent être les catalyseurs pour développer une meilleure sécurité alimentaire, et renforcer la souveraineté. » (4) Selon le rapport de la FAO, la consommation moyenne de quinoa par habitants est de 5 kg par an, l’une des plus élevées au monde. Si elle ne suffit pas à faire reculer la malnutrition, le gouvernement d’ Evo Morales fait des efforts. Les Autorités boliviennes ont commencé à introduire le quinoa dans les petits déjeuners scolaires, et dans le menu des jeunes mères. Si le développement du quinoa a permis de freiner l’émigration vers l’Argentine ou le Chili, un autre article évoque des tensions dans les régions de production. De nombreux propriétaires, qui avaient déserté les campagnes, rentrent récupérer leurs terres afin de tirer bénéfice de cette culture d’exportation. Puis, ils louent leurs terres, s’échappent à nouveau, avant de revenir pour la récolte. Ceux-là ne contribuent  pas aux actions de producteurs, qui se battent pour le maintien d’une certification « bio », ou qui mènent des actions pour éliminer les nuisibles. Autre problème, le quinoa qui déborde de  ses champs traditionnels pour satisfaire la demande mondiale en culture certifiée, s’est développé sur des espaces inadaptés. Cette extension a provoqué une érosion des sols conquis. Le label « bio » exige des fertilisants naturels, comme les excréments d’animaux, devenus plus rares sur l’Altiplano. Il a donc fallu fouiller les sols pour enrichir les cultures en nutriments, quitte  à les appauvrir. Pour satisfaire la demande, les périodes de jachères sont plus courtes. (5)

 

Kenya et Tasmanie.

La FAO déclare 2013, « année internationale du quinoa » . Dans le rapport cité précédemment, l’organisation développe l’idée d’en faire une arme contre la malnutrition dans le monde. Réunie à Santiago du Chili début février 2013, la communauté des Etats d’Amérique latino-américains et caraïbes (CELAC) reconnait l’importance du quinoa pour la sécurité alimentaire, l’éradication de la pauvreté et la faim, grâce à ses valeurs nutritives. (6)  Si la Bolivie et le Pérou concentrent la production mondiale de quinoa, la culture essaime désormais sur tous les continents. Les Etats-Unis,  où le quinoa est  introduit les années 80 dans le Sud du Colorado, l’Equateur, et le Canada, qui le cultive dans les plaines de l’Ontario, produisent 10% du quinoa mondial. En Europe, il pousse en Angleterre, en Suède, au Danemark, aux Pays Bas, en Italie, et en France, dans la région de l’Anjou. Dans l’Himalaya et dans les plaines du Nord de l’Inde, le quinoa  présente de bons rendements. Au Brésil, la culture est expérimentée dans la savane tropicale. Des agriculteurs colombiens l’on testé au Kenya, ou la plante a été introduite  pour réduire la faim et la pauvreté sur le continent africain. Et à l’autre bout du monde et des besoins alimentaires, le quinoa est cultivé dans le Nord de la Tasmanie , pour le plus grand plaisir des Australiens, addicts au « bio ».

M.J

 

 

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(1) “Quinoa: An ancient crop to contribute to world food security”, FAO, Regional Office for Latin America and the Caribbean, July 2011.  http://www.fao.org/alc/file/media/pubs/2011/cultivo_quinua_en.pdf

(2) Quinoa, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Quinoa

(3) “Quinoa’s Global Success Creates Quandary at Home” Simon Romero, Sara Shahriari, The New York Times, 19-03-2011. http://www.nytimes.com/2011/03/20/world/americas/20bolivia.html?_r=0

(4) “Bolivian Quinoa Questions: Production and Food Security”, Emma Banks, The Andean Information Network, 17-05-2011,  http://ain-bolivia.org/2011/05/bolivian-quinoa-questions-production-and-food-security/

(5) “The quinoa story: it’s complicated”, Luigi Guarino, Agricultural Biodiversity Weblog, 28-03-2011, http://agro.biodiver.se/2011/03/the-quinoa-story-its-complicated/

(6) « Naciones de la CELAC señalaron que la quinua es un aliado para la erradicación del n del hambre y la pobreza, Oficina Regional de la FAO para América Latina y el Caribe, Santiago de Chile, 01-02-2013 http://www.rlc.fao.org/en/press/news/naciones-de-la-celac-senalaron-que-la-quinua-es-un-aliado-para-la-erradicacion-del-hambre-y-la-pobreza/

 


Publié le 12 février 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,crise alimentaire,Developpement
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Décroissance: « the less is much more »…

Bonjour,

“For Champions of Degrowth, Less Is Much More”, « Pour les champions de la décroissance, moins est beaucoup plus », titre un article d’IPS qui éclaire le concept. (1) « Degrowth » en Anglais. Cette pensée qui tourne le dos à la croissance n’apparaît, à priori,  pas très compatible avec nos sociétés ultra- développées, et ultra-accroc à la conso. Erik Assadourian, chercheur au World Watch Institute, où il dirige la publication « State of the World » (2), donne  la mesure du projet : « Un changement sociétal est essentiel dans un monde où 7 milliards d’humains épuisent la biocapacité de la terre et dont les écosystèmes-clé, climat, pêche, pollinisation, sources d’eau potable, menacent de rompre. » (1). Il ajoute : « En ne suivant pas activement le chemin de la décroissance, nous subirons un dérèglement incontrôlé du système mondial qui nous amènera beaucoup plus d’inconfort que l’ordre de la décroissance. » (1) Erik Assadourian est l’une des voix du World Watch Institute qui met en garde les pays développés, Etats-Unis en tête, contre les dérives d’un ordre économique assujetti à la croissance et à la consommation. La perspective d’une démographie augmentée de deux milliards d’individus vers le milieu du siècle devrait alourdir la charge d’une planète déjà dépassée. Dans un ouvrage intitulé « Les Limites à la croissance », les auteurs notent en préface que la consommation actuelle des ressources par l’homme excède de 20% la capacité de la planète. « L’humanité aurait donc connu pour la dernière fois un niveau de vie soutenable dans les années 80….Hélas, l’empreinte écologique des hommes continue à augmenter malgré les avancées technologiques et institutionnelles. C’est d’autant plus grave que l’humanité est déjà en territoire non soutenable ». (3)

 

Convaincre. Intellectuels et activistes de la décroissance se proposent donc d’emmener les pays les plus développés sur cette voie. Cette invitation  remet en cause une civilisation formatée par les politiques, les media, et les modèles, qui trouvent écho dans  des sociétés qui associent statut social et pouvoir d’achat. Terrain miné pour les promoteurs de  la décroissance  qui dénoncent l’accumulation et le gaspillage, qui transforment l’épanouissement personnel en capital, qui en appellent à une meilleure distribution des richesses. « Le principal défi de la décroissance est évident : comment convaincre les riches et les puissants d’être enclins à redistribuer – à l’intérieur des sociétés et entre elles. Tout le monde en profiterait si cette dynamique était changée », promet encore  Erik Assadourian. (1) Cette transition économique plaide pour un changement d’échelle. Une petite agriculture ou des jardins communautaires, alternative à une dépendance à la chaine alimentaire industrielle. L’échange, le recyclage, alternative à l’industrie du shopping. Ou encore le partage du travail, gain de temps pour les loisirs, et alternative au stress.  Quand les gens travaillent moins, ils gagnent moins, et ils consomment moins. Moins de gens dans les avions, des maisons plus petites, des voitures plus petites, ou des vies sans voiture. Mais pour parvenir à ce « moins qui fabrique du plus », il faut une politique qui accompagne ce changement, construit des bibliothèques, développe des transports en commun,  multiplie les voies cyclables et  les rues piétonnes. Dans le monde d’Assadourian, ces équipements publics seraient financés par les impôts des citoyens les plus aisés. Imparable, le tribut des plus solvables devrait  encore réduire la consommation de luxe et les déplacements. Les plus riches ont aussi la réputation de peser le plus sur l’environnement. Si la voie est tracée, la mise en œuvre est plus confuse. Comment passer d’une civilisation articulée à la croissance à une ère de décroissance ? Un mix entre les deux, expérimenté sur une période transitoire avant l’abstinence ? Certaines grosses économies, comme celle des Etats-Unis « devront » basculer vers la décroissance,  tout en dopant la croissance de secteurs alternatifs, les énergies renouvelables ou l’agriculture raisonnée. (1)

 

« Cittaslow ». Le concept de décroissance, qui chemine loin devant celui du développement durable en matière de sobriété, est même devenu « une condition nécessaire à l’élaboration d’un monde réellement prospère ». Précision de la présentation d’un colloque international réuni à Montréal, au Québec, en mai 2012. Cette rencontre, intitulée « Décroissance dans les Amériques », s’est appuyée sur les travaux de deux colloques précédents, Paris en 2008, et Barcelone en 2010. Car l’idée fait son chemin. Quelques pays, en Europe ou en Amérique du Nord, ont déjà amorcé une réflexion sur les possibilités de cette mutation. Cette proposition de société, démocratique et collective, a d’ailleurs trouvé un allié inattendu avec la crise financière qui secoue l’Europe et les Etats-Unis. S’il est question de produire et de consommer moins, invitation qui répond à un pouvoir d’achat en berne, il est aussi question d’une  justice sociale qui partage travail et richesses. Vitrines d’expériences encore marginales, les « Cittaslow », déclinées sur le mode du slow food de Carlo Petrini. La « Cittaslow »  est mouvement qui restitue l’espace urbain aux citoyens et aux piétons. Initié  dans une petite ville de  Toscane en 1999, il façonne un art de vivre autour du patrimoine, il privilégie l’espace public, l’accueil, ou l’économie locale. Près de 70 cités italiennes participent à cette expérience menée dans les villes de moins de 50.000 habitants. Ce réseau urbain s’est exporté,  en Espagne, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en Norvège, mais aussi en Corée du Sud, en Australie, ou en Nouvelle Zélande. Où il est devenu « Slowtown ». (4) L’Italie, berceau des « Cittaslow,  est aussi le pays qui a accueilli le 3° Conférence internationale sur la décroissance, réunie à Venise en septembre dernier.

 

« Alternatives au développement ». «  Nous trouverons le moyen, avec notre petit mouvement de décroissance des pays du Nord, pour nous aligner sur le mouvement de justice environnementale réclamé par les pays du Sud. » (5) A Venise, l’économiste catalan Joan Martinez-Alier s’est tourné vers les pays  moins riches.  Avec une question, comment projeter un modèle de décroissance sur des sociétés qui amorcent une dynamique de développement. Pour Joan Martinez-Alier, les activistes de la décroissance des pays industrialisés doivent articuler leur action aux mouvements sociaux des pays en devenir. Exemple, l’Amérique du Sud, au Pérou, au Brésil, en Argentine, au Chili ou en Colombie, où les nombreux projets d’extraction minière ont fabriqué une opposition active. L’économiste catalan parie sur une décroissance des pays du Nord, devenus moins gourmands en ressources exploitées en Amazonie, ou dans d’autres écosystèmes d’Amérique latine. Moins de besoins, moins de grands chantiers, et moins de pressions environnementales sur ces espaces. De leur côté, les communautés d’Amérique du Sud qui empêchent l’extraction minière, et les excès des infrastructures associées, évitent les pollutions liées à cette exploitation. Un bénéfice écologique pour tout le monde, Nord et Sud. Arturo Escobar anthropologue colombien impliqué dans le développement alternatif, mais résolument opposé à une vision formatée et imposée par le Nord, répond «  oui » au dialogue entre activistes occidentaux et mouvement sociaux du Sud. Et de préciser : « Dans le même temps, la vision de la croissance ne peut être rejetée par le Nord et considérée acceptable par le Sud ; le Sud n’a pas besoin de développement, il n’a pas non plus besoin de développement durable, il a besoin d’alternatives au développement. » (5)

M.J

 

 

 

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(1) “For Champions of Degrowth, Less Is Much More”, Malgorzata Stawecka, IPS, New York, 07-11-2012 http://www.ipsnews.net/2012/11/for-champions-of-degrowth-less-is-much-more/

(2) “State of the World 2012: Moving toward Sustainable Prosperity”, Rapport 2012 du World Watch Insitute. http://www.worldwatch.org/stateoftheworld2012

(3) « Les limites à la croissance (dans un monde fini) », Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers,  Editions Rue de l’Echiquier, 2012.  Version française d’un rapport intitulé « The Limits to Growth (‘Les limites à la croissance’), étude commandée en 1972 par le Club de Rome. p 20.

(4) Cittaslow, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Cittaslow

(5) “South Invited to ‘De-Grow’”, Claudio Ciobanu, IPS, 25-09-2012, http://www.ipsnews.net/2012/09/south-invited-to-de-grow/


Publié le 14 novembre 2012 par marlene dans Décroissance.,Developpement,Exploitation minière
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En attendant le Zéro-Waste…

 

Bonjour,

Le développement économique et l’urbanisation croissante devraient doubler l’accumulation des déchets produits par les villes et leurs habitants, d’ici une dizaine d’années. Leur volume annuel passerait de 1,3 milliards de tonnes à 2,26 milliards en 2025, échelle mondiale. L’info est  rapportée sur le site du World Watch Institute dans un article Intitulé  « Global Municipal Solid Waste Continues to Grow« , Epluchures de légumes, papiers, plastiques, verre, métaux, gonflent les tas de MSW, ces Municipal Solid Waste rejetés par les villes. Production des particuliers, des administrations, ou des commerces urbains,  ils sont collectés au coin de la rue. A moins d’être durablement  oubliés sur les trottoirs et les terrains vagues des cités du monde en développement. Les eaux usées, les morceaux de bâtiments éventrés, les mauvais métaux associés, ou les déchets industriels, vomis par les villes et leurs usines, participent à cette accumulation qui dénature l’environnement de zones parfois très peuplées. Mais pendant que les détritus s’entassent aux portes des villes de la planète, le recyclage progresse.

 

Urbanisation et consumérisme.  Les pays de l’OCDE, le club des pays riches, se débarrassent de 1,6 millions de tonnes  de déchets par jour, quand l’Afrique subsaharienne n’en produit que 200.000 tonnes. Les Etats-Unis, en tête de liste avec 621.000 tonnes de rejets quotidiens,  sont désormais talonnés par la Chine, 521.000 tonnes. Car, conséquence d’une urbanisation et d’un consumérisme croissants, quatre grandes économies émergentes figurent désormais au top-10 des producteurs de déchets urbains, Chine, Brésil, Inde, et Mexique. Au début des années 2000, la Chine compte un demi-milliard de citadins. Depuis le début des années 80,  la quantité de MSW, collectée et transportée dans le pays, a été multipliée par 4. Soit une progression annuelle supérieure à 8%, bien supérieure à la croissance de la population chinoise. (1)

 

Emballages. Le développement des villes et des revenus croissants influencent encore le contenu des poubelles. Les résidus non naturels, plastiques, papiers, aluminium, se multiplient à mesure que les gens migrent vers les villes, et y consomment des produits manufacturés et emballés. Ainsi les déchets organiques ne constituent que le quart des ordures produites par les cités des pays riches. Les villes de  l’espace émergent, dont les populations sont encore en train de changer de comportement, génèrent encore 60% de déchets organiques. Et les campagnes, encore plus distantes d’une occidentalisation des habitudes et des produits, rejettent entre 40 et 85% de déchets organiques.

 

Recyclage. A l’échelle mondiale, le quart des déchets est recyclé, transformé en compost, ou destiné à un traitement plus doux pour l’environnement que les décharges ou l’incinération. Mais le recyclage obéit aussi à une différenciation entre les pays industrialisés, et ceux qui amorcent leur développement. Etats-Unis en tête, où le tiers des déchets urbain est recyclé, contre seulement 10% en 1980. La plupart des pays riches connaissent une évolution similaire. La filière des déchets, de plus en plus régulée et encadrée, favorise une économie de recyclage. Une activité rentable. Selon la Banque mondiale, le marché de la ferraille et celui du papier dégageraient au moins 30 milliards de dollars chaque année. L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, estime que la filière, définition large, de la collecte au recyclage, rapporterait 400 milliards de dollars annuels, échelle planétaire. L’UNEP, qui s’inquiète de l’accumulation des rejets aux portes des villes, multiplie les incitations au recyclage.(2) Imaginons que la totalité des déchets organiques soient transformés en compost, ou convertis en énergie.

 

Economie circulaire. Présenté comme bon élève du club des pays riches, le Japon. Depuis le début des années 90, l’archipel nippon a multiplié les lois visant à réduire l’utilisation de certains matériaux, à réutiliser et à en recycler beaucoup d’autres. Le pays, engagé sur la voie d’une économie circulaire, en a fait une priorité nationale. Avec quelques succès. La productivité des ressources – le PIB (produit intérieur brut) mesuré à prix constant, divisé par la consommation intérieure de matières, en yen par kg -  devrait doubler d’ici 2015, par rapport au niveau de 1990. Pour la même période, le taux de recyclage devrait également doubler. Et les matériaux envoyés à la décharge ne devraient représenter que le cinquième du volume produit en 1990.

 

Zero Waste. Pour contrer l’accumulation des déchets, quelques ilots de résistance s’organisent. Zéro Waste, c’est la formule choisie par la Nouvelle-Zélande, qui en fait désormais sa marque de fabrique. L’archipel des confins, qui  articule sa politique économique et commerciale autour de cette exigence, travaille son image d’ exportateur de produits « propres ». Sur le site du ZeroWaste, la profession de foi colle aux préoccupations environnementales du moment : « Zero Waste est un but éthique, économique, efficace, et visionnaire, destiné à guider les gens dans le changement de leur style de vie et dans leur pratique afin de retrouver des cycles naturels durables, où tous les matériaux jetés sont conçus pour devenir les ressources d’autres gens »… « La mise en oeuvre de Zero Waste éliminera les rejets qui polluent la terre, l’eau, et l’air, et qui sont une menace pour la planète, la santé des hommes, des animaux, et des plantes. »

M.J

 

 

 

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(1)“The current situation of solid waste management in China”, Qifei Huang · Qi Wang · Lu Dong · Beidou Xi, Binyan Zhou, 27-10-2005, J Mater Cycles Waste Manag (2006) 8:63–69 © Springer-Verlag 2006 http://www.environmental-expert.com/Files/6063/articles/9024/1.pdf

(2) « Vital Waste Graphics » was initiated by the Basel Convention Secretariat and produced in partnership with the Division of Environmental Conventions (DEC) of UNEP, Grid-Arendal and the Division of Early Warning Assessment-Europe of UNEP. It is being published for the seventh meeting of the Conference to the Parties of the Basel Convention (COP7). http://www.grida.no/publications/vg/waste/

Economie circulaire: “Circular Economy related international practices and policy trends”, Prof. Dr. Peter Heck, IfaS, Environmental Campus Birkenfeld, 20.2.2006 http://siteresources.worldbank.org/INTEAPREGTOPENVIRONMENT/Resources/CircularEconomy_Policy_FinalDraft_EN.pdf

Traitement des déchets par pays / Banque mondiale :http://siteresources.worldbank.org/INTURBANDEVELOPMENT/Resources/336387-1334852610766/AnnexL.pdf


Publié le 7 septembre 2012 par marlene dans déchets,Developpement,Urbanisation
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Kangbashi, « ghost-city ».

Bonjour,

Si les villes- fantômes racontent souvent des histoires anciennes, Kangbashi, cité radieuse et endormie sur un bout de désert,  attend l’avenir qui convient à sa modernité clinquante. C’est la chaine d’info Al Jazeera qui, en novembre 2009, diffuse la première un reportage sur ce paysage urbain  « made in China », posé dans les steppes désertiques de Mongolie intérieure . Cette région, nouveau front d’une Chine dopée aux énergies fossiles, dispose d’immenses réserves de gaz naturel et de charbon, découvertes en 2004.  C’est à peu près à cette époque que les Autorités d’Ordos , Préfecture de cette région,  décident de construire une  ville nouvelle. Conçue pour un million d’habitants, elle doit désengorger Dongsheng, petite capitale surpeuplée et assoiffée du district. Les deux villes seront séparées d’une vingtaine de kilomètres.  Dans cette zone aride, Kangbashi  sera érigée à proximité d’une source d’eau. Pendant cinq années, une armée de Mingongs, ces travailleurs migrants venus d’autres régions, concrétisent d’immenses boulevards, façonnent des milliers de logements  regroupés dans des résidences somptueuses, et empilent des milliers de bureaux.  En 2010, Kangbashi,  toujours en chantier, étale ses excès sur 35 km². La ville peut accueillir 300.000 habitants. L’investissement est estimé à  plus d’un milliard de dollars. On évoque un nouveau Dubaï, quelques km² de désert  convertis en métropole prospère.  En attendant la prospérité, 30.000 habitants, estimation optimiste,  se croisent dans une métropole un peu trop spacieuse. D’où son surnom de « ville- fantôme », toponymie largement reprise par la presse.  Côté positif, l’air est encore pur dans cette cité sans embouteillage, dotée d’attributs écolos, espaces verts, panneaux solaires, et bus circulant au gaz. Robert Preston, journaliste à la BBC, qui passe quelques heures dans cette ville  plantée au milieu « nulle part », prétend qu’il n’a jamais rien vu de semblable. Il s’interroge : « un exemple étonnant d’investissement à long terme, ou la manifestation d’une bulle immobilière malsaine ? » (1) Patrick Chovanec, professeur associé à l’Université  Tsinghua de Beijing,  spécialiste de cette « bulle immobilière » remarque que les Chinois collectionnent les appartements vides, faute d’alternatives pour investir leur argent.  Au risque de saper les efforts du gouvernement chinois pour contenir le prix des logements. (2) Ce qui n’a pas empêché une augmentation  d’environ 10%, au cours de l’année passée.(3) En attendant le boom immobilier, et les habitants, des jardiniers entretiennent une barrière végétale, composée des milliers d’arbres et d’arbustes,  destiné à tenir le désert hors de la ville.

M.J

Un nouveau reportage d’Al Jazeera, septembre 2011:

 

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Un reportage photos pour  Time Magazine, signé Michael Christopher Brown

 

(1) China: boom or bust(1), Robert Preston, BBC News, 05-11-2010 http://www.bbc.co.uk/blogs/thereporters/robertpeston/2010/11/china_boom_or_bust_1.html

(2) “Chinese City Has Many Buildings, but Few People”, David Barboza, The New-Tork Times, 19-10-2010, http://www.nytimes.com/2010/10/20/business/global/20ghost.html?pagewanted=all

(3) China’s Desert Ghost City Shows Property `Madness’ Persists, Kevin Hamlin, Bloomberg News, 23-06-2010,  http://www.bloomberg.com/news/2010-06-23/china-s-desert-ghost-city-shows-property-madness-as-buyers-pay-in-cash.html

Et: Inner Mongolia, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia, Kangbashi, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia

 

 


Publié le 24 novembre 2011 par marlene dans Chine,Developpement,Urbanisation
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La complainte des éleveurs tibétains.

Bonjour,

Une femme nomade regrette ses paysages et ses troupeaux, une complainte qui dénonce le début de la fin d’un millénaire de transhumance sur les plateaux du Tibet. « Archi drokmo », une vidéo diffusée par une association de femmes tibétaines (TWA), accessible en fin de blog.  En 2009, environ 50.000 nomades sont sédentarisés par les Autorités chinoises.(1) Sous prétexte de protéger un espace pastoral fragilisé par le pâturage des troupeaux de yaks, de moutons, de chèvres, et de chevaux, la Chine orchestre une politique environnementale qui cloisonne et interdit le parcours traditionnel des  éleveurs nomades. Et oblige ces populations itinérantes à changer de mode de vie. Lancée à la fin des années 90, cette campagne, inscrite dans le développement des terres occidentales de la Chine, déplace les nomades et les installe dans des habitats pour lesquels ils ne sont pas faits. Sous prétexte de poursuivre l’émergence du Tibet, tout en fabriquant une population locale « plus présentable », selon certains critères du développement, la Chine nie une culture tibétaine, intimement liée au nomadisme. Les éleveurs, nés pour se déplacer dans ces paysages de plateaux, sont invités à préserver une zone écologique sensible, déjà malmenée par les premiers signes du réchauffement climatique. Selon une source citée par Wikipedia, le nombre de yaks et de moutons aurait triplé au cours des cinquante dernières années, quand les pâturages diminuaient, conséquence de l’assèchement des hauts plateaux. (2) (3)

« le Troisième Pôle.»

Le Tibet, plateau de plus d’un million de km² aux trois quarts perché à plus de 3500 mètres d’altitude, est une zone écologique majeure, inscrite dans une géographie de l’eau stratégique . Surnommé le « Troisième pôle », le Tibet est la troisième réserve de glace de la planète, après l’Arctique et l’Antarctique. Depuis une trentaine d’année, la surface moyenne des glaciers aurait décliné de 17%. Quand certains auraient carrément disparu. (3) La fonte des glaces aurait de lourdes conséquences pour le Tibet, son voisinage asiatique, et pour quelques  millions de personnes, situés en aval. Les fleuves majeurs du continent asiatique y prennent leur source. Le Fleuve Jaune, le Yangtsé, et le Mékong, géants du système hydrographique chinois, s’écoulent depuis le Sanjiangyuan. Cette région, le « château d’eau de la Chine », classée réserve naturelle nationale, est d’ailleurs placée sous haute surveillance écologique depuis les années 2000. L’extraction minière, l’exploitation forestière, la chasse, et la pratique des pâturages, y sont extrêmement encadrées. Les marais et les cours d’eau montrent déjà quelques signes de sécheresse. Quelques milliers d’éleveurs sont incités à émigrer vers d’autres zones du Sanjiangyuan, de moindre importance écologique. Au Tibet, le changement climatique est un sujet sensible. Le Dalaï Lama, porte-parole en exil des Tibétains, n’hésite pas à tirer parti de la crise climatique pour sensibiliser la communauté internationale à la situation du territoire. Et au sort réservé aux nomades. (4)

Changement d’adresse.

Forcés de vendre ou de débarrasser de leurs yaks, les nomades se sédentarisent dans des lotissements, et s’urbanisent en marge. Beaucoup sont déplacés au Qinghai, dans la province de Gansu, au Sichuan, dans la région autonome du Tibet, souvent sans indemnisation. Dans Wikipedia, une source contradictoire évoque des dédommagements, et une maison. (2) Le gouvernement chinois prétend leur apporter l’éducation et la santé, « privilèges » réservés aux sédentaires. « Tibet 3rd pôle «  , une association qui défend l’exploitation des ressources naturelles du Tibet par les Tibétains, y voit le contrôle de populations qui disposent désormais d’une adresse. Ce développement économique et humain forcé devrait permettre de corriger les statistiques de pauvreté, et faire taire les critiques. « Free Tibet », une autre association engagée aux côté des Tibétains, remarque que cette conversion entre nomadisme et agriculture sédentaire annonce aussi une conversion entre autosuffisance et comportement consumériste. « Free Tibet » rapporte une paupérisation des nomades qui doivent désormais partager les terres en famille, et attendre le décès des parents pour en vivre mieux. Un système de division des terres qui se complique encore dans une famille nombreuse. Toujours sur le site de « Free Tibet », Camille Richard, spécialiste de pâturages pour le Centre International Développement de Montagne Intégré (ICIMOD), commente cette mutation: « Le comportement et le raisonnement des éleveurs nomades sont dictés par la conscience du paysage marginal dans lequel ils vivent, paysage qui a supporté leur mode de vie pendant des siècles. Une conversion rapide à un nouveau mode de pensée et de vie ne peut pas avoir lieu sans de graves conséquences socio-économiques et écologiques. » (5)

Pâturages et extraction minière.

Les spécialistes du pâturage formulent plus clairement les conséquences environnementales de la sédentarisation. La mobilité des troupeaux empêche la dégradation des systèmes, et contribue à l’équilibre des paysages. Cloisonner l’espace, et sédentariser les troupeaux, revient à favoriser le surpâturage. Mais que sont quelques excès de pâturages dans l’immensité du territoire tibétain ? « Les amis du Tibet », autre organisation pro- tibétaine, détaillent dans un article assez ancien les conséquences environnementales de la colonisation chinoise. Extraits. La Chine aurait orchestré un déboisement industriel à l’Est du territoire, provoquant érosion des sols, ravinement, envasement, et inondations. Dans certaines régions, 80% des forêts auraient été détruites. Une centrale hydro-électrique sur le LacYamdrok Tso, la plus importante du Tibet, mise en route à la fin des années 90 pour alimenter l’industrie chinoise en électricité, a modifié l’équilibre d’un site sacré pour les Tibétains. La Chine décline encore l’exploitation minière, uranium, charbon, fer, cuivre, plomb. Elle s’intéresse aux réserves de pétrole et de gaz naturel. (6) Résultat sur le site de « Circle of Blue», une agence qui enquête sur les crises de l’eau, l’industrie et l’extraction minière, et leurs lots de rejets polluants, aurait modifié la qualité de l’air et de l’eau. Jusqu’à compromettre les réserves d’eau douce du Tibet, pourtant « château d’eau de la Chine ».

M.J

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(1) « 50.000 nomades tibétains sédentarisés », AFP , 24/08/2009- Site du Figaro http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/08/24/01011-20090824FILWWW00503-50000-nomades-tibetains-sedentarises.php

(2) L’élevage au Tibet, Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture,_%C3%A9levage_et_sylviculture_au_Tibet#.C3.89levage

(3) Yeshe Choesang, World News,01-06-2011. http://article.wn.com/view/2011/01/06/Climate_Change_on_the_Tibet_Plateau_Detrimental_for_Asias_Fu/

Tibet 3d Pole http://www.tibet3rdpole.org/

(4) “Dalai Lama wants to go green”, Saransh Sehgal http://tibet.org/tibet3rdpole.org/?p=239

(5) “The impact of nomad settlement policies in Tibet”, Kate Saunders (for Free Tibet Campaign), Free Tibet, April 2003, http://www.freetibet.org/about/rural-society

(6) « L’environnement au Tibet : un désastre dû à l’occupation chinoise ! », Raymond MEYERS (D’après le Rapport « Tibet 2000: Environment and Development Issues » du gouvernement tibétain en exil. Et ECO-Tibet France, juin 1999.) http://www.amis-tibet.lu/dossiers/environnement-2.html

(7) « China, Tibet, and the Strategic Power of Water”, Keith Schneider and C. T. Pope, Blue Circle, 08-05-2008. http://www.circleofblue.org/waternews/2008/world/china-tibet-and-the-strategic-power-of-water/


Publié le 13 janvier 2011 par marlene dans Biodiversité,Climat,Developpement,Migrations.
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« Waste for Life », nouveau nom du design.

Bonjour,

De l’énergie, des milliers de bouts de plastique qui ne servent plus à rien, un peu de technologie, et quelques idées. C’est la recette de Waste for Life, une organisation qui pense et structure le recyclage du plastique pour adoucir la pauvreté. En 2001, l’Argentine sombre dans une grave crise économique qui marginalise une grosse partie de la société. En 2002, 60% de la population vit en deçà du seuil de pauvreté. Des milliers de personnes apprennent à survivre en ramassant ce qui traîne dans les poubelles. Ces « sans salaire » commencent à se bricoler une nouvelle vie en faisant commerce des objets recyclables qui n’ont plus de valeur pour ceux qui les ont jetés. Ils travaillent seuls, opèrent en famille, ou se regroupent dans de petites coopératives. On les appelle les « cartoneros », ceux qui survivent grâce aux cartons et aux papiers trouvés dans les rues. Waste for Life débarque à Buenos Aires en 2007,  et envisage les possibilités de l’immense décharge de la ville. Collecter, fabriquer, vendre, l’idée est de structurer l’activité des « cartoneros ». La transformation de la matière première est au cœur de ce plan d’action : « Nous ne sommes pas intéressés par le profit, mais nous tenons à répandre une technologie qui améliore les fibres plastiques et naturelles superflues des matériaux composites pour les utiliser dans des produits domestiques et des matériaux de construction. ».

Avant l’Argentine, l’histoire de Waste for Life commence au Lesotho, « pays-enclave  » dans le territoire Sud africain, où beaucoup de gens se débrouillent avec bien moins de 2 dollars par jour. Pendant l’été 2006, deux ingénieurs de l’Université du Queens, au Canada, voyagent dans le pays avec une idée en tête. Ils veulent réduire les déchets, tout en générant une petite économie qui profitera aux plus pauvres. L’Université met au point la première presse chauffante, puis améliore le prototype. La Western Australia University rejoint le projet. Aux Etats-Unis, en Italie, au Lesotho, et en Argentine, d’autres universités et école de design adhèrent à l’idée. Des étudiants fabriquent des presses chauffantes, planchent sur les possibilités chromatiques du plastique fondu, imaginent des objets, ou élaborent des matériaux de construction destinés aux situations d’urgence. La dynamique, qui associe scientifiques, ingénieurs, éducateurs, architectes, designers, et coopératives, est lancée. Début 2011, la première presse chauffante, made in Buenos Aires, devrait être livrée à la coopérative « Neuva Mente » de Moron, lien vidéo , pour que les « cartoneros » ne soient plus seulement ceux qui fouillent les poubelles. Dommage, pas grand-chose sur le Lesotho. En attendant, quelques idées-cadeau pour Noël, design Rhode Island School of Design (RISD)…

M.J

Waste For Life à Buenos Aires

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Publié le 17 décembre 2010 par marlene dans Developpement,Recyclage
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Mayange, laboratoire de développement du Millénaire.

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Bonjour,

A Mayange, au Rwanda, des femmes tressent des paniers pour les vendre. Elles travaillent de leurs mains, se familiarisent avec le business pour gagner un peu d’argent, et échapper à leur condition. C’est l’un des projets porté par le Millenium Village Initiative, un partenariat imaginé par le Earth Institute – et l’économiste Jeffrey Sachs -, le PNUD (Programme des Nation Unies pour le Développement),et le Millenium Promise. Le Millenium Village Initiative vise à aider un certain nombre de communautés, en Afrique sub-saharienne, à éradiquer la grande pauvreté. Et tendre vers les Objectifs du Millénaire.

Sécurité alimentaire.

En 2006, quand Mayange est sélectionné pour expérimenter le programme « Millenium villages »,  le contexte alimentaire est tendu. La région, située dans le « Pays des mille collines », à une quarantaine de kilomètres au Sud de Kigali , est habituée aux sécheresses qui rendent les sols peu productifs. Celle de 2005, consécutive à une mauvaise récolte l’année précédente, fait craindre une famine. Le projet, initié à Kagange, une commune de la circonscription de Mayange, s’étend bientôt à l’ensemble de cette communauté de 20.000 habitants. Comme le reste du Rwanda, Mayange se relève du génocide de 1994. Ici aussi, après la guerre civile, il est question de réconciliation nationale. Et comme ailleurs dans le pays, tous les indicateurs de développement sont dans le rouge. La pauvreté règne, la nourriture manque. L’UNICEF et le World Food Program – Programme alimentaire mondial ou PAM  en français, – se préparent à une intervention urgente pour sauver des mères et des enfants dénutris. Le dispensaire, privé de personnel, de médicaments, et d’équipement, sans eau courante, sans électricité, ne remplit plus sa fonction. La population connaît pourtant l’un des taux de prévalence du SIDA les plus élevés du pays, 13%. Un enfant sur cinq  meurt avant d’avoir eu 5 ans. Les classes sont  surchargées, jusqu’à 80 élèves. Faute de moyens, peu d’enfants entament un cycle secondaire. En 2006, le Millenium Village Initiative, qui souhaite adoucir la couleur du tableau,  mise d’abord sur la sécurité alimentaire, problème N°1.

Exportation de manioc à bicyclette.

Le paquet est mis dès la première année. Les fermiers s’attaquent à l’érosion des sols,  collectent l’eau de pluie, multiplient les engrais et les semences plus résistantes à la sécheresse. La surface cultivée triple. La communauté stocke désormais des céréales, pour affronter d’éventuelles pénuries. En 2007, une saison des pluies plus longue que d’habitude, et une maladie installée dans les plants de maïs, rappellent un équilibre alimentaire précaire. La communauté, qui s’installe dans l’autosuffisance, commence à développer des activités agricoles à plus forte valeur ajoutée. Elle plante des arbres fruitiers, avocats, mangues, et grenades. Elle se lance dans la culture de patates douces et de haricots, destinés au marché local. Fin 2008, une sécheresse touche le nord du Burundi, à une quinzaine de kilomètres au Sud de Mayange, à deux heures de vélo seulement. Le World Food Program craint une famine. A Mayange, la récolte de Manioc est exceptionnelle. Une partie est exportée au Burundi, par bicyclette. En Juin-juillet, 2009, on estime qu’une centaine d’intermédiaires, grimpés sur des vélos chargés de manioc, effectuent le voyage deux fois par semaine. Ce petit commerce frontalier, pas toujours légal, qui dure quelques mois, rapporte des bénéfices à la communauté. Et aux cyclistes : « Avec l’argent qu’ils ont tiré de ce commerce, les gens peuvent payer les droits d’inscription de l’école et les dépenses de santé, ou en profiter pour améliorer leur maison, et leur menu. », commente le Président de la coopérative de manioc, Twitezimbere Kagenge ‘Kotka’. Le manioc, qui pousse facilement, vendu frais ou en farine, est plein de promesses. Pour lancer la culture, le Millenium Villages Project a investi 70.000 US $ dans les plantations. Une somme que la coopérative devrait  rembourser au Fonds de Développement de la communauté de Mayence au bout de six ans. (1) C’est la règle du jeu.

Un développement accompagné jusqu’en 2015.

Le modèle de développement impulsé par le Millenium Village Initiative suppose, qu’avec un investissement modeste, les communautés puissent régler la question alimentaire, pour développer des activités rentables, et diversifiées. Il s’agit d’améliorer le niveau de vie des ménages, et de stimuler l’économie locale. A terme, la communauté doit assumer seule un développement stable, jusqu’alors financé par d’autres. Actuellement, un villageois coûte 110 US dollar par an. Le Millenium Village en donne 50 ; le gouvernement – national et local – en lâche 30 ; les donateurs et ONG impliqués dans les projets locaux, 20. Le reste, 10 $, vient des villageois. Actuellement 80 communautés, disséminées dans une dizaine de pays africains, bénéficient de cet accompagnement financier et technique pour se rapprocher des Objectifs du Millénaire(2) Au terme de cette première phase, 2006-2010, Mayange, en principe débarrassée de la faim, fait progresser quelques indicateurs de développement. Le dispensaire, doté d’un nouvel équipement, compte aujourd’hui 18 infirmières spécialisées. Contre 3 auparavant. Les femmes accouchent au dispensaire, et peuvent y rester quelques jours. Depuis 2005, la mortalité infantile aurait chuté de 30%. Celle des mères de 25%, baisse amorcée avant 2005.(3) La prévalence du paludisme s’est effondrée. Construction et rénovation de classes, formation de professeurs, accès à l’eau et à l’électricité, l’éducation, épaulée par l’UNICEF, se met en ordre de marche. Seulement 35 élèves par classe prévus. Plus de 25 coopératives, dont l’une fonctionne en autonomie, animent une économie qui va de l’élevage du poulet, en passant par les savons, et les fameux paniers. A l’issue du contrat, en 2015, Mayange, comme les autre communautés encadrées par le Millenium Village Initiative, devra continuer, seule, le chemin du Millénaire.

Betty Mukamugenzi, dirige une coopérative de paniers. Citée par la presse africaine, elle admet que maintenant, elle peut employer du personnel pour travailler dans sa ferme. Pendant que ses employées peuvent payer les droits de scolarité de leurs enfants. Actuellement, 90% de profits générés par la coopérative, reviennent aux femmes qui tressent les paniers. Quand 10% sont réinvestis dans la coopérative. Le petit problème, c’est l’abondance de paniers, qui ne trouvent pas toujours preneur. (4) Mais, leçon de développement à l’occidentale, ils sont en vente sur Facebook.

M.J

Carte interactive des projets développés à Mayange.

Voir aussi Rwanda / UNDP

(1) « Rwanda’s Millennium Village exports cassava to Burundi. » http://blogs.millenniumpromise.org/index.php/2009/09/30/rwandas-millennium-village-exports-cassava-to-burundi/

(2) Millenium Villages initiative http://www.unmillenniumproject.org/mv/index.htm

(3) «Comment préserver la vie des mères et des enfants », Stephanie Urdang, Afrique Renouveau, Vol. 23#4 (Janvier 2009), http://www.un.org/ecosocdev/geninfo/afrec/french/vol23no4/meres-et-enfants.html

(4) “Rwanda: Millennium Village Brings Prosperity And Unity”, Yolande Cole, Focus Media, Kigali, 28-08-2009 – http://allafrica.com/stories/200908280428.html


Publié le 24 septembre 2010 par marlene dans Actualité,Developpement,Objectifs du Millénaire.
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Objectifs du Millénaire, des engagements, du temps, et de l’argent.

Bonjour,

Il ne reste que cinq ans pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), définis en 2000, lors Sommet du Millénaire organisé par les Nations Unies. Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, réunit aujourd’hui et demain à New York les dirigeants de ce monde pour faire le point. Pauvreté, éducation, condition des femmes, santé, ou biodiversité, le rapport 2010 qui suit les grands chantiers de l’ONU témoigne d’avancées timides.(1) Et donne la mesure des efforts à fournir d’ici à 2015.

Combattre l’extrême pauvreté et la faim. Premier objectif qui vise à réduire de moitié, par rapport à 1990, le nombre de personnes vivant avec 1,25 dollar par jour. De 1990 à 2005, le nombre de démunis recule, passant de 1,8 milliard de personnes à 1,4 milliard. Mais la crise mondiale des années 2008 et 2009, qui ralentit aussi la croissance des pays en voie de développement, interrompt cette lente sortie de la misère. Les effets de cette crise pourraient même durablement contrarier ce qui n’était pas si mal parti. Les Nations Unies gardent cependant l’espoir d’une grande pauvreté contenue sous la barre du milliard, d’ici à 2015. L’Asie du Sud-Est, emmenée par la Chine et l’Inde, plus combatives sur le plan de la croissance avec une amélioration du sort des plus pauvres, portent notamment cet espoir. Selon la banque Mondiale, entre 1990 et 2008, la Chine a réussi à tirer plus de 500 millions de personnes de l’extrême pauvreté. Au niveau mondial, la crise a également contrarié la perspective du plein emploi, moteur d’une réduction significative de la pauvreté. La faim. En 1990-1992, elle concerne 817 millions de personnes. Elle grimpe à 830 millions, plus 13, en 2005-2007. Juste avant la crise financière et alimentaire qui annonce une envolée – vraisemblable – des chiffres. Les dernières données, livrées par la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation  et l’agriculture, chiffrent à 925 millions le nombre de personnes qui manquent de nourriture en 2010.Ce qui est présenté comme un premier recul de la faim depuis 15 ans retarde l’objectif de réduire moitié le nombre de dénutris, d’ici à 2015. Premières victimes de la faim, les enfants. Dans le monde en développement, un quart des moins de 5 ans n’a pas atteint un poids normal. En Asie du Sud, de mauvaises habitudes alimentaires se combinent avec des produits de mauvaise qualité pour expliquer cette malnutrition infantile. Une cartographie plus optimiste révèle qu’en Asie du Sud – Est,  notamment en Chine, en Amérique latine, ou au Caraïbes, la faim continue de régresser.

L’éducation pour tous, le second objectif, piétine. Malgré l’effort de nombre de pays pauvres. L’Afrique sub-saharienne, qui affiche l’une des plus mauvaise note au niveau mondial, enregistre 18% d’inscrits de plus entre 1999 et 2008. En Asie du Sud, autre région mal notée, et en Afrique du Nord, les progrès se situent autour des 10%. Pour inciter les élèves à fréquenter l’école, le Burundi a annulé les frais de scolarité dans le primaire. Résultat, en multipliant par 3 le nombre d’écoliers, le pays arrive à une scolarisation de 99% en 2008. Exemple suivi par la Tanzanie, le Guatemala, et le Nicaragua. Les filles, plus nombreuses à fréquenter l’école qu’auparavant, n’ont pas partout la même chance. En Afrique du Nord, 66% des enfants non scolarisés sont des filles. Mais la principale barrière à l’éducation des filles reste la pauvreté, surtout en milieu rural. C’est un mauvais départ pour tendre vers le troisième objectif, l’égalité des sexes, et l’émancipation féminine, l’un des grands chantiers du millénaire. Et pour cause. Le développement repose sur les femmes qui, scolarisées,  préparent mieux leurs enfants pour affronter l’existence, et les envoient à l’école. L’accès à un emploi rémunéré, condition de cette émancipation, reste difficile. En Asie du Sud, en Afrique du Nord, et en Asie de l’Ouest, seulement 20% des femmes exercent un travail rémunéré, hors secteur agricole. Partout, elles doivent se contenter d’emplois précaires. En Asie du sud et en Afrique sub-saharienne, beaucoup de femmes meurent en accouchant, faute de personnel qualifié. Des décès faciles à éviter avec peu de moyens, qui figurent aux objectifs du Millénaire . Et pourtant, c’est aussi sur des femmes mieux soignées, et mieux nourries, que repose l’autre grand objectif du millénaire, la réduction de la mortalité infantile. En baisse entre 1990 et 2008, moins 28%, le taux de mortalité des moins de cinq ans dans les pays en voie de développement reste scandaleux. Très mauvais classement pour l’Afrique subsaharienne et l’Afghanistan. Principaux ennemis des enfants, la malnutrition – plus d’un tiers des décès infantiles -, la pneumonie, la diarrhée, le paludisme, et le sida. Le sida, cible d’un cinquième objectif qui vise à éradiquer les grandes pandémies, marque quelques points en matière de traitement. De 2003 à 2008, le nombre de personnes ayant accès à une thérapie antirétrovirale a quadruplé, passant de 400 000 personnes à 4 millions. Un petit 42% des 8,8 millions d’individus ayant besoin de ce traitement. (2)

Les quelques progrès accomplis au cours des 10 dernières années masquent une amélioration lente, inégale, selon les régions, selon les pays. Manque de personnel pour accompagner ces objectifs; faiblesse des Etats ; pesanteur des sociétés appelées à se modifier, la place des femmes, la place des filles, celle des exclus;  manque d’infrastructures, pas de transports, pas d’hôpitaux, pas d’eau propre; ou contextes de guerre, 42 millions de personnes déplacées entre 2000 et 2009, la vision globale des OMD se heurte aux difficultés multiples du terrain. (3)Mais l’un des obstacles majeurs à cette avancée de l’humanité reste l’argent. Ban Ki-mooon évalue à plus de 100 milliards de dollars l’enveloppe nécessaire pour réaliser cet ambitieux programme. Loin d’être achevé. (4)

M.J

(1) Objectifs du Millénaire pour le Développement, Rapport 2010 – Nations Unies. http://www.un.org/fr/millenniumgoals/pdf/report2010.pdf

(2)Les Objectifs du Millénaire ciblent encore un environnement durable http://www.undp.org/french/mdg/goal7-f.shtml , exploité raisonnablement. Avec un défi de taille, l’accès à une eau salubre, et à un réseau d’assainissement, cible 2015 « hors de portée ». Le 8° objectif vise «un partenariat mondial pour le développement » http://www.un.org/fr/millenniumgoals/global.shtml

(3) « The Path to achieving the Millenium Development Goals, UNDP http://content.undp.org/go/cms-service/stream/asset/?asset_id=2677427

(4) « M.Calmy-Rey à New York pour un sommet de l’ONU » TSR, 20-09-2010 http://www.tsr.ch/info/monde/2476953-m-calmy-rey-a-new-york-pour-un-sommet-de-l-onu.html


Publié le 20 septembre 2010 par marlene dans Actualité,Developpement,Objectifs du Millénaire.
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